Laïcité mon amour

Or donc, on décida dernièrement de supprimer l’Observatoire de la laïcité, chargé d’assister le Gouvernement dans son action visant au respect du principe du même nom, par un comité interministériel de la laïcité. Instance consultative indépendante, l’Observatoire, installé en 2013 et réunissant des représentants des ministères, des experts et des parlementaires, était chargé de conseiller le gouvernement, à travers avis et rapports. Il avait aussi pour mission de faire de la pédagogie auprès des écoles, entreprises et administrations, sur les principes de la laïcité (neutralité de l’État, liberté de conscience et de religion dans le respect des lois de la République…).

La raison de la suppression ? Pour faire court, et à en croire certaines gazettes : il n’en faisait pas assez contre l’islamisme.

Depuis, nous voilà donc dotés d’un comité interministériel de la laïcité, composé de ministres et présidé par le premier d’entre eux, chargé de « coordonner l’action du gouvernement afin de s’assurer du respect et de la promotion du principe de laïcité par l’ensemble des administrations publiques ».

Cette instance récente ne semble pas avoir encore de site propre et l’on ne sait quelle définition de la laïcité elle retiendra, quoique (voir plus loin).

Celle de l’Observatoire était celle-ci :

« La laïcité garantit la liberté de conscience. De celle-ci découle la liberté de manifester ses croyances ou convictions dans les limites du respect de l’ordre public. La laïcité implique la neutralité de l’Etat et impose l’égalité de tous devant la loi sans distinction de religion ou conviction.

La laïcité garantit aux croyants et aux non-croyants le même droit à la liberté d’expression de leurs croyances ou convictions. Elle assure aussi bien le droit d’avoir ou de ne pas avoir de religion, d’en changer ou de ne plus en avoir. Elle garantit le libre exercice des cultes et la liberté de religion, mais aussi la liberté vis-à-vis de la religion : personne ne peut être contraint au respect de dogmes ou prescriptions religieuses.

La laïcité implique la séparation de l’État et des organisations religieuses. L’ordre politique est fondé sur la seule souveraineté du peuple des citoyens, et l’État – qui ne reconnaît et ne salarie aucun culte – ne régit pas le fonctionnement interne des organisations religieuses. De cette séparation se déduit la neutralité de l’État, des collectivités territoriales et des services publics, non de ses usagers. La République laïque impose ainsi l’égalité des citoyens face à l’administration et au service public, quelles que soient leurs convictions ou croyances.

La laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres mais la liberté d’en avoir une. Elle n’est pas une conviction mais le principe qui les autorise toutes, sous réserve du respect de l’ordre public ».

Bien.

J’imagine que le nouveau comité a accordé son imprimatur à la campagne lancée sur le sujet par le ministère de l’éducation nationale puisque le ministre chargé de la chose siège en son sein.

Je ne suis pas sûre qu’elle éclaire vraiment le sujet (un sujet à peu près clair en 1905, illisible aujourd’hui) …

En même temps que ce nouveau comité interministériel dont l’allégeance à l’exécutif ne fait guère de doute (voir sa composition), s’est créée une Vigie de la laïcité (association loi 1901) ayant pour but « de continuer à mener une réflexion active sur les modalités, éventuellement nouvelles, de l’application de la laïcité face aux défis contemporains », qui compte parmi ses membres Jean-Jacques Schiappa, père de Marlène, influenceuse tiktok et néanmoins Ministre chargée de la citoyenneté.

La Vigie réagit vivement au poulet communicant ministériel (lire ci-dessous, en principe, le zoom est automatique mais sinon le texte est disponible ici :

https://www.vigie-laicite.fr/d%C3%A9crypter-l-actualit%C3%A9) :

Si une certaine vulgarisation me semble indissociable de la « communication grand public », doit-elle pour autant prendre les lecteurs pour des abrutis ? L’emballage visuel des concepts est à la pensée ce que celui des produits est à la consommation.

Mais, heureusement, réseaux obligent, le détournement n’est jamais loin. Je vous laisse donc exprimer votre laïcité à l’aide du tableau ci-joint :

Pour moi cela donne : permettre à Akhenaton et Joey de faire germer des lentilles, ce serait cela la laïcité.

Une société en roue libre

Il est temps que je (re)parte pour fuir une « séquence » délétère (je sais, c’est un peu fort mais aucun autre mot ne me vient pour le moment) dont j’espère naïvement qu’elle se sera calmée quand je rentrerai dans 15 jours.

On pourrait dire que tout a commencé par ce débat sur l’immigration, qui ne faisait pas partie des priorités des français, et le retour qui s’ensuivit, via un bulot du RN, du foulard et de ses avatars : dernier en date celui d’une rectrice, censée visiter une école maternelle où se déroulaient des ateliers autour du harcèlement, qui fait demi-tour et s’en va. La raison ? La présence de trois femmes voilées au sein de l’école.

http://www.leparisien.fr/hauts-de-seine-92/a-clamart-trois-meres-voilees-sont-presentes-dans-l-ecole-la-rectrice-fait-demi-tour-07-11-2019-8188356.php

« La règle est claire, nous sommes sur le temps scolaire, à l’intérieur de l’école, les signes religieux ne sont pas admis », se justifie l’intéressée.

Pas dans l’école, pas d’accompagnement de sortie scolaire, on se demande, à ce compte, quel espace restera, en définitive, ouvert à ces femmes.

Prétendre intégrer en excluant est un écart difficile à réduire. Alors ? Il y a toujours l’humour … qui pique tout de même un peu. Exemples piochés sur twitter :

« J’allais au boulot ce matin. J’ai vu une femme voilée et j’ai fait demi tour pour regagner mon lit en signe de protestation. Je ne transige pas avec ça. Certes la femme en question était ma mère mais quand même (Rachid l’instit).

Pareil ! J’allais au boulot ce matin. J’ai vu une femme voilée et j’ai fait demi tour pour regagner mon lit en signe de protestation. Je ne transige pas avec ça. Certes la femme en question c’était moi dans le miroir mais quand même (Nadia) ».

Pareil. Ce matin, j’allais au boulot, j’ai vu que le soleil était voilé, et je suis rentré me coucher en signe de protestation. Si même le climat s’y met, on n’est pas rendus (Luc)

Où l’on se dit tout de même que des recadrages ne seraient pas inutiles sur la notion de laïcité … qui déconcerte bien de nos voisins.

Où l’on trouve aussi un peu curieux que le voile et/ou l’immigration nous soient jetés en pâture au moment où se décident des réformes graves qui ne vont guère dans le sens du partage et de la solidarité. Tenez par exemple :

2004 : année de la première réforme importante des retraites et vote d’une loi sur les signes religieux dans les écoles publiques

2010 : le projet de loi portant (deuxième) réforme des retraites (présenté en Conseil des ministres le 13 juillet 2010) fut suivi en octobre de la même année de la présentation d’un projet relatif à l’immigration à l’intégration et à la nationalité (loi qui sortira en juin 2011)

2016 : la loi travail sur fond de querelles burkiniques

2019 : réforme de l’assurance-chômage, réforme des retraites à venir …et ? Je ne vous le fais pas dire.

Pour l’heure la diversion islamo-immigrante donne un peu le tournis. On s’écharpe sur un mot, voire moins.

Témoin cette manifestation prévue pour dimanche où l’on dénombre :

– ceux qui iront, mais ont refusé de signer l’appel ;

– ceux qui ont signé l’appel, mais n’iront pas (ils ont foot le dimanche après-midi) ;

– ceux qui ont d’abord signé, puis qui ont demandé qu’on retire leur nom mais qui iront peut-être quand même manifester ;

– ceux qui ont signé, mais font savoir qu’ils n’approuvent pas la totalité du texte ;

– ceux qui ont signé, mais déclarent qu’ils défileront de leur côté, avec leurs mots d’ordre, et surtout pas avec des « islamistes »…

Dans un autre style, celle-ci se plaint parce que son enfant n’a pas pu avoir sport ainsi que tous les autres jeunes car le gymnase a été réquisitionné par la maire de Paris pour loger des migrants.

Une autre assène sur une chaîne d’info continue que les policiers devaient pouvoir tirer à balles réelles sur les racailles de banlieue (souvent basanées et un peu plus). J’ose croire, quoique mollement, qu’elle ne vise que le cas de légitime défense et n’en fait pas un principe. Mais si j’osais, comme disent les Suisses, je lui ferais remarquer que le Code pénal lui même n’élude pas la question de la proportionnalité de la réponse à une « attaque ».

Je ne regarde pas la télé, j’en saisis juste des bribes sur la toile, et j’ai cette impression sinistre d’entendre « psittacer » des aras sans tête avec ronds de serviette un peu partout.

Pendant ce temps, au Parlement, on surfe sur la vague en rognant sur l’accès aux soins des demandeurs d’asile, au point que le conseil national de l’ordre des médecins s’en inquiète (rappelons au passage que l’actuelle ministre de la santé est médecin)

https://www.conseil-national.medecin.fr/publications/communiques-presse/annonces-limmigration-matiere-sante

A ne plus comprendre à quelle pulsion primaire (pléonasme ?) s’abandonnent les gens. Le réflexe aiguisé par l’immédiateté des réseaux sociaux a remplacé la réflexion.

Le bordel est tel que je me peux me retrouver dans ce constat de Natacha Polony directrice du journal Marianne (vraiment pas de mon bord) :  » Il y a un an, la colère des gilets jaunes éclatait. Mais la politique d’Emmanuel Macron, héritière de 40 ans d’échecs d’un modèle en crise systémique, n’a en rien répondu aux attentes des Français « .

Chacun semble penser et dé-penser dans son coin.

Alors quand j’ai vu ça sur le site de l’Assemblée Nationale, j’ai cru à une blague :

http://www.assemblee-nationale.fr/15/propositions/pion2391.asp

Je n’avais jamais imaginé les lieux dits d’aisance en ZAD. C’est pourtant moins potache que cela en a l’air.

Résurgence burkinique

Après l’épisode antisémite voilà que ressurgit le voile islamique ou plutôt sa déclinaison sportive (après sa déclinaison nautique il y a presque 3 ans) et le vieux débat sur la laïcité, ou plutôt celui sur la nécessité de réformer de la loi de 1905. C’est notre trinité à nous. Fatigante au possible. Stérile surtout car ressortent toujours les mêmes poncifs. Qui laissent songeur ailleurs.

https://www.courrierinternational.com/article/dans-la-presse-etrangere-du-hidjab-decathlon-au-burkini-des-polemiques-francaises-repetition

Imagine-t-on interdire à un athlète de courir avec sa croix de baptême autour du cou ? Non. Ah, mais oui, suis-je bête, ce n’est pas un signe ostensible…

il y a 3 ans j’écrivais :

« J’observe, en passant, que l’on ne s’attache qu’à la mise des femmes et bien moins à celle des hommes. Pourtant, on pourrait considérer qu’une barbe, un calot, une kippa, un talith,  une longue  tunique sont aussi signifiants. Non ?

Ce que je crains c’est qu’au nom d’un laicisme radical on ne renvoie à une communauté, qui ne me paraît pas adhérer dans sa majorité à un islam redouté, l’image d’un pays qui la rejette au risque de la pousser vers ce que l’on craint.

A ce stade, je ne vois qu’une solution : l’uniforme ou le tablier pour tous, une laicisocratie  imbécile qui n’aura qu’ un mérite : mécontenter tout le monde. On a les majorités qu’on peut :-). »

Je maintiens avec cette nuance : une tenue sportive modèle unique avec juste le drapeau national en écusson. Point barre.

Cette éruptivitié vestimentaire me ramène, par association d’idées, à nos libertés.

S’agissant des lois en cours, cette intéressante émission. Le travail législatif finit par ressembler au marketing : cibler au plus près, diviser, isoler des groupes, voire les individus. Pour plus d’efficacité. Un pointillisme dangereux sur un scénario presque immuable. Rien ne dit qu’un jour, pour des raisons absurdes et/ou obscures, nous ne serons pas assimilés à ces ciblés là. Hitchcock en avait fait son fond de cinéma. Il reste terriblement actuel.

Vive l’uniforme !

Je m’étais dit que j’allais zapper tous ces articles sur le burkini et les fantasmes qu’il traîne dans son sillage. Le Conseil d’Etat m’avait rassurée sur notre santé mentale. Je pensais l’affaire close. Erreur !!! C’était méconnaître notre premier ministre. Laisser tomber la muleta,  jamais ! Et si les français en venaient à réfléchir ? Horreur et putréfaction. Donc, alimenter un débat mal posé, jouer du menton et tutti quanti. Minable. En quoi il devrait se pacser avec N. Sarkozy.

Le plus drôle (si on peut dire) c’est que le burkini n’a rien d’une toilette halal. Et que les islamistes les plus radicaux ne l’autorisaient jamais ! Légiférer (ah! toujours la grande idée pour appâter le chaland)? Mais sur quoi ? « Une loi contre le burkini, ou une loi contre les signes religieux dans l’espace public ? Dans ce cas, on empêcherait tout type de processions religieuses. Ce serait étrange que ceux qui revendiquent les racines chrétiennes de la France interdisent les fêtes en l’honneur des Saints-Patrons » fait justement remarquer Jean Léonetti.

J’observe, en passant, que l’on ne s’attache qu’à la mise des femmes et bien moins à celle des hommes. Pourtant, on pourrait considérer qu’une barbe, un calot, une kippa, un talith,  une longue  tunique sont aussi signifiants. Non ?

Ce que je crains c’est qu’au nom d’un laicisme radical on ne renvoie à une communauté, qui ne me paraît pas adhérer dans sa majorité à un islam redouté, l’image d’un pays qui la rejette au risque de la pousser vers ce que l’on craint.

A ce stade, je ne vois qu’une solution : l’uniforme ou le tablier pour tous, une laicisocratie  imbécile qui n’aura qu’ un mérite : mécontenter tout le monde. On a les majorités qu’on peut :-).

 

 

PS :

 

 

 

Post accablé mais pas totalement

Il y a la chaleur d’abord. Plus de 30 °  (36° hier et aujourd’hui) depuis plusieurs jours, sans un souffle d’air avec un mercure qui baisse péniblement en milieu de nuit.  Je ne tiens pas ces températures là. Elles me laissent écrasée, atone, sans envie, sans volonté sinon celle de m’en tenir à des mouvements minimaux pour ne pas me transformer en fontaine ambulante, me condamnent à une vie à bas bruit que j’exècre.

Il y a ensuite ces débats burkinisés, bien commodes pour détourner l’attention du chaland des sujets qui le concernent de près, de ce qui se prépare ou se fait en douce. Choc des mots, poids des photos et l’impression pénible que l’on avance pas : le coeur balance entre laïcité de combat, pour reprendre la formule de Marcel Gauchet, et République de combat pour s’en tenir celle de notre adjudant catalan. 25 ans que ça dure, 25 ans qu’on tourne en rond sous l’oeil consterné de certains, amusé d’autres. Pour moi, je finis par me demander si ce n’est pas la laïcité qui me pose problème. Non que je la récuse, au contraire, mais je ne sais plus comment la comprendre. Jusqu’ici cela me semblait assez simple.  J’en tenais pour Jean Baubérot pour qui « la laïcité c’est la liberté imposée aux religions et non la répression des religions. La neutralité et la séparation sont des moyens. Le but, c’est la liberté de conscience ». Pour résumer, laisser croire … ou ne pas croire. Mais quand la République s’en mêle sur fond d’attentats …je ne sais pas plus définir un islamiste que la laicité. Et des évènements corses récents médiatisés n’importe comment me donnent à craindre qu’on finisse à pousser certain(e)s vers ce que l’on cherche à combattre : le fondamentalisme (et là, je ne vise pas que le religieux).

Accablée encore par cette rentrée littéraire politique, où (à lire certaines « bonnes feuilles ») « Monsieur j’ai changé » reprend, en pire, ses vieilles antiennes, et « Monsieur petites blagues » se reproche d’avoir, entre autres cyniqueries, lié son sort à l’inversion de la courbe du chômage, jamais arrivée (quoiqu’en disent les résultats récents).  » J’ai eu tort, j’ai pas eu de bol » aurait-il confié. Comme certains l’ont déjà fait remarquer, les chômeurs apprécieront. Ce qui donne « en creux » le degré d’insensibilité sociale du personnage.

Heureusement pour se distraire de tout ça, il y a la musique (celle qui pourrait rassembler au passage). Joli documentaire hier sur Arte « Twenty feet from stardom », autour de choristes, noires, nourries au godspel, ferventes, fragiles et volontaires, ayant émergé sur fond de luttes pour les droits civiques. Leurs noms : Lisa Fisher, Darlene Love, Merry Clayton … entre autres. Petit échantillon