Ce blog n’est pas prémédité. Je ne planifie rien. Parfois les horizons me fatiguent, alors j’écris au plus près : sur des personnes qui m’ont marquée, sur du présent, du banal, et, quand ils me viennent, sur des imaginaires …qui n’en sont pas tout à fait, car on ne se défait jamais complètement de soi. Tout cela manque peut- être un peu d’unité, n’est pas d’airain. Cela zigzague, hésite, revient, repart. C’est comme ça. Le plus délicat est la distance car, si je ne rechigne pas à partager des émotions, l’intime reste une autre chose dont je n’ai pas envie de parler ici. Alors baladez-vous sur ce flou, si l’écriture vous en dit !
Fabriqué au coeur des Alpes françaises depuis 1890, le couteau de poche Opinel puise dans ses racines montagnardes sa robustesse et sa simplicité. Au fil du temps, le couteau pliant Opinel a été adopté dans le monde entier, il est aujourd’hui reconnu comme une icône du design. Objet mythique, transmis de génération en génération, il reste populaire et indispensable pour le petit bricolage, le camping ou les piques-niques dans la nature. La collection Tradition décline le couteau de poche de 1890 en différentes tailles, couleurs et bois (sur le site : http://www.opinel.com).
Compacts, agiles, prêts à affronter toutes les situations. Notre gamme de couteaux suisses est née en 1897 et ne cesse de se développer. Au cœur de celle-ci, nos couteaux de poche : un outil de survie polyvalent pouvant faire face à toutes les situations et dont la lame coupante et précise constitue l’expression la plus élémentaire. Les plus sophistiqués ont révolutionné le voyage spatial et redémarré des moteurs. Des pionniers (sur le site : http://www.victorinox.com).
Jean Castex, notre nouveau Premier ministre, tient-il plus de l’opinel (robustesse et simplicité) ou du couteau suisse (polyvalent pouvant faire face à toutes les situations) ou des deux ?
Sans doute des deux. Selon le journal Le Monde «
« Le risque d’un portrait de Jean Castex est de sombrer dans l’éloge panégyrique : le garçon attire les louanges. A droite, comme à gauche.
Président socialiste de la Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel ne peut pourtant pas être taxé de groupie. « Je ne le connaissais pas avant qu’il ne s’occupe des JO 2024, raconte-t-il. Je suis totalement dithyrambique. C’est le mec réglo par excellence. Jamais de coup tordu. Il dit les choses et quand il dit oui, il s’engage à fond. Et en plus, il est très sympathique. Des comme lui, j’en ai rarement croisé dans ma carrière. »
Moi j’aime bien les couteaux Laguiole. Bien en main, moins rustiques que l’opinel, plus esthétiques que les couteaux suisses et déclinables et personnalisables en plus : Laguiole design, Laguiole de table, Laguiole confrérie, Laguiole oiseaux (élégant, charmant et atypique… : sur le site : https://www.couteau-laguiole.com) etc. Mais chers.
Difficile de savoir si Jean Castex aura aussi la portance de l’oiseau face à celui qui s’est cru Jupiter et n’est en fait qu’un pauvre Icare.
En 2017 les électeurs ont élu un laguiole oiseau. Du moins croyaient-ils en ses qualités. Peut-être est-il temps de revenir à un concret qui ne tranche pas systématiquement dans les mêmes poches. Un bon vieil Opinel en somme.
PS : j’apprends par Médiapart que Jean Castex est l’un des pères de la T2A. En plein Ségur de la Santé qui se passe mal cette nomination tient de la provocation. Mais Jupiter aime bien ça.
C’est un documentaire « PMA-GPA, les enfants ont la parole » diffusé sur France 5 mardi dernier que j’ai vu en différé suite à une chronique du « matinaute » d’ Arrêt sur images Daniel Schneidermann. Des enfants qui parlent pour eux-mêmes. Que savent-ils de leur conception, leur gestation, leur naissance ? Comment la racontent -ils -ou pas- aux copains, aux copines ? C’est quoi une famille ? Et comment voient-ils leur avenir ? Je n’ai pas minuté, mais il me semble que la part belle y est faite à la parole d’enfants, plutôt jeunes (8 à 13 ans essentiellement) à qui l’on n’a pas caché leur « origine ». Ils ont deux mamans ou deux papas voire deux mamans et un papa ou une maman seule. Des situations de moins en moins singulières mais dans lesquelles ils semblent être « au clair » (encore que le documentaire ait un peu bousculé cela et suscité de nouvelles questions chez certains et une envie d’en savoir plus). Le seul bémol vient sur la fin : un adolescent de 18 ans qui ne se posait pas de question sur ses parents jusque-là et a appris qu’il était né par PMA peu de temps (un an ?) avant le tournage.
Alors je pense à cette collègue, qui a appris tardivement les conditions de sa naisssance, mariée à un homme né lui aussi par PMA mais qui a retrouvé, lui, son père biologique. Je pense à cette collègue qui avec son mari a fait quelques unes de journaux nationaux l’an dernier alors que se profilait la discussion d’un projet de loi relatif à la bioéthique prévoyant, entre autres choses, l’extension de l’accès à la PMA. Je pense à cette collègue, un peu grisée par cette soudaine notoriété, à sa souffrance de ne pas réussir à retrouver son géniteur, qui n’avait plus la tête à son travail et à qui il me devenait difficile de dire que ce qu’elle me donnait à réviser ne tenait pas debout et était à restructurer complètement. Je pense à cette collègue qui va bientôt donner naissance à son troisième enfant dans une société « sans contact », de « gestes barrières » et de méfiance. Une collègue, en début de grossesse alors, qui, apprenant que j’avais un érysipèle au pied gauche, ne voulait plus m’approcher de peur que « je sois contagieuse ».
Et me viennent des questions : quel accueil pour ce bébé ? ça ?
Qu’en sera-t-il de toutes ces technologies à l’heure du « traçage » ? Le coronavirus a différé le reste de l’examen du projet de loi mais peut-être en a – t -il déjà modifié les termes de la discussion .
Jupiter nous livrera la quintessence de sa réflexion post Covid entre le 28 juin et le 14 juillet.
En attendant chacun a conscience que les chantiers sont énormes et les idées ne manquent pas, voir par exemple, ici :
Pour l’heure, cependant, et c’est plutôt déprimant, la parole publique dessine un monde d’après qui ne fait guère mystère : business as usual. Dépensez votre épargne, les gens, pour le salut des entreprises alors même que la conclusion d’accords dits « de performance collective » qui permettent de baisser les salaires et jouer sur la durée du travail ont le vent en poupe. Injonction paradoxale s’il en est quand un refus de la modification de votre contrat vous expose à un licenciement par principe justifié.
On s’inquiète de la situation financière de la Sécu… de la dette de l’Etat. Bref, comme on aurait bien aimé qu’il n’en soit pas ainsi, mais il aurait fallu pour cela que les comités de réflexion théodules s’ouvrent à des courants de pensée plus hétérodoxes, rien de nouveau sous un soleil qui nous cuira cet été.
L’insolente distribution de dividendes continue, le bruit est revenu polluer nos journées, une certaine fureur est palpable, bref la « réinvention » risque de ne demeurer qu’un mot de bonimenteur.
La vidéo date d’hier 14 mai et je suis certaine que ce chroniqueur est déjà conscient de l’inanité de sa conclusion, qu’il ne croit pas plus que moi que l’exaltation discursive jupitérienne autour d’une réinvention générale et nécessaire se traduira par une quelconque redistribution des cartes.
Il faut que les affaires reprennent et chaque jour nous en fournit des illustrations déprimantes. Ainsi la ministre du travail, par exemple, qui, avec l’aide d’une majorité décidément aux ordres, continue son travail de sape du Code du travail en détricotant les règles de reconduction des CDD et des contrats précaires sous prétexte d’urgence sanitaire. Cette mesure ne devrait s’appliquer que jusqu’à la fin 2020 mais l’on sait ce qu’il en est du provisoire qui dure. Le « terrain » a besoin de « souplesse » et l’on en connait depuis des lustres le vivier : les salariés du monde d’avant. D’ailleurs, la naïveté est d’avoir cru, même fugitivement, à un hypothétique avant/après. Ce qui se profile est un avant qui se durcit et fourbit ses armes (policières et textuelles) en attendant un réveil social dont il est difficile aujourd’hui d’évaluer s’il relèvera du tsunami ou d’une simple vague. Pour les médecins, ces héros, l’affaire est donc entendue : une médaille, des contingents invités à participer au défilé du 14 juillet (en sac poubelles, leur uniforme de fortune pendant le confinement ?) et le retour des comptables aux manettes de la gestion du système de santé. La recherche publique est à la rue et vive Sanofi.
Plus près de moi, la parenthèse « corovinarienne » a accéléré les réflexions sur une « unification » des services et des métiers au sein du groupe dont fait partie mon employeur. Pour ce qui concerne ma profession (qui a télétravaillé non stop depuis le 16 mars), cela devrait se concrétiser au cours du deuxième semestre 2021. A une collègue qui demandait, à l’occasion de l’une de nos conférences téléphoniques hebdomadaires au sein de l’équipe, si un plan de départ ou des « incitations » étaient prévus pour les « vieux » (sic), il fut répondu que cela n’était pas à l’ordre du jour pour l’instant. Tout est dans le « pour l’instant ». Quand les comptes auront été faits, en revanche …
Pour l’heure, alors que rien n’est réglé et que le virus court toujours, s’amorce dans mon quartier une sorte de « comme si de rien n’était » singulier. Les applaudissements au balcon du soir se sont tus dès le 10 mai (l’ « élargissement » décrété par notre Président approchant, ils déclinaient cependant depuis quelques jours en intensité). La circulation sous mes fenêtres et le chantier d’en face ont repris le lendemain, me faisant amèrement regretter le silence du confinement. La distanciation sociale est déjà presque un souvenir…et les barrières des gestes abaissées (faudra – t- il instituer la circulation alternée sur les trottoirs pour que la prudence revienne ? ).
Une seule étrangeté perdure : la fermeture des troquets environnants.
Il fait beau. L’air est -pour combien de temps encore ?- moins saturé de saletés qu’ « avant ». Il faut pourtant (ô paradoxe !) aller masqué (enfin c’est fortement conseillé).
L’ironie n’ a pas de limite (je sais c’est indigent mais comme le chroniqueur il faut bien conclure).
On avait plutôt l’habitude du Je. Mais voici que les discours Jupitériens se teintent depuis le confinement d’un peu plus de nous. En témoigne cet extrait de celui du jour.
« Privés des rituels de cette journée, nous en éprouvons aujourd’hui toute la valeur, tout le sens. Avec cette volonté forte : retrouver dès que possible les 1er Mai joyeux, chamailleurs parfois, qui font notre Nation »
Chamailleurs ? La première pensée qui vient est que notre Président n’est pas encore en phase de réinvention de sa personne.
Sans remonter aux exploits d’Alexandre Benalla place de la contrescarpe le 1er mai 2018, souvenons – nous par exemple de cela :
Chamailleries vraiment que cela ? Dans quel monde vit-il ? Et ce nous ?
Nous inclusif ou nous de majesté ?
J’opterais plutôt pour le second, même si l’intention jupitérienne semble incliner vers le premier, tant cette union à laquelle il fait référence est contredite par les faits. Faut-il croire, par exemple, que par le miracle du saint déconfinement, les forces de l’ordre cesseront de verbaliser ou de nasser ? Il faudrait pour cela changer de personnel et de doctrine, ce qui passerait, notamment, par la mutation du Préfet de Police de Paris sur un poste n’ayant rien à voir avec le maintien de l’ordre.
La mise en place de l’application Stop-covid est suspendue mais on note un curieux appel d’offre d’un montant de près de 4 millions d’euros pour l’achat de plusieurs centaines de drones de types différents (micro-drones du quotidien», drones de capacité nationale, nano-drones spécialisés) dont on peut redouter l’usage qui en sera fait dans le contexte d’une police en roue libre. Dans le même temps Sibeth Ndiaye déclare tranquillement « la crise du COVID19 favorise la propagation de fakenews. Plus que jamais, il est nécessaire de se fier à des sources d’informations sûres et vérifiées. C’est pourquoi le site du @gouvernementFR propose désormais un espace dédié ». C’est ici.
Bien(sur)veillance pour reprendre le mot de la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury et prêt à penser…Nul doute que les listes aimablement diffusées auront autant pour effet de faire descendre sur les publications citées la défiance qui se manifeste à l’égard du Gouvernement.
Passés les applaudissements et autres casserolades de 20 heures, on se sent assez chiffon dans son confinement. Penser le monde d’après, une gageure tant les prémices de son visage ressemblent à celui d’avant.
On apprend ainsi que des grandes enseignes ont « sécurisé » des millions de masques quand l’hôpital en manquait cruellement (et en manque toujours). Individualisme et profit.
On voit déjà poindre les « efforts » auxquels il faudra consentir dont on sait sur qui il pèseront puisque le Président n’envisage pas de modifier substantiellement les bases de sa politique. Le nouveau capitalisme plus respectueux des personnes cher à Bruno Le Maire a déjà vécu. Autre signe annonciateur, quelle sera la temporalité des décisions prises en matière sociale, notamment sur la durée du travail ? Seront-elles effectivement remises en cause à la fin de l’année ? Pendant ma semaine de congés, je me suis bien gardée de suivre « mon terrain » de près. Cela faisait du bien de s’aérer l’esprit, de se faire moins de cheveux virtuels, la réalité capillaire se suffisant à elle-même.
L’exercice n’est pas nouveau. Victor Klemperer à propos du nazisme ou plus près de nous l’éditeur Erie Hazan se sont attachés à déshabiller le langage ambiant. Quelle leçons en tire-t-il pour lui-même au quotidien ? On ne le saura pas.
Sur un mode plus ludique ceux-là ne disent pas autre chose :
Je n’évoquerai pas pour ne pas tomber dans l’hypocondrie ou la paranoïa tous ces petits mots et éléments de langage qui fleurissent sur l’épidémie du coronavirus et sur lesquels de plus savants que moi se pencheront un jour pour analyser la « séquence » que nous traversons. Cluster que dis-tu ?
Il n’y avait pas d’argent magique paraît-il. La politique sociale coûtait un pognon de dingue, comme d’ailleurs l’éducation ou la recherche. Résorber la dette, la dette, la dette telle était l’obsession… au prix de l’économie réelle.
On attendait un krach plutôt lié aux aventures financières « des marchés » (ceux-ci apprendront-ils un jour quelque chose de quoi que ce soit ?). Il s’annonce autrement sur fond sanitaire et stratégies troubles autour du prix du baril de pétrole. La libre circulation marche aussi pour les virus et l’on peut s’étonner de la relative atonie, notamment des pays de l’union européenne, lorsque l’épidémie s’est déclarée en Chine. Greffée sur un hôpital public en souffrance depuis des années, il y avait de quoi avoir quelques craintes sur la capacité d’absorption de notre système de santé.
Tout était sous contrôle, nous assurait soeur Buzyn.
Fake news.
Je n’ai pas écouté le discours du Président le 12 mars 2020, mais il semble découvrir la lune : « Ce que révèle cette pandémie » aurait-il dit « est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché ». Allelujah ! A quoi pense-t-il ? Combien de temps perdurera cette conscience ? Et réguler ces marchés y pense-t-il vraiment ? Pour l’heure des mesures « exceptionnelles et massives » de chômage partiel sont envisagées et « toutes les entreprises qui le souhaitent pourront reporter sans justification, sans formalité, sans pénalité le paiement des cotisations et impôts dus en mars ». D’autres, qui concernent les indemnités journalières maladie, sont déjà intervenues par décret en faveur des personnes infectées. Fort bien. Mais quelle réflexion sincère sur notre modèle de vie ces « crises » suggèrent-elles en haut lieu ? « Reprendre le contrôle » dit-il. Les mots sont faciles et l’ Etat providence n’est pas engrammé dans son logiciel. Si le ciel s’éclaircit dans quelques mois, je gage que l’on nous resservira la dette. D’ailleurs, les réformes et autres privatisations ne sont que suspendues.
Le bonhomme m’agace, car « il s’écoute écrire » comme je l’ai déjà dit plusieurs fois, mais il mérite tout de même d’être lu https://blog.mondediplo.net/coronakrach
La vidéo est virale comme on dit. Profitant de la visite sa visite à l’hôpital de la Pitié Salpétrière (où vient de décéder un patient atteint du coronavirus), un médecin neurologue entreprend Jupiter sur l’état de l’hôpital public. L’échange est courtois mais je me suis dit que le Président n’en avait pas exagérément apprécié la chute.
« Vous pouvez compter sur nous », lui dit le médecin, qui ajoute, « L’inverse reste à prouver ».
La confirmation ne tarda pas. Plus tard dans la soirée, alors qu’il était à Naples pour un sommet franco-italien avec Giuseppe Conte, le président de la République est revenu sur la séquence : « C’est un médecin qui représentait la coordination, l’intersyndicale, lequel est neurologue – il n’a rien à voir avec le coronavirus – qui a tenu ces propos. Il n’a rien à voir avec la crise que nous sommes en train de vivre ».
Le coronavirus sauvera-t-il paradoxalement l’hôpital ? se demandait Daniel Schneiderman dans son billet du 28/2 sur le site arrêt sur images. La réaction italienne du Président, où l’important semble être de laver « l’offense » qui lui aurait été faite en délégitmant la parole du médecin, ne me rend pas optimiste…. « On ne peut pas passer sous silence le fait que les personnels hospitaliers ont alerté depuis plusieurs mois sur la situation dramatique des hôpitaux publics et que c’est sur cet hôpital fragilisé que va survenir cette crise sanitaire » a rappelé, de son côté, le neurologue. Il faut croire que si.
En attendant il (le coronavirus) n’est pas sans vertus. Ainsi, selon le journal Reporterre, en Chine, les mesures visant à contenir le coronavirus, qui se sont traduites par une réduction de la production industrielle, auraient permis d’éliminer un quart ou plus des émissions de CO2 du pays au cours des deux dernières semaines, période où l’activité aurait normalement repris après les vacances du nouvel an chinois.
Nos amies les bêtes ne seraient pas en reste : selon Science et Avenir, la faune sauvage « bénéficierait » aussi de l’épidémie. C’est ici :
Mais ce qui vaut pour les animaux ne vaut pas pour les hommes … ni pour l’industrie ou les marchés financiers.
Ainsi la bière Corona serait une victime collatérale du virus. Au début j’ai cru qu’il s’agissait d’une reprise d’un article du journal parodique Le Gorafi, Mais non … et dire que Jacques Chirac n’est plus là pour déclarer l’état d’urgence « coronaïque ».
Les Bourses s’inquiètent et on réalise enfin, dans certains milieux autorisés (comme raillait Coluche), la légèreté, pour des raisons d’âpreté financière, d’avoir fait de la Chine l’atelier polyvalent du monde. Nous n’avons, par exemple, plus d’autonomie « médicamenteuse » en France. Et l’industrie pharmaceutique de s’interroger soudain sur l’utilité de maintenir un peu de fabrication sur nos sols nationaux et d’envisager de relocaliser une partie de leur activité.
En même temps, après quelques semaines d’attentisme, le ministère du travail se réveille et publie sur son site un guide des bonnes conduites face au virus.
Le mari d’une de mes collègues revient d’une zone à risques. Je me demande quelle sera la réponse de l’entreprise et des écoles où ses enfants poursuivent leur scolarité. Tous confinés ? Et on s’alimente comment en attendant la fin de la période d’incubation dont il n’est pas assuré qu’elle ne soit que de 14 jours (on n’évoquera pas, par pudeur, le cas des porteurs sains) ?
Ces crises sanitaires, contrairement à ce qu’affirme cet « éditorialiste » télévisuel estampillé Rassemblement national, ne datent pas d’hier. La conscience serait de prendre acte que, si l’on sait aujourd’hui traiter nombre pathologies d’antan, l’évolution des techniques ne nous préserve pas, entre autres choses, des risques sanitaires. Peut-être nous rend-t-elle, à certains égards, plus vulnérables et qu’il serait peut-être temps de ré-interroger sérieusement nos modes de vie et de développement.
Et pourquoi les algorithmes dans ce titre, alors ?
A cause de cette sortie d’un jeune député LREM dont je ne saisis pas bien le rapport entre ses propos et le projet de loi sur les retraites si ce n’est de tenter de justifier l’intégration du régime des avocats dans le régime universel (sic) en faisant valoir le fait que leur métier en tant que tel va finalement disparaître.
« Pourquoi le nombre d’avocat va baisser ? Parce que la profession va évoluer. Ce que l’on fait aujourd’hui en contentieux de masse n’existera plus parce que les algorithmes le feront bien mieux. Les avocats vont se spécialiser dans l’accompagnement » assure ainsi Sacha Houlié.
Il paraît que l’on doit, en partie, le casting des députés LREM à Jean-Paul Delevoye qui examinait les candidatures dans je ne sais quel comité Théodule pendant la campagne législative. Le résultat est tout de même édifiant (comme son leg plus qu’ajouré sur la réforme des retraites). En entendant cela, et en regardant le fonctionnement de cette majorité « pscittacique » depuis bientôt trois ans, je me dis qu’il ne serait pas incongru d’imaginer également son remplacement par un algorithme. Ce dernier d’ailleurs ne serait-il pas plus sensible à l’absence de données vérifiables sur les paramètres qui gouverneront la fin de vie laborieuse de tous ceux qui nous suivront ?
Il est toujours aisé d’approuver un changement de régime qui ne vous concernera pas, ou peu. Et je me demande si l’individualisme galopant n’est pas plus toxique pour l’avenir que le coronavirus.
C’est une tête en carton au bout d’un manche à balai promenée lors d’une retraite aux flambeaux. La réaction de Robert Badinter, qui sait ce qu’il en a été de la guillotine, est compréhensible. Mais au-delà de l’indignation, il aurait peut-être pu aussi s’interroger sur la raison pour laquelle on peut en arriver à manier cette image là. Ce qu’il faut de sentiment d’impuissance et de détestation. Dans une société plus proche du réflexe pavlovien que de la réflexion, l’image devient offensive. Alors, chacun sa comm’. La « pique » répond aux « gens qui ne sont rien ».
La citation est célèbre et vaut d’être rappelée :
« Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés. La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première. La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres. Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. » Dom Helder Camara
Certains me diront que cela tient du marronnier, de ces choses qui reviennent inlassablement comme la citation tronquée de Maurice Thorez – rappelée ici il y a peu- l’autre marronnier étant celle de cet extrait de la déclaration des droits de l’homme de 1793 : Article 35. – Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. Problème, ce texte, qui ne fait pas partie du bloc de constitutionnalité, n’a sous la Ve République aucune portée juridique.
Reste à savoir où l’on se situe actuellement sur l’échelle de richter de la violence révolutionnaire. Le paysage national, de ce point de vue, est plus que contrasté : il y a ceux qui ne s’offusquent de la violence policière que lorsqu’elle touche à un corps respecté – le pompier-ou lorsqu’elle se manifeste sous la forme d’un croche-pied sournois et « gratuit » quand d’autres songent au nombre de blessés et mutilés durant les manifestations dont le journaliste David Dufresne tient, depuis plus d’un an, une sinistre recension.
Une certitude, l’heure n’est pas à la désescalade, hélas. Rien à espérer de la Préfecture de police de Paris, par exemple : le préfet Lallement qui, avant d’être promu à Paris, a sévi à Bordeaux, y était détesté par nombre de ses subordonnés pour ses conceptions gestionnaires notamment celle du maintien de l’ordre pendant les manifs. Curieux comme cet homme semble mettre ses pas dans ceux de Maurice Papon (je pense ici à la manifestation du 17 octobre 1961, pas à d’autres choses qui lui ont été reprochées). Pourtant, il y avait un autre Maurice de nettement plus estimable à considérer. Mais notre Didier raisonne en « camps » : le manifestant voilà l’ennemi. On devrait peut-être lui rappeler cela «la garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.» C’est dans la déclaration des droits de l’Hommes de 1789 (art. 12), qui, elle, fait partie du bloc de constitutionnalité de la Ve république.
Le projet bâclé de réforme des retraites sur lequel le Gouvernement s’arc-boute ne devrait pas réduire les fractures. J’attends de voir le lapin que les caciques LREM de l’Assemblée Nationale sortiront de leur chapeau pour faire adopter en l’état (ou moyennant quelques concessions cosmétiques) à leur majorité (dont une partie s’interroge) un texte plein de trous … et ce n’est pas moi qui le dit (qu’il est plein de trous) mais le Conseil d’Etat. Songez, 29 ordonnances sont prévues, soit 29 renoncements à se saisir du sujet dans l’immédiat.
On ne doit jamais désespérer de rien et le pire est parfois sûr.
Amusons-nous un peu tout de même. Benjamin Griveaux, candidat officiel de LREM projette, s’il est élu en mars prochain, de déménager la gare de l’Est aux portes de la capitale ou en banlieue, par exemple porte de la Villette, libérant ainsi 30 ha pour créer un « Central Park parisien ». Je ne sais pas vous mais à moi cela me fait penser à cette proposition de Louis-Auguste Commerson : « Il faudrait construire les villes à la campagne, l’air y est plus sain « .
Au cinéma, selon Madame Wikipédia, un plan séquence est un plan qui consiste en une prise de vues unique se déroulant en plusieurs endroits d’un même lieu ou successivement en plusieurs lieux reliés l’un à l’autre. Son utilisation la plus fréquente consiste à suivre un personnage pendant le temps de son déplacement au travers d’un décor ou plusieurs décors.
Le film, du réalisateur britannique Sam Mendes, que je n’ai pas encore vu, s’appelle 1917. L’histoire est simplissime : deux jeunes caporaux britanniques ont pour mission de traverser les lignes ennemies afin de délivrer un message qui pourrait empêcher une attaque anglaise, où périraient 1600 soldats. La prouesse du film résulterait qu’il donne l’illusion d’un plan-séquence unique d’une durée de presque 2 heures avec une caméra qui court de tranchée en tranchée, qui saute au-dessus des barbelés, qui enjambe les cadavres et qui ne s’arrête jamais afin que le spectateur soit immergé en temps réel dans la guerre de tranchées.
Pourquoi j’en parle ? Parce que, si c’est exact, ce film me fait penser à tous ces derniers mois. Cette impression d’être enkystée depuis plus d’un an dans un plan séquence, ici sur un rond point, là dans ces tranchées urbaines que sont devenues les rues, sur fond de lacrymos qui claquent, de GLI F4 et tirs de LBD qui pètent et qui mutilent.
Les portefeuilles ayant raison des grèves (malgré la constitution de caisses de solidarité), l’endurance s’invente d’autres mises, mais que valent-elles face à un pouvoir qui s’est barricadé, en particulier sur le projet retraites, bancal, sans analyse d’impact financière sérieuse et critiqué par le Conseil d’Etat de manière plutôt sévère (par exemple, mais l’avis est assez cinglant me semble-t-il sur l’amateurisme gouvernemental, « le Conseil relève que le choix d’une détermination annuelle de chacun des paramètres du système y compris ceux applicables à une génération entière aura pour conséquence de limiter la visibilité des assurés proches de la retraite sur les règles qui leur seront applicables » et je vous épargne ce qu’il pense du recours aux ordonnances)? Car l’absurde est là : à en croire le journal Libération E. Philippe (et son équipe rapprochée) n’était pas chaud pour cette réforme, estimant qu’une simple modification des bornes d’âge aurait suffi. Mais il est devenu absolutiste sans nuance, zélé, pire presque que son commanditaire élyséen. Faussement prêt à concéder : le passe-passe de l’âge pivot est une grosse ficelle et la lettre de cadrage délivrée aux partenaires sociaux participant à la Conférence sur le financement de la réforme pour sortir du blocage est proprement intenable. Les casseurs les plus violents ne sont pas où on les pense.
L’inversion du calendrier des élections présidentielles et législatives fait que le scénario de la dissolution d’une Assemblée nationale – où Jupiter dispose d’une majorité absolue et asservie – est impensable et les élections municipales n’auront que des effets indirects …et peut-être pas immédiats (quoique) sur la composition du Sénat. Depuis quelque temps, d’ailleurs, je trouve des tracts dans ma boîte aux lettres dans lesquels le candidat ne se « déclare » pas, ne dit pas d’où il parle (comme on-dit de nos jours). Vous me direz, seul le programme est à lire et jauger. C’est vrai, sauf que de programme il n’y a. Juste de la communication aseptisée, creuse et narcissique, car il y a de belles photos. Sans compter l’entourloupe Castaner pour les municipales… que l’association des maires de France ne semble pas goûter.
Alors voilà. Je balance entre irritation et colère ce qui ne mène pas bien loin. A part se gratter et mal dormir.
Certains, plus lucides, seraient plus optimistes que moi : «Jusqu’à présent, être français, c’était vivre dans l’angoisse économique, arriver sur un marché du travail difficile, s’en sortir plus ou moins bien en fonction de son niveau de diplômes (…)Bref, c’était essayer de survivre jusqu’à l’âge de la retraite, moment où l’on pouvait enfin trouver un refuge et souffler. Ce qui se profile derrière le système à points, c’est l’anxiété économique jusqu’à la mort. Il est tout à fait possible que le gouvernement perde ce conflit social. L’enjeu est quand même celui de la vieillesse et de la mort ! Si Edouard Philippe et Emmanuel Macron ne parviennent pas à détourner le regard des gens de ce qui va leur arriver, la réforme ne passera pas.» (E. Todd).
Détourner le regard des gens. Pour l’instant il tient.
A propos de la violence légitime ce billet de F. Lordon, un autre irritant (comme Todd) qui s’écoute un peu écrire (sic) mais qui a aussi le mérite de donner à penser.
Difficile de revenir au quotidien après ces « rêvages » sibériens hebdomadaires. Je n’avais pas l’intention de les faire durer aussi longtemps. Mais construire de petits récits me permettait de me défaire de l’impression de vivre dans une sorte de chaos amplifié par « lémédias » et « léréseaux ».
Après Karthoum et Alger, Port-au-Prince, Hongkong, Quito, Bagdad, voici maintenant Beyrouth, Santiago du Chili et Barcelone. Comme le fait observer Denis Sieffert dans le journal Politis de cette semaine, « ces processus, qui ont tous une dimension révolutionnaire, ont plus que des traits en commun. La première flammèche paraît parfois dérisoire. Au Liban, c’est une taxe sur l’application mobile de messagerie WhatsApp. En Haïti, c’est la pénurie de carburant. Au Chili, une augmentation de quelques pesos du prix du ticket de métro. À Hongkong, un amendement qui inquiète. Et le feu, qui couvait, se propage. C’est un homme, un clan, et bientôt un système que l’on conteste. Et des mots, partout les mêmes, qui surgissent : inégalités, corruption, démocratie. Partout l’objet de la colère se déplace ».
Ces mouvements ont-ils un avenir face à la violence institutionnelle et policière qui se déploie en images plongeant dans une sidération impuissante ? Ou une crise boursière y mettra-t-elle un terme funeste avant que le capitalisme ne mute encore en saisissant la perche verte ?
En attendant, voici la France, pays autoproclamé des droits de l’homme, élevée, dans la bouche d’un sénateur chilien, en modèle de stratégie de maintien de l’ordre. Pas de quoi pavoiser.
Dans un article paru dans son numéro de février 2019, P. Rimbert et S. Halimi du Monde diplomatique concluaient » Appuyé sur une base sociale étroite, il [E. Macron] ne pourra mettre en œuvre ses «réformes » de l’assurance-chômage, des retraites et de la fonction publique qu’au prix d’un autoritarisme politique renforcé, une répression policière et un « grand débat sur l’immigration » à l’appui. Après avoir sermonné les gouvernements « illibéraux » de la planète, M. Macron finirait ainsi par en plagier les recettes… » Nous y sommes il me semble.
Ainsi s’installe, à peine en douce, une accoutumance à un hybride appelé « démocrature » fondé sur une majorité en ordre et des éléments de langage relayés sans recul par une classe éditoriale médiatique plus suivie que d’autres. Y compris ceux qui ne veulent rien dire : « un droit illégal » assénait Muriel Pénicaud sur France Inter à propos du récent mouvement des cheminots. A quoi une juriste en droit social lui répondait justement sur Twitter : « une grève illégale ça n’existe pas ; on parle de mouvement illicite de travail dans ce cas. Un droit ne peut pas être illégal ». Le raisonnement vaut pour le droit de retrait, il me semble. Juridisme pensez-vous ? Non. Je vous souhaite de ne pas vous retrouver en garde à vue pour saisir le cocasse de l’illégalité décrétée du droit de vous exprimer. Pour revenir aux cheminots, il est ironique de voir maintenant certains usagers, au delà de leur « prise d’otage », s’aviser que leur sécurité n’est pas un sujet mineur…à sacrifier sur l profit. Ce qui n’empêche pas certains de persister dans leur bashing ferroviaire. Lu ce tweet par exemple « Rapport interne de la direction des audits de sécurité #SNCF. « La cause première de l’accident est la présence d’un convoi routier exceptionnel (…). Même avec 50 contrôleurs, la collision aurait eu lieu, donc… », je me demande si on peut faire plus absurde ….
Je n’évoquerai pas le sujet du voile et des délires qu’il charrie (dont le moindre n’est pas l’évocation d’une société de vigilance qui désarçonne, par exemple, en milieu scolaire) …
le lassant feuilleton du Brexit, l’abandon brutal des kurdes par Trump, la tribune télévisuelle offerte à un condamné pour incitation à la haine raciale et ces autres choses que j’oublie et qui me donnent à penser, parce que je suis un peu limitée, que l’on marche sur la tête sur des routes constellées d’éclats de grenades de désencerclement.
« Je préfère toujours les gens qui viennent râler, ceux qui me font le plus peur sont ceux qui ne disent plus leur colère », nous dit Emmanuel qui ne semble guère enclin à aller amadouer cette ire silencieuse. Après l’assurance chômage, l’hôpital et en attendant l’ouverture des commerces jusqu’à minuit (il est vrai que tout le monde a besoin d’aller acheter un pot de confiture à cette heure en prévision du petit déjeuner), c’est la sécurité sociale que l’on fragilise encore à nouveau : désormais, cela a été acté dans le cadre de la discussion du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2020, l’État ne compensera pas, dans le budget de la Sécurité sociale, les exonérations de charges sociales qu’il institue. Manque à gagner pour la sécu pour l’instant : 5,2 milliards d’euros selon Médiapart. Bientôt, on viendra nous dire que le déficit persistant de cet organisme est la preuve que ce système n’est plus viable pour le réduire, disons, à quelque chose, qui ressemblerait au medicare américain.
Alors passablement déprimé, on est heureux de tomber sur une émission intelligente en 4 volets sur Arte :
Thierry Breton subira-t-il un interrogatoire aussi direct ou les parlementaires européens, rassasiés par leur happening anti-Goulard, modéreront-ils leur témérité pour ne pas froisser à nouveau notre Jupiter ?
Le titre a été depuis corrigé mais, dans sa version initiale, il comportait une belle fôte, que l’on peut voir ci-dessus, car s’il y a des fautes, il n’y a qu’une seule orthographe. Ce n’est pas, pourtant, la faute qui retient mon attention mais le choix de ce titre alors même que l’article souligne que cela ne représenterait statistiquement qu’une faute toutes les cinq à six phrases, soit 1,8% de mots comportant une erreur : une valeur « relativement » faible (relativement ? 1,8 % franchement ….par contre une seule et assez considérable faute sur un titre qui focalise sur ce point…il y avait de quoi se gausser, et les twittos ne s’en privèrent pas, raison de la correction postérieure). L’article commence d’ailleurs ainsi « Les Français sont-ils fâchés avec l’orthographe comme ils le sont avec les maths? Pas si l’on en croit les cahiers de doléances du Grand débat national. Orthodidacte, un site internet qui propose des formations pour s’améliorer en orthographe, a passé au crible l’intégralité du corpus mis en ligne par l’État grâce à un outil de sa fabrication et en a tiré quelques conclusions« . On y apprend incidemment que les français sont en délicatesse avec les accents mais ne maltraitent pas tant que ça le participe passé (pour les accents ou encore la ponctuation, en passant, ne pourrait-on pas y voir une conséquence de la culture du sms où l’on s’en affranchit souvent ? Je pose la question). Et alors ?
Pourquoi avoir « anglé » l’article là-dessus ? Je sais bien que la restitution faite du Grand débat conclut à une parfaite correspondance entre les aspirations qui s’exprimeraient dans ces fameux cahiers et les choix politiques de notre Gouvernement. Mais j’aurais bien aimé, par curiosité, en savoir un peu plus sur leur contenu réel et non tamisé par algorithmes, et me soucie peu de leur rigueur lexicale et orthographique. Par exemple, pourquoi ne pas avoir essayé de croiser les priorités avancées ici ou là avec les territoires, leur démographie, leur histoire et leur sociologie ? Dresser une cartographie des doléances, en somme ? Trop long, trop complexe, pour ne pas dire autre chose, un sujet pour E. Todd ça, pas pour des « actualiers ».
J’observe que la focale des titres induit de plus en plus souvent en erreur sur le fond des articles : une conséquence de l’ « effet clic » (plus il y en a, plus l’article reste en exergue dans les référencements sur la toile). Et à l’heure de la lecture rapide, il est à craindre que le titre seul finisse par être mémorisé, intériorisé. Il suffit de lire les fils des commentaires de certains journaux pour s’en rendre compte ou les réactions à chaud sur Twitter ou Facebook. Sans compter que tout le monde n’est pas perméable aux jeux de mots ou contrepèteries et autres jeux de langage.
Le lien est ténu mais, j’assume, comme ils disent : lutter contre la manipulation de l’information (effet des « macronleaks ») était une doléance présidentielle. Ainsi fut votée en décembre dernier une loi en ce sens (LOI n° 2018-1202 du 22 décembre 2018 : JO 23) laquelle permet notamment au juge des référés, pendant les trois mois qui précèdentun scrutin, d’ ordonner de « faire cesser » la diffusion « des allégations ou imputations inexactes ou trompeuses d’un fait », lorsque ces allégations sont « de nature à altérer la sincérité du scrutin à venir » et « diffusées de manière délibérée, artificielle ou automatisée et massive »
Deux élus communistes ont fait subir à ce texte son premier « crash test ». La mèche : le tweet posté le 1er mai par Christophe Castaner après l’entrée de manifestants dans un hôpital parisien.
« Ici, à la Pitié-Salpêtrière, on a attaqué un hôpital. On a agressé son personnel soignant. Et on a blessé un policier mobilisé pour le protéger. Indéfectible soutien à nos forces de l’ordre : elles sont la fierté de la République ».
Cette infaux ne tarda pas à être largement démentie, par un certain nombre de vidéos, en particulier. Aussi nos deux représentants ont-ils assigné en référé Twitter devant le tribunal de grande instance de Paris, enjoignant au réseau social de supprimer le Tweet de Christophe Castaner, et ce, afin de « faire cesser la diffusion d’allégations ou d’imputations présentées comme inexactes et trompeuses ».
« Il est acquis », reconnaît le jugement « que le service de réanimation n’a pas fait l’objet d’une attaque par les manifestants qui sont restés à l’extérieur du bâtiment et que le personnel soignant n’a pas été blessé » mais si « le message de Christophe Castaner apparaît exagéré (…), cette exagération porte sur des faits qui, eux, sont réels. (…) La condition selon laquelle l’allégation doit être manifestement inexacte ou trompeuse n’est pas remplie ».
Les juges n’ont pas non plus considéré les autres conditions -influence sur le scrutin des européennes et diffusion artificielle ou automatisée et massive – comme réunies, ce qui, pour la première en tous cas, n’est guère surprenant. En définitive, grâce aux différentes versions de l’événement relatées ici et là, « chaque électeur [a pu] se faire une opinion éclairée, sans risque de manipulation ». Et nos deux facétieux ont été déboutés.
Ainsi, en creux, il apparaît que ce texte (ou du moins cette disposition particulière) ne sert pas à grand chose dès lors qu’on peut se faire une « opinion éclairée » par divers canaux. Et puis comment prouver qu’une fausse nouvelle puisse avoir de l’influence sur un scrutin qui ne s’est pas encore déroulé(je rappelle que le juge est censé agir avant le scrutin) ? « Notre objectif était de démontrer par l’absurde que la loi ne sert à rien », explique l’un des protagonistes. Objectif atteint, du moins sur ce point là.
Pour en rester sur le registre de la manipulation de l’info on pourrait aussi évoquer cette autre « affaire ». Selon Médiapart, « Emmanuel Macron voulait organiser une rencontre avec l’ensemble de la presse quotidienne régionale pour leur imposer le même entretien, revu et corrigé par le service de communication de l’Élysée. Sauf que pour une fois, l’opération de communication a dérapé : deux journaux, La Voix du Nord et Le Télégramme, ont refusé de prendre sous la dictée le message qu’on voulait leur imposer ».
Sur le principe de la relecture, «si certains des interviewés jouent le jeu en corrigeant à la marge des aspects techniques, la relecture est devenue un exercice de réécriture pour la plupart » alors, « à quoi bon publier des propos polis, lissés, rabotés, aseptisés, par des communicants ? Cette relecture avant parution nous paraît encore plus inadmissible dans une époque où le citoyen entend pouvoir faire le tri entre fausse et vraie nouvelle mais aussi entre information et communication. » , argue le quotidien La voix du Nord.
L’autre délinquant, directeur du Télégramme, avance une autre justification l’interview collective représente « une négation de l’identité des titres de la presse régionale et des territoires qu’ils représentent ».
Comme le fait encore remarquer Médiapart, « avec la presse européenne, Emmanuel Macron n’a pas pris le risque de ce type d’entretien , sachant que beaucoup de correspondants de la presse étrangère n’auraient pas accepté d’être traités de la sorte, en simples porte-micros. Le chef de l’État a donc choisi la solution du point de vue, publié simultanément par plusieurs grands quotidiens européens ».
On pourrait aussi parler, de façon plus générale, des formats réducteurs des journaux télévisés, de la parole confisquée par certains éditorialistes, de l’espionnage de certain journal par des domestiques d’une grande entreprise, et j’oublie encore beaucoup de choses préoccupantes – par exemple le fait que le fact-checking finisse par supplanter, à l’insu de son plein gré, l’analyse alors qu’ils devraient se compléter, ou l’intérêt comminatoire de la DGSI manifesté, ces derniers temps, à l’endroit de la communauté journalistique.
Ambivalence de la technique qui permet de diversifier ses sources d’information et d’être semblablement baladé. Contrôle au maillot de la parole…
Décidément l’information est à la peine et la démocratie aussi.