Travail et emploi

Traverser la rue est une action anodine mais je ne pensais pas qu’elle puisse être si riche …d’enseignements.

Or donc, voilà un jeune horticulteur qui cherche du travail dans sa branche et n’en trouve pas. Revoyons la séquence initiale :

Horticulteur ?  La belle affaire … il peut patienter en faisant la plonge.

Toute autre est la réponse de Jupiter à ce jeune qui a des ambitions plus nobles (mais je me suis demandée si derrière l’obséquiosité de ce dernier ne se cachait pas un vrai foutage de gueule) : devenir énarque.

http://www.francesoir.fr/politique-france/il-veut-etre-enarque-macron-ne-lui-conseille-pas-de-traverser-la-rue-video

Là, pas besoin de traverser la rue mais un conseil présidentiel plutôt amène : «  »D’abord réfléchissez au métier que vous voulez faire » », en somme Jupiter reconnait à celui-ci le temps et le privilège refusés à celui-là.

Je me suis mise, alors, à songer qu’il y avait aussi une rue entre travail et métier, entre travail et emploi. Un petit truc qualitatif – par exemple, on ne dit jamais d’un acteur qu’il est utilisé  à contre-travail mais  à contre-emploi, ce qui induit qu’il y a chez lui quelque chose, certaines qualités (ou pas) qui inciteraient à lui confier un certain type de rôle – qui distingue l’actif (car tout le monde n’est pas salarié) de la bête de somme. Et celui qui a les moyens d’attendre de celui qui ne les a pas.

La Constitution me conforterait presque dans mes élucubrations. Selon le préambule de la Constitution de 1946 auquel renvoie notre Constitution actuelle :

« Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi. Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances ».

Devoir d’un côté, droit de l’autre…en somme si, par malchance, vous ne trouvez pas d’emploi vous avez le devoir de travailler. Je me doute que ce n’est pas vraiment le sens de la phrase mais c’est celui qu’on tend à lui donner et la séquence présidentielle ne déroge pas à la règle.

Préambule qui dit aussi :

« Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité »

je souligne car je croyais naïvement qu’il en était ainsi des trains, par exemple. Un service en voie de privatisation rampante chez nous quand  le Royaume – Uni semble vouloir reprendre la main sur ces lignes que l’adoratrice de Tina avait sauvagement privatisé dans les années 80.

Enfin, bon, en attendant, les débouchés de la laborieuse voirie présidentielle, ont amusé les twittos et ce chroniqueur que j’aime bien

Chômeurs en fin de droit bien décidés a traverser la rue pour trouver un travail.

fragments hebdomadaires en b

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(ça c’était avant « le changement c’est maintenant »)

 

Blog. Je ne sais pas pourquoi je me suis imposée une livraison hebdomadaire. Sans doute pour conjurer une paresse naturelle. Ou pour délier une écriture qui ne me vient pas aussi facilement qu’on pense. Commencé sous le signe du voyage, ce blog continue sous celui de l’humeur. Je m’apprêtais à vagabonder sur la rencontre historique et havanaise du Pape François et du Patriarche Kirill ( en terre cubaine comment qualifier ce rapprochement après presque 1000 ans de schisme ?  Si la religion est l’opium du peuple,  la patrie de Fidel en est-elle la fumerie ultime ?) quand est tombée la bombe « El Khomri ».

Boulot.  On croit avoir touché le fond et l’on découvre qu’il est mutiple et infini. Le plus étonnant est la neutralité des titres de la presse spécialisée  sur cet avant – projet de loi qui (entre autres choses : Macron, El Khomri, faut-il voir dans ces textes boursouflés aux allures d’auberge espagnole la marque de notre ibère premier ministre ?) :

– viserait à réformer la durée du travail  (alors qu’il s’agit d’un dynamitage en règle du peu qu’il en reste)

– définirait le barème des indemnités de licenciement sans cause réelle et sérieuse (ce qui aura pour conséquence de priver de tout effet l’exigence d’une telle cause : l’employeur, au fait de la peine encourue, provisionnera, et licenciera en toute illégalité sans aucun état d’âme) ;

– réformerait en profondeur le droit de la négociation collective avec pour objectif principal de la booster (quand il s’agit, du moins en partie, de contourner l’opposition des syndicats en faisant valider des accords minoritaires par référendum de salariés … dont la situation de l’emploi tiendra la main),

le tout  en introduisant en préambule d’un Code fracassé, une liste de principes essentiels, dont la force juridique reste à établir,  portée par une « figure tutélaire » de la droite socialiste dont on aurait aimé qu’elle en reste aux sujets qu’elle connait.

Comme si cela ne suffisait pas, l’ingénue ministérielle, dont on ne sait si elle comprend ce qu’elle dit ou a décidé de ne pas comprendre par opportunisme bien compris, lui, annonce en substance et tranquillement (article dans le journal les échos du 18 février) qu’en cas de mauvaise humeur parlementaire on fera usage de l’article 49-3 de la Constitution (qui n’a qu’un seul mérite, celui de permettre au représenté de jauger le courage et les convictions de son représentant).

« Le débat va être très nourri, car il y a un changement de philosophie important. Je le redis : nous voulons faire avancer le pays par le dialogue social, garantir davantage des droits réels et rendre les entreprises plus compétitives. »

Quand on annonce, à mots à peine couverts, avant toute discussion, qu’on envisage en cas de « blocage », de museler le Parlement, on se demande où va aller se réfugier ce fameux dialogue.

Intitulé « projet de loi visant à instaurer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs », la philosophie du texte, qui prend soin de ne pas utiliser le mot salarié dans son titre, laisse songeur. Mais, au fond, peut-être ne va-t-il pas assez loin. La double peur évoquée par P. Gattaz (celle des patrons d’embaucher et celle des salariés d’être licenciés) pourrait être avantageusement remplacée, pour peu que l’activité le permette, par la transformation du travailleur (mot qui sent le vieil encaustique) en autoentrepreneur. Plus d’embauche puisque l’autoentrepreneur serait prestataire de services indépendant et plus de licenciement … pour la même raison. La vie ne serait-elle pas plus belle comme ça ?

Le site satirique Gorafi.fr n’est pas loin d’abonder dans mon sens :

« Selon la nouvelle ministre du travail, il était plus que temps de s’attaquer à cet épineux problème de versement de salaire. « Oui c’est un très vieil acquis social mais qui n’a plus lieu d’être au regard de l’économie d’aujourd’hui, en 2016 » explique Myriam El Khomri qui a suivi les conseils de Pierre Gattaz : « Chaque année, nous demandions au gouvernement de mettre fin à ce diktat financier et syndicaliste qui force les pauvres entrepreneurs à verser de l’argent à des gens qu’ils connaissent à peine, et, ce, chaque mois !».

Délivrées de cette charge, les entreprises devraient voir leur bénéfices augmenter très rapidement et plusieurs grands patrons se sont immédiatement félicités d’une telle mesure. « C’est une fantastique initiative pour l’investissement, cela va dégager des sommes faramineuses » s’est réjoui un autre patron pleurant de joie, ajoutant que cela permettrait peut-être aussi des embauches en masse. « Près de 98% des patrons se disent prêts à embaucher quelqu’un s’il n’y a plus d’obligation de salaire, c’est un signal fort pour l’économie » ajoute aussi Pierre Gattaz.

La ministre réfléchit aussi à d’autres possibilités d’amélioration du droit du travail comme par exemple l’obligation pour un salarié de verser une prime ou un salaire à son employeur pour le remercier de lui donner du travail. Et la ministre d’expliquer très simplement la méthode de calcul. « Versé chaque mois, cela pourrait être calculé sur les heures passées par l’employé dans l’entreprise »

Bourdon.  A ce stade, face à cette violence d’État, vous dites – vous, il n’y a plus rien à réformer. Si,  les congés-payés, par exemple : pourquoi payer des feignasses qui osent se dorer au soleil ou, pire, polluer nos jolies plages de leur grossière présence, au lieu de faire ce pour quoi elles sont faites : travailler ?

Blum est mort, vive notre matador social catalan, amoureux d’une entreprise qu’il n’a jamais fréquentée que d’en haut et de loin.

Pas sûr que la réconciliation entre un parti qui aura avalisé tous les reniements et son électorat se produise avant longtemps : Cuba existera-t- elle encore ?

Heureusement…

Belle. Il y a de belles personnes comme cette femme souriante, qui, paisible derrière son buffet d’orgue, jonglant avec les rythmes et les jeux, passant sur nos imperfections musicales, nous soustrait du chaos par son harmonie intime.