Visages

En retrouvant cette photo prise au Népal en 2008, j’ai tout de suite pensé à d’autres enfants, coincés dans l’enfer de Gaza.

Je me souviens : peu après ce 7 octobre 2023 effroyable, les morts des kibboutz et les otages israéliens du Hamas, enfants comme adultes, eurent tôt fait d’avoir un visage, un nom, une histoire, une individualité.

Les morts palestiniens qui s’ensuivirent se résumaient, le plus souvent, en un chiffre. Un chiffre qui augmentait tous les jours et continue d’augmenter. Les victimes civiles de la réplique d’Israël au 7 octobre ne méritaient, à écouter certains éditorialistes bien de chez nous, qu’à peine être nommées comme telles : victimes. Une présomption de culpabilité définitive et sans appel pesait sur elles du fait de leur seule appartenance au peuple palestinien.

« Il y a une différence à faire entre des gens qui sont des civils, qui sont assassinés dans la rue par des commandos islamistes et les victimes collatérales de bombardements consécutifs à cette attaque. Il faut marquer cette différence, c’est même très important de la faire. » (Raphael Enthoven 10-10-2023). « On ne peut pas comparer le fait d’avoir tué des enfants délibérément comme le Hamas, et le fait de les tuer involontairement comme Israël » (Caroline Fourest 29-10-2023).

Le calvaire quotidien des gazaouis, les images d’enfants traumatisés sortis des décombres, les corps anonymes empilés dans des linceuls de fortune, et j’en passe, donnés à voir sur les réseaux sociaux via des vidéos postées en désespoir de cause, le nombre journalistes palestiniens tombés sous des tirs qui ne semblent rien avoir de fortuit ne semblaient rien pouvoir changer au désordre infernal des choses.

Le journal Le Monde restitue leur histoire et un visage à certains de ces corps palestiniens. Une présence. Une chose que l’on aimerait, peut-être, pour soi-même : rester même de manière infime dans le souvenir commun. C’est ici :

https://www.lemonde.fr/international/article/2024/02/12/les-visages-du-massacre-dans-la-bande-de-gaza_6216068_3210.html

Je ne sais pas à quoi cette prévenance du journal répond : trop plein d’images et de larmes ? Une réponse convenue serait : « comprenez, à ce stade, il faut revenir à un certain équilibre ».

Depuis, la famine s’est installée à Gaza et des images qui en rappellent d’autres aussi. Qui amènent certaine éminente à réclamer « que cela cesse ».

Mais qu’espérer quand deux parties jouent à la stratégie sans issue et que celle qui pourrait peut-être stopper la boucherie, dans un « en même temps » absurde, livre armes d’un côté et largue vivres de l’autre de manière si anarchique qu’on se demande ce qui parvient véritablement aux affamés ?

Et les otages me direz-vous ? Les familles qui essaient de savoir ce qu’ils deviennent se font tabasser par la police d’un homme qui n’a en tête que lui même comme celui dont il espère la victoire aux prochaines élections présidentielles américaines