Du ruissellement du sportif sur le politique

Finalement le ruissellement du sportif sur le politique a aussi ses limites. Pour E. Macron, il n’aura pas duré longtemps :  privatisation infantile des Bleus aux dépens d’une foule ayant attendu des heures pour voir un bus triomphal descendre les Champs en 10 minutes chrono avec à son bord dans le rôle de l’agent de sécurité …celui par qui le malaise arrive, celui qui prive le maître des horloges de sa maîtrise. Sommé de s’expliquer, Jupiter laisse bredouiller ses troupes.

A. Benalla est accusé entre autres choses d’usurpation de fonctions. « Ah bon, c’est la fonction des policiers de tabasser les manifestants ? » interroge un internaute.

C’est dire où nous en sommes. Se demander si la France est encore un Etat de droit, une démocratie et pas une République devenue bananière, c’est presque répondre à la question.

Mais je ne me leurre pas. Cette affaire fondra-t-elle au soleil ou en restera-t-il quelque chose de durable dans nos cerveaux limbiques.

Parmi les détournements de la photographie d’Emmanuel Macron exultant dans les gradins russes à l’issue de la finale de la coupe du Monde

French President Emmanuel Macron reacts during the Russia 2018 World Cup final football match between France and Croatia at the Luzhniki Stadium in Moscow on July 15, 2018. / AFP PHOTO / SPUTNIK / Alexey NIKOLSKY / RESTRICTED TO EDITORIAL USE – NO MOBILE PUSH ALERTS/DOWNLOADS

, l’un me paraît rétrospectivement soudain assez « en phase ».

Quant à celui-là ce pourrait être une sorte d’allégorie des relations de notre Président avec les corps intermédiaires, ces gêneurs : Parlement, syndicats, presse…

Familiarité coupable

Si cela se trouve, c’était juste un pari stupide. Une occasion de faire son kéké.

– Chiche que je l’appelle Manu.

– Banco.

Et voilà comment on se retrouve sèchement recadré sous l’œil des caméras venues filmer les commémorations de l’appel à la résistance du général De Gaulle.

« ça va Manu ? »

Si l’on peut comprendre un certain manque de psychologie de la part d’un adolescent de 15 ans (au jugé), la pédagogie macronnienne laisse pour le moins perplexe.

La vidéo montre Jupiter répondre  :  « Non, non, non, ça, tu ne peux pas » alors que l’adolescent s’excuse déjà. « Tu peux faire l’imbécile, mais aujourd’hui c’est la Marseillaise, le Chant des partisans, donc tu m’appelles « Monsieur le président de la République » ou « Monsieur ». D’accord? », insiste-t-il avant d’ajouter : « Le jour où tu veux faire la révolution, tu apprends d’abord à avoir un diplôme et à te nourrir toi-même, d’accord ? Et à ce moment-là tu iras donner des leçons aux autres. »

Si la première partie de la leçon peut  se concevoir, la seconde partie est plus surprenante : doit-on comprendre que, pour être un révolutionnaire légitime, il faut avoir des diplômes  (sous-entendu suffisamment d’éducation pour avoir des idées) et être financièrement autonome ? Ou bien, puisque l’opus pré-électoral de Jupiter s’intitulait justement « Revolution », que seules des personnes de son acabit sont autorisées à la faire (ce qui revient presque au même) ?

Je doute fort, que le garçon, au moment de son apostrophe, ait eu en tête ces gravures représentant le procès de Louis XVI devenu simple Capet pour ses juges. A cette aune, les sans-culottes du XVIIIème siècle doivent sans doute être les ancêtres lamentables de ces « riens » croisés dans les gares.

La vidéo devenant virale, le compte d’Emmanuel Macron (Monsieur le Président devrais-je écrire) tweete :  » Le respect, c’est le minimum dans la République – surtout un 18 juin, surtout en présence des compagnons de la Libération. Mais cela n’empêche pas d’avoir une conversation détendue – regardez jusqu’au bout. »

Ce que j’ai fait.

On y voit un voisin du délinquant poser une question convenue sur le CICE, puis la conversation dériver sur le brevet que lui et le rebelle doivent passer sous peu.

– Je l’ai déjà, dit le provocateur.
– Tu l’as avec les points ? répond Emmanuel Macron.
– J’ai déjà tous les points.
– Ouais, mais il faut le passer (…) Le plus haut possible.
– Pourquoi la mention quand on a déjà le brevet ?
– Pour montrer aussi ce dont tu es capable et aller le plus loin possible (…) Il faut penser à la suite et être un exemple. Ceux que tu es venu honorer aujourd’hui, ils ne se sont pas juste contentés d’avoir la barre. S’ils avaient suivi ça, ils seraient restés comme beaucoup à l’époque chez eux (…) Il ne faut pas toujours se poser ces questions-là, il faut aussi se dire vers quel idéal je dois aller ».

L’idéal ne se nourrit pas seulement de diplômes mais aussi, par exemple, de curiosités, de lectures qui ne sont pas l’apanage des têtes d’œufs. L’histoire ne manque pas de cancres plus intéressants que les beaux esprits formatés. Et puis, il me semble qu’il ne faut pas confondre réussite académique ou autre et responsabilité sociale, la première n’étant pas un gage de la seconde, dans ces années là comme de nos jours.

La toile est cruelle, et il se peut que cette vidéo reste un boulet attaché aux pieds du jeune, dont l’absence supposée d’ambition est ainsi stigmatisée alors même qu’il est en devenir et peut changer du tout au tout.

J’ai trouvé cette publicité voulue (car au niveau de maîtrise de la communication qui est le sien, Jupiter aurait pu intimer l’ordre aux caméras d’aller cadrer ailleurs pendant le  remontage de bretelles… qui aurait tout autant porté s’il avait été privé), cette façon déguisée du Président d’en rajouter, par là, sur sa réussite personnelle en s’essuyant les escarpins sur un ado, tout ce qu’il y a de petit.

Mais il n’est pas sûr, non plus, qu’elle ne devienne pas, pour lui (cumulée avec d’autres dérapages filmés), l’avatar indécrottable du  « cass’toi pauvre con » sarkozien.

En 2022, ces jeunes là seront électeurs…

Certains des prédécesseurs de Moi Soleil avaient manifesté plus de détachement, voire d’humour,  en semblables circonstances. Notamment celui-ci  :

– « Connard », avait glapi cet homme dans la foule.

A quoi le Président d’alors avait répondu

– « Enchanté, moi c’est Chirac. »

Autres temps, dont, sans illusions pourtant, on aurait presque la nostalgie.

 

 

 

 

 

Pognon de dingue

La stratégie se banalise mais  reste efficace. On laisse fuiter une note des services de Bercy préconisant de revoir les règles d’indexation et d’éligibilité de certaines prestations sociales (allocations aux adultes handicapés, allocations personnalisée pour l’autonomie, aides personnelles au logement, bourses sur critères sociaux …) pour endiguer l’ augmentation de la charge qu’elles représentent pour le budget de l’Etat jugée insupportable. Les pistes avancées sont  classiques : ne plus indexer (totalement ou partiellement) la progression des aides sur l’évolution des prix, mieux prendre en compte le patrimoine des personnes dans le calcul de l’allocation, encourager le retour à l’emploi – par exemple en conditionnant l’octroi de certains minima sociaux « à des démarches actives de recherche » d’un poste, etc.

Effet garanti. Les ministres « financiers » approuvent tout en laissant entendre que la note n’est qu’un « document technique » (sous-entendu on réfléchit encore), la ministre de la santé et des solidarités refuse … dans un premier temps car son budget est en jeu. Économie escomptée de l’exercice  : 7 milliards d’euros en 2 ans, selon le Canard enchaîné.

Deuxième acte, on balance un discours cash via la vidéo d’une « réunion de travail » (très surjouée).

« On met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens ne s’en sortent pas (…). Je vais faire un constat qui est de dire : on met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif. Toute notre politique sociale, c’est qu’on doit mieux prévenir – ça nous coûtera moins, ensemble – et mieux responsabiliser tous les acteurs (…) Les gens pauvres restent pauvres, ceux qui tombent pauvres restent pauvres. On doit avoir un truc qui permet aux gens de s’en sortir. Par l’éducation…  (…) Il faut prévenir la pauvreté et responsabiliser les gens pour qu’ils sortent de la pauvreté. Et sur la santé, c’est pareil. Tout le système de soins que je veux repenser, c’est aller vers plus de prévention pour responsabiliser, y compris les acteurs de soins (…). C’est dans ce contexte-là qu’on fait le reste à charge zéro. (…) C’est une politique de responsabilité car tout le monde va au pot, (…) je demanderai des efforts aux mecs qui font des lunettes, aux types qui font des verres… »

Re-effet garanti. On s’invective dans les commentaires sur la toile entre les pro « le temps est venu qu’une dépense soit efficace » et les contra « oser prétendre que les pauvres sont responsables de leur état et ne cherchent pas à en sortir, c’est dégueulasse » .

« Et toi, chômeur en fin de droit, allocataire du RSA, personne handicapée, travailleur mal payé avec ta prime pour l’emploi, retraité modeste, agriculteur, ça ne te gêne pas de coûter « un pognon dingue » aux exonérés d’ISF », twitte le député socialiste Boris Vallaud.

Le lendemain Jupiter revient sur le sujet au 42e congrès de la Mutualité française. Le discours est plus policé mais le fond reste le même : pas de « tournant » social mais un accent mis sur « l’efficacité » des aides sociales et la « responsabilité » des Français qui les touchent, selon le journal 20 minutes (alors qu’il ne s’agit, en réalité, que d’économies et uniquement de cela. J’aimerais bien que la suite de ce feuilleton me donne tort mais je n’y crois guère).

Voilà. Les éléments de langage sont posés. On va nous les servir à l’envi en oubliant, par exemple, que la proportion des personnes ne réclamant pas les aides auxquelles elles pourraient prétendre soit par ignorance soit par refus d’une certaine stigmatisation sociale est plus élevée qu’on pense (1), ou que ces bénéficiaires ne sont pas forcément des chômeurs  refusant de rentrer dans le rang de l’emploi et préférant travailler au noir, mais comptent aussi des travailleurs pauvres.

On n’est pas loin du prurit de l’assistanat si cher à L. Wauquiez.

Vaincre la pauvreté par l’éducation :  fort bien mais à l’heure où l’on rogne sur tous les budgets, de quelle éducation peut-il bien s’agir ? Me revient alors cette phrase d’un sketch de Coluche : « dites-moi ce dont vous avez besoin, on vous apprendra comment vous en passer ».

Et puis, tant qu’à parler d’efficacité : quelle est celle  de ces « renoncements à percevoir », comme écrit joliment un commentateur sur le site du journal Le Monde, que sont les exonérations de charges sociales et autres douceurs fiscales à destination des entreprises et/ou de certains contribuables ? Les premières finissent par jouer le rôle de « trappes à salaires », ce qui ne tend pas à réduire la fracture sociale. Quant aux secondes, combien de divisions en termes d’emploi et d’investissement dans nos entreprises ? Les statistiques existent sûrement quelque part et je n’ai pas envie de les chercher de peur d’y lire ce que je crains  : beaucoup d’argent pour un résultat proche de l’inexistant.

Il faut se rendre à l’évidence, pour l’heure, le fameux ruissellement continue de pisser trois gouttes.

La geste macronienne est celle d’un triste individualisme, de la fiction éculée de volontés également libres. Quant à la communication jupitérienne, je ne sais pas vous, mais je trouve qu’elle se « trumpise » : créer de la sidération pour mieux jouer, sans grand risque, vu la majorité qu’il détient au Parlement, les grands se(a)igneurs. Et puis, qui sait, tout cela s’oubliera vite si l’équipe de foot nationale fait un beau parcours  au mondial de baballe en Russie.

Où il appert, comme disent les juristes, que dans ce monde ultra-financiarisé, il semble plus facile de s’attaquer à l’os qu’au gras.

 

(1) voir notamment :  https://www.secours-catholique.org/prejuges-sur-les-pauvres

 

 

 

Songerie sur un commentaire

 

Ma messagerie m’avise hier de l’arrivée d’un nouveau commentaire sur un billet de blog datant de près d’un an (Le macronisme tel qu’il se distille du 7 juillet 2017).

Dans ce texte, outre la constatation dubitative de la macronmania qui avait saisi mon service, j’essayais, si on peut dire, de me projeter plus avant dans les suites probables des premiers mois jupitériens tout en ne me faisant pas d’illusions, pour ce qui concerne mon petit domaine de compétence, sur le détricotage social annoncé par le grand sujet d’alors : la réforme du Code du travail.

Depuis, le « distiller » sonne faible.

Dans son commentaire, mon lecteur inconnu dresse un bilan personnel et éminemment critique, que je partage, sur la politique sociale, fiscale, éducative, sécuritaire du Gouvernement, sur la diplomatie jupitérienne et ses stratégies de contournement des institutions et des corps intermédiaires (i.e les syndicats en particulier).

Le même jour, je reçois ma livraison hebdomadaire du journal « le 1 » intitulée : « Macron contre Macron »…que je n’ai pas encore lu en détail, mais qui m’apparaît comme un instantané présidentiel évitant l’hagiographie … ce qui me rassure (un petit peu) sur l’état de la presse.

Et, un an après,  vu de ma petite fenêtre laborieuse ?

J’observe que la politique est devenue un sujet moins essentiel des conversations de machine à café (ne pas froisser une hiérarchie acquise à Jupiter ?), mais qu’en aparté la macronmania a pris du plomb dans l’aile. « On s’est vraiment fait avoir » me dit celle-ci. « Je pensais voter pour une politique de centre gauche et c’est à droite toutes ». Un autre se flagelle moralement en considérant les retombées des mesures « sociales » sur le train de vie, déjà modeste auparavant, de ses parents retraités. D’autres encore finissent par avouer ne pas avoir voté pour lui, y compris au second tour. Aujourd’hui, l’insoumission restant, à leurs yeux, une solution impossible, le PS dans les choux, B. Hamon peu crédible, et toute la droite infréquentable, les voilà désormais cabotant entre colère et fatalisme.

Et moi ? Je n’ai jamais adhéré au macronisme, à la fable qui nous a été largement contée l’an dernier,  et cet alignement austère et mécanique des politiques économiques me désole autant qu’il me hérisse.

L’économiste F. Lordon me semble optimiste quand il estime que « la « start-up nation », c’est l’hôpital de jour » et que « ça décroche partout dans plein de secteurs de la société française ». Mais il y a tout de même des couacs sévères.

Ce samedi 26 mai se veut fort en gueule et j’espère qu’il le sera. Une désillusion qui va et marine dans son jus n’est pas de bon augure. Non que je croie que cette « marinade » nous vaudra, un jour, de voir Marine accéder à la magistrature suprême (sauf si elle travaille sérieux ses dossiers) mais l’absence de considération, le sentiment de n’avoir aucune oreille exécutive ou parlementaire,  l’ « indiscutabilité » d’une politique économique, qui creuse les inégalités où que l’on se trouve, et d’une écologie « petit bras », forment un cocktail dangereux… Les signes avant coureurs ne manquent pas : la pétaudère italienne par exemple, après Trump et le Brexit.

Pour l’instant le pouvoir se démène en vue des élections européennes … où la fiancée « En marche » peine à trouver …un parti.

 

Ivresse des cimes et vains calculs

 

Il arrive lorsqu’on chante que l’on éprouve une sorte d’étourdissement, d’allégresse, une vague conscience que l’on a franchi quelque chose et que l’on peut pousser, plus loin, plus haut (en gamme). Un abaissement de nos propres frontières. Un sentiment de puissance.

Ce n’est pas la première fois que je remarque cela chez notre Président, une ivresse du verbe qui se traduit par une montée des décibels, une accélération du débit, des sortes de petits tocs lorsqu’il est contrarié : se toucher l’oreille, le nez, dodeliner du chef, hausser les épaules …et surtout mouliner, réduire l’espace. Cette saturation verbale ne produit rien de bien tangible. Elle comporte même son joli  lot d’approximations et de contre-vérités pour peu qu’on se concentre un peu. Mais l’effet est là : la forme et l’aisance l’emportent sur le contenu.

On y décèle aussi de bien grosses ficelles : par exemple s’offusquer de certaines questions dont on connait pourtant la teneur (ainsi que JJ Bourdin le lui a fait remarquer)  pour se donner du temps et, à tout prendre aussi, délayer la réponse. Les minutes passant, confisquées par la logorrhée présidentielle, les deux intervieweurs sont tombés dans le panneau : interrompre, parfois abruptement, ce monologue tournoyant sur lui-même comme une toupie pour aborder l’ensemble des sujets préalablement négociés.

Certains spectateurs se sont émus de leur familiarité, comme du fait qu’ils n’avaient pas satisfait au code vestimentaire usuel (la cravate, vous dis-je) : où l’on voit que la monarchie présidentielle un peu abîmée sous F. Hollande s’est restaurée sous Moi Soleil.

Pour être parfaitement affranchi, peut-être faudrait-il réécouter tout cela sans l’image et revoir la séquence sans le son. Histoire de faire le tour d’une pose théâtrale que le Président maîtrise mieux que ses proches prédécesseurs.

S’il est clair que l’on ne fera rien pour récupérer (ou sinon à la marge), l’«argent magique»  parti sous des cieux fiscalement plus radieux (en particulier au sein de l’UE), que fera-t-on des terrains « libérés » des « fâcheuses » (sic) expériences alternatives de Notre Dame des Landes ?

Mystère. L’écologie fut la grande oubliée de ce «débat» moins déférent qu’à l’habitude mais dont on se demande à quoi il aura bien pu servir tant le fond semblait moins importer que de savoir qui placerait l’uppercut final. Les relations à chaud de cette «conversation» mouchetée semblent confirmer cet angle pugilistique peu intéressant. Chacun s’est sans doute senti conforté dans son opinion à l’issue de l’exercice. Les journalistes de révérence piqués dans leur amour propre ont pointé ci et là les insuffisances de leurs collègues plus pugnaces …comme si cela les dédouanait des leurs.  Presque une semaine plus tard, le soufflé est largement retombé et les lignes de front n’ont pas bougé. Ce qui n’empêche pas d’évoquer la suite.

Sur l’éminence de la parole française sur le plan diplomatique, on sourira par charité, le Président sur la Syrie ayant été promptement démenti par D. Trump, contredit par T. Erdogan, et mis en garde par V. Poutine.

(notre Président en petit chose malmené par un député belge)

Quant à ces « malaises » que Jupiter prétend entendre tout en refusant d’admettre qu’ils trouvent une origine commune dans certaines orientations politiques … les jours qui passent prouveront peut-être qu’effacer le mot négociation de son vocabulaire pour le remplacer par une concertation où l’on entretient un flou permanent, baladant les « corps intermédiaires » au gré de réunions stériles,  a son prix.

Finalement E. Macron est le genre de personne qui, si vous lui posez la question de la façon d’aller en un certain point, vous fera faire le tour de la pampa vous laissant, au final, estourbi, rincé de tout et surtout bien loin de là où vous pensiez vous rendre.

 

PS : Dommage qu’E. Plenel ET JJ Bourdin n’aient pas actualisé leur fiches. L’article 35  de la Constitution dans la version dont se prévalait notre Président résulte d’une loi constitutionnelle votée en congrès en juillet 2008. Rien à voir, donc, avec l’ adoption par référendum  de notre gaullienne constitution. En voici le texte exact  (pris sur Légifrance) :

« Le Gouvernement informe le Parlement de sa décision de faire intervenir les forces armées à l’étranger, au plus tard trois jours après le début de l’intervention. Il précise les objectifs poursuivis. Cette information peut donner lieu à un débat qui n’est suivi d’aucun vote.
« Lorsque la durée de l’intervention excède quatre mois, le Gouvernement soumet sa prolongation à l’autorisation du Parlement. Il peut demander à l’Assemblée nationale de décider en dernier ressort.
« Si le Parlement n’est pas en session à l’expiration du délai de quatre mois, il se prononce à l’ouverture de la session suivante ».

 

PPS : Comptes de campagne. Après Mélenchon, Fillon. Faisons le pari …les premiers étant les derniers, ceux de notre Président arriveront en queue de peloton quand, au fond, cela n’intéressera plus grand monde.

Moi-Soleil

« Macron se met une fois de plus en scène au château de Versailles : c’est le règne du Moi-Soleil », titre Le Canard enchaîné, à propos de la réception par notre Président d’une centaine de patrons de multinationales pour un dîner dans la galerie des Batailles.

La décapitation d’un Roi ne nous a pas affranchis d’une certaine fascination pour le faste Louisdivin (ou desdivinlouis sauf peut-être le dernier) . La monarchie républicaine n’a jamais été aussi en marche.

Petite illustration malicieuse piochée sur twitter.

 

 

 

le monde d’avant

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« Le monde d’avant »  est une expression fort goûtée en macronie. Avant quoi ou qui…lui, eux ? Un monde qui affectionnait la synergie et ignorait encore le penser start-upiste et la disruption ?

« Disruption », « disruptif « … Jamais ces mots n’avaient été aussi employés dans les discours ambiants qu’ils soient politiques ou managériaux, à croire que certains sont payés au nombre de fois qu’ils arriveront à le caser.

Mais que signifient-ils exactement ?

Le père du concept est un « fils de pub »,  Jean-Marie Dru, qui rappelle : DISRUPTION est une marque appartenant à TBWA (une agence de communication) depuis 1992, enregistrée dans 36 pays dont l’Union Européenne, les Etats-Unis, la Russie, l’Inde et le Japon.

« Même en anglais, au début des années 90, le mot ‘disruption’ n’était jamais employé dans le business. L’adjectif caractérisait les traumatismes liés à une catastrophe naturelle, tremblement de terre ou tsunami… »

C’est un professeur de Harvard, Clayton Christensen, qui aurait ensuite imposé mondialement via son best-seller « Innovator’s Dilemma » (1997) une définition « marché »  de  » l’innovation disruptive ». J.M. Dru explique :

Pour Christensen, ne sont disruptifs que les nouveaux entrants qui abordent le marché par le bas, et se servent des nouvelles technologies pour proposer des produits ou services moins cher.

Dans ce cas, souligne-t-il, la disruption ne peut venir que des start-up !

Nous y voilà.

Pour J.M. Dru la définition serait beaucoup trop restrictive .

La  Disruption, ne serait pas une théorie pour décrire l’existant, mais « une méthodologie dynamique tournée vers la création ». « C’est l’idée qui permet de remettre en question les « conventions » généralement pratiquées sur un marché, pour accoucher d’une « vision », créatrice de produits et de services radicalement innovants » (…)  L’innovation disruptive est une innovation de rupture, par opposition à l’innovation incrémentale, qui se contente d’optimiser l’existant.

Voui, voui, voui.

Dans le monde de notre schumpéterien Jupiter elle se rapprocherait plutôt, me semble-t-il,  de l’idée de destruction créatrice. Son début de mandat en témoigne. En attendant une prochaine disruption médiatisée sur le mode trumpiste (plutôt dis-erruptif celui là … je veux Trump) qu’il semble affectionner (ah ! la signature des ordonnances travail ….), il célèbre son anniversaire dans un bâtiment qui fut peut-être disruptif en son temps, allez savoir.

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Dans le petit monde dans lequel je travaille, la « disruption » invoquée à tous les étages ressemble à de vieux pots ripolinés ou une manière de faire passer du vieux à peine lifté pour du neuf. Je ne vois rien de disruptif à faire du prêt à porter ou du sur mesure … je veux dire une diffusion de nos contenus éditoriaux par « marché » ou « client » quand seule la technique change.

Pour l’heure nos produits « d’avant », si on se fie au taux élevé de réabonnement, semblent adaptés à nos cibles. Bien sûr, qu’il faut chercher à, comment dire, sortir du confort de nos jours. Mais peut-être pas n’importe comment, en partant du principe, par exemple, qu’en coupant et en assemblant des bouts de machins ici et là, on va arriver à quelque chose de cohérent. De ce point de vue  la gérance et nos commerciaux, ces derniers en nombre exponentiel, ont jusqu’ici rivalisé d’imagination sans s’intéresser vraiment au contenu de ce que nous produisons déjà, ce qui, en termes de charge de travail, n’est pas indifférent car nos effectifs, eux, sont beaucoup plus stables et qu’il faut tout vérifier ….  jusqu’aux pub envoyées par courrier et diffusées sur notre site.

« L’ouvrage sur les institutions représentatives du personnel, c’est quelle ligne de produit, à votre avis, c’est du social ? » avait demandé celle-ci à ma collègue responsable dudit. A la place de ladite collègue j’aurais répondu « non, c’est du porno » … ce qui par les temps qui courent n’est peut-être plus si faux.

 prepare-for-disruption

Je suis une vielle grinche de ce monde d’avant à n’en pas douter.`

 

 

reprise

https://la-bas.org/

C’est un site critique : anti – capitaliste, anti pensée unique, pourrait-on dire.

C’est, sur ce site, une émission fine : « la guerre des idées ».

« Désobéir ? »,  le « moment Macron » , se téléscopent un peu. Et me placent dans ma propre situation.

A l’heure où l’on revient sur la révolution d’octobre 1917, je m’interroge. Désobéir,  lorsque les élections, qu’on oppose à votre colère,  ont été régulières, même si les règles favorisent une limitation du choix, est réduit au non sens. S’opposer quand on se sent cerné par un certain opportunisme, demande une dialectique que je n’ai pas.

Curieuse époque qui cultive les réseaux et l’avenir individuel. Curieuse époque où je ne sais plus le courage de dire non.

« Avoir une intelligence plus un caractère, c’est rare, et le caractère se forme dans les épreuves » dit Régis Debray. Peut-être est-ce la tare de ma génération. De ne pas en avoir subi et

attendre.

Je  crois que les jeunes, confrontés à ce monde où tout devient marchandise et où le temps ne compte plus, ne sont pas dans ce « mood ». Leur résistance est une  perservérance. Et l’on aurait tort de croire qu’ils soient indifférents. Disons qu’ils ont une lucidité et une plasticité qui nous échappe.

Régis D. a des moues un peu affectées et des pudeurs de violette (« suis-je un intellectuel »?). Reste que je me retrouve dans sa mélancolie civique. Et que je n’ai pas trouvé encore de moyen d’en sortir.

Et le Portugal ? Très beau. Des petites vignettes pour illustrer et faire patienter.

 

 

 

De la vie en entreprise, de l’entreprise et la vie

« Que l’entreprise soit la vie, et la société une entreprise, c’est le sens le plus profond du macronisme »  écrit l’économiste Frédéric Lordon sur son blog.

http://blog.mondediplo.net/2017-09-18-Vivre-et-penser-comme-des-DRH

Ce qui n’a rien de rassurant. L’expression « ressources humaines » traduit cette lente mue sociale du salarié en denrée ou en instrument. On gère les hommes comme on gère les stocks et quand les pièces ne sont plus adaptées ou adaptables ou compatibles ….la sentence tombe : « Vous ne matchez plus », dit ce DRH en préambule à une série d’entretiens avec un salarié qui se concluera, difficilement, par une rupture conventionnelle du contrat de travail.

Ne pas croire que la jeunesse vous préserve. Le « matchage » est chose stratégique qui ne vous sera pas forcément dévoilée. Le plus amusant, si l’on peut dire, est que ceux-là mêmes  qui vous éjectent sont incapables d’imaginer que cela leur arrive un jour … et quand cela se produit…mais l’absence totale d’empathie est un autre sujet….

« Matcher  » en société ce serait quoi ? Peut-être adhérer à ce que véhicule ce langage insignifiant et insensé (dans toutes les acceptions possibles de ces adjectifs) qui inonde nos ondes et nos boîtes mail.

Reçu ceci ce matin :

« Et si chaque salarié contribuait à l’entreprise de demain ? Et si un travail collaboratif permettait d’optimiser nos conditions de travail ? Parce que l’éco-responsabilité est l’affaire de tous.

COLLABORATION

AMELIORATION

PROXIMITE ».

Tant de paroles verbales pour quoi ? Dans éco, il n’y a pas seulement écologie mais aussi économie (et même aussi l’inverse). Alors éco quoi ? Si vous voyez de quoi il peut s’agir …

Loin de libérer mon énergie, les ordonnances du Docteur Macron l’épuisent …et je me sens  (sous réserve du jus de crâne que j’arrive encore à livrer quotidiennement) à peu près aussi utile qu’un couteau sans manche auquel manque la lame.

 

Rien à voir.

Reçu ce matin un colis sympathique  : à l’intérieur, un coffret  contenant une carte « 6 places de spectacles ». L’expéditeur est une société inconnue « Sulbir Théatre » dont l’activité, si j’en crois Monsieur Google est « le traitement de données, hébergement et activités connexes » (???). Aucun mot n’accompagne l’envoi.  D’où vient-il ? Voilà qui me rappelle une histoire lue je ne sais où.

Un couple aisé  reçoit un jour une lettre contenant des billets pour un spectacle qui se joue à guichets fermés. Pas de mention d’expéditeur mais un petit mot (très teaseur) : « devinez qui vous les envoie ? ». Le jour dit, le couple se rend au spectacle mais le retour est chagrin : leur appartement a été totalement dévalisé. Epinglé sur une porte, il trouve cet autre message « maintenant, vous savez ».

Les bonnes fortunes sont parfois synonymes de gueules de bois ….