
Si cela se trouve, c’était juste un pari stupide. Une occasion de faire son kéké.
– Chiche que je l’appelle Manu.
– Banco.
Et voilà comment on se retrouve sèchement recadré sous l’œil des caméras venues filmer les commémorations de l’appel à la résistance du général De Gaulle.
« ça va Manu ? »
Si l’on peut comprendre un certain manque de psychologie de la part d’un adolescent de 15 ans (au jugé), la pédagogie macronnienne laisse pour le moins perplexe.
La vidéo montre Jupiter répondre : « Non, non, non, ça, tu ne peux pas »
alors que l’adolescent s’excuse déjà. « Tu peux faire l’imbécile, mais aujourd’hui c’est la Marseillaise, le Chant des partisans, donc tu m’appelles « Monsieur le président de la République » ou « Monsieur ». D’accord? »
, insiste-t-il avant d’ajouter : « Le jour où tu veux faire la révolution, tu apprends d’abord à avoir un diplôme et à te nourrir toi-même, d’accord ? Et à ce moment-là tu iras donner des leçons aux autres. »
Si la première partie de la leçon peut se concevoir, la seconde partie est plus surprenante : doit-on comprendre que, pour être un révolutionnaire légitime, il faut avoir des diplômes (sous-entendu suffisamment d’éducation pour avoir des idées) et être financièrement autonome ? Ou bien, puisque l’opus pré-électoral de Jupiter s’intitulait justement « Revolution », que seules des personnes de son acabit sont autorisées à la faire (ce qui revient presque au même) ?
Je doute fort, que le garçon, au moment de son apostrophe, ait eu en tête ces gravures représentant le procès de Louis XVI devenu simple Capet pour ses juges. A cette aune, les sans-culottes du XVIIIème siècle doivent sans doute être les ancêtres lamentables de ces « riens » croisés dans les gares.
La vidéo devenant virale, le compte d’Emmanuel Macron (Monsieur le Président devrais-je écrire) tweete : » Le respect, c’est le minimum dans la République – surtout un 18 juin, surtout en présence des compagnons de la Libération. Mais cela n’empêche pas d’avoir une conversation détendue – regardez jusqu’au bout. »
Ce que j’ai fait.
On y voit un voisin du délinquant poser une question convenue sur le CICE, puis la conversation dériver sur le brevet que lui et le rebelle doivent passer sous peu.
– Je l’ai déjà, dit le provocateur.
– Tu l’as avec les points ? répond Emmanuel Macron.
– J’ai déjà tous les points.
– Ouais, mais il faut le passer (…) Le plus haut possible.
– Pourquoi la mention quand on a déjà le brevet ?
– Pour montrer aussi ce dont tu es capable et aller le plus loin possible (…) Il faut penser à la suite et être un exemple. Ceux que tu es venu honorer aujourd’hui, ils ne se sont pas juste contentés d’avoir la barre. S’ils avaient suivi ça, ils seraient restés comme beaucoup à l’époque chez eux (…) Il ne faut pas toujours se poser ces questions-là, il faut aussi se dire vers quel idéal je dois aller ».
L’idéal ne se nourrit pas seulement de diplômes mais aussi, par exemple, de curiosités, de lectures qui ne sont pas l’apanage des têtes d’œufs. L’histoire ne manque pas de cancres plus intéressants que les beaux esprits formatés. Et puis, il me semble qu’il ne faut pas confondre réussite académique ou autre et responsabilité sociale, la première n’étant pas un gage de la seconde, dans ces années là comme de nos jours.
La toile est cruelle, et il se peut que cette vidéo reste un boulet attaché aux pieds du jeune, dont l’absence supposée d’ambition est ainsi stigmatisée alors même qu’il est en devenir et peut changer du tout au tout.
J’ai trouvé cette publicité voulue (car au niveau de maîtrise de la communication qui est le sien, Jupiter aurait pu intimer l’ordre aux caméras d’aller cadrer ailleurs pendant le remontage de bretelles… qui aurait tout autant porté s’il avait été privé), cette façon déguisée du Président d’en rajouter, par là, sur sa réussite personnelle en s’essuyant les escarpins sur un ado, tout ce qu’il y a de petit.
Mais il n’est pas sûr, non plus, qu’elle ne devienne pas, pour lui (cumulée avec d’autres dérapages filmés), l’avatar indécrottable du « cass’toi pauvre con » sarkozien.
En 2022, ces jeunes là seront électeurs…
Certains des prédécesseurs de Moi Soleil avaient manifesté plus de détachement, voire d’humour, en semblables circonstances. Notamment celui-ci :
– « Connard », avait glapi cet homme dans la foule.
A quoi le Président d’alors avait répondu
– « Enchanté, moi c’est Chirac. »
Autres temps, dont, sans illusions pourtant, on aurait presque la nostalgie.