Ce blog n’est pas prémédité. Je ne planifie rien. Parfois les horizons me fatiguent, alors j’écris au plus près : sur des personnes qui m’ont marquée, sur du présent, du banal, et, quand ils me viennent, sur des imaginaires …qui n’en sont pas tout à fait, car on ne se défait jamais complètement de soi. Tout cela manque peut- être un peu d’unité, n’est pas d’airain. Cela zigzague, hésite, revient, repart. C’est comme ça. Le plus délicat est la distance car, si je ne rechigne pas à partager des émotions, l’intime reste une autre chose dont je n’ai pas envie de parler ici. Alors baladez-vous sur ce flou, si l’écriture vous en dit !
Selon une légende popularisée à l’époque d’Edo (1603-1868), un poisson-chat géant appelé Namazu porte les différentes îles du Japon sur son échine. Il passe la plupart de son temps à dormir dans les profondeurs de la terre. Mais dès qu’il se réveille, il s’ébroue provoquant des tremblements de terre.
Un kami, divinité shintô, nommé Takemikazuchi, parfois aussi appelé Kashima fut alors chargé de surveiller Namazu pour éviter qu’il ne cause des dégâts. Ce Dieu possédait une pierre particulière, le kaname-ishi (« pierre essentielle » ou « clé de voûte ») dont il se servit pour immobiliser la tête de Namazu, restreignant ainsi ses mouvements et réduisant la fréquence, ou du moins l’intensité, des tremblements de terre. Dépassant de 15 cm de la surface du sol, le sommet de cette gigantesque pierre est encore visible au sanctuaire de Kashima-jingū, dans l’ancienne province d’Hitachi, au nord-est de Tokyo.
S’il existe toujours des tremblements de terre, c’est simplement parce que, parfois, Takemikazuchi relâche sa vigilance. Le poisson-chat retrouve un peu de sa liberté de mouvement et peut ainsi provoquer un tremblement ou deux en agitant sa queue.
Cette histoire m’est revenue en apprenant le séisme survenu le jour du nouvel an sur la côte nord ouest du Japon. A ce jour, le bilan est estimé à au moins 94 morts, 222 disparus et plus de 330 blessés.
Si Namazu peut apporter la destruction et le désespoir, il possède aussi un côté positif. Le poisson-chat symbolise, en effet, également le renouvellement régulier du monde connu sous le nom de yo-naoshi. .
Je ne sais si cette tragique entrée en matière de 2024 porte en elle une « correction » du monde de 2023 mais tant qu’à former des vœux espérons que la légende ne ment pas tout à fait.
une petite pause japonaise. Le hanami (花見 / はなみ, littéralement, « regarder les fleurs ») est une coutume japonaise consistant à célébrer la beauté des fleurs, principalement les fleurs de cerisier (sakura), lorsque, à partir de fin mars ou début avril, elles entrent en pleine floraison.
Selon Madame Wikipedia, la floraison des cerisiers était considérée comme annonciatrice de la saison de plantation du riz. Les gens croyant à l’existence de dieux à l’intérieur des arbres leur faisaient des offrandes. Offrandes arrosées de quelques verres de saké.
L’empereur Saga ( 786-842) a adapté cette coutume et en a fait des fêtes contemplatives accompagnées de mets variés (et de saké comme il se doit), sous les branches des cerisiers en fleur dans la cour impériale à Kyōto. On récitait des poésies louant la délicatesse des fleurs vues comme une métaphore de la vie elle-même, lumineuse et belle mais éphémère. De nos jours, les Japonais partent plus simplement pique-niquer en famille ou entre amis sous les arbres. Les moments les plus appréciés sont l’apparition des premières fleurs.
Cerisier en fleur estampe de Yoshida Toschi
Mes automnaux voyages au Japon ne m’ont pas permis de voir ces fameux cerisiers mais j’ai profité du momijigari c’est à dire du changement de la couleur des feuilles.
En cette période trouble et troublée, je songe à des moments tels que celui-ci en regardant les arbres du parc sur lequel donnent mes fenêtres. Hier, ils se tordaient sous le vent. Mais aujourd’hui tout est calme et le soleil pointe son nez entre leurs branches.
Paix du vieil étang
Une grenouille plonge
Bruit de l’eau
Ce haïku de Matsuo Bashō fera mon ordinaire du jour. Une petite suspension à savourer avant que ne me rattrape la rumeur du monde.
La Birmanie fut mon dernier voyage lointain avant que la Covid ne nous cloue à demeure. M. était notre jeune guide. Je ne sais pas dans quel quartier de Yangon (Rangoon) elle habite. Sur facebook elle livre son quotidien précaire, en birman malheureusement, que la médiocrité des traductions proposées par le réseau social ne permet que d’effleurer. Ainsi par exemple :
J’y apprends cependant incidemment l’existence de ce courant #WeNeedR2PInMyanmar (“Nous avons besoin de R2P en Birmanie”) qu’elle soutient. Une blogueuse sur Médiapart m’éclaire.
« Selon le quotidien singapourien The Straits times, “R2P”, fait référence à la “responsabilité de protéger”, “un principe adopté au lendemain du génocide de 1994 au Rwanda qui oblige la communauté internationale à intervenir si un État manque à protéger sa population contre des crimes de guerre ou un nettoyage ethnique”. Il peut s’agir, ajoute le journal, d’aide humanitaire, diplomatique, ou d’un recours à la force.
“Pour de nombreux manifestants birmans transportant les corps ensanglantés de leurs pairs à travers les rues, cela ne signifie qu’une chose : une intervention militaire.”
“Jusqu’à il y a deux jours, je ne voulais pas d’intervention militaire”, explique au journal une jeune femme ayant véhiculé dans sa voiture des manifestants pour les mettre à l’abri.
Mais, maintenant, la situation a changé. Le peuple birman attend impatiemment une intervention des Nations unies.”
En témoigne par exemple cet appel relayé par M.
En attendant les images donnent une idée de la violence que M. endure tous les jours.
Japon
Marché aux poissons de Tsukiji à Tokyo. C’était une curiosité à ne pas manquer.
Selon Madame Wikipédia, le marché pouvait être schématiquement présenté en trois secteurs distincts :
le premier était consacré spécifiquement au marché du thon ;
le second était le marché couvert, dédié aux poissons en tous genres, dont la vente était réservée aux professionnels ;
le troisième était la partie extérieure, consacrée aux condiments, aux accessoires et aux restaurants.
Lors de mon premier voyage en 2007, il était encore possible aux touristes d’assister à la criée mais cette possibilité fut retirée puis limitée à un certain contingent de personnes car leur présence perturbaient les enchères. A défaut de criée, on pouvait toujours zigzaguer entre les étals en se gardant des voitures motorisées déambulant dans ce dédale de petites échoppes familiales.
Transformation du site en base de transport principale pour les véhicules transportant les athlètes et le personnel participant aux jeux olympiques qui devaient se dérouler en 2020, présence de rats d’égouts en période de moindre activité du marché, il fut décidé de le transférer plus loin à Toyosu (3 kilomètres plus au sud). Un documentaire sur la chaîne Arte raconte ce déménagement qui s’effectua, après moult péripéties liées à des questions de sécurité, de coût, de manque de transparence financière et de carences dans l’information du public, entre le 6 et le 11 octobre 2018. On sent peu d’inclination des protagonistes pour ce nouveau lieu froid et plus éloigné de leur clientèle (restaurants principalement). Le documentaire se clôt sur la fermeture de petits commerces qui vivaient autour du marché (petits cafés, marchands de fripes estampillées tsukiji etc.., ) et sur un emménagement résigné dans des lieux où tous ne retrouvèrent pas leurs mètres carrés d’antan.
Je ne sais pas si j’aurai l’occasion de revenir au pays du soleil levant, et, si oui, si j’aurais envie de revoir ce marché si particulier. Car pour moi, il demeure cela. On peut trouver bizarre d’avoir une affection pour un endroit clos, sombre et désuet mais j’aimais bien ce lieu si vivant qui ne semblait pas coupé du monde. A regarder ces clichés d’il y a 10 ans, à l’heure où la fermeture du marché était déjà programmée, je me demande à quoi ils pensent tous.
Marché TsukijiMarché TsukijiMarché TsukijiMarché TsukijiMarché TsukijiFabricant de couteaux à proximité du marché Tsukiji
Texte et Photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés
Impossible de me concentrer aujourd’hui sur la présentation aseptisée du projet de loi Collombien sur le droit d’asile qui donne la nausée jusqu’à certains députés « en marche ». Il y a quelque chose d’insupportable dans cette violence « bien élevée » (sic) qui prend ses aises depuis l’élection de notre dernier Président.
Alors, mon esprit a fugué sur des souvenirs de voyages lointains et j’ai retrouvé ces petites miniatures orientales qui j’espère vous aideront à éluder la sècheresse de la novlangue de notre désormais « startupnation ».
Iran
Le doux souffle de la brise répandra son musc encore,
Le vieux monde retrouvera, de nouveau, sa jeunesse.
L’arbre de Judée tendra sa coupe pourpre au jasmin,
Tandis que l’œil du narcisse caressera l’anémone.
Après la douleur de l’exil, le rossignol
En criant s’élancera vers la tente de la rose…
Si j’ai quitté la mosquée pour me rendre à la taverne,
C’est que l’oraison est longue et le temps trop court…
Ne remets pas à demain, mon cœur, la joie d’aujourd’hui :
Qui serait garant, demain, de la valeur de la vie ?
La rose nous est chère, jouissons de sa présence,
Car elle part du jardin, sitôt qu’elle est venue !
Ainsi s’exprimait le poète persan Hafiz que l’on fêtait ce jour là. La sensualité l’emportait pour un court instant sur les dogmes et des tas d’écoliers se pressaient autour de son mausolée. Ceux-là nous ont hélés, moqueurs, curieux, et je me suis demandée combien de temps la théocratie en place continuerait à brider cette énergie et cette gaieté.
Iran, Shiraz, Octobre 2005
Chine
Ronjian (j’ai oublié comment cela se prononce), province du Guizhou. Cette femme miao (l’une des très nombreuses ethnies chinoises) faisait son marché avec sa petite fille sur le dos. Il y avait foule et l’on trouvait de tout : légumes, fruits, épices, souliers, vestes, pantalons, chaussettes, théières, seaux, éponges, jouets en plastique, échelles, bottes, pneus, bonbons fluos, mouton à cinq pattes qui sait ? On pouvait aussi faire un bilan de santé, des médecins et infirmiers « préventionnaient » (ou tentaient de) parmi les badauds. Dans son costume rouge on ne pouvait que la voir, remarquer son visage fin et son regard déterminé, imaginer en regardant sa petite fille, l’enfant qu’elle avait dû être. Seules, presque, au monde.
Zhangjiajie (pronnoncer jangjiajié), province du Hunan. La maison avait été celle d’un lettré influent dans la région. Le nombre de cours et la taille du lit du maître des lieux étaient devenus les témoins silencieux de cette opulence passée. La famille avait quitté la ville lors de la prise du pouvoir par Mao-Tsé-Toung et la maison était restée à l’abandon jusqu’à ce que les autorités locales s’avisent de son intérêt touristique. Il pleuvait des cordes ce jour là et nous avons été accueillis à coups redoublés de tambour qui faisaient écho au tonnerre. La jeune femme mettait toute son énergie dans son geste et je lui trouvais un air impérial.
Zhangjiajie (Hunan)
L’un est chinois, l’autre tibétain. Leur point commun : ils se savaient observés mais cela leur était égal.
Autour de Zhaoxing (Guizhou)
Le vieil homme avait bourré sa pipe en clignant des yeux, l’autre était resté songeur en regardant des gamins qui jouaient dans la rue. L’un habitait Zhaoxing (prononcer jaoching), dans la province du Guizhou (prononcer gouijao), le pays où le soleil est capricieux, l’autre Zhongdian (jongdiane), petite ville du sud est du Tibet, curieusement rebaptisée par les chinois Shangri-La. Loin des grandes villes de ce pays immense où tout bouge, où tout est intranquille, on vit comme on peut. Les jours sont fragiles ; alors, une inconnue qui tient à avoir votre tête en souvenir sur un écran d’ordinateur : quelle importance ?
khampa tibétain
Shaxi (prononcer chachi), Yunnan, jour de marché. Nous avions déjà vu cette femme, chez elle, en train de confectionner les fromages qu’elle était venue vendre. Dans la foule, c’est elle qui nous a reconnus. Avec sa casquette elle avait un air un peu désuet. Le temps de la campagne n’est pas celui des villes.
Shaxi : marché
Zhongma, Yunnan. Ces autres femmes s’étaient rassemblées pour fêter la mère de Bouddha. Leurs chants nous avaient attirés. Très simplement, elles avaient élargi leur cercle pour nous accueillir. Elles riaient de se voir sur les petits écrans de nos appareils photo. Je me dis que j’aurais dû me concentrer sur leurs mains terreuses qui disent une vie âpre mais une vie dont elles s’amusaient, leur cérémonie accomplie, en tirant sur leurs cigarettes.
autour de Dali : cérémonie bouddhiste
Yunnan encore. Ce jour là, près du petit village de Xizhou (prononcer chijo) on consacrait … une maison. Les familles des personnes pour lesquelles elle avait été construite étaient toutes rassemblées pour faire la fête et, nous voyant passer, nous avaient invités à partager leur repas. La petite fille n’était pas contente : elle avait dû enlever ses jouets de la table pour nous faire une place.
autour de Dali
Yunnan toujours. Le pays des rizières et des plantations de thé. En mai, les rizières sont noyées d’eau et sont comme des miroirs à ciel ouvert. On y voit surtout des femmes en train de repiquer le riz. Cette jeune femme est une Yi, autre ethnie chinoise, et son village, à l’écart de la route, n’attire pas les touristes. Aussi, intimidée, ne se sentait – elle pas très à l’aise avec nous. Pas son bébé qui, lui, a clairement l’air de se payer ma tête !
Village Yi
Japon
Kamakura. On dit que le Japon est un pays où l’on fait peu d’enfants. Pourtant on en voit partout, tout le temps, de tous âges. Des gamins en uniforme : même tablier, même casquette, même cartable, deux par deux dans les rues, en grappes dans les musées et les temples … Au Japon, les parents et les écoles organisent beaucoup de sorties culturelles. C’est important de savoir d’où l’on vient. Alors, on commence tout petit. Je ne sais pas quel âge pouvaient avoir ces deux petits garçons là, mais le plus grand parlait toujours pour le plus petit.
Kamakura
Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés
La citation exacte est celle-ci : « Quand un homme (ou une femme) n’a plus assez de curiosité pour le monde naturel, il se réfugie dans l’insolite » (J. Giono : Ennemonde et autres caractères).
Je ne sais pas si je dois imputer ma fatigue, mon apathie, ma paresse en somme, à la nouvelle version du Levothyrox qui fait polémique et la Une du journal Le Monde. Mais le fait est là : je me traîne … « habillée en mou » comme disent certains de nos cousins québecois. Alors, l’insolite … est une amorce comme une autre …
On lit de tout à ne savoir qu’en faire mais on en vient aussi à se poser des questions existentielles telles que :
Le monstre du Loch Ness existe-t-il vraiment ?
Il paraîtrait. Un scientifique de l’université d’Otago en Nouvelle-Zélande, pense pouvoir confirmer la présence du serpent de mer le plus célèbre au monde grâce à l’utilisation de l’ADN environnemental (j’ignorais cette espèce d’ADN là).
D’autres pensent que Nessie pourrait bien n’être qu’une murène.
A vrai dire, que serait le Loch sans Nessie : un trou ?
Donc, vivent les chimères qu’elles se révèlent vraies ou fausses.
Que devient le PS ?
Pas grand chose ici mais il serait à la mode aux Etats-Unis. La marque de vêtements californienne Stussy proposerait, en effet, des t-shirts arborant le poing et la rose rouge, comme le rapporte Le Figaro.
D’après le quotidien, ces deux éléments sont « synonymes d’un style ‘à la française » de l’autre côté de l’Atlantique. Ces nouveaux t-shirts branchés auraient remporté un grand succès auprès des surfeurs de la côte est américaine.
Pour l’heure, les socialistes hexagonaux me semblent plutôt essayer de surfer dans un gros creux de vague ou sur un champ d’épines. Au choix.
Peut-on sourire à propos de l’immigration ?
Oui.
Partant de l’idée que la majorité des américains sont des immigrants, le site satirique The Daily Currant se serait amusé à imaginer ce qui se passerait si les peuples autochtones (i.e les Indiens d’Amérique) se penchaient aujourd’hui sur la question de l’immigration. Résultat du remue-méninges (article parodique digne du Gorafi mais pas retrouvé sur leur site, restons donc dubitatifs sur son contenu ) :
» Un Conseil de chefs amérindiens a offert une amnistie partielle à environ 220 millions d’immigrants blancs illégaux vivant aux États-Unis. Le problème « blanc » est au coeur de nombreux débats dans la communauté amérindienne depuis des siècles, et les chefs de la communauté ont décidé que le moment était venu de le traiter correctement.
Lors d’une réunion du Conseil des Peuples Amérindiens à Albuquerque, Nouveau Mexique, les chefs amérindiens ont examiné plusieurs propositions sur l’avenir de l’importante population européenne non autorisée sur ce continent. Les anciens ont finalement décidé de prolonger la durée de la citoyenneté pour les personnes sans antécédents criminels.
« Nous sommes prêts à offrir aux Blancs la possibilité de rester sur ce continent légalement et de demander la citoyenneté », explique le chef Wamsutta du peuple Wampanoag.
« En retour, ils devront payer tous les impôts impayés et rendre les terres volées de nos ancêtres. »
« Cependant, toute personne blanche avec un casier judiciaire, sera renvoyée dans les 90 prochains jours dans sa patrie ancestrale. »
Chiche. A ce propos, lu récemment une « duologie » (pour l’instant) de Jim Fergus basée sur un fait improbable : en 1875, le chef cheyenne Little Wolf propose au président Grant d’échanger mille chevaux contre mille femmes blanches. Objectif : les marier à des guerriers pour favoriser la paix entre les deux peuples. Ce qui n’empêche pas, malgré les actes signés, que la nation cheyenne soit massacrée par l’armée américaine. Le premier volet est intitulé “Mille femmes blanches”, le second « La vengeance des mères ». Sans doute y-a-t-il plus érudit sur l’histoire indienne mais cela se laisse lire, comme les aventures policières navajos de Tony Hillermann reprises avec brio par sa fille. Quand on a encore les paysages dans les yeux, alors le récit se fait chair et film. Et l’on s’évade des tragiques pitreries trumpistes.
Et pendant ce temps là ?
Michael Moore verse dans le stand-up.
« Un show peut-il faire tomber un Président élu ? » se demande -t-il. Qui sait ? Mais sans doute avec une grosse grosse caisse de résonance médiatique …
La créativité écologique, quant à elle, ne faiblit pas. « Contre l’essence chère, un fabricant japonais de toilettes (Toto ? Non ce n’est pas une blague …le plus grand fabricant de sanitaires nippon s’appelle ainsi) a présenté un modèle de moto révolutionnaire qui fonctionne avec un carburant gratuit et inépuisable : les excréments », raconte, Le Monde. Un nouvel avenir se dessine pour nos motos-crottes municipales, la collecte nourrissant l’engin … Où il se vérifie aussi que l’argent c’est de la merde (à moins que ce ne soit l’inverse) ….mais qu’il est « préférable à la pauvreté ne serait-ce que pour des raisons financières » (W. Allen).
Je ne sais pas si je saurais un jour parler des jardins japonais, de l’étrange paix qui y règne, de cette invitation au silence et à la méditation qu’ils distillent – alors même qu’ils sont cernés par la fébrilité de la ville – , de cette impression d’évidence et de naturel – alors qu’ils ont été pensés jusqu’au moindre brin – , de leur absence d’odeur hormis celle de la terre gorgée de pluie ces matins là. Chacun à sa manière raconte un parcours intérieur à découvrir sur les chemins autour desquels ils s’ordonnent.
Mystérieuse initiation dont la subtilité échappe à ma sensibilité occidentale.
Il faudrait pour parler de tout cela, me délivrer du bruit où nous sommes, de ce brouet d’altercations et d’invectives, de prises à partie surjouées, de ce théatre politique déprimant où les rois proclamés ne sont pas ce(ux) que l’on a cru et de ce fatras de paroles essentiellement verbales. Il faudrait pour cela, faire tomber tous ces copeaux de langue de bois. Il faudrait pour cela, s’affranchir des discours et questions vains. Pouvoir, en quelque sorte, se reconstituer. Rassembler ses pensées. Réfléchir loin de la rumeur du monde.
Selon une amie, l’année 2017 inaugurerait un nouveau cycle. A en croire les signes avant coureurs de cette fin d’année, celui -ci s’annonce comme celui de l’imprévu tant la méprise sondagière couplée à l’inconstance électorale ruinent des scenarii patiemment tricotés.
Rien n’est moins sûr que l’incertain disait P. Dac. Tomberons-nous sous la coupe de la droite patrimoniale filloniste ? Cela ne semble plus, à ce jour, faire un pli tant la presse dite « mainstream » tresse à celui-là une couronne déjà présidentielle.
Ces supputations empilées ne constituent-elles pas l’ultime provisoire de nos errements?
Alors, je regarde ces jardins immobiles sur mon écran, tentant dans le raffut des gazettes, de rebroder un calme perdu.Texte et photos S.Lagabrielle : tous droits réservés. Pour visualiser les photos correctement, cliquer dessus
PS : François Hollande vient d’annoncer sa non-candidature. Si cela élimine une hypothèse, pas sûr que la pétaudière y gagne en égalité d’humeur ….et nous, en clarté.
Mêlant ma dernière production de photos japonaises et notre programme de travail choral en cours elle m’écrit : « finalement on pourrait presque mettre cette musique en regard de certaines de tes photos, même si rien ne lie à priori l’univers du requiem (de Maurice Duruflé) au silence méditatif des jardins japonais ».
Pourtant … si, une chose les relie : l’harmonie. Et puis ce sont aussi des méditations.
Harmonie, méditation. Les temps incitent à la recherche de l’une et à la pratique de l’autre.
Mais l’exercice dans les deux cas semble presque irréalisable.
J’ai toujours pensé le Brexit possible, mais Trump à la Maison Blanche ….
Sa victoire signe-t-elle celle de la flibuste contre la Royale ? Une allergie définitive aux discours désincarnés appelant à un politiquement « raisonnable » perçu comme une impasse ? La fin des « candidats naturels »?
Pour l’heure, je me borne à constater.
L’avertissement américain vaut sans doute aussi pour nous, français : une frange de plus en plus large de la société à la dérive, une certaine xénophobie, des partis traditionnels en lambeaux, des « zélites » de plus en plus déconsidérées (affaires obligent), une presse largement psittacciste …le rejet aussi de tout ce qui se négocie loin, loin de soi, loin des yeux …
« A force de considérer les gens comme des chaises on finit un jour par s’asseoir à côté » (je ne sais plus où j’ai entendu cela : dans « un taxi mauve » d’Yves Boisset ? Mais ce n’est pas de moi en tous cas).
Nous y sommes.
Pour rester hexagonale, « on » n’ a pas cru, en 2002, à Le Pen au deuxième tour, ni au Non au TCE (rayé d’un coup de plume parlementaire) en 2005, « on » n’ a pas cru au Brexit, « on » se disait Trump, vous voulez rire, pas ce guignol… la bien pensance unique toujours… Pourtant à y regarder d’un peu près en Europe, la tentation du repli, de l’isolationnisme gagne du terrain. Que dire, par exemple, de l’ascension assez météorique d’un parti comme Alternativ fûr Deutschland ou de ces élections, chez nous, où certains candidats de droite n’ont sauvé leur séant que grâce au report docile des voix de « gauche » ?
Tout paraît mûr pour un vote décomplexé lors de nos présidentielles.
Choisir entre des programmes qui tendent vers des solutions ayant fait la preuve de leur incapacité à réduire la fracture sociale depuis xxx ans … choisir parmi des candidats récurrents …. déprimant horizon.
Les compatriotes de nos « rust belts » de l’Est, du Nord et d’où qu’elles soient, se sentent peut-être boostés désormais à faire, à leur tour, le grand saut, à souffler dans les oreilles des « zélites » qu’ils sont autre chose que des données statistiques qu’on peut manipuler à coups de formations Pôle emploi bidons.
Alors, l’humanité ? Alors la méditation ? A réinventer sûrement. Comme le rêve et la démocratie.
Pour l’heure « on » cherche à justifier (et se justifier) … en attendant le prochain séisme électoral.
L’époque privilégie le réflexe et non la réflexion. La ruine de l’expérience, en somme.
Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés
Reprise. Reprendre. Se reprendre. Recoller au quotidien. Toutes choses dont on aimerait ralentir le cours. La scansion laborieuse des jours s’insinue dans les impressions du voyage qui ne sont pas encore des souvenirs.
Pour l’heure, je rêvasse sur les murs fraîchement repeints de mon appartement. Il faudra aussi ranger, remonter la chaîne hifi, reclasser les livres, récurer, remettre les rideaux aux fenêtres (encore ai-je de la chance : les peintres ont nettoyé mes vitres).
Cette réfection, somme toute modeste, de mon environnement allège une humeur qui aurait pu être aussi rèche que le ciel.
Repenser la décoration puisqu’on en est là ?
Revenir laisse parfois en suspension. On se demande si l’on est vraiment parti en parcourant les unes des journaux. Rien de surprenant, donc, ce jour, sinon, pour moi, certaines confidences présidentielles ou le prix nobel de littérature 2016. En lisant, me sont venus spontanément les noms d’écrivains lus récemment : Joyce Carol Oates, Russell Banks, Amos Oz. Et je songe : s’honorera-t-on, un jour, comme pour certaine décoration vidée de sa substance, de ne pas avoir eu le prix nobel de littérature ?
Mais je m’égare … c’est peut-être la loi du genre dans ce petit sas qui précède le vrai retour aux réalités qu’on a eu tant de plaisir à mettre de côté pendant quelques semaines.
Texte et photo : S. Lagabrielle. Tous droits réservés.
L’ile principale d’Okinawa est à 3 heures d’avion de Tokyo. 3 heures ouvrant sur un autre monde. La mémoire des lieux se réduit, bien souvent, à celle d’une bataille particulièrement sanglante de la seconde guerre mondiale : face à la mer, à Itoman, au sud de l’île, des stèles déroulent à l’infini les noms de chacune des personnes, civiles surtout, mortes durant ces quelques mois (la bataille s’est déroulée du 1er avril au 22 juin 1945 ).
90 % des bâtiments de l’île furent détruits, ainsi que d’innombrables documents historiques, artefacts et trésors culturels, laissant une existence exténuée n’ayant que boue et défiance pour horizon, sous occupation américaine.
La vie reprit pourtant : d’anciens monuments furent reconstruits d’après les archives qui avaient pu être sauvées (le château de Shuri qui abritait la famille royale, par exemple) et d’autres virent le jour.
Mais cet univers retapé ne dit pas la singularité de la culture okinawaïenne : celle de ce petit royaume indépendant et prospère, Ryukyu, qui a longtemps payé tribut à la Chine et ne fut intégré à l’empire nippon qu’en 1879 pour devenir la préfecture d’Okinawa.
Cette singularité, métissée, lisible dans la poterie, les laques, la langue, se sirote, pour qui sait flâner. Je repense, par exemple, à ce petit restaurant où nous avons chanté, emballés, de concert avec des consommateurs locaux qui nous y poussaient avec gentillesse, des chansons populaires dont nous ne comprenions pas un traitre mot, à ce lieu à ciel ouvert, saisissant et indéchiffrable, où viennent encore se recueillir les habitants, ou ce marché, un peu désolé, mais si riche en visages.
Mais, au fait, à quoi ressemble-t-il l’okinawaïen ?
Quand la guerre n’est plus là pour faucher, on peut le contempler à loisir : les okinawaïens détiennent le record mondial du nombre de centenaires et la plus grande espérance de vie. Physiquement, ils ont quelque chose d’un peu hawaïen, un visage plus carré, une peau un peu plus foncée, un gabarit souvent plus compact que celui de la plupart des Japonais « métropolitains ». Les hommes aiment les chemises à fleurs par dessus les pantalons, qu’il s’agisse des grooms dans les ascenseurs ou des chefs de station de métro. C’est peut être cette particularité vestimentaire, inimaginable chez le fonctionnaire tokyoïte, qui m’a fait penser à Hawaï, au-delà de la consonance.
Cette gaité fleurie contraste avec l’austérité architecturale moderne, comme ce musée de la préfecture d’Okinawa aux allures de forteresse, ce lycée catholique où les rires des étudiants détonnent, cette mairie ingrate abritant des open space plus ingrats encore.
Notre dernier jour sur l’île, il faisait un temps radieux. Le musée de la préfecture d’Okinawa abritait (entre autres) une exposition temporaire d’un jeune artiste japonais Takashi Ishida et une, permanente, d’une école de peinture purement okinawaïenne, née sur les décombres de la guerre : des univers solaires, différents, lumineux et délicats celés dans des murs massifs.
Des bonheurs prégnants et minuscules. à l’image de celui du premier jour avec ce théâtre souple et aérien de Shin Takamatsu.
Texte et photos : S.Lagabrielle: tous droits réservés
Je n’ai pas résisté. J’ai racheté l’un de ces carnets en accordéon, plus joliment nommés leporellos, que l’on peut faire signer dans les temples moyennant 300 yens (tarif inchangé depuis 5 ans, c’est à dire depuis mon précédent carnet).
Pourquoi ? Parce que cette calligraphie m’incite à toutes sortes de voyages. Parce que regarder la page se remplir peu à peu est aussi un plaisir. Cette écriture qui s’accomplit dans le souffle est un chant. J’aime cette densité, cette souplesse, cette précision et cette légèreté dans le trait.
Je repense à Fabienne Verdier dont j’admire tant la peinture. Je repense à Nicolas Bouvier dont écriture ne me quitte jamais. Je repense à Bashô … Un jour j’irai sur l’île de Shikoku … un jour j’apprendrai à tenir un pinceau…
Ce petit carnet m’emmène au-delà des routes.
Les objets du voyage ont une force que les photographies n’ont pas (en tous cas les miennes). Je n’en garde guère pour moi, préférant les distribuer à l’humeur à tel ou telle. C’est là que le véritable partage se fait : au toucher.
Dans une petite fiole soigneusement étiquetée, Eliott m’offre une pincée de son aventure. Elle me dit la couleur et la composition du sable, la solitude, la soif et la faim, et peut-être cette ivresse que l’on peut ressentir lorsqu’on est au-delà de la fatigue.
Elle me dit aussi l’importance des marges des cahiers, des trous dans la raquette, en somme de l’espace, de l’évasion et peut-être de l’invention soi.