Ce besoin de faire des phrases

C’est curieux chez les marins ce besoin de faire des phrases…songe Maître Folace (Francis Blanche) dans le film « Les Tontons flingueurs ».

Il n’y a pas que les marins.

Notre Président y cède souvent aussi, comme je l’évoquais dans mon précédent billet.

De son discours en préambule du conseil des ministres de mercredi dernier, on a le plus souvent extrait sa sortie sur « la fin de ce qui pouvait apparaître comme une abondance » où il évoque la fin des liquidités sans coût, la rareté de certains produits etc. Comme d’autres, je noterai simplement que la notion d’abondance dans un pays roi de la distribution de dividendes – selon Médiapart, en France, même en comptant les plus petits actionnaires, on compterait seulement 3 millions de porteurs individuels d’actions sur une population de presque 70 millions d’habitants – mais comptant 10 millions de pauvres se discute. Ce dessin pas très original, j’en conviens, illustre assez bien la situation où nous sommes. Sur fond de pénurie, la résurgence des violences auxquelles la pandémie avait mis un relatif coup d’arrêt est probable, j’en ai peur.

Personnellement, j’ai aussi buté sur ce tweet présidentiel : « Je souhaite réaffirmer une unité très forte du Gouvernement autour d’un cap qui nous permettra de consolider notre souveraineté, notre indépendance française et européenne, la bataille pour le climat et l’égalité des chances ». Telle quelle, mal construite, cette phrase ne veut rien dire, même si on en devine le sous-texte. On observera que les deux derniers sujets -le climat et l’égalité des chances- n’ont pas été particulièrement bien servis sous le précédent quinquennat. Mais réaffirmer, quand on n’a pas fait grand chose, cela fait joli.

Du climat à l’énergie il n’y a qu’un pas.

Je ne suis pas sûre que les algériens aient été très réceptifs à cette tentative lyrique de réchauffement des relations franco-algériennes sur fond d’approvisionnement gazier : « C’est une histoire d’amour qui a sa part de tragique. Sur la question mémorielle, nous sommes sommés de choisir entre fierté et repentance. Je veux la vérité et la reconnaissance.”

Autre exemple : « On doit repenser la formation de nos enseignants. On a demandé des diplômes universitaires excessifs. Il faut assumer que des gens s’engagent dans ce métier dès le bac ». Ici, rien d’abscons encore que la notion de diplômes universitaires excessifs mériterait d’être explicitée. Je suppose qu’Emmanuel visait essentiellement le recrutement des enseignants du primaire (éventuellement du secondaire ?) car je ne vois pas bien ce que serait un diplôme « excessif » au niveau… universitaire. Nul besoin de remonter très loin dans le temps, pourtant. Comme le rappelle un ancien recteur :  » Jusqu’en 1969, on intégrait une école normale après la classe de 3e, pour quatre ans de formation. Après cette date, le recrutement s’est fait postbac, suivi de deux ans de formation professionnalisante, en école normale ». Jusqu’à la création des IUFM en 1990 et à ses réformes successives.

Soyons juste, Emmanuel n’est pas le seul à donner dans le creux. Le ministre de l’éducation nationale montre de réelles dispositions en la matière.

Parce que l’enseignement aurait été autre chose que cela ?

Voilà une profession de foi qui ne mange pas de pain. Le problème est que le métier est si dégradé qu’il n’attire plus. Mon frère, 38 ans d’enseignement en primaire, a jeté l’éponge l’an dernier et reçu une petite missive ministérielle pour rempiler qu’il a foutue au panier.

Pourquoi je m’énerve à propos de ça ? Parce que si l’électricité et le gaz viendront à manquer, l’abondance de comm’ totalement soluble dans le rien, elle, ne fléchit pas. Adieu le concret. Ce qui pourrait tout à fait être reproché à ce post, cela dit. Mais bon. Il y a chez Emmanuel Macron une singulière disposition au monologue verbeux enrubanné de mots précieux destiné à faire sérieux quand il ne heurte pas frontalement.

« Construire peut être le fruit d’un travail long et acharné. Détruire peut être l’oeuvre d’une seule journée » aurait dit Winston Churchill. Phrase à méditer, celle-ci.

Rien à voir.

Je ne suis pas sûre que cet emprunt socialiste à Donald Trump (je parle de la casquette) soit de bon aloi. Quant à la couleur rouge pour l’ancien parti à la rose … doit-on y voir un effet Nupes ?

Pendant ce temps en Afrique, le Niger a décidé de provoquer des pluies à l’aide de produits chimiques face à la sécheresse qui a engendré cette année une sévère crise alimentaire dans ce pays aride, a appris, jeudi 25 août, l’AFP auprès des services de la météorologie du pays. Cette technologie de « pluies provoquées » consiste, à l’aide d’un avion, à introduire dans les nuages des produits chimiques, notamment un mélange d’argent, de sodium et d’acétone. J’ai hésité avant de relayer tant cela ressemble à un titre du Gorafi (pastiche du Figaro).

Du coup, si cela est vrai, question bête : pour quelles retombées collatérales écologiques ?

Joli théorème qui se discute aussi.

Notez, notez !!

Du côté des parents

« TeachAdvisor est un nouveau site qui permet de donner son avis sur les enseignants, les comparer et ainsi mieux choisir la future école de son enfant ».

Trouvé sur un site qui se pique « de raconter l’actualité de l’école à travers des articles parodiques, des photos envoyées par la communauté et des interviews de personnalités », nul doute que c’est un faux.

Passage en revue de quelques commentaires, inventés de toutes pièces, même s’ils ne sont pas complètement improbables.

Tout cela sent assez la plaisanterie (grinçante). Quoique. En pleine discussion de la loi Blanquer pour « une école de la confiance » où s’exprime la nette manie évaluatrice et classifiante dès la maternelle du ministre, la parodie, qui charrie en creux, quelques solides préjugés (un bon prof est un prof qui ne s’absente pas, même pour maladie, et qui suit scrupuleusement les programmes), et quelques travers parentaux, n’en est peut être pas tant une finalement. Version enseignante du site tripadvisor, elle traduit une vision devenue presque consumériste de l’enseignant. Parmi les commentaires sur le site figurant sous les avis frelatés ci-dessus, j’apprends que ce type de plateforme a déjà existé chez nous de manière éphémère (https://www.note2be.com où les élèves pouvaient noter leurs professeurs) et est une réalité ailleurs (https://ratemyteachers.com).

Nous sommes tous évalués mais pas de manière publique ou plus exactement publique et individualisée.

Je me souviens, durant mes années de collège et de lycée avoir comme les autres « noté » mes professeurs mais cela restait artisanal et surtout oral. Là nous rentrons dans l’industriel.

Je ne sais pas pourquoi j’ai tiqué sur ça alors qu’il y a plus problématique en ce moment. L’injonction à la notation est partout à propos de tout et il n’est pas dit du tout que teach advisor ne voie pas effectivement le jour et ne devienne le défouloir que son prototype annonce si on ne lui accole pas une charte des commentaires comme pour les journaux.

Du côté des professeurs et du ministère

La lutte contre les projets de J.M. Blanquer, qui semble avoir une vision très soliloque de l’éducation et des enseignants, prend parfois des tours inattendus. M’interrogeant sur les raisons de ce bras de fer à propos des notes du baccalauréat 2019, j’apprends que le conflit trouve son origine dans la méthode contestataire inédite adoptée par certains professeurs plus que rétifs au projet de loi cité plus haut, à savoir la rétention de note et le refus de participation aux jurys de délibération qui réunissent des professeurs de différentes disciplines qui ont corrigé les copies afin de statuer sur les notes des élèves.

Comment statuer sur le cas d’un élève qui n’a pas de notes ou pas toutes ?

Branle-bas de combat au ministère pour délivrer les résultats comme promis le 5 juillet. S’en est suivi un bricolage lui aussi inédit.

 Selon un protocole de publication des résultats, que Mediapart a pu consulter, si des notes s’avèrent manquantes, deux solutions sont proposées. « Tout dépend de la possession ou non des livrets scolaires des candidats qui recensent entre autres leurs moyennes de l’année de terminale.

Dans le premier cas , « les élèves se voient attribuer provisoirement la note moyenne de leur bulletin scolaire pour la discipline concernée ». Dans le second, les malheureux écoperont d’« une note provisoire » qui « leur est attribuée en cohérence avec les autres notes déjà obtenues (moyenne des notes attribuées) ». Les listes des candidats concernés par ce bricolage seront « soigneusement établies » et leur situation rectifiée dès lors que leur « vraie » note sera transmise. Reste à voir les différences entre les deux notes. Lorsque celle qui manquait sera restituée, elle sera conservée si elle est meilleure. Sinon, la note de contrôle continu sera attribuée au candidat. »

Ajoutez à cela quelques sanctions sur la feuille de paie des résistants …

Pour ce que je sais, une caisse de grève s’est créée. Ce qui est une riposte pour le coup plus classique.

Au bout du compte une pétaudière dantesque que le ministre minimise. Reste au milieu de tout ça les parents et les jeunes. L’ont-il eu ou pas ? Et que vaudra-t-il dans ces conditions ? Vous me direz que le bac n’a plus l’aura qu’il avait mais sur un CV, plus tard, cela peut se relever.

L’ironie de l’histoire, comme le relève encore Médiapart, est que le bac basé sur le contrôle continu (pourquoi pas ?) prévu par Jean-Michel Blanquer pourrait s’appliquer, pour certains élèves, avec deux ans d’avance. 

Mais l’épisode risque de compliquer la tâche d’un ministre qui ne s’embarrasse pas de négociation ou même de concertation puisque le premier mot semble être passé sous les radars depuis un certain temps déjà.

Et tout ça pour faire meilleure figure au classement PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) où nous ne brillons pas assez à ses yeux ?

Où l’on se dit que l’intelligence artificielle, qui ne se cantonne pas aux robots, a de beaux jours devant elle.