a-voeux 2020

C’est un titre bizarre qui m’est venu comme ça. A l’heure de prendre mon stylo pour une seconde fournée de cartes de voeux, celui-ci reste en suspension. Les 10 premiers jours de 2020 ont une sale mine. Alors, cet optimisme qu’il sied de manifester en début d’année (tout nouveau tout beau) ne me vient pas.

Je pense à cette guerre qui viendra peut-être au moyen-orient, encore que les pays de cette partie du monde n’en soient jamais vraiment sortis depuis … 2004 au mieux.

Je pense à ce coursier plaqué au sol, après un contrôle routier, et dont on apprendra la mort, quelques heures plus tard, d’une asphyxie avec fracture du larynx, selon l’autopsie. Accusée, la technique du « plaquage ventral » destiné à maîtriser un individu récalcitrant. Sauf que les images diffusées sur certains médias montrent que l’homme était inoffensif.

Et puis viennent ces images de charges, hier, de forces de l’ordre contre une foule qui n’était pas agressive non plus ou celle d’un fonctionnaire de police tirant une LBD à moins de deux mètres d’un manifestant (une enquête est en cours) ou encore celles d’avocats (des gens bien mis, non ? Pas des gilets jaunes), remontés comme des coucous contre la réforme de leur régime de retraite (mais je pense aussi contre celle de la justice), jeter leur robe à terre en signe de protestation et conspuer leur ministre …

… et je me dit que cette République sans dialogue a de belles violentes impasses devant elle.

Je me console, un peu, en accueillant des petits nouveaux en ce monde, chez les uns et les autres, en se demandant ce qu’on leur laissera : des terres brulées comme en Californie ou en Australie ?

Et puis je tombe, par hasard, sur un site de citations, sur cette phrase, d’Albert Camus (dont je n’ai pas vérifié si elle était exacte parce qu’elle m’arrange bien pour la suite du billet)  » Chaque génération se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse ».

Devenus spectateurs individualistes du détricotage scrupuleux de notre microcosme social hexagonal, nous avons aussi une sale tête. Car il ne faut pas se leurrer après l’institution d’un régime universel de retraite -qui tolère déjà des « spécificités » pour reprendre les éléments de langage de ses thuriféraires- viendra le temps de l’assurance maladie, malmenée par la modération salariale, des exonérations de charges désormais non compensées (qui jouent comme des trappes à salaires), des objectifs de dépenses tirés au cordeau et consécutivement des personnels épuisés. En attendant ce à quoi je n’ai pas eu la présence d’esprit de penser.

Alors pour me distraire, presque à peine, j’écoute ça :

Fragments hebdo en f : où il est question de manifs et de sécession

 

Foule

 

En mai 1968, j’allais sur mes 11 ans et cette foule plutôt calme ne m’évoque rien. Le temps n’était pas encore à emmener les enfants dans les manifestations et je ne sais pas si mes parents y participèrent. Nous habitions une rue tranquille à l’écart des grands axes visibles sur la vidéo et les journaux télévisés du soir n’étaient pas pour nous, les enfants, envoyés au lit de bonne heure. Pourtant, « Mai a brillé à Bordeaux comme dans toutes les grandes villes universitaires, avec ses manifestations énormes, étudiantes et ouvrières, ses facultés devenues lieux de parole et de liberté, son grand-théâtre occupé l’espace d’une soirée en plein Mai musical (1), sa nuit des barricades, ses usines occupées… Après la grande manifestation du 13 mai, les grèves commencèrent, s’installèrent, durèrent. Ainsi à Bordeaux, Astra-Calvet, la SNCF, EDF-GDF, les éboueurs, les banques, le grand magasin Les Dames de France, Dassault, la SAFT, le CAEPE, Mauduit, Souillac, les transports urbains, et tant d’autres, pendant 15 jours, trois semaines, quelquefois plus, furent occupés par les salariés » (Journal Sud-ouest du 15-2-2018). Le musée d’Aquitaine consacre une expo à ce « joli mois de mai » dont je ne retiens que l’image de mon grand-père, absent au monde depuis quelque temps déjà, et qui le quitta justement ce mois là. Je me demande même si ce ne fut pas précisément ce 13 mai là (petite précision : ce que j’ai essayé de décrire là c’est ce que la gamine que j’étais a retenu de ces jours là à ce moment là, c’est à dire assez peu de chose faute d’en saisir les enjeux. Je ne me souviens pas, à l’époque, avoir vu les manifestations dont parlent le journal et la vidéo, ni même avoir ressenti une effervescence particulière à la maison. C’est juste le mai 68 de mes presque 11ans. Après, bien sûr, j’ai lu, vu et écouté des émissions … mais cette mémoire et cette connaissance là sont postérieures).

Fracture

Intéressante interview, dans Politis, de Jérôme Fourquet qui, dans une note pour la Fondation Jean-Jaurès, montre  que les classes aisées (pour faire court) ont tendance à vivre dans un entre-soi confortable, se coupant ainsi de réalité du pays et, en particulier, du vécu et des aspirations de leurs concitoyens moins favorisés. Analysant le phénomène le politologue va même jusqu’à parler de secession. Certains, en ce domaine, vont très très loin. Sur le site « Là bas si j’y suis », j’apprends ainsi que des libertariens (2) américains, pour se mettre à l’abri du dérèglement climatique et de l’élévation du niveau des mers, envisagent tout simplement la création d’îles artificielles, complètement autonomes en matière énergétique, alimentaire et en recyclage des déchets. Ces îles pourraient échapper à la fois à l’élévation du niveau des mers, mais aussi aux impôts ! Fake-news ? Pas sûr comme en témoigne cet article d’un journal peu suspect d’humour économique.

https://www.lesechos.fr/14/08/2015/LesEchos/22001-030-ECH_seasteading–l-utopie-flottante-libertarienne.htm

Le projet commencerait à devenir sérieux, puisque ses promoteurs auraient signé une sorte de protocole de pré-accord avec le gouvernement de la Polynésie française, qui permettrait d’amarrer cette île artificielle au large de Tahiti !

Un accord qui leur permettrait aussi d’assurer leurs arrières, d’un point de vue économique puisque l’île serait déclarée « zone économique spéciale » pour faciliter la création et la gestion d’entreprises.

Les nouveaux phalanstères ont parfois de drôles de gueules.

Ce « paradis » (encore que cela soit à prouver sur le long terme), quoi qu’il en soit,  ne sera pas pour moi mais en dit long sur certaines « forces » éparpillant définitivement le corps social façon puzzle.

Fuite

Je ne me suis pas jointe aux cortèges ce 22 mars et j’en ai un peu honte. Tu aurais pu poser un jour de RTT ou de congé ! Mais voilà, je trouve ça minable. Une façon d’assumer misérablement ses opinions. Aucune prise de risque (risque que je n’aurais aucun problème à assumer financièrement). Ce n’est pas la première fois que je me fais cette réflexion surtout depuis que l’une de mes nièces a clairement fait grève, elle,  en 2016. Manifester un jour où l’on ne travaille pas n’est pas autant porteur de sens. C’est juste tenter le beurre et l’argent du beurre. Seule la logique du nombre dans les rues restera.

Fatigue

Pourquoi sommes nous si fatigués titre le journal « le 1 » qui me rappelle au passage cette funeste nouvelle : dimanche 25 mars, à 2 heures du matin, il sera 3 heures (sic) (3). Pourquoi dans la nuit ? Et cela a – t-il encore un sens ? Nombreux  sont ceux qui en doutent et en tiennent pour l’heure solaire. Au moins ce serait bio.

 

(1) Festival de musique très prisé et aujourd’hui (hélas) disparu. On pouvait, par exemple, écouter de la musique de chambre au château de La Brède dans la bibliothèque de Montesquieu, enchaîner concerts et buffets dans des propriétés viticoles…

(2)  Si j’en crois Monsieur Larousse,  le libertarien est partisan d’une philosophie politique et économique (principalement répandue dans les pays anglo-saxons) qui repose sur la liberté individuelle conçue comme fin et moyen. (Les libertariens se distinguent des anarchistes par leur attachement à la liberté du marché et des libéraux par leur conception très minimaliste de l’État.)

(3) J’y apprends également au passage que cette phrase que j’ai toujours attribuée à P. Dac est en réalité d’A. Allais : « Quand on ne travaillera plus le lendemain des jours de repos, la fatigue sera vaincue ».

 

Post mis à jour le 23-3-2018 à 16 heures

 

 

 

Arrosages

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Petite chronique à la manière de (et en modeste hommage à) Patrick Rambaud

Pluie depuis des jours à l’image de ce quinquennat deliquescent. Notre Président a toujours manifesté une certaine endurance aquatique mais les temps sont aussi très « chauds » :  Nuit Debout, manifs, grèves, sur fond d’images peu rassurantes sur le sang-froid policier…(Loi travail : violente charge policière à Rennes. Le Monde avec AFP. 2-2-2016)

Du pays du soleil levant, notre Sublime Insubmersible a tranché sur la loi travail : « Pas question de céder en rase campagne à la CGT ! Si on cède on est morts » (source Canard Enchaîné du 1-6-2016).

Rien de tel pour conjurer ce destin funeste que de doubler la fermeté d’un bon arrosage pour faire repartir un jardin (électoral) délaissé. Routiers, chercheurs, intermittents du spectacle, enseignants (en attendant la suite)… les sucreries sont dispensées là où le sans- dents crie et l’on compte sur le mollet footballistique (et ses rentrées supposées) pour tuer dans l’oeuf toute tentative de jouer des prolongations grévistes.

Et l’oeil de Bruxelles et sa vision à 3 % dans tout ça ? Il est toujours là, posé sur nous comme une limace sur une feuille de salade(s), comptable et toxique, mais brouillé quand même : la faute à la loi Peeters qui, outre-quiévrain, flirte avec la loi El Khomri. On manifeste aussi sous les fenêtres de la commission européenne.

Flexisécurité n’est pas un gros mot à partir du moment où l’on ne brade pas sa deuxième composante.

Mais notre Grandeur Brumisée ne semble en avoir cure, n’ayant pour préoccupation que son avenir présidentiel fortement douché par les sondages.

Ayant bien dépensé, notre Armateur de pédalos Suprême est allé se rincer les amygdales chez son meilleur ennemi (sondagier) : je veux dire qu’il est allé à l’inauguration de la cité du vin chez le Duc de Bordeaux.

Dans l’écrin vinicole, il a échangé crus, enduré les piques du Duc (1), indifférent aux bruits qui venaient de l’extérieur. On avait pris soin, il est vrai, de cantonner la plèbe manifestante à environ 500 mètres du bâtiment, derrière des barrières et un cordon de gendarmes mobiles.

La violence ce peut être cela aussi.

PS : A  propos de nectars, j’ai découvert en lisant le Journal Officiel qu’il existait des « vins tranquilles », qui sont, en très gros, des vins qui ne pétillent pas – comme la pensée politique actuelle, d’une redoutable ternitude, coincée entre les hautement inventifs « hé, ho la gauche » et « Oz ta droite ». L’originalité politique du millésime reste à inventer. On devrait prévenir sa Petite Altesse « On ne tutoie pas un ministre, on ne l’invective pas » : on n’emballe pas non plus forcément en faisant du porte à porte intéressé. Les témoins de Jehovah en savent quelque chose. D’ailleurs, si j’avais des idées, il serait sot de ma part de les déclamer sur le seuil de mon logis. Ce n’est pas en partageant qu’on devient milliardaire. Et, cela, notre petit baron amiénois le sait mieux que personne. Allez, santé !

 

  1. « Les hommes sont comme les vins, avec le temps, les bons s’améliorent et les mauvais s’aigrissent », a lâché le Duc, citant Cicéron avec un peu d’à peu près (la citation exacte serait « Il en est des hommes comme des vins, l’âge n’aigrit jamais les bons « ). Notre Rondeur Acqua-boniste (à court de citation ?) ne semble pas avoir répondu, alors qu’il aurait pu, goguenard, demander au Duc s’il parlait pour lui-même.