Si les Grecs sont massacrés d’une façon ou d’une autre avec la complicité et la collaboration de la France, alors on saura que c’est la France de Pétain qui est au pouvoir. E. Todd.
C’est pousser loin le bouchon mais il est difficile de rester mesuré face à un désastre.
On se rengorge à Paris de cet « accord grec » au forceps, pas complètement finalisé, qui entérine surtout l’humiliation d’un peuple : un Versailles athénien (et l’on sait ce que valent les Versailles) qui préfigure peut-être le nôtre. Car la séquence (ô ironie) a valeur d’avertissement sans frais pour ceux qui persistent à ne pas être « dans les clous » budgétaires et parmi ceux-ci, nous, les français.
Le visage européen qui émerge clairement de ces derniers mois n’a rien d’aimable : c’ est celui de la contrition et de la schlague, de milliers de jeunes sacrifiés sur l’autel d’une orthodoxie économique irréfutable.
J’en parle avec Monika qui me dit qu’elle aussi n’a pas voulu de ce monde là où ses fils s’épuisent. Elle pense qu’elle ne sera vraisemblablement jamais grand-mère parce qu’on ne fait pas d’enfant quand on ne peut se projeter à plus de cinq ans et qu’on gagne chichement sa vie. La vertueuse Allemagne est dure envers les siens. C’est même peut-être pour cela que le seul destin commun qui nous soit aujourd’hui donné en pâture est celui-ci : endurez.
Vous qui entrez ici abandonnez toute espérance …de rester encore souverain. C’est l’autre leçon de la tragédie grecque.
Sur ce registre, certains ont été plus clairvoyants que d’autres en refusant de glisser leur tête dans le noeud coulant monétaire. Un petit pays, un jour tenté, a même choisi de continuer seul sa course au large : « Les intérêts de l’Islande sont mieux servis en dehors de l’Union européenne ».
On est pas loin de penser la même chose pour soi-même, du moins avec cette Union là, qui n’en est pas vraiment une, où la xénophobie Nord/Sud fleurit sur fond de préjugés recuits. Si cela se trouve, l’euro loin d’ancrer l’Europe, est en train de la détruire.