Reprendrez-vous un peu de carabistouille ? Non, peut-être ou oui sans doute ?

En aura-ton avalé des carabistouilles depuis 2 ans autour de le ou la Covid ? Sur le sens, voir ci-dessus, à ceci près que les carabistouilles de nos autorités sanitaires ne furent pas sans conséquences. Lire ici.

https://www.franceculture.fr/politique/le-gouvernement-face-au-covid-les-constats-accablants-du-senat-et-de-lassemblee

Petits souvenirs personnels.

« Le masque n’est pas utile en population générale » affirmait Édouard Philippe il me semble (et pour cause, on manquait de tout et de masques chirurgicaux en particulier) et puis finalement on jugea que si. On commença par les masques dits « grand public filtration supérieure à 90% » (?) c’est à dire « des masques en tissu, le plus souvent lavables et réutilisables, destinés à prévenir la projection de gouttelettes, filtrant des particules émises d’une taille égale ou supérieure à 3 microns ». Puis, aérosolisation de la transmission du virus oblige, on remisa les masques textiles pour passer aux masques chirurgicaux, en intérieur comme en extérieur, puis on leva la contrainte sur l’extérieur avant de la rétablir. Aujourd’hui Omicron oblige, la généralisation des masques FFP 2 font débat mais comme les chirurgicaux, ils représentent un budget que la santé ne prend pas en charge et que les moins fortunés ne peuvent engager. Quant à l’aération …c’est de votre ressort chez vous mais ailleurs…

Souvenez-vous aussi des premiers temps des tests notamment PCR où, l’afflux de demandeurs « aidant » (sic), le résultat ne vous parvenait qu’au bout de 8 jours … autant dire qu’il ne valait plus tripette. Tests d’abord gratuits puis rendus payants pour les récalcitrants au « vaccin » qui y renoncèrent sans doute pour partie d’entre eux vu le budget qu’ils représentent : où l’on voit que la stratégie de dépistage chez nous est incomparable.

(Petit aparté : j’ai d’ailleurs du mal à appeler « vaccin » une injection qui ne vous protège pas de la maladie ou de la transmettre. Certes, il éviterait les formes graves de le ou la Covid mais si j’en crois le Larousse, un vaccin est une « substance d’origine microbienne qui, administrée à un individu ou à un animal, lui confère l’immunité à l’égard de l’infection déterminée par les micro-organismes mêmes dont elle provient et parfois à l’égard d’autres infections ». Avec les vaccins anti-covid, nous nageons dans le « partiel ». On remarquera aussi en passant que certains de ces « vaccins » ont définitivement disparus de nos « cimaises sanitaires » : Astra Zeneca et Janssen pour ne pas les nommer, les premiers, plus faciles à stocker que les ARNm étant –  » charitablement » distribués, y compris périmés – https://www.voaafrique.com/a/le-nigeria-d%C3%A9truit-un-million-de-doses-de-vaccins-covid-p%C3%A9rim%C3%A9es/6366371.html- en Afrique).

Pass sanitaire : il ne devait pas conditionner notre vie sociale … et puis finalement si. Qu’en sera-t-il du pass vaccinal? Notre ministre de la santé (triplement vacciné mais positif au Covid) ne laissait guère de doute : « C’est simple, c’est clair, c’est limpide, nous voulons que les Français se fassent vacciner ».

Une obligation vaccinale qui ne dit pas son nom.

Bref nous en sommes là.

Un certificat de rétablissement, pour ceux qui ont été frappés par la ou le Covid, pourra-t-il remplacer le Pass vaccinal ? Les débats parlementaires (au moment où j’écris) ne lèvent pas le doute : en principe oui, en pratique selon des modalités à préciser par décret (si j’ai bien compris). Les décrets d’application se faisant parfois attendre longtemps …quid dans l’intervalle ?

Et le premier ministre dans son évitement des réponses n’aide pas :

(D’où il résulte en somme, si j’ai bien entendu, qu’un vacciné peu scrupuleux pourra toujours prendre le train quand un non vacciné testé négatif ne le pourra pas. Cherchez la logique).

(Autre aparté : j’ai débuté la lecture d’un livre conséquent (700 pages) qui s’annonce assez réjouissant de David Graeber et David Wengrow « Au commencement était …Une nouvelle histoire de l’humanité. J’en suis au chapitre 2 intitulé  » Blâmable liberté  » qui voit au XVIIe -XVIIIe siècle l’Europe, via des missionnaires ou des militaires, se confronter notamment aux sociétés amérindiennes de l’est de l’Amérique du nord (wendats en particulier) et découvre que ces « sauvages » n’ont pas beaucoup d’estime pour le modèle de société européen d’alors et s’avèrent de redoutables rhétoriciens. Pour résumer écrivent les auteurs:  » Entre 1703 et 1751, la pensée européenne fut profondément influencée par la critique indigène. Au fil de millions de conversations conduites dans des dizaines de langues, du portugais au russe, les réactions amérindiennes initiales d’indignation et de dégoût face aux mœurs européennes se muèrent en un débat autour des concepts d’autorité, de morale, de responsabilité sociale et, par dessus tout, de liberté. Comme le constatèrent rapidement les Français, autonomie individuelle et liberté d’action figuraient au panthéon des valeurs amérindiennes. Ces peuples organisaient leur existence de façon à minimiser le risque qu’un être puisse imposer sa volonté à un autre, si bien que, à leurs yeux, la France absolutiste n’était ni plus ni moins qu’une société d’esclaves indisciplinés. A cela les Français réagirent de diverses manières. Certains, comme les jésuites, rejetèrent catégoriquement le principe de liberté. D’autre comme les colons, mais aussi les intellectuels et les lecteurs de France (ndlr: des récits des missionnaires notamment) commencèrent à y voir une proposition sociale provocatrice et séduisante. »

Liberté, égalité, fraternité. Les temps modernes covidés me donnent à penser, à ce stade de ma lecture (p.86) que notre arrogance finalement n’a pas retenu grand chose de la rhétorique amérindienne. Mais c’est une autre histoire que le reste du livre éclairera sans doute.).

Mais revenons à notre mouton vaccinal. Troisième, quatrième dose à trois, quatre mois d’intervalle, est-ce raisonnable ?

Sur ce point l’agence européenne du médicament (AEM) par le biais de Marco Cavaleri, responsable de la stratégie relative aux vaccins de cet organisme, a fait valoir notamment que «bien que l’utilisation d’un schéma de rappels supplémentaires puisse être envisagée dans le cadre d’un plan d’urgence, des vaccinations répétées à intervalles rapprochés ne représentaient pas (selon lui) une stratégie durable à long terme.» A une journaliste essayant de comprendre s’il suggérait que nous pourrions développer une résistance à un trop grand nombre de rappels effectués sur un court intervalle, Cavaleri répondit : «Oui, en effet, il y a deux préoccupations ici.» Si l’une d’elles «est le risque de fatiguer la population avec l’administration continue de rappels», l’autre fut présentée en ces termes : «Si nous avons une stratégie dans laquelle nous donnons des rappels, disons tous les quatre mois environ, nous finirons par avoir des problèmes avec la réponse immunitaire, et la réponse immunitaire pourrait ne pas être aussi bonne que nous le voudrions. Donc nous devons faire attention à ne pas surcharger le système immunitaire avec des vaccinations répétées.»

Cette dernière phrase fut surinterprétée, en particulier sur les réseaux sociaux, et il fut avancé que l’AEM défendait l’idée selon laquelle des rappels vaccinaux rapprochés pouvaient dérégler ou affaiblir le système immunitaire.

Contactée par l’équipe de CheckNews de Libération , l’AEM déclara : «Malgré ce que certains ont rapporté à tort, le docteur Cavaleri n’a jamais dit ou laissé entendre que l’administration répétée de boosters affaiblirait le système immunitaire de quelque manière que ce soit. Ce qu’il a dit, c’est que l’administration répétée de rappels pourrait entraîner une diminution de la réponse immunitaire au vaccin, ce qui signifie que les vaccins pourraient devenir moins efficaces».

«Dans l’ensemble, poursuit l’AEM, alors que des discussions et des réflexions sont en cours pour définir les stratégies de vaccination à venir, le docteur Cavaleri a voulu expliquer les défis liés à la mise en œuvre d’une stratégie de vaccination basée sur des rappels répétés (par exemple tous les quatre mois) et les problèmes qu’elle peut poser à différents niveaux. Outre la fatigue anticipée de la population, d’un point de vue scientifique, le rappel répété est une approche pour laquelle il n’y a pas beaucoup d’expérience avec d’autres vaccins et, par conséquent, certaines considérations doivent être prises en compte. Les stratégies de vaccination à venir devront être conçues avec soin, avec la participation de toutes les parties concernées à l’échelle mondiale et en tenant compte de toutes les nouvelles preuves qui sont constamment produites».

Pour autant poursuit l’AEM, « si la situation d’un point de vue épidémiologique est telle que [de nouveaux rappels vaccinaux s’avéraient] la meilleure option sur la table, alors cela peut être fait une ou peut-être deux fois, mais ce n’est pas quelque chose qui devrait être répété constamment. Il serait beaucoup mieux de commencer à penser à une administration de rappels plus espacée dans le temps. Idéalement, si nous voulons évoluer vers un scénario d’endémicité, ces rappels devraient être synchronisés avec l’arrivée de la saison froide dans chacun des hémisphères, à l’instar de ce que nous faisons pour le vaccin contre la grippe. Nous devrons donc maintenant réfléchir à la manière dont nous pouvons passer du contexte actuel de pandémie à un contexte plus endémique dans lequel cette option serait souhaitable.»

Au cours de la conférence de presse de l’AEM, M. Cavaleri a également abordé la question «d’un vaccin adapté [à omicron], avec une composition différente», jugeant que «davantage de données sur l’impact d’omicron sur l’efficacité des vaccins [déjà] autorisés, ainsi qu’une meilleure compréhension de l’évolution épidémiologique de la vague actuelle» étaient nécessaires pour se prononcer sur son utilité. M. Cavaleri a ajouté que «d’ici à ce qu’un vaccin adapté à l’omicron soit développé, il est possible que la situation épidémiologique dans l’UE ait considérablement évolué en termes de variants circulants et d’exposition naturelle à l’omicron».

En somme, wait and see.

Pour l’heure, on enregistre plus de 300 000 contaminations/ jour mais leur nombre véritable se situe sans doute au-dessus (certains positifs ne se déclarant pas pour une raison ou une autre) à moins que cette estimation ne tienne compte de ce « dark number ».

Alors, dans cette incertitude (entretenue ?), nous voilà, vaccinés ou pas, soumis à des injonctions successives aussi paradoxales que celles infligées au corps enseignant.

Qui sait ce qu’on apprendra plus tard de cette époque ou des décisions jupitériennes lorsque leur embargo sera levé. Et les wendats n’avaient peut-être pas tort de considérer notre condition comme celles « d’esclaves ».

En attendant, la chronologie sanitaire vous glisse à l’oreille « allez, vous reprendrez bien une petite lichette de carabistouille liberticide si on vous dit que votre sécurité en dépend ? » Non, peut-être …ou oui sans doute ? Le sens réponse n’est pas si évident selon ce que vous serez ….

PS : Au vu des récentes manifestations, cette affiche me paraît éminemment transposable à l’enseignement

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Un siècle technicien

Ayant, récemment, à commenter une loi sur la protection des données personnelles mettant en phase notre droit avec un règlement européen sur la question, je suis retombée sur cette problématique des décisions administratives susceptibles d’être prises de façon « automatisée », c’est à dire ayant pour fondement un algorithme. La loi se veut rassurante : aucune décision de justice impliquant une appréciation sur le comportement d’une personne ne peut avoir pour fondement un traitement algorithmique.  Si j’osais, comme disent les Suisses, je ferais remarquer que présenter une demande quelle qu’elle soit témoigne d’un « comportement ».  Mais, là est le hic,  pour ce qui est des décisions non-judiciaires (par exemple celles produisant des effets juridiques à l’égard d’une personne ou l’affectant de manière significative : le droit à un minimum social, par exemple ?)  le principe comporte pas mal d’ « assouplissements » qui n’ont pas inquiété le Conseil constitutionnel (à vrai dire, de nos jours, on se demande bien ce qui peut le secouer un tant soit peu, voir plus bas quand même).

Malraux affirmait que le XXI ème siècle serait religieux  Reste à s’accorder sur la religion. Vu de ma lucarne, il me semble que, pour des raisons de rentabilité, on rogne aussi sur le temporel, la relation entendue comme ce qui nous lie. A entendre, par exemple,  cette collègue  raconter ses discussions avec son médecin, je me dis que l’homme est en passe de s’aligner sur la neutralité froide de la machine : « j’ai respecté le protocole à la lettre. Que peut-on me reprocher ? »

Plus que jamais, alors, je pense à Jacques Ellul, qui fut mon professeur, et dont j’ai précieusement gardé toutes les interventions pendant ma formation, en particulier celle sur la technique.

Madame Wikipedia fait sur ce thème un résumé assez fidèle de sa pensée : la technique, selon Ellul,  n’est plus un instrument docile, un simple moyen : « elle a maintenant pris une autonomie à peu près complète à l’égard de la machine (…),  obéissant à ses propres lois, elle est devenue le principe d’organisation de toutes nos sociétés. Par conséquent, il est erroné de ne voir en elle que le moyen de nous libérer des servitudes imposées par la nature : elle est sans doute cela mais elle est aussi la source de nouveaux types de servitudes ».

« Le phénomène technique peut se définir comme la préoccupation de l’immense majorité des hommes de notre temps de rechercher en toutes choses la méthode absolument la plus efficace », écrivait-il. , » Mais s’il en est ainsi, c’est parce que la technique est « à la fois sacrilège et sacrée » : l‘invasion technique désacralise le monde dans lequel l’homme est appelé à vivre. (…) L’ homme, ne pouvant vivre sans sacré, reporte son sens du sacré sur cela même qui a détruit tout ce qui en était l’objet : la technique ».

Le lien avec ce qui précède est ténu, mais bon :  le Conseil Constitutionnel, à propos des passeurs de la vallée de La Roya, distrait d’une sieste plus que décennale, s’est souvenu du mot « fraternité », dont le sens s’est perdu,  autant que celui de ses voisines « égalité » et « liberté » sur les frontons de nos édifices publics. La formulation alambiquée de la Juridiction suprême contribue à atténuer la portée de son rappel à la loi, tellement d’ailleurs que notre Collomb national n’y a vu aucune contradiction avec ses vilénies.

Combien de définitions et autres acceptions la machine a – t – elle stockée de ces mots là sur son disque dur ?

En ce qui nous concerne, lamentables humains peu à peu convertis « à l’insu de notre plein gré » et « en même temps »  à un individualisme  surligné  (ah ! la perspective d’être un jour millionnaire !), à l’immédiateté et à une « profitabilité » assortie, elles s’effacent de notre carte mémoire.

Technologie

L’individu est toujours prêt à se soumettre à la nécessité, pourvu que le vocabulaire de la liberté soit sauvegardé, et qu’il puisse parer son obéissance servile de la glorieuse énergie d’un choix libre et personnel.

  • L’illusion politique (1965), Jacques Ellul

Je ne sais pas pourquoi je pense à cela à propos de ces nouvelles technologies de l’information  et de la communication, ces douces NTIC, qui pulvérisent, entre autres choses,  la notion de temps de travail et de temps personnel, le premier venant phagocyter le second.

Celle-ci ne manque pas de regarder ses mails professionnels (et d’y répondre) lorsqu’elle est en congé, cet autre m’assure que l’important est d’être réactif et twitte quotidiennement (on est tout de même très loin l’addiction de N. Morano qui « pense », avec l’acuité que l’on sait, … du bout des doigts), telle autre m’assure que le télétravail c’est la liberté puisqu’on peut quitter son boulot à des heures correctes, faire faire les devoirs aux enfants, les coucher et  reprendre son travail jusqu’à  ….ce que l’on consente à admettre qu’il est temps de s’accorder quelques heures de sommeil ?

Lorsque j’avance qu’il est important de se « deconnecter », de se préserver de ce flux incessant, de mettre des limites, se mettre en pause …en gros dire NON. Quand j’ose dire que je pense que twitter est  tout de même une énorme décharge égotiste où les pépites sont rares et que le désir d’information des clients d’une entreprise n’est peut-être pas de cet ordre ou de cette urgence là. Que facebook, c’est assez idem. Quand je prône le « no login » pour préserver un peu de vie privée. Que cette disponibilité consentie n’est pas une manifestation de liberté mais l’acceptation d’une nouvelle forme de servage. Que pour moi, deux personnes au restaurant textotant chacune de son côté est d’une tristesse absolue. Que l’homme connecté n’est bizarrement plus « au monde ».. ..

…je sens que j’atteins le stade ultime de la ringardise.

Je sais c’est caricatural.

Mais il faut que je l’assume : ma « mondialisation individuelle » renâcle. Je n’en suis pas à une contradiction près, notez ..puisque j’écris ici, que j’ai une messagerie, un compte facebook et twitte une fois par semaine (avec le fol espoir que, dans la masse journalière, des yeux s’arrêteront sur mon insignifiance).

Mais les vacances restent des vacances. Professionnellement, je n’y suis pour personne. Et ne vous avisez pas de téléphoner pour des fadaises pendant un déjeuner avec moi, vous avez de fortes chances de vous retrouver seul. Ce sont mes minuscules limites non négociables.

Le Gouvernement s’intéresse au droit du travail à l’heure du numérique. Le rapport de Bruno Mettling  intitulé « Transformation numérique et vie au travail » est sur mon bureau.Je m’y plonge avec circonspection.

Je m’inquiète de l’obsolescence des compétences, dont la vitesse ira croissant, et de la péremption jumelle du salarié.

J’ai tort. La technique ne s’arrêtant pas à ces bassesses nous pondra bientôt un transhumain indéfiniment adaptable :  un rêve ?

Mais amusons-nous plutôt. Sur le site soon soon soon, je lis : Demain, vous boirez l’eau des nuages et vous laverez votre vaisselle en prenant une douche. Economies d’eau obligent…Demain, dans un monde du « one size fits all » – où l’on se rend compte que son collègue porte le même pull que soi ou son voisin les mêmes sneakers, on passera du produit de masse à la personnalisation de masse. Autrement dit : tout ce que vous vivrez, porterez et achèterez sera unique au monde. Elle est pas belle la vie ?

 

 

intermède

 

A l’heure où des photos d’un petit dormeur du sable, pour reprendre le beau titre du billet de blog de Mouloud Akkouche sur Mediapart, font la une des journaux, desillant une opinion publique engourdie.

A l’heure où, appuyant, avec un conformisme exténuant, un plan de com’ bien orchestré, la presse nous bassine sur l’illisibilité du Code du travail tandis que nul, hormis Pierre Joxe, ne s’avise que « la législation fiscale est infiniment plus lourde et plus complexe, plus compliquée, plus changeante et plus illisible encore que le Code du travail » ( illisibilité, d’ailleurs, qui n’a d’égale que celle de nombre d’accords collectifs : au fait, « le travail et la loi » : combien d’exemplaires vendus ?). A l’heure où la pensée « sociale » se réduit au macronisme énamouré et au vallsisme déshydraté.

A l’heure où les médias se bollorisent, se drahisent, se bergénielpigassesisent, où l’on se demande si l’impertinence n’est pas condamnée à se réfugier dans les coins du net (mais lesquels?) … à moins qu’elle ne revienne au fanzine.

A l’heure où l’on s’indigne de destructions orientales, oubliant au passage notre responsabilité dans la naissance voire l’entretien des conflits qui les ont générées.

A l’heure où l’on évite de s’interroger sur nos rétrécissements hexagonaux, notre identité usurpée de « patriedesdroitsdel’homme ».

A  l’heure de la pensée unanimiste, émotive et volatile.

A l’heure où l’on est en droit de se sentir atterré par ce déferlement de violence et d’eau tiède, par cette barbarie  en somme, il peut sembler futile de mettre en ligne cette petite vidéo d’un homme heureux …et libre. Libre au point de s’amuser malicieusement de son propre rôle. Ostensiblement ses mains se taisent et seul son visage s’exprime à l’abri du public. Mais la vidéo ne permet pas de savoir si les musiciens de l’orchestre se sont vraiment réglés sur ces sourcils levés, ces lèvres tour à tour gourmandes, impérieuses, moqueuses, sur ces sourires plissés. Peut-être fallait-il sa stature pour oser ce quasi effacement ? Peut-être. Les temps légers n’existent pas. Les moments si, parfois. Alors en cadeau, celui-ci.

Bloody wednesday

Pas trop envie d’écrire, mais pas non plus envie de rester le stylo ballant. Je n’étais pas une lectrice régulière de Charlie Hebdo, mais peu importe. Je n’ai eu aucune sympathie pour le Charlie de Philippe Val, mais il est parti sous d’autres cieux journalistiques. Mais, il y avait eu, avant lui, Cavanna, Siné, Reiser, Choron et d’autres que j’oublie, puis  les morts de ce matin, plus fidèles au journal : à la geste, au culot, une irrévérence, à un mauvais goût tonique même si je ne l’ai pas toujours partagé. Tout cela : des images de Une prégnantes, inimaginables aujourd’hui, mais qui furent et restent comme des tatouages chamaniques contre une pensée unique insidieuse.

Le dernier dessin de Charb me laisse sans voix, ni mots. Juste un malaise profond devant ma propre sidération, cette envie de prendre du recul quand on se précipite ici et là.

Notre époque privilégie le réflexe sur la réflexion.

Alors, j’en suis venue à me méfier de mes propres émotions, à me méfier de ma propre empathie, à me méfier d’être ensemble par peur de cet emballement volatile qui m’agace souvent. Et, en cela, je donne peut-être prise à tout. Aux idées d’égouts qui remontent sans cesse à la surface. Je repense à la stratégie du choc de Naomi Klein. Les dérives sont toutes là. Etalées sous nos yeux unanimes.

Être libre est une éducation et un courage, c’est la pauvre pensée qui me vient.

Plus envie d’écrire, pour l’heure. La justesse et la justice sont difficiles à réunir. Car si je ne je ne suis plus juste, alors, la barbarie aura eu raison de moi. Et, de cela, surtout, j’ai peur.