Interminable

Au delà du feuilleton sur les retraites, je veux parler de ce quinquennat.

Le Conseil constitutionnel mettra-t-il fin au premier le 14 avril prochain ? Les « sages » vont-ils considérer que l’utilisation successive des articles 47, alinéa 1, 44, alinea 3 puis 49, alinéa 3 de la Constitution a porté atteinte à la clarté et sincérité des débats ? Rien n’est moins sûr. Cette institution n’a que très rarement invalidé une loi dans sa globalité. Alors ? En gros 3 scenarii peuvent être envisagés : une censure des seules dispositions considérées comme des « cavaliers » car ayant un lointain rapport avec l’objet du projet de loi -ici le CDI senior et l’index senior-, une décision assortie de réserves sur le texte ou encore … une sorte de « compromis ». Selon le Canard enchaîné, en effet, une menace plus sérieuse planerait sur le projet : le référendum d’initiative partagée, une procédure permettant à un cinquième des membres du Parlement, soutenu par un dixième du corps électoral, de soumettre une proposition de loi au référendum.  252 parlementaires ont déjà déposé une demande en ce sens avec pour objectif de fixer l’âge de départ à la retraite à 62 ans maximum. Le Conseil constitutionnel pourrait alors décider de valider en même temps la demande de référendum et la loi, la première n’empêchant pas la promulgation de la seconde mais étant de nature à hypothéquer son avenir sauf si la « rue » battait en retraite (sic), ce qui au vu des sondages ne semble pas être le cas pour l’heure.

Après l’avoir snobée pendant des mois, la première ministre envisagerait de recevoir l’intersyndicale le 5 avril, soit la veille d’une nouvelle journée de manifestation. Mais pour parler de quoi si le report d’âge n’est pas négociable ? Ce semblant de reculade est bien dans le genre de la dame et je gage que la manœuvre vise surtout à s’attacher Laurent Berger considéré comme le maillon faible de ladite intersyndicale. Ce sera en tous cas l’occasion pour elle de « tester » la nouvelle secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet. Gardera-t-elle la ligne du général Tapioca (P. Martinez) ?

Emmanuel Macron est, quant à lui, passé à la suite : l’eau car il y a urgence. 80 % de nos nappes phréatiques sont à un niveau « bas » ou « très bas », selon le Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM), contre 50 % l’an dernier, à la même période . Peut-être aurait-il dû commencer par ce dossier là plus préoccupant et moins clivant que l’état des caisses de retraite. Surtout quand on envisage de relancer le nucléaire.

Ce qui me ramène au début de ce billet. « Putain 2 ans » répétait la marionnette Chirac des anciens guignols de l’info de Canal +. Deux ans qui le séparaient des élections de 1995. Au plus bas dans les sondages il lui fallait tenir face à un Balladur alors triomphant. A son image, je serais assez encline à m’exclamer : « Putain encore 4 ans » tant cette première année de deuxième quinquennat m’a paru longue. C’est un peu comme les températures ou les mètres carrés immobiliers : il y a le réel et le ressenti.

A l’heure où le site Blast essaie de relancer le concept des guignols avec ses « marioles » pas très drôles, souvenons nous.

Reprise en mode mineur

Les reprises sont toujours difficiles, surtout quand la coupure a été nette. Ce qui a été le cas en ce qui me concerne. Tellement, d’ailleurs, que j’ai failli oublier ma petite tâche hebdomadaire.

L’affaire Benalla et son cortège de révélations et justifications sucessives autant que laborieuses, les températures caniculaires, tout cela a été balayé par les vents du Connemara où la météo fut loin d’être aussi pluvieuse qu’annoncée par les chaînes spécialisées. Pays béni où le mercure n’a pas dépassé 23-24°. Idéal pour la marche.

Est-ce à dire que l’Irlande serait passée au travers des bizarreries climatiques. Que nenni. A Westport, les autochtones saluaient le retour de la pluie après 40 jours de « jeune aquatique ». Un record paraît-il …au point qu’un peu plus loin, sur l’île d’Inishmore, l’eau était coupée de 20 heures à 8 heures du matin. Hiver doux, été sec (i.e sans les précipitations habituelles). Il n’est pas toujours évident d’être un îlien.

Ce souci de l’eau contraste avec ce titre du journal Le Monde : Pomper l’eau du Colorado pour jouer au golf dans le désert de l’Utah.

https://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2018/08/02/en-plein-desert-les-vertes-pelouses-de-saint-george_5338501_3244.html

Pour moi, qui ne supporte pas les déserts (sauf de glace), cette insouciance vis à vis de cet élément essentiel me rendrait (presque) violente. Il y a fort à craindre que, dans un avenir pas si lointain, seuls les plus fortunés y aient accès, la raréfaction en augmentant le prix. A moins que ….

Je ne crois pas en l’exponentialité de l’ingénierie humaine qui ne peut fonctionner sur la seule technique. Celle-ci a besoin de matière et pas d’ersatz, et, dans un monde aux ressources limitées, imaginer que l’on pourra continuer de consommer et gâcher sans limites relève d’une grave cécité.

L’écologie se heurte à l’indifférence d’un profit tout puissant (N. Hulot : combien de boas avalés ?). En quoi nos ressources essentielles seront-elles mieux gérées par le privé que le public ? La gestion municipale de l’eau confiée à certains opérateurs privés laisse, sur ce point, pour le moins, dubitatif. L’individualisme à tous crins est un isolationnisme imbécile qui prospère dans ce monde prétendument « nouveau » jusqu’au jour où nos descendants se rendront compte que l’argent en pièces, en billets ou dans sa version virtuelle ne se mange ni ne se boit (même infusion).