Digressions sur fond covidien

Je me déglingue : les yeux, le dos. Cataracte possible, canal lombaire rétréci qui freine mes envies marcheuses. Je me dis que je suis, très caricaturalement, à l’image d’une représentation nationale (surtout à l’AN) qui ne sait plus ce que Constitution veut dire et la malmène.

Aquoiboniste empêtrée. En voie de dissocialité comme beaucoup en raison des stop et go confinés et autres couvre feu. Cette situation me fait penser à mon père que j’ai jugé sévèrement autrefois. Il était professeur de philosophie. Après plusieurs années en lycée, il est devenu professeur par correspondance à une époque où n’existaient chez les particuliers ni ordinateurs personnels, ni zoom, ni teams et autres outils de « contact » à distance. S’y serait-il plié d’ailleurs ?

Comment a -t-il tenu si longtemps ? Seul, sans aucune réelle relation avec ses étudiants voire confrères. Je me pose la question à l’heure où cet isolement me fragilise.

Sans doute s’est glissé entre nos confinements respectifs deux données : les miens ne sont pas volontaires et il bénéficiait d’un temps qu’il pouvait gérer à sa guise ce qui ne m’est pas donné. Mais je comprends, 36 ans après sa mort, combien on est susceptible de perdre pied. Il ne me reste heureusement (c’est très égoïste, je sais) plus quelques mois avant de retrouver ma liberté temporelle et penser à des choses autres que la réglementation plus qu’ondoyante sur l’activité partielle ou le télétravail, ou courir après le temps pour livrer à l’heure, en apnée.

S’engager en pandémie, voilà un bon sujet pour l’avenir, moi qui suis trop saturée par les échéances pour y penser en ce moment

Barbara Stiegler ne semble pas adepte de la servitude volontaire et ses propos donnent à réfléchir, ce qui semble avoir disparu du paysage citoyen hormis sur les ronds-points (si, si) dont on ne parle plus guère et j’en veux, en cela, à cette saleté de Covid. Une petite silhouette rousse ne les a jamais abandonnés ces GJ : Esther Benbassa dont twitter me dit qu’elle « me suit ». J’ai lu, il y a quelques années, « La souffrance comme identité » et je me dis, en dehors du fait qu’il faudrait que je relise, à l’heure où tout un environnement social, culturel et environnemental se délite, que c’est un thème peut-être à revisiter en élargissant son périmètre. Comment les jeunes se reconnaitront-ils plus tard ?

D’ici quelques mois, donc, j’aurai quitté mon travail parce que la casse méticuleuse du droit du travail me déprime et plus encore la novlanque en vogue managériale – pleine d’anglicismes inutiles dont on est parfois obligé d’aller chercher la traduction via google – , creuse et toxique, qui sape ce qui pouvait exister de cohésion dans l’entreprise. Selon que vous vous y faites ou pas dépend un certain avenir …

Mon père (encore lui) avait une expression sur ce genre de propos : « des paroles verbales  » disait-il. Si la parole est devenue insignifiante (j’entends par là qu’elle ne semble plus « engager » celui ou celle qui la prononce) ce qu’elle draine socialement est lourd. Voilà au moins 30 ans, par exemple, que le « ruissellement » a fait ses « non-preuves » contrairement à la stratégie du choc chère à Naomi Klein. Ma séniorité me « protège » (sic) mais il y a derrière moi des petits franco-kurdes que j’aime. Je leur fait des pelotes pour plus tard mais survivront-elles au cynisme et à la goinfrerie ambiante.

Pour ce qui est du vaccin anti-Covid, certains s’interrogent déjà. Alors, je repose la question : y-a-il encore une recherche sur un traitement possible ?

Rien à voir et pour s’aérer un peu.

Je me souviens de certain concert au temple de l’Etoile à Paris où, choristes amateurs, nous nous sommes donnés sur cet air ultra connu … et d’une tentative moins réussie de happening musical à la fin d’un office. La technique parfois si esclavagisante est parfois libératrice d’une morosité confinée (je me serais assez bien passée de la mention de la Banque mais bon ….).

Curieux comme Haendel, dont la biographie écrite par Jean François Labie nous apprend qu’il souffrit de passages dépressifs profonds, sut d’une certaine façon les sublimer.

https://www.alia-vox.com/fr/?s=

Sans doute cette ressource qui me et/ou nous manque.

Relâche

Pas de considérations diverses, ni d’états d’âme ce vendredi pour cause d’ultimes révisions du Dixit Dominus de G.F Haendel que ma chorale donne en concert demain 14 décembre. Redoutable et magnifique partition qu’il est avisé de ne pas quitter d’un oeil. Une demi-seconde d’inattention et vous voilà perdu, le chant en friche, le rythme aux abonnés absents jusqu’à ce que vous trouviez une mesure, un soupir, un silence, une croche pour revenir dans  le choeur et l’oeuvre. Mais quel plaisir, bon sang quand ça « roule » !

J’avais pensé vous gratifier de ce petit train qui meublait nos interludes télévisuels dans le temps (disparu des écrans comme les lignes ferroviaires secondaires …) pour faire patienter mais cela m’a paru limite.

Alors pour vous donner une idée de la partition sur laquelle je travaille encore ce soir (les coups de plumeau vocaux ne sont jamais inutiles)…cette interprétation dirigée par un cador du genre.

A quoi j’ajouterai (sinon ma chef de choeur m’accusera d’avoir oublié l’essentiel) que nous nous nous efforcerons de relever le gant  !!!

Echappée lusitanienne

Sur les chemins, au milieu des vignes de la vallée du Douro que j’espère épargnée par les feux, cette voix, dorée comme la lumière que l’on peut voir sur certaines photos de ces lieux, m’accompagnera … ainsi que vos jours si vous la partagez avec moi. A la veille de partir, je me suis souvenue que j’avais cela dans mes cartons musicaux. Je ne sais si Georges Friedrich Haendel aurait trouvé emploi à cette voix à la fois dense et lègère, pleine d’une saudade qui ne lui était pas étrangère …même s’il ne le savait pas.