Question de salut

Salut Nazi ou romain (qui historiquement n’a pas plus existé dans l’antiquité que les casques à cornes gaulois et relève plus d’une reconstitution pseudohistorique popularisée par la peinture Davidesque et les péplums plus près de nous) ? Geste maladroit d’un autiste en pleine dérive émotionnelle ? Personnellement, j’aurais tendance à mettre le mouvement, qui n’a pas la même résonance outre-atlantique que chez les européens, en perspective avec les intérêts manifestés par le Monsieur pour le mouvement Alternative fûr Deutschland ou ses sympathies pour le leader britannique ultra-droitier Nigel Farage ou encore l’activiste Tommy Robinson et sa romance contracto- téléguidée avec Giorgia Meloni (voir plus loin). Les affaires sont avant tout les affaires, un peu de puissance US renforcée par les élections ne nuit pas et Elon a d’importants intérêts en Europe. Les prudentes réactions médiatiques mainstream dans notre petit hexagone sur le sujet s’expliqueraient ainsi : ne pas insulter l’avenir même s’il vous humilie dès à présent.

Dans ce qui m’apparaît tout de même comme un jeu à de multiples bandes, tant les deux hommes rivalisent d’imprévisibilité, difficile d’appréhender l’avenir ou plutôt de s’en inventer un ici hors de la contrainte politico-économique étasunienne et celle de l’influence de réseaux où l’on peut tout dire et faire à condition de plaire au patron.

Meloni en Italie, Orban en Hongrie, Kickl en Autriche, l’arrivée du nationaliste Bart De Wever à la tête du Gouvernement belge, la participation de 5 ministres du Parti pour la liberté (PVV) du populiste Geert Wilder aux Pays-Bas, sans oublier notre Rassemblement national, l’ascension de partis, généralement populistes et eurosceptiques, partageant un conservatisme social très marqué, un rejet de l’immigration et un nationalisme martelé, n’est guère contestable. De quoi , pour ces mouvements, ensemble ou séparément (voir Meloni et Musk récemment à propos d’un contrat de cybersécurité), avoir envie de jouer, à l’occasion, leur petite partition avec plus puissant que cette si mal nommée Union Européenne dont le fonctionnement même inciterait presque à la partition si le Brexit anglais ne nous engageait pas à y réfléchir tout de même à deux fois.

Curieuse séquence où le sursaut anti RN de juin dernier a été proprement piétiné par un Président accroché à son pouvoir. Désavoué par les sondages, le voilà presque mis à l’écart de son deuxième quinquennat, lui, omniprésent lors du premier. Sa majorité au Parlement 2022 était certes relative mais plus conséquente que celle d’aujourd’hui. Moralité : avant de balancer une grenade dégoupillée, s’assurer qu’elle ne risque pas de vous revenir à la figure.

Bayrou continue son sinueux et matois chemin, Retailleau et Darmanin leur numéro de cirque médiatique et le Président orange est bien parti pour réaliser son programme autoritaire, xénophobe, protectionniste, conservateur et climatodénialiste.

Deux tordus ici, quatre ans de cauchemar global, sacré quart de siècle qui commence !

Je me balade assez souvent sur youtube pour récupérer des émissions que j’ai ratées à la télé ou écouter des débats inaccessibles ailleurs (du moins pour moi), Depuis quelque temps, et j’ignore pourquoi, parmi les vidéos qui me sont proposées, figurent nombre de petits films sur des animaux (cétacés et tortues mais pas seulement) proprement « dévorés » par de petits organismes, des bernacles, par milliers, surtout, quasiment soudées à leur peau. Certains sont localisés par des sauveteurs qui mettent des heures à décrocher ces saletés hermaphrodites tenaces.

Je ne sais pas comment fonctionne le (faux) hasard algorithmique mais je me suis demandée ce qui nous permettrait de nous délivrer des bernacles nauséabondes et mortifères qui se reproduisent ici et là et de plus en plus près.

Vacheries et bas de laine

De l’influence du cul des vaches sur la popularité présidentielle …Seul Jacques Chirac trouvait un plaisir évident au contact animal et humain indissociable du salon. Peut-être aussi l’occasion (soyons méchante) d’échapper un moment à l’œil sourcilleux de Bernadette. Côté agriculteurs, il semble que l’on appréciait cette goulue visite présidentielle. Les difficultés étaient sans doute déjà là, mais les voix des agriculteurs ne firent jamais défaut à l’ancien Président, animal politique carnassier dont on oublia la férocité au fil du temps. Sa reconnaissance de la responsabilité de l’État français dans la persécution et la déportation des Juifs au cours de l’Occupation, son opposition à la guerre en Irak y aidèrent peut-être – effaçant le malencontreux « les bruits et les odeurs »- comme certains de ses bons mots, allègrement distillés dans la presse, ou encore le personnage créé par les guignols de Canal +.

« La pomme est un fruit sympathique et je l’observe tous les jours ». Ainsi les pommes devinrent-elles un emblème de sa campagne pour les présidentielles de 1995 et un incroyable outil de communication. On n’ imagine pas le Président actuel sur ce registre. Comme on l’imagine mal dire ceci : “Les anciens savaient que la clé des songes est aussi celle de l’équilibre et du bonheur, et recommandaient la pratique de la sieste ». A effeuiller d’autres citations trouvées sur le site du Figaroscope, certaines pourraient tout à fait être endossées par Jupiter comme celle-ci – “un chef, c’est fait pour cheffer”- mais pas celle-là – “le contact humain est le véhicule essentiel de la démocratie » – quand bien même notre monarque républicain aime, solidement encadré, « aller au contact ».

Les diverses expériences de débats tournant au long monologue, de ces sucres participatifs jetés en pâture et jamais suivis d’effets, en témoignent. L’homme Macron ne s’intéresse pas beaucoup à son interlocuteur et ce dessin résume assez bien l’affaire.

Cette année, c’est peu dire que l’inauguration du salon de l’agriculture, sur fond de manifestations paysannes, a tourné au fiasco. Mais le « en même temps  » a la vie dure. Tandis que le Président semble céder sur l’instauration de « prix planchers », le parti présidentiel vote au Parlement européen en faveur d’accords de libre échange avec le Chili et le Kenya ouvrant de nouvelles exemptions de droits de douane entre l’Union européenne et ses nouveaux partenaires. Accords qui risquent d’aggraver encore un malaise agricole européen qui se manifeste largement en Allemagne, en Belgique, en Roumanie, en Espagne, au Portugal, en Pologne, sur fond de revendications identiques.

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Je me souviens de cette campagne publicitaire de la BNP dans les années 70: « Pour parler franchement, votre argent m’intéresse ».

Bruno Le Maire ne dit pas autre chose aujourd’hui, reprochant presque à ceux qui le peuvent de faire des économies. Selon le ministre, l’épargne des européens se monterait à 35 000 milliards d’euros dont plus de 10 000 milliards dormiraient sur des comptes bancaires. Cet argent « doit travailler à la croissance, à l’innovation, à la recherche, pour les entreprises et pour l’emploi » , Aussi envisage-t-il la création d’un produit d’épargne européen « dont nous définirons les caractéristiques, le rendement, avec les Etats volontaires » a-t-il ajouté. A l’heure où les revenus baissent, où les prix grimpent, où le Gouvernement, pour faire baisser sa dette, taille à la hache dans les budgets ministériels notamment ceux de la recherche et de l’éducation, voilà qui ne manque pas de sel.

Pour Raphaël Glucksmann, tête de liste du PS pourles prochaines élections européennes, il serait plus qu’urgent de passer « en économie de guerre », autrement dit de « flécher » les ressources, y compris l’épargne mais il ne le dit pas clairement, vers le renforcement des capacités militaires de l’union européenne. Alors que le congrès américain bloque l’aide à l’Ukraine et que se profile un éventuel retour de Trump à la maison blanche, l’Europe mobilise.

Jusqu’où ? On verra mais dans l’immédiat : sus aux bas de laine à défaut de revenir sur certaines mesures budgeticides du premier quinquennat !

Je ne sais pas de quand date exactement ce dessin (j’aurais tendance à dire les années 1930) mais il me semble encore actuel.

Commentant les dernières déclarations d’Emmanuel Macron à propos du conflit ukrainien, le journaliste Daniel Schneidermann s’interroge (blog Obsessions du 27-2-2024) : « A propos d’Histoire, deux dates, deux périodes, deux ambiances, tournent et s’entrechoquent dans ma tête (…). L’été 1914 (…) La classe politique, les journaux, appellent, désirent la guerre, fraîche et joyeuse, obsédés qu’ils sont par la revanche de 70 (y penser toujours, n’en parler jamais, disait-on). C’est dans l’ADN de cette France-là. Et en face ? Jaurès, si seul, si désespéré, luttant jusqu’au dernier souffle pour éviter l’hécatombe, avant de tomber au tout dernier instant sous les balles d’un assassin. 

Qui avait raison ? Les va-t-en guerre, ou le pacifiste ?

Vingt ans après, c’est l’inverse. Décimée par la grande boucherie,  ne comptant plus ses gueules cassées, la France n’en peut plus. La France, la Grande-Bretagne, se couchent en 36 devant la remilitarisation de la Rhénanie par Hitler (quand il eût été possible de l’arrêter), et soupirent à l’unisson d’un lâche soulagement à Munich en 38 (…) Et en face ? Outre le PCF, inféodé à Staline, et donc aussi disqualifié que le RN aujourd’hui, un député de droite, Henri de Kerillis, qui à la Une de son journal, L’Epoque, seul, désespérément seul, appelle inlassablement au réarmement, contre la bande patriotarde de l’Action Française, et autres fans de Hitler. 

Qui avait raison ? Les pacifistes, ou le va-t-en guerre ?

L’Histoire a tranché. En 14, tous les efforts devaient être faits pour empêcher la boucherie peut-être la plus absurde de tous les temps. En 36, il eût fallu mobiliser pour éviter l’hécatombe, et Auschwitz. Et aujourd’hui ? L’Histoire n’est ici d’aucun secours.

Il va falloir nous forger une opinion en analysant les données de 2024, enrichies malgré les apparences de facteurs inédits : la défection des Etats-Unis, l’existence et la fragilité de l’OTAN, la dissuasion nucléaire, la sophistication des guerres d’influence. Tout seuls, comme des grands, contre toutes les propagandes. »

On peut discuter de la présentation historique mais moins de la conclusion qui tient d’une certaine évidence.

Sévigné 2.0 ou les épistoliers numériques

On se gausse, on rigole mais au fond un duel (improbable) au second tour 2027 entre ces deux là me déprimerait moins que celui que l’on nous distille : extrême droite (Marine) c/ extrême droitisé (Attal) … si celui-ci survit à l’usure de Matignon ce qui n’est pas gagné.

Lu sur le site Elucid un article qui se conclut ainsi : « Si Gabriel Attal parvenait à transformer ses années de Premier ministre en prime au sortant, il y aurait là un événement inédit dans l’histoire récente de la République. Cette possibilité n’est pas à exclure : après sept ans de macronisme et cinq ans de hollandisme, le pays est exaspéré par l’indécision et par le caractère brouillon de l’action publique, dont la seule constante réside dans une politique de régression sociale – inavouée sous Hollande, parfaitement assumée sous Macron ». .

« Si Attal parvient à restaurer l’autorité de l’État et à mettre en œuvre une politique empreinte de clarté et de redressement dans des domaines tels que la santé ou l’éducation, il y a fort à parier qu’il en tirera le plus grand profit : les Français seront, dans leur grande majorité, tellement soulagés d’être à nouveau dirigés qu’ils lui en seront reconnaissants. Toute la question est de savoir si le nouveau Premier ministre en est conscient et s’il en est capable, ou s’il n’est rien d’autre qu’un énième clone néolibéral du genre dont les élites accouchent avec méthode depuis quarante ans… ».

Si, si…. Les débuts de ce Gouvernement sur les questions précitées ne suscitent pas un optimisme débridé, pas plus que la rumeur de nommer François Bayrou à un ministère (Éducation Nationale) qu’il occupa jadis et où, à en croire les professionnels de la profession, ces enseignants gaulois réfractaires, il ne fit que ce qu’il sait magnifiquement faire : RIEN.

On devrait inventer le « rien » en discipline olympique. Cela nous vaudrait sûrement des compétitions un peu longuettes mais handicapantes pour nos athlètes hexagonaux, obligés de prouver leur inaction en un temps décidément record (songez donc 15 jours tout au plus).

Revenons à nos épistoliers. Espérons qu’écrire, avec courtoisie, c’est à dire prendre un peu de temps, les engage à plus de réflexion. Mais ce qui m’amuse c’est cette course soudaine à un certain « jeunisme » politique chez nous à l’heure où les américains risquent de se retrouver coincés à choisir entre un cinglé et un qui devrait profiter de sa vieillesse.

Attal c/Bardella, Ruffin c/ Gluksmann, Gluksmann c/ Bardella … faites vos jeux et appariements : on nous les vend déjà comme des lessives alternatives au macronisme nécrosé de ce second quinquennat.

Jeunisme sur le vieux continent, « cacochymisme » sur le nouveau, une sorte de monde renversé : l’année électorale 2024, à peine entamée, ferait rire si elle ne semblait pas signer un enlisement prévisible.

Et si on parlait d’élections ?

 

 

 

Abonnée à la version numérique du journal Courrier international, je n’y vais pas aussi souvent que je devrais. Outre les regards internationaux croisés sur le phénomène des gilets jaunes, on est parfois surpris par certains titres. Ainsi à propos de l’Europe, celui-ci :  « Pourquoi les clowns ont tant de succès en politique en Europe ? ». Bien sûr j’ai immédiatement pensé à Beppe Grillo et au mouvement cinq étoiles en Italie.

J’apprends donc, dans cet article, qu’après l’Italie, en Ukraine et en Slovénie, d’autres humoristes se lancent ou se sont lancés sur la scène politique.

« Dans Serviteur du peuple, série télévisée ukrainienne très populaire, l’acteur Volodymyr Zelensky devient président de l’Ukraine par un concours de circonstances. Après une série de présidents hypocrites, les Ukrainiens, le 31 mars prochain, ont enfin l’occasion d’élire un chef d’État qui a au moins joué ce rôle sur le petit écran. Car Zelensky est non seulement candidat, mais favori pour emporter le premier tour ». Concours de circonstances … voilà qui est assez évocateur.

Marjan Sarec, lui, devenu Premier ministre Slovène, était un acteur comique, qui s’est illustré en imitant les présidents et les Premiers ministres de ce pays.

La Croatie attend le sien : « grande abstention électorale, colère contre les politiques, frustration d’une partie de l’opinion publique en raison de l’invalidation du référendum sur la Convention d’Istanbul [Traité international du Conseil de l’Europe visant à protéger les femmes et les enfants de la violence conjugale]. La candidature sérieuse (sic) d’un comique pourrait être perçue comme une sorte de catharsis et donner un ton différent à la campagne, entre sérieux et parodie. »

Tout cela me laisse un sentiment mitigé : qui gagnera, au final, de l’humour ou de la politique ? Si Beppe Grillo fait peut-être encore rire chez lui, sur la scène européenne et internationale son mouvement ne déchaîne pas chez moi une hilarité débridée. Ce serait plutôt le contraire. Et la trajectoire du ministre Slovène (l’article laisse à penser que l’artiste est devenu « sérieux ») n’engage pas non plus à la franche rigolade.

Mais au fait, je me suis laissée distraire : pourquoi les acteurs comiques ont-ils tant de succès en politique ? se demande le journal. Même si le « tant de succès » me paraît un tantinet exagéré, continuons  donc notre lecture.

« La première raison réside sans doute dans l’aliénation de la classe politique elle-même. Cela apparaît de manière évidente dans le langage qu’elle utilise. Le discours des comiques est celui de monsieur Tout-le-Monde. Bons communicants, ils anticipent les attentes du public. Ils commencent avec un certain type d’humour pour tâter le terrain, puis observent les réactions afin d’élever ou d’abaisser, si besoin, la charge.

(…)

Aujourd’hui ce sont les juristes qui dominent la vie politique. Certes, ils disposent de grandes connaissances indispensables pour comprendre les rouages de la politique, mais ils restent piégés par l’autre facette de leur métier : un certain formalisme, et la froideur d’un discours dépourvu d’émotions, de métaphores fortes ou d’expressions frappantes. Les acteurs comiques, tels des médecins qui interviennent pour soigner une maladie grave, apparaissent au moment où la situation devient critique. Car l’humour est une chose sérieuse qui permet aborder des sujets qui font peur ou qui font mal ».

Peuvent – ils changer la donne ?

Et là, soudain, alors que je devrais avoir commencé par là, je me souviens d’un certain Coluche qui avait tenté sa chance en 1980, à l’heure où le septennat était encore en vigueur. En regardant cette vidéo, je me dis que d’aucuns ont bien changé.

https://www.ina.fr/video/3113762001008

Puis m’est revenu cet autre (faux puisque je n’étais pas née) souvenir :  celui de Ferdinand Lop. Madame wikipedia nous rappelle :

Journaliste, dessinateur de talent, auteur d’ouvrages sérieux sur les possessions coloniales de la France, il devint à partir de 1932, poussé par un tempérament fantaisiste, une figure pittoresque, bientôt légendaire, du quartier Latin, de la Sorbonne à l’Odéon. Pendant la IVe République, de 1946 à 1958, ce « licencié ès canulars », éternel candidat malchanceux à la présidence de la République (en même temps qu’à l’Académie française), avait bâti un programme électoral, baptisé « lopéothérapie », qui préconisait :

  • l’extinction du paupérisme à partir de dix heures du soir ;
  • la construction d’un pont de 300 m de large pour abriter les clochards ;
  • le prolongement de la rade de Brest jusqu’à Montmartre et l’extension du boulevard Saint-Michel jusqu’à la mer (dans les deux sens) ;
  • l’installation d’un toboggan place de la Sorbonne pour le délassement des troupes estudiantines ;
  • la nationalisation des maisons closes pour que les filles puissent avoir les avantages de la fonction publique ;
  • le raccourcissement de la grossesse des femmes de neuf à sept mois ;
  • l’aménagement de trottoirs roulants pour faciliter le labeur des péripatéticiennes ;
  • l’octroi d’une pension à la femme du soldat inconnu ;
  • l’installation de Paris à la campagne pour que les habitants profitent de l’air pur ;
  • la suppression du wagon de queue du métro.

Il expliquait le caractère vague de son programme par la crainte qu’on ne le lui vole. Il préférait « attendre d’être au gouvernement pour le révéler ». Suivant l’exemple des campagnes présidentielles américaines, il avait adopté un air de campagne (campaign air), en l’occurrence The Stars and Stripes Forever, l’hymne officiel américain, non sans y plaquer la répétition de son patronyme comme paroles : « Lop, Lop, Lop Lop Lop, Loop Lop Lop ! Lop Lop Lop, Lop Lop Lop, Lop Lop Lop Lop ! ».

Le quartier Latin se partageait en deux camps par rapport au candidat :

  • les partisans de Lop ou « Lopistes » (« Lopettes » étant un qualificatif employé par leurs ennemis) ;
  • les opposants étaient les « Anti-Lop » (ou « Antilopes »).

Quant aux tièdes, aux indécis, c’étaient des « Interlopes ».

Pour ne pas me faire injurier je tairai ici le nom de la salle de réunion des fervents de Ferdinand.

Il y eut aussi P. Dac et son MOU (mouvement ondulatoire unifié) candidat aux élections présidentielles de 1965.

Serions-nous prêts à franchir le pas si se présentait un comique, à supposer qu’il en  existe un prêt à relever le gant,  en 2022 ?   Sans doute pas.

Certains s’inquiètent déjà d’un renouvellement de la candidature E. Macron. Mais qu’est-ce que réussir aujourd’hui en politique ? Benjamin Griveaux livre un critère : ce quinquennat sera réussi si l’on peut dire que « nos enfants vivront mieux que nous ». Quelle population sera considérée pour le dire ?

TINA nous a cassé le sourire. Et l’humour politique grince un peu trop facilement de nos jours pour nous délivrer de la morosité.

J-2

Vue aérienne de la ville du Cap

Voilà ce qui m’attend du moins en première semaine…

Trois jours pour penser à mon baluchon. A la veille de partir, je n’aurai, comme d’habitude, plus envie de bouger : les aéroports, les formalités, les contrôles, le voyage recroquevillé en classe économique …

Pourtant je ne suis pas fâchée de quitter le bruit et la fureur médiatique de ces derniers jours. Dans les commentaires sur le site du Monde, ou de Mediapart, on s’invective, on s’insulte, parfois ouvertement, lorsque le webmaster est peu regardant. Plus de 3000 commentaires sous un article de Médiapart, plus insinuant qu’étayé, ont poussé la rédaction plénelienne à sortir du bois pour « expliquer » son traitement de la geste mélenchonienne. Tentative qui, en l’absence de tout contradicteur extérieur, n’a pas convaincu nombre de spectateurs et un lectorat comportant, et c’est assez amusant, nombre de sympathisants, très actifs dans les commentaires, de la France Insoumise.

Quelle trace restera-t-il de cette effervescence à mon retour ? Sans doute pas grand chose à la Une, mais les fractures seront restées dans les têtes et, autre bizarrerie, c’est une élection qui n’intéresse plus grand monde depuis un certain temps qui risque de remettre un jeton dans le bazar : les élections européennes.

Mais revenons chez nous. Pour E. Todd, les élections françaises sont devenues une vaste blague depuis que la France est dans l’Euro. A partir du moment où l’on se trouve dans un système monétaire unique et qu’on n’est pas la puissance dominante, dit-il, l’Etat perd sa réalité. Le pouvoir du Président français, en matière de politique économique, en particulier, est réduit, à ses yeux à des actions très à la marge (ce que je ne suis pas loin de penser). Ce que P. Mendès-France pressentait déjà dès 1957, sur un mode moins provocateur :

« Mes chers collègues, il m’est arrivé souvent de recommander plus de rigueur dans notre gestion économique. Mais je ne suis pas résigné, je vous l’avoue, à en faire juge un aréopage européen dans lequel règne un esprit qui est loin d’être le nôtre.

Sur ce point, je mets le gouvernement en garde : nous ne pouvons pas nous laisser dépouiller de notre liberté de décision dans des matières qui touchent d’aussi près notre conception même du progrès et de la justice sociale ; les suites peuvent en être trop graves du point de vue social comme du point de vue politique.

Prenons-y bien garde aussi : le mécanisme une fois mis en marche, nous ne pourrons plus l’arrêter. »

La commission européenne vient de rejeter le budget italien. Le Gouvernement transalpin choisira-t-il le bras de fer ou le bras d’honneur ? Vous me direz, c’est plus difficile que de mettre le nez de  l’Union (sic) européenne dans ses lâchetés migratoires en fermant ses ports. Mais tout de même …

Sur cette question, je vous laisse. Ce blog prend ses quartiers … d’été tardif.

Où il sera question d’Europe, de ciel et de mémoire

Ana, Bruno, Carmen, Dylan, Eleanor, Fionn, Georgina, Emma, Felix, Gisèle, Jebi, Florence,  en attendant  Isaac  … Cela ressemblerait presque à une petite troupe de louveteaux mais il ne s’agit  pas de cela mais d’ouragans, de tempêtes, de typhons qui se sont succédés ces derniers mois. Les cieux se fâchent, les températures se lâchent. Sans doute des grains météorologiques à l’échelle de l’histoire climatique mais de sacrées perturbations à l’aune d’une vie.

Le thermomètre européen ne va guère mieux. Après la Pologne, voici, à son tour, la Hongrie menacée de sanctions au titre de l’article 7 du traité de l’Union européenne, lequel permet de suspendre le droit de vote d’un Etat membre au Conseil européen. Cette procédure complexe a peu de chances d’aboutir mais souligne, s’il en était encore besoin, l’état d’osteoporosité avancée de ce qu’on ose encore nommer Union européenne.  Ce n’est même pas le Nord contre le Sud, ni l’Est contre l’Ouest mais un peu tout cela, un magma au dessus duquel flotte un mot : illibéral. Un mot où l’absence de générosité (l’une de ses acceptions) compte moins que la contestation d’un ordre politique jusque là peu  « challengé » au sein de l’UE (ou ce qu’il en reste). A ce niveau d’union, pas besoin d’adversaire. L’effondrement, que j’évoquais il y a peu, prend ici encore ses aises.

E. Macron se cherche des partenaires et des appuis quand l’air n’est pas au rassemblement.  C’est, peut-être, chez lui, un singulier côté Don Quichotte luttant contre des moulins dopés aux vents contraires …

Pour l’heure, je ne peux qu’approuver ses décisions de ce jour :  la  reconnaissance du rôle de l’Etat dans la mort du jeune mathématicien Maurice Audin, et celle d’ouvrir les archives de l’État concernant les disparus de la guerre d’Algérie.

Je ne sais si le travail de mémoire qui s’ensuivra sûrement est compatible avec notre fond réfractaire. Certains ne manqueront pas, non plus, d’observer que son âge, comme il en fut de Chirac pour la rafle du Vel d’hiv, lui donnait cette distance qui permet de reconnaître la responsabilité où elle fut. Mais le fait est là.

Il en est des fractures historiques comme des soubresauts climatiques et d’autres traumatismes encore : la résilience est un travail au long cours.

Photo S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Où en sommes nous ?

C’est la question à laquelle s’est attelé E. Todd dans un livre que je n’ai pas encore lu.

Je ne l’imiterai pas ici mais l’actualité récente donnerait presque envie de faire un petit bilan personnel.

Le récent écroulement du viaduc de Gênes m’a ramenée à une série d’émissions consacrées à l’effondrement sur le site « Arrêt sur images ».  Je me suis tout d’abord dit qu’il s’agissait d’un sujet bien grave pour une période où l’on se voudrait plus futile. Mais à la réflexion …

Effondrement économique, écologique, démocratique… ?  Notre monde en est-il là ?  Ou est-il simplement « en crise » ? Allez savoir. Sur la démocratie, je ne suis guère optimiste, surtout chez nous où le présidentialisme de la 5ème République s’est trouvé renforcé par la réduction du mandat du Président à 5 ans et l’inversion des calendriers des élections. Chaque projet de loi qui passe, mal ficelé pour celui qui m’occupe en ce moment (c’est peu de le dire), est voté sans coup férir par une majorité qui n’a même pas besoin de se compter.

Mais revenons à Arrêt sur images.

La première émission m’a fait découvrir une discipline dont j’ignorais l’existence :  la collapsologie.

Selon le site http://www.collapsologie.fr, la collapsologie est « l’exercice transdisciplinaire d’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder, en s’appuyant sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition et sur des travaux scientifiques reconnus » (Servigne & Stevens, 2015). Son objectif est de nous éclairer sur ce qui nous arrive pour pouvoir discuter sereinement des politiques à mettre en place.

“Dans nos sociétés, très peu de gens savent aujourd’hui survivre sans supermarché, sans carte de crédit et sans station-service. Lorsqu’une société devient “hors-sol”, c’est-à-dire lorsqu’une majorité de ses habitants n’a plus de contact direct avec le système-Terre (la terre, l’eau, le bois, les plantes, etc.), la population devient entièrement dépendante de la structure artificielle qui la maintient dans cet état. Si cette structure, de plus en plus puissante mais vulnérable, s’écroule, c’est la survie de l’ensemble de la population qui pourrait ne plus être assurée.” (Servigne & Stevens, 2015:125).

Tout cela fait un peu froid dans le dos  mais l’effondrement de la civilisation industrielle est – elle  LA catastrophe ? Celui-ci a quelques objections sur le sujet.

Moralement notre belle civilisation industrielle me semble soluble (chez les pays occidentaux) dans un individualisme et un populisme déprimants. L’Europe, pour ne citer qu’elle, est en train de pourrir par la tête.

« Il a fallu 3 jours de négociations entre 6 chefs d’Etat pour décider d’accueillir… 141 personnes dont 60 en France. Pas de quoi pavoiser », twitte celui-ci.

Je ne sais quelles sont les conclusions d’E.Todd mais, pour sûr, l’heure n’incite pas à la rêverie.

Pendant ce temps,  la faucheuse continue son oeuvre. Respect Aretha

Téléscopages

Panthéonisation de Simone Veil, mort de Claude Lanzmann, l’actualité nous ramène à d’autres temps qui ne nous ont jamais vraiment quittés, en même temps qu’elle nous confronte à la résurgence d’un chacun pour soi désespérant. L’erreur de gens comme moi est d’avoir pensé que cette Europe pouvait être autre chose qu’une zone de libre circulation, principalement des marchandises et des capitaux.

A la faveur (sic) de la  « crise migratoire » ressort sur les réseaux sociaux une information qui date d’il y a (presque) 3 ans et dont le journal Le Monde s’était fait l’écho dans un article du 24 septembre 2015  :

« La ville de Dachau va loger des réfugiés dans une dépendance du camp ».

https://abonnes.lemonde.fr/europe/article/2015/09/24/la-ville-de-dachau-va-loger-des-refugies-dans-une-dependance-du-camp_4770337_3214.html

L’article n’avait suscité, à l’époque, qu’une vingtaine de commentaires mitigés dont certains, minoritaires, m’ont, alors, laissée mal à l’aise  :

« Je suis d’accord avec cette décision. La mémoire n’empêche pas d’être pragmatique. Ces gens ont besoin urgemment d’un toit, et jusqu’à preuve du contraire, ces bâtiments en possèdent et sont inoccupés. »

ou bien

« Si les conditions d’accueil sont convenables, pourquoi pas ? Il ne faut pas confondre mémoire et fétichisme. »

En 2015, l’Allemagne accueillait plus d’un million de réfugiés, ce qui peut « expliquer » cela (quand nous n’en accueillions à l’époque que …?). Depuis lors, la chancelière essaie de sauver sa coalition et le discours a bien changé. Qu’en est-t-il de ces réfugiés à Dachau, s’il en existe encore ?

Pour autant, sur le fil twitter hexagonal, les  termes du  » débat »  n’ont guère changé ….la seule question que je me pose est celle de savoir si les réactions minoritaires d’il y a 3 ans  le sont encore. Allez savoir pourquoi j’en doute…

Je suppose qu’ Auschwitz est trop emblématique pour qu’on songe à pareil « recyclage », encore qu’on pourrait presque, à ce degré de cynisme immobilier, se poser la question pour le camp I qui n’était pas, il me semble, considéré comme un camp d’extermination contrairement au camp 2 (Birkenau). Mais la Pologne n’est guère encline à ouvrir ses frontières et le cas ne devrait pas se présenter.

Je repense à Eva, que je n’ai pas connue, mais dont ma mère m’a souvent parlé, – elles s’ étaient rencontrées avant-guerre en Auvergne dans le cadre de rencontres d’universitaires catholiques (comment Eva était -elle arrivée là ? Mystère, il faudrait que je remette la main sur son livre  » j’étais le numéro 20832 à Auschwitz ») – ,  née  en 1918, dans une famille, qu’elle qualifie elle-même de  « socialiste, franc maçonne et juive ».  Son père fut déporté parmi les premiers en décembre 1941. Raflées le 16 juillet 1942, Eva et sa mère furent envoyées à Drancy puis déportées à Auschwitz la même année. Sa mère quinquagénaire  fut gazée dès son arrivée. Eva, elle, survécut à 30 mois de déportation, aux sélections, à la maladie, à la folie peut-être.  Sa fiche Wikipedia ne porte pas de date de décès. Qui sait si elle n’est pas encore parmi nous, centenaire, à Argenteuil. Ma mère (née en 1924)  a voulu le savoir et a écrit à la mairie.  Elle se sont brouillées en 1956 : Eva justifiait l’intervention des soviétiques à Budapest qui révulsait ma mère.

Je repense à Hélène, que j’ai connue, déportée dans le même convoi que Simone Veil et dont j’ai déjà parlé notamment ici :

http://sylvieculture.blog.lemonde.fr/2013/06/21/voyage-de-memoire-evocation-dhelene-p-2/

Qu’ auraient-elles pensé du visage européen de ces derniers mois ? J’aurais bien aimé le savoir.

Vous me direz, les bâtiments qui abritèrent un jour ce qui fut le camp de Drancy sont aujourd’hui occupés par des gens qu’on laisse se débrouiller avec la mémoire.

En attendant, qui sait si cet exemple bavarois n’incitera pas Gérard Collomb, au nom d’un « sain » pragmatisme budgétaire,  à « réaffecter » le camp du Struthof ou d’autres encore, susceptibles d’être retapés à moindre frais, s’entend. La construction de logements décents et accessibles aux « infortunés » attendra. Je plaisante à peine.

Docteur Folamour le retour

J’avais d’abord pensé à intituler ce billet « l’ami américain » (sic). Mais le parallèle entre le contexte actuel et le film de Wim Wenders était un peu tiré par les cheveux. Qu’on en juge.

Jacques Morice dans une critique du film daté de 2015 écrit notamment dans Télérama  : Entre Melville et Patricia Highsmith, Wim Wenders décrit la trajectoire d’un homme malade qui, se sachant condamné, accepte un contrat criminel. A l’aube ou au crépuscule, le réalisateur filme des villes — le port de Hambourg, la Défense à Paris, New York — s’attarde à leur périphérie. Il dépeint aussi une histoire d’amitié, de fascination trouble entre deux hommes secrets, et deux continents.

Cet homme malade pourrait être l’Europe définitivement colonisée qui ne sait comment s’affranchir de cette vassalisation. Quant au contrat criminel …

J’ai également pensé à l’oncle Donald même si là encore le parallèle avec le personnage de Walt Disney peut sembler bien lâche à quelques traits de caractère près : la colère et une certaine hystérie. Le réalisateur Jack Hannah disait de lui  : « il était difficile de trouver des histoires pour Mickey… vous ne pouviez pas trop le bousculer. Dingo ? vous ne pouviez vous en prendre à un simple d’esprit… Donald était très facile à utiliser… Donald pouvait être n’importe quoi. »

C’est à cette prévisible imprévisibilité que se heurte la « raisonnable » et, sans doute aussi, présomptueuse Europe. Qu’il s’agisse de l’accord sur l’aluminium et l’acier, de celui sur le climat ou le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, Trump n’a cessé de s’asseoir sur les dirigeants européens. Dernier avatar donc, le retrait de l’accord sur le nucléaire iranien.  E. Macron puis A. Merkel en suggérant que l’accord signé en 2015 pouvait être amendé afin d' » harmoniser » les positions trumpistes et européennes ont-ils donné des billes supplémentaires à l’Oncle Donald ?  Sans doute pas mais on aurait peut-être pu s’éviter cela :

Où il s’avère que la diplomatie « pelliculaire » et de la virile poignée de main ne mène pas à grand chose. D’ailleurs, à bien y regarder, comment espérer convaincre cet homme :

Certes, la puissance du dollar et les lois d’extraterritorialité, qui permettant aux autorités américaines de poursuivre les groupes étrangers (1), n’ont pas attendu l’arrivée de Donald Trump pour réduire l’Europe à quia. Mais la séquence nucléaire actuelle a, comme le dit Jupiter, ouvert une plus qu’inquiétante boite de Pandore. Voyons plutôt.

Sans compter ce que l’on sait ou ne sait pas de l’arsenal russe, ce que l’on croit comprendre de la diplomatie poutinienne…et l’évaluation incertaine à ce jour des conséquences de la récente escalade militaire entre Israël et l’Iran sur le terrain syrien…et tant d’autres « données » que j’oublie :  la Turquie, les Saoudiens …

Aussi la référence au Docteur Folamour m’est apparue la plus pertinente. Pendant ce temps là Jupiter reçoit, ce jour (providentielle Ascension), le Prix Charlemagne (https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_international_Charlemagne_d%27Aix-la-Chapelle) et cette photo m’en rappelle une autre :

Le président Emmanuel Macron lors d’une manifestation pour le prix Charlemagne de la jeunesse, à Aix-la-Chapelle, le 9 mai.

Pauvre Saint-Jean Népomucène dont l’histoire n’incite pas non plus à l’optimisme ….

(1)  « Diplomatie, défense et dollar forment un tout », rappelle l’économiste Barry Eichengreen. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont su plus que quiconque utiliser l’arme monétaire pour arrimer leur pouvoir. Mais à partir des sanctions contre l’Irak dans l’embargo pétrole contre nourriture, et plus encore à partir de la crise de 2008, Washington a doublé son pouvoir monétaire d’une arme juridique : l’extension sans fin des pouvoirs de la justice américaine.

Lors des premières mises en œuvre par la justice, plusieurs juristes ont mis en garde contre cette prérogative sans limite du droit américain sur tous les échanges internationaux, sous prétexte que le dollar était utilisé. Ces dispositions leur semblaient contraires au droit international, à la souveraineté des pays, insistaient-ils. Un rapport de l’assemblée nationale, rédigé en 2016 par Pierre Lellouche et Karine Berger,soulignait de son côté les dangers liés à cet usage extensif du droit par les États-Unis : les groupes européens en ont été la cible principale, ont dû payer des amendes records et pour certains, à l’image d’Alstom ou Technip, sont passés sous contrôle américain par la suite (Source : Martine Orange, Mediapart, « Le dollar arme suprême de Donald Trump).

vendredi climatique

La Normandie, le Cotentin et la région parisienne sous la neige : extrait d’une image acquise par le capteur MODIS du satellite Terra le 14 mars 2013.
Crédit image : NASA / GSFC MODIS Rapid Response

Obnubilés par le réchauffement climatique et son cortège récent de pluies languissantes, nous voilà désemparés par ce réveil du général hiver. Saisis, immobilisés, déboussolés, paralysés. Les avions et les trains tournent au ralenti, les bus sont  aux usagers absents. Les effectifs dans les bureaux fondent, l’éloignement contraignant un certain nombre à rester chez eux. Les autres s’essaient aux glissades contrôlées dans les rues. Des photos de villes et de paysages enneigés déferlent sur facebook. Il est vrai que cette blanchitude est belle à regarder … car le ciel n’est pas encore tombé à hauteur d’yeux  (Je me souviens d’un séjour chez des amis allemands pendant lequel il avait neigé sans discontinuer. On n’y voyait pas à dix mètres et ce confinement dans un coton persistant avait quelque chose d’angoissant … enfin pour moi. Soudain ne presque plus rien voir du monde autour de soi ….).

Par suite des intempéries ….  j’imagine la litanie dans les stations de métro (que je ne fréquente plus guère, travaillant près de chez moi), les gares, les aéroports ou les services des entreprises. La mienne n’échappe pas à l’épidémie :  « Suite aux intempéries de ce jour, plusieurs services ne pourront être assurés correctement. La société prestataire pour notre standard n’a pu intervenir pour l’ouverture et la fermeture de celui-ci, aussi X assure les appels depuis ce matin. Le standard fermera à 16 h15 ce jour exceptionnellement. La poste n’assurera pas l’enlèvement du courrier. Le personnel de ménage interviendra dans vos bureaux plus tôt qu’habituellement, vers 16h30-17h00 « .

Outre atlantique, notre désorganisation consécutive à quelques centimètres de neige amuse.

Petit exemple pour égayer ce billet (la video date de 2013 année pendant laquelle  nous avons subi un autre épisode neigeux …que j’avais oublié).

J’ironise par procuration, mais nos petits déboires n’ont rien à voir avec la situation des migrants et des sans – abri, vous avez ces gens qui, à en croire certains imbéciles, ont choisi de vivre dans la rue ou plutôt de mourir de froid, en l’occurrence. Avec les compliments de Jupiter et son zélé vizir intérieur.

Par suite des intempéries … quel bilan dans les rues ?

Le Monde, pour l’heure, lance un appel à photos … « Vous vivez dans un département sous la neige ? Les routes que vous empruntez sont recouvertes de verglas ? Vous êtes bloqué dans un aéroport ? Envoyez vos plus belles ou plus insolites photos à l’adresse e-mail photoslemonde@gmail.com. Merci de préciser la date et le lieu de la prise de vue. »

Je ne sais si l’on peut classer le migrant ou le SDF congelé dans le beau ou l’insolite…En tous cas ils ne me paraissent pas bienvenus dans la proposition.

Sur le front des idées, le froid domine aussi en Europe.  En Autriche, l’extrême droite fait son trou obtenant trois ministères régaliens : la défense, l’intérieur et les affaires étrangères. En Allemagne, elle entre au Bundestag. La Tchéquie, elle, réélit un président pro-russe, pro-chinois et anti-migrants, jumeau sur ce dernier point du premier ministre Hongrois. La Pologne adopte une inquiétante loi sur la Shoah. Sans revenir sur la politique migratoire de notre gouvernement….

Et pendant que je frissonne en gris et noir, vous savez quoi ? Il a aussi neigé sur Tokyo.

 

Hiroshige Utagawa (1797-1858)
Oi (47ème étape)
Série des 69 étapes du Kisokaidô
(C) RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Mathieu Rabeau