Affaires courantes

Le canard enchaîné du 17-7-2024

Elle s’appelle Ella Kelian, se présente sur X (ex-twitter) comme conseillère politique et image, et digresse sur la singulière situation politique qui est la nôtre et plus particulièrement sur la nomination d’un nouveau Premier ministre.

Imaginer « qu’Emmanuel Macron pourrait céder à la pression de campagnes fantoches, est franchement mal connaître l’intéressé, car le locataire de l’Élysée n’entend être en cohabitation qu’avec lui-même, et après qu’il ait gouverné aux 49-3 et aux flashballs, il faut être bien naïf pour croire encore que prendre l’opinion à témoin pourrait avoir un quelconque effet sur lui…

D’un point de vue purement politique, le Président de la République n’a pas passé son temps à courir après la Droite et ses extrêmes pour céder à la pression légitime de la Gauche- NFP, quant à offrir un tremplin à la Droite pour 2027, autant ne pas y penser…

Pour toutes ces raisons, Emmanuel Macron pourrait choisir un profil hybride pour Matignon, issu de la société civile pas vraiment de Gauche mais clairement compatible avec la Droite, inconnu du grand public, ce qui brouillerait la lecture politique de son choix…

Un Premier Ministre qui n’aurait jamais eu aucune opportunité de l’être un jour, mais qui par cette nomination surprise, serait entièrement redevable au Président de la République, qui pourrait ainsi lui imposer la composition de son gouvernement, tout en étant considéré bien plus comme un mentor que comme un Président en minorité…

Emmanuel Macron a également le choix de recruter un ténor de la politique, pour plaider ainsi la prime à l’excellence politique sur l’idéologie politique, en s’assurant que le ténor en question agisse en responsabilité sans détricoter le précédent quinquennat ni saborder le présent, offrant au Président de la République l’image non pas de cohabitation au sein du pouvoir mais de convergence des compétences au service de la Nation…

Ce pourquoi à ce jour aucun des candidats en compétition pour Matignon n’en franchira le parvis en tant que Premier Ministre sous Macron ».

Bien, c’est un peu définitif et ça se discute aussi. Mais ce qui me frappe surtout, c’est que cette situation ambiguë colle surtout très bien à notre Président qui semble absolument s’en satisfaire, d’autant plus qu’elle agace tout le monde à commencer par les ministres démissionnaires.

Gouverner seul n’est-ce pas son rêve ultime ?

Combien de temps peut-il faire durer son plaisir monarchique ? C’est là que l’on en revient aux « affaires courantes ».

Selon Madame Wikipedia, « la notion « d’affaires courantes » désigne à la base l’ensemble des tâches, affaires, décisions que peut prendre l’autorité sans avoir besoin de ses pleines prérogatives. Cette définition est plutôt large et vague, et la notion d’affaires courantes n’est guère délimitée clairement, relevant plus de l’expérience politique et de la coutume que du droit et de la législation ».

La pratique constitutionnelle récente du Président – passer par un projet de loi de financement de la sécurité sociale rectificatif lui permettant d’utiliser l’article 49-3 pour faire adopter la réforme des retraites ou bien la séquence actuelle ouverte après les législatives- donne à penser que le respect des coutumes n’entre pas particulièrement dans son logiciel.

Pour autant, il paraît difficile de faire entrer les projets de financement de fin d’année (sécurité sociale, budget) dans la notion d’affaires courantes.

Il faudra bien en sortir.

L’article 8 de la Constitution dispose sobrement : « Le président de la République nomme le Premier ministre« . En cas de cohabitation (pas de majorité présidentielle à l’Assemblée nationale), il a jusqu’ici toujours été admis que le président de la République nomme un Premier ministre issu de la nouvelle majorité. Oui, mais voilà, de quelque façon qu’on retourne les cartes, il n’y en a pas de « naturelle » actuellement à l’Assemblée nationale. Elle est à construire.

Pour Ella Kelian, le choix présidentiel est déjà fait. Qui sait ? Partant du principe que « personne n’a gagné », le gag serait qu’il reconduise une équipe exécutive assez proche de l’actuelle (le mot remaniement circule d’ailleurs dans les gazettes) ! Au risque d’une censure qui ne manquera pas, de toute façon, d’être déposée contre le nouveau Gouvernement quel qu’il soit.

Pour l’heure entre baignades et papouilles olympiques il profite de l’effet anesthésiant des jeux. Quant aux affaires courantes expédiées en coulisses, seront-elles rattrapables ?

Clarification bazardeuse

La dissolution devait permettre de clarifier la situation après des élections européennes cruelles pour le parti présidentiel. Il s’agissait pour E. Macron, selon certains commentateurs, de débusquer les « incohérences » de ceux tentés de nouer des « alliances contre nature » (la gauche de gouvernement avec les « insoumis », certains LR avec le RN). Et de se replacer au centre du jeu. « Je leur ai balancé ma grenade dégoupillée dans les jambes. Maintenant on va voir comment ils s’en sortent…  ».

A l’arrivée, 3 blocs à peu près équivalents à l’Assemblée Nationale. Le RN donné gagnant est arrivé en troisième position derrière la coalition présidentielle et le nouveau front populaire en tête. Aucune majorité d’où que l’on regarde. Le Gouvernement est maintenu en place et « l’ensemble des forces politiques se reconnaissant dans les institutions républicaines, l’Etat de droit, le parlementarisme, une orientation européenne et la défense de l’indépendance française », sommées »d’engager un dialogue sincère et loyal pour bâtir une majorité solide, nécessairement plurielle, pour le pays ».

Où l’on voit retinter, en filigrane, cette petite musique de l’ « arc républicain » dont sont exclus les « extrêmes », à savoir, le RN d’un côté, et La France Insoumise de l’autre.

Depuis dimanche, les tractations vont bon train et les boîtes à claques sont de sortie. Le jeu des désistements au second tour pour contrer l’élection de députés RN a brouillé les cartes tant à droite qu’à gauche. Chacun revendique le droit de former le nouveau Gouvernement et y va de sa menace de motion de censure.

Chez les macronistes on songe à une alliance entre le camp présidentiel et le parti Les Républicains. Mais c’est compter sans Laurent Wauquiez. « Nous ne participerons pas à des coalitions gouvernementales », a dit celui qui dirige encore la région Auvergne-Rhône-Alpes, ouvrant toutefois la voie à un énigmatique « pacte législatif » passant par des propositions de loi.

Marine Le Pen promet de censurer tout gouvernement avec des ministres LFI ou écologistes. C’est, en partie aussi, la position de certains députés macronistes ou caciques LR en la personne du Président du Sénat. « Si demain un gouvernement venait à être formé avec, en son sein, ne serait-ce qu’un seul secrétaire d’État de La France insoumise, nous déposerions immédiatement une motion de censure ».avertit ainsi Aurore Bergé.

En face le parti de Jean-Luc Mélenchon, un brin provocateur, propose 4 noms pour le poste de Premier ministre : Manuel Bompard, coordinateur national de LFI, Mathilde Panot, présidente du groupe parlementaire, Clémence Guetté, députée et cheville ouvrière du programme, ainsi que… Jean-Luc Mélenchon. Chiffon rouge assuré.

La proposition de nommer Huguette Bello, présidente du conseil régional de La Réunion et réputée proche du PCF autant que de Jean-Luc Mélenchon, qui avait rallié les suffrages des communistes et de LFI, coince au PS malgré le soutien que lui a apporté l’ex-députée de ce parti, Valérie Rabault, elle-même citée pour Matignon avant sa défaite aux législatives, Les écologistes, eux, en pincent pour Marine Tondelier. Faudrait-il en venir au conclave ?

Les noms fusent et le surplace, après la constitution éclair de ce nouveau front populaire et son succès inattendu, inquiète à quelques jours de l’ouverture de la 17ème législature, le 18 juillet 2024. Sans compter les autres questions tout aussi pendantes que celles de la désignation d’un premier ministre : quelle architecture gouvernementale, quels intitulés pour les ministères, quelle répartition des forces au sein du dispositif, qui pour présider l’Assemblée nationale ?

Bref, c’est un peu la chienlit comme aurait dit Mongénéral.

Fugitivement m’est venue l’idée d’un scenario sans Gouvernement de plein exercice « à la belge ». Mais je ne sais pas si c’est envisageable dans le cadre de notre Constitution.

Jupiter pourrait-il activer l’article 16 de la constitution qui donne des pouvoirs exceptionnels au Président ? De l’avis général, cet article aux conditions de mise en œuvre strictes, n’ a pas été conçu pour être utilisé pour régler une problématique de gouvernance nationale et pallier ainsi l’absence de majorité parlementaire. Mais pourrait-on en tordre le sens ?

En attendant, deux choses paraissent probables. Gabriel Attal devra sans doute encore patienter avant de se dégourdir le verbe à l’Assemblée. Combien de temps ? Nul ne le sait. Et les noms d’oiseau n’ont pas fini de voler à l’Assemblée Nationale

Faire du vieux avec du jeune

Je ne sais pas qui est à l’origine de la phrase : « on avait beau ne rien attendre, on est quand même déçu ».

Je pourrais aisément l’appliquer à ce remaniement ou plutôt replâtrage voire même encore recyclage ministériel.

Pas de surprise concernant les « poids lourds ».

« Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, les types de 60 kilos les écoutent » disait Michel Audiard. 

Le conseil s’adresserait pour l’heure à Gabriel Attal. Jupiter préfère garder ses barons à l’œil, plutôt que les laisser s’ébrouer sans licou dans la pampa politicienne. Autant essayer de les essorer d’ici les prochaines élections présidentielles, objet de leur convoitise désormais, quitte à leur donner un accès premium à l’Elysée sans, pour autant, se dispenser du plaisir de ces petites humiliations – évidentes aux yeux des avertis mais imperceptibles à ceux du commun des électeurs – qui font le sel de la fonction de chef de l’Etat. A vaincre sans péril etc…

Or, donc, conservent leur fonction (parfois élargies d’ailleurs) :

  • Bruno Le Maire, ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique ;
  • Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur et des outre-mer ;
  • Amélie Oudéa-Castéra, ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse, des sports et des Jeux olympiques et paralympiques. ;
  • Marc Fesneau, ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire ;
  • Sébastien Lecornu, ministre des armées ;
  • Eric Dupond-Moretti, garde des Sceaux, ministre de la justice ;
  • Christophe Béchu, ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires ;
  • Sylvie Retailleau, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Où l’on voit que, décidément, l’éducation nationale tient au cœur Macroniste : la pauvre Amélie n’aura guère de temps à travailler son sujet. A moins qu’officieusement Brigitte, qu’on a déjà senti bien tentée de laisser son empreinte, ne s’en charge au Palais – à quel titre on ne sait, elle qui n’a de l’enseignement public qu’une connaissance éloignée.

Dilution de l’éducation dans un grand ministère, donc, mais aussi de la santé, Catherine Vautrin héritant de cette charge en plus de celle du travail et des solidarités.

La nomination de Rachida Dati au ministère de la culture tend, quant à elle, à prouver qu’être en délicatesse avec la justice constitue un critère de recrutement en macronie.

Dans ce petit inventaire ministériel, on notera en passant la disparition des mots transport, logement, recherche, emploi, insertion, climat, transition énergétique, évocateurs du « commun », probablement rétrogradés au niveau de secrétariats d’Etat.

Côté recalés, outre Elisabeth Borne, on retiendra (sic), les oliviers Dussopt et Véran, ou encore Agnès Pannier-Runacher. Point de souci à se faire pour les trois premiers qui iront goûter sur les bancs de l’Assemblée Nationale les délices de ne plus servir à grand chose, à moins que leur parole ne se libère ce qui pourrait être amusant. Quant à la dernière, gageons qu’elle ira pantoufler dans le privé sauf à être repêchée comme secrétaire d’État. Mais acceptera-t-elle, elle qui fut ministre, son déclassement ?

Et le premier d’entre les ministres me direz-vous ? « Gabriel Attal à Matignon : Macron choisit le cadet de ses sosies » titrait joliment Libération. Déjà pointent dans les gazettes des éléments de langage autrefois utilisés pour vanter les qualités macroniennes : il est jeune, a une mémoire quasi absolue, ne dort jamais et est un communiquant surdoué.

Ces éminentes qualités n’intéressent cependant pas tout le monde. Le journal suisse Le Temps, s’intéresse plutôt à la « géographie » du personnage. De l’Ecole Alsacienne à Matignon, en passant par l’université Panthéon-Assas, Science Po, un stage à l’Assemblée Nationale, un passage au cabinet de la ministre de la santé Marisol Touraine, le ministère de l’Éducation Nationale, la geste Attalienne ne se déploie quasiment que sur deux arrondissements huppés de Paris.

C’est, bien sûr, secondaire mais à l’heure du « réarmement » et de la « régénération » chers au Président, l’anecdote couplée au maintien des caciques du dernier gouvernement Borne et à l’ancrage définitivement droitier de cette nouvelle équipe me laisse surtout un sentiment de redite et de rétréci.

PS : Les premières déclarations de notre nouvelle ministre chargée de l’éducation nationale semblent susciter une consternation ….olympique.

Ajustement ou remaniement ?

Selon le site Vie publique, un remaniement ministériel consiste à modifier la composition du Gouvernement pendant la durée du mandat de l’Assemblée (législature) sans pour autant provoquer sa démission. Selon son ampleur, un remaniement ministériel sera qualifié de politique lorsqu’il est important, ou de technique s’il est plus réduit.

Cet événement peut prendre trois formes distinctes :

  • un ou plusieurs ministres souhaitent quitter le Gouvernement, en général parce qu’ils se sont présentés avec succès à une élection, et qu’ils souhaitent se consacrer à de nouvelles fonctions, ou parfois à cause d’un désaccord politique. Le Premier ministre accepte leur démission, le président de la République en prend acte, et les sortants sont remplacés, le cas échéant, par de nouveaux ministres ;
  • un membre du Gouvernement peut également être révoqué, en général après avoir commis une grave faute politique (ex : annoncer la mise en place d’une politique alors qu’elle n’a pas été agréée par le Premier ministre, ou se montrer non solidaire de la politique menée). Une fois révoqué, le sortant est remplacé ;
  • souvent, le remaniement a une portée plus grande et peut concerner un nombre important de membres du Gouvernement. Il se produit soit lorsque le Gouvernement est en place depuis plusieurs années et que le besoin d’un changement se fait sentir, soit lorsqu’il essuie de fortes critiques dans l’opinion publique, voire connaît des revers électoraux. L’ampleur des changements est alors plus importante et fortement médiatisée, afin d’adresser un message de renouveau aux observateurs.

Justement. A bien y regarder, le changement d’équipe opéré hier semble presque combiner ces trois cas de figure si l’on considère la sortie de Pap Ndiaye à propos certains médias comme l’expression d’une démission subliminale, et les tripatouillages à l’insu de son plein gré de Marlène Schiappa avec son fonds Marianne comme une grave faute politique.

Mais de remaniement, au bout d’une petite année d’exercice, Emmanuel ne voulait pas entendre parler. Alors, comme à son habitude, il a joué sur les mots. « Ajustement » concéda-t-il. Concession qui sonne un peu comme « Je ne dirais pas que c’est un échec mais ça n’a pas marché ».

Ce qui n’a pas marché ? L’entrée de figures de la société civile – Pap Ndiaye en particulier, dont la nomination l’an dernier fut brandie comme un trophée – à en croire certains analystes politiques. Alors ? Retour aux fondamentaux et à la macronie représentative. Dès lors, si l’on entend par ajustement, le degré de serrage ou de jeu entre deux pièces assemblées, nous y sommes. Pour combien de temps ? Difficile à pronostiquer mais qui sait si le résultat des élections européennes ne pourraient pas conduire à de nouveaux « ajustements ». Contrairement aux compétences, les candidats ne manquent pratiquement jamais.

En attendant Aurore Bergé a décroché son bâton : le ministère des Solidarités et des Familles. Ce qui peut prêter à sourire tant la dame a fait montre jusqu’ici d’un individualisme opportuniste bien senti. Peut-être est-elle déçue d’ailleurs, elle, qui, à en croire certaines indiscrétions du Palmipède, visait l’Education Nationale ou la Culture. Les députés Renaissance, eux, sont soulagés. Le management bergesque devenait insupportable et son départ vers le Gouvernement ainsi que celui de quelques autres députés macronistes aiguise déjà les appétits..

Pour nous, spectateurs de ce énième bricolage, rien à attendre. Le changement dans la continuité, nous sommes habitués.

Interminable

C’est, alors que les températures remontent après un intermède rafraîchissant (toutes proportions gardées, mais tout de même), l’adjectif qui me vient, pour le moment (difficile de préjuger de la suite), s’agissant de ce deuxième quinquennat macronien. Long et morne comme le discours de politique générale d’Elisabeth Borne.

Le Covid, qui s’était fait discret ces derniers temps, refait opportunément (sic) surface dans nos gazettes. Le menu politique annoncé confirme s’il en était besoin cette impression : les élections ressemblent de plus en plus à des hologrammes. Ce qui a pu s’y exprimer n’a pas de densité. Ce sont juste des péripéties à peine distrayantes. Maintenant retour au sérieux.

Comme le titre assez joliment Médiapart, « À l’Assemblée, Élisabeth Borne invente le « compromis » sans concession ».

A vrai dire, c’est ce que la dame a toujours fait. Pour ce que j’ai pu observer de ma fenêtre professionnelle, lorsqu’elle était ministre du travail, le déroulé des « concertations » (puisque le mot négociation semble lui donner des aphtes) était le suivant : les représentants syndicaux étaient reçus les uns après les autres, poliment écoutés, poliment reconduits jusqu’à la sortie et découvraient au final que leurs remarques, suggestions, inquiétudes avaient coulé sur la pensée du ministre comme l’eau sur les plumes d’un canard.

L’on pourrait, si l’on est indulgent, se dire que le fait qu’ Elisabeth Borne se résolve à prononcer le mot compromis est en soi une concession. Un mot « trop longtemps oublié dans notre vie politique », a-t-elle impavidement regretté, appelant la classe politique à lui « redonner un sens et une vertu ».

« Nous mènerons pour chaque sujet une concertation dense, a-t-elle promis. Nous aborderons chaque texte dans un esprit de dialogue, de compromis et d’ouverture. […] Nous sommes prêts à entendre les propositions venues de chacun et à en débattre. »

Une concertation dense …amusant concept verbal. Dont acte, mais ne pas trop se leurrer cependant.

On pourrait même déjà voir poindre un joli trou dans la raquette méthodique : pour convaincre, relève Médiapart, la première ministre a cité dans son discours la quasi-totalité des président·es de groupes parlementaires, à l’exception de celles que la Macronie rassemble sous le vocable des « extrêmes », Mathilde Panot (La France insoumise, LFI) et Marine Le Pen (Rassemblement national, RN). Ce qui, en termes de représentation, fait tout de même du monde.

Les premiers pas de cette législature ne laissent d’ailleurs pas d’étonner. On y voit ainsi, malgré l’exclusion discursive ministérielle, le Rassemblement national se « respectabiliser » à peu de frais (2 vices présidences à l’Assemblée …vous me direz en matière de vice, c’est presque un hommage qui lui a été rendu par son vote par la majorité relative macronienne, voir billet précédent) tandis que la cohésion de la Nupes est chahutée sur fond d’affaires de mœurs.

Pour l’heure, peu de profondeur (hormis notamment l’intervention du socialiste Boris Vallaud) mais beaucoup de bruit.

La nomination d’Eric Coquerel à la tête de la commission des finances de l’Assemblée nationale a fait remonter de vieilles histoires de fesses. La seule victime ayant accepté de parler publiquement en rajoute à chaque interview après avoir initialement déclaré qu’elle ne considérait pas la drague lourdingue d’Eric comme une agression (voir article Médiapart du 2 juillet). La France insoumise faisant bloc autour de son champion, le jeune Taha Bouhafs, contraint de se mettre en retrait des élections législatives auxquelles il était candidat pour la France insoumise pour cause d’accusation de violence sexuelles, se plaint de la différence de traitement dont il fait l’objet de la part du comité de suivi contre les violences sexistes et sexuelles du mouvement et demande, ce qui se comprend, à ce que son cas soit revu de manière juste et équitable ….appuyé en cela par nombre de xénophobes et racistes brevetés, nés avant la honte comme on dit, qui l’avaient agoni d’injures lorsque son investiture avait été dévoilée.

Un « philosophe » autoproclamé qui semble avoir définitivement oublié son cerveau sur une étagère -Raphael Enthoven- s’en prend à Mathilde Panot, la Présidente du groupe des insoumis à l’Assemblée Nationale pour avoir utilisé le mot « rescapée » à l’endroit d’Elisabeth Borne dont le père connut l’enfer d’Auschwitz.

« Madame Borne, il faut le dire vous êtes une rescapée », s’est exclamée l’élue insoumise. « ‘Vous êtes la Première ministre la moins bien élue de la Ve République, vous avez maintenu un gouvernement à trous et à sursis ; trois de vos ministres ont été défaits aux législatives ; la ministre des Outre-mer a tenu trente-six jours avant de prendre la fuite ; que dire du ministre accusé de plusieurs viols, maintenu en poste jusqu’à lundi ».

Où l’on voit que l’utilisation du mot n’avait pas de lien avec le destin du père de la première ministre mais tout à voir avec l’histoire récente du Gouvernement.

Retweeté par plusieurs milliers de personnes, le message de Raphaël Enthoven a fait réagir en Macronie. Invité de Public Sénat le ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Stanislas Guérini a appelé Mathilde Panot à « corriger » et « s’excuser ». Pour le ministre délégué aux Transports, Clément Beaune, « là est l’impardonnable dérive mélenchoniste ».

Pourtant on ne compte pas les unes de journaux ayant utilisé le mot lors du remaniement ministériel….

Dans le même registre affligeant, on pourrait se demander s’il ne faudra pas bannir l’expression « se déporter » lorsqu’il s’agira d’exiger d’un membre du Gouvernement ou de son cabinet qu’il délègue l’examen de tel dossier à une autre instance en raison d’intérêts qu’il aurait pu avoir par le passé.

On en est donc là. Dans une écume de réflexion (et je suis gentille) où le pavlovisme le dispute au psittacisme. Le Gouvernement, qui s’est dispensé du vote de confiance devant l’Assemblée et n’a pas grand chose à craindre de la motion de censure déposée par la seule Nupes, a sauvé (provisoirement ?) sa tête sans gloire.

La dette publique et la réforme des retraites qui s’étaient absentées pendant la crise sanitaire -dont on peut légitimement penser d’ailleurs qu’elle est loin d’être terminée – reviennent en fanfare. Pôle emploi deviendra France travail (et pourquoi pas France famille pour les caisses d’allocations familiales et France Patrie pour le service national universel ? Tant qu’à faire dans le léger …). On distribuera des petits chèques ici et là pour calmer les précaires sans rien toucher aux fondamentaux.

Quand on traite quelqu’un comme une chaise, on court toujours le risque de s’asseoir à côté (Michel Déon – Un taxi mauve).

C’est peut-être une chose sur laquelle le Gouvernement et sa représentation devraient méditer. Mais je doute fort qu’iels le fassent spontanément.