Songeries manifestantes bis

Il faisait beau ce 31 janvier. Le parcours de la manifestation avait été légèrement modifié.

En choisissant la plus grande place d’Europe (12 hectares) pour le départ du cortège, les syndicats faisaient le pari d’une mobilisation massive. De fait, elle le fut. La tête du cortège était aux deux tiers du parcours quand la queue du peloton s’élança….enfin façon de parler. Le pack, pour parler comme les rugbymen, était du genre compact.

Entre nous, on se disait, « cette fois, la préfecture ne pourra prétendre que nous sommes seulement 16000 ». Le 19 janvier, en effet, les syndicats avaient estimé le nombre de manifestants à 60 000 personnes quand la préfecture n’en concédait que 16 000 « au plus fort ».

Hé bien si ! Alors que les syndicats décomptaient 75000 personnes, la préfecture n’en a vu que 16500.

Quand les organisations dénombrent à la louche, la préfecture estime à la petite cuillère. Mais, à ce petit jeu, est parfois battue par certains sondagiers. Ainsi à Paris. Alors que la CGT annonçait le chiffre de 500 000 personnes, la Préfecture de Police n’en avait retrouvé que 87 000, chiffre supérieur à celui de 55000 retenu par un cabinet dénommé Occurrence. Depuis lors, les blagues fusent sur ce cabinet, du style sous la reprise d’une affiche du film « les 7 mercenaires », ce commentaire : mais seulement 3 selon Occurence. Ou bien :

– Je vois que vous aimez le cinéma. Qu’êtes-vous allé voir récemment ?

– Les 31 dalmatiens.

Félicitations, bienvenue chez Occurrence !

Ce running gag des décomptes est lassant. Qui y croit encore ? Peut-être d’ailleurs qu’une étude sociologique des cortèges (quasi impossible sur le gaz) serait plus intéressante. Passés l’exaltation du moment et le combat de chiffres, la réalité reprend ses droits et elle n’est pas réjouissante. La conclusion qu’en tire cet économiste (assez répétitif) peut paraître excessive mais à la réflexion, il y a tout de même de ça. E. Macron, qui ne pourra pas se représenter en 2027, ne se sent entravé par rien. « Tu es libre et tu peux faire ce que tu veux », lui a lancé Marisol Touraine (qui espérait faire partie du futur gouvernement ?), lors de l’entame de son second quinquennat. Dont acte. Manu n’a pas besoin d’être encouragé.

L’interview d’E. Borne d’hier soir confirme cette impression. « Mon objectif sur ce texte (réforme des retraite), comme sur tous les textes que l’on porte, c’est de trouver des compromis », a-t-elle conclu. Après avoir fait passer des lois de finances et de financement de la sécurité sociale à coup de 49-3, nassé le temps des débats sur ce projet de loi précisément, tout en choisissant, dès son entrée à Matignon, ses interlocuteurs et en en excluant définitivement d’autres, voilà une affirmation un brin osée. Le principe demeure : « Cette réforme, elle se fera », et le recul de l’âge de départ à la retraite à 64 ans « n’est pas négociable ». Tout cela sur fond d’un rapport d’un conseil ayant travaillé sur des hypothèses transmises par le Gouvernement et dans lequel chacun pioche ce qui l’arrange.

Refaire 1995 ? La situation économique rend la chose peu crédible. Alors ?

La présence très visible de lycéens dans les manifs, qui en ont ras le bol de voir l’enseignement passé à tabac et du bordel qu’on va leur laisser, donne à penser qu’au-delà des retraites c’est un mode de vivre ensemble entier qui est à redéfinir. L’évolution climatique devrait y inciter. Mais voilà, à en croire A. Jacquard, le mal est plus ancien.

En attendant, Madame fait la manche pour un hôpital public dont son mari poursuit consciencieusement la destruction. Le cynisme, c’est un métier.

Songeries manifestantes

Il faisait un temps exécrable à Bordeaux ce 19 janvier 2023, mais j’y suis allée quand même. Où ? A la manif. Le trajet prévu était le suivant (voir ci-dessous), ce qui fait une assez jolie boucle, dans tous les sens du terme, qu’en toute honnêteté, je n’ai pas faite en entier.

N’ayant pratiquement jamais manifesté à Bordeaux – mes pénates jusqu’à l’an dernier se situant en région parisienne – je ne sais pas s’il est classique et représente en quelque sorte le République – Nation bordelais. A mon arrivée place de la République vers 11 h 30, une foule déjà assez compacte derrière des barrières dressées là non par la police mais en raison de travaux en cours. Une sorte de barrage filtrant préexistant, véritable aubaine, dirai-je, pour la maréchaussée. Avec d’autres personnes, j’ai attendu le démarrage de la manif pour la rejoindre. Quasiment une heure de surplace sous la pluie avant de déambuler selon ce rythme un peu agaçant fait de progression et de points arrêtés. Dans mon petit carré, surtout des « vieux », je veux dire des quadragénaires et des quinquagénaires et des retraités solidaires comme moi.

Ayant essuyé, si j »ose dire, 3 réformes des retraites au cours de ma carrière (1993, 2003, 2010, celle de 2014 ne m’impactait plus) qui ont contribué à faire reculer l’horizon d’une libération laborieuse (sic) et diminuer le niveau des pensions, je comprends que cette énième mouture, en jouant, pour faire court, sur l’âge légal et le resserrement de la période d’atteinte des 43 ans de cotisations nécessaires pour atteindre le taux plein, fasse tousser. Surtout combinée à la réforme annoncée de l’assurance chômage.

J’ai eu la chance d’avoir une carrière sans « trous » mais cette linéarité, qui me permet de profiter d’une pension correcte, est de nos jours, du moins dans le secteur privé, parfaitement anachronique.

Qui a raison, qui a tort ? A gauche, on répète à l’envie cette antienne issue d’un article du journal libération …

depuis lors relativisée par certains selon lesquels, d’autres chiffres seraient, plus adéquats pour parler de la différence sociale d’espérance de vie et de retraite : la moitié des hommes les plus modestes de 60 ans ont 30 % de risque d’avoir moins de 10 ans de retraite, d’après l’Insee, et les exploitants agricoles et les ouvriers sont plus de 20 % à être en incapacité dès leur première année de retraite, selon la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et de la statistique.

Plus globalement chacun sort un même joker pour affirmer des certitudes opposées : le rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites (COR).

Alors, urgence ou pas urgence à réformer ? Selon, Michaël Zemmour, enseignant -chercheur, spécialiste des politiques socio-fiscales, « le rapport du COR en lui-même est assez explicite, et sa synthèse hiérarchise bien les enjeux. Il nous dit que les dépenses sont sous contrôle et que le système n’est pas en danger. En revanche, il nous alerte sur une baisse des recettes, notamment de celles qui viendraient de l’État, ce qui occasionne un déficit, alors que les dépenses, elles, sont stables (…) La question pour les retraites est de savoir comment on répartit un niveau de revenus national entre actifs et retraités. La réponse n’a rien d’évident et doit faire l’objet d’un débat politique ».

S’il ne s’agissait que de cette répartition là …

Je songeais un peu à cela tout en me disant que ce trajet aurait été bien agréable sous le soleil de ce matin. Au lieu de quoi, trempée, et songeant aux kilomètres qui m’attendaient à pied pour rentrer chez moi, j’ai déserté.

Les syndicats revendiquent 60 000 manifestants, la police n’en a dénombré que 16 000. La vérité, as usual, est entre les deux.

La veille, il avait neigé.

PS : En Nouvelle-Zélande, la première ministre Jacinda Ardern annonce sa démission : « Je sais qu’il y aura de nombreuses discussions après cette annonce pour comprendre quelles ont été les vraie raisons de mon départ. […] Le seul angle intéressant que vous trouverez, c’est qu’après six ans de gros challenges, je suis humaine. Les politiques sont humains, on donne tout ce qu’on peut, aussi longtemps qu’on le peut. J’ai tout donné pour être première ministre, mais cela m’a aussi beaucoup coûté. Vous ne pouvez pas et ne devriez pas faire ce travail à moins d’avoir un réservoir plein, et encore davantage en réserve pour les défis imprévus et inattendus qui se présentent inévitablement »,a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse. « Je n’ai tout simplement plus assez d’énergie pour quatre ans supplémentaires  (…). Je pars parce qu’un poste aussi privilégié s’accompagne d’une grande responsabilité. La responsabilité de savoir quand vous êtes la bonne personne pour diriger, et aussi quand vous ne l’êtes pas ».

A méditer messieurs.

PPS : Quand E. Macron fait du Chirac. « Votre vote m’oblige » avait dit ce dernier en 2002 avant de s’asseoir dessus. Même chose ici.

24 avril 2022 : « Je sais aussi que nombre de nos compatriotes ont voté ce jour pour moi non pour soutenir les idées que je porte mais pour faire barrage à celles de l’extrême droite. Je veux ici les remercier et leur dire que j’ai conscience que ce vote m’oblige pour les années à venir ».

19 janvier 2023 : « Nous devons faire cette réforme  [des retraites]. J’ai dit les choses clairement pendant la campagne [présidentielle]. » Petit rappel, seuls 27,85 % des électeurs qui se sont exprimés au premier tour ont approuvé un programme délivré très tard et peu débattu.

Au moins, Chirac, ne pratiquait pas le french bashing depuis l’étranger …chose que notre Président actuel ne rechigne pas à faire. Souvenons nous des « gaulois réfractaires » au Danemark….

Vous avez dit violence ?

C’est une tête en carton au bout d’un manche à balai promenée lors d’une retraite aux flambeaux. La réaction de Robert Badinter, qui sait ce qu’il en a été de la guillotine, est compréhensible. Mais au-delà de l’indignation, il aurait peut-être pu aussi s’interroger sur la raison pour laquelle on peut en arriver à manier cette image là. Ce qu’il faut de sentiment d’impuissance et de détestation. Dans une société plus proche du réflexe pavlovien que de la réflexion, l’image devient offensive. Alors, chacun sa comm’. La « pique » répond aux « gens qui ne sont rien ».


La citation est célèbre et vaut d’être rappelée :

« Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.
La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.
La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.
Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »
Dom Helder Camara

Certains me diront que cela tient du marronnier, de ces choses qui reviennent inlassablement comme la citation tronquée de Maurice Thorez – rappelée ici il y a peu- l’autre marronnier étant celle de cet extrait de la déclaration des droits de l’homme de 1793 : Article 35. – Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. Problème, ce texte, qui ne fait pas partie du bloc de constitutionnalité, n’a sous la Ve République aucune portée juridique.

Reste à savoir où l’on se situe actuellement sur l’échelle de richter de la violence révolutionnaire. Le paysage national, de ce point de vue, est plus que contrasté : il y a ceux qui ne s’offusquent de la violence policière que lorsqu’elle touche à un corps respecté – le pompier-ou lorsqu’elle se manifeste sous la forme d’un croche-pied sournois et « gratuit » quand d’autres songent au nombre de blessés et mutilés durant les manifestations dont le journaliste David Dufresne tient, depuis plus d’un an, une sinistre recension.

Une certitude, l’heure n’est pas à la désescalade, hélas. Rien à espérer de la Préfecture de police de Paris, par exemple : le préfet Lallement qui, avant d’être promu à Paris, a sévi à Bordeaux, y était détesté par nombre de ses subordonnés pour ses conceptions gestionnaires notamment celle du maintien de l’ordre pendant les manifs. Curieux comme cet homme semble mettre ses pas dans ceux de Maurice Papon (je pense ici à la manifestation du 17 octobre 1961, pas à d’autres choses qui lui ont été reprochées). Pourtant, il y avait un autre Maurice de nettement plus estimable à considérer. Mais notre Didier raisonne en « camps » : le manifestant voilà l’ennemi. On devrait peut-être lui rappeler cela «la garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.» C’est dans la déclaration des droits de l’Hommes de 1789 (art. 12), qui, elle, fait partie du bloc de constitutionnalité de la Ve république.

Le projet bâclé de réforme des retraites sur lequel le Gouvernement s’arc-boute ne devrait pas réduire les fractures. J’attends de voir le lapin que les caciques LREM de l’Assemblée Nationale sortiront de leur chapeau pour faire adopter en l’état (ou moyennant quelques concessions cosmétiques) à leur majorité (dont une partie s’interroge) un texte plein de trous … et ce n’est pas moi qui le dit (qu’il est plein de trous) mais le Conseil d’Etat. Songez, 29 ordonnances sont prévues, soit 29 renoncements à se saisir du sujet dans l’immédiat.

On ne doit jamais désespérer de rien et le pire est parfois sûr.

Amusons-nous un peu tout de même. Benjamin Griveaux, candidat officiel de LREM projette, s’il est élu en mars prochain, de déménager la gare de l’Est aux portes de la capitale ou en banlieue, par exemple porte de la Villette, libérant ainsi 30 ha pour créer un « Central Park parisien ». Je ne sais pas vous mais à moi cela me fait penser à cette proposition de Louis-Auguste Commerson : « Il faudrait construire les villes à la campagne, l’air y est plus sain « .

a-voeux 2020

C’est un titre bizarre qui m’est venu comme ça. A l’heure de prendre mon stylo pour une seconde fournée de cartes de voeux, celui-ci reste en suspension. Les 10 premiers jours de 2020 ont une sale mine. Alors, cet optimisme qu’il sied de manifester en début d’année (tout nouveau tout beau) ne me vient pas.

Je pense à cette guerre qui viendra peut-être au moyen-orient, encore que les pays de cette partie du monde n’en soient jamais vraiment sortis depuis … 2004 au mieux.

Je pense à ce coursier plaqué au sol, après un contrôle routier, et dont on apprendra la mort, quelques heures plus tard, d’une asphyxie avec fracture du larynx, selon l’autopsie. Accusée, la technique du « plaquage ventral » destiné à maîtriser un individu récalcitrant. Sauf que les images diffusées sur certains médias montrent que l’homme était inoffensif.

Et puis viennent ces images de charges, hier, de forces de l’ordre contre une foule qui n’était pas agressive non plus ou celle d’un fonctionnaire de police tirant une LBD à moins de deux mètres d’un manifestant (une enquête est en cours) ou encore celles d’avocats (des gens bien mis, non ? Pas des gilets jaunes), remontés comme des coucous contre la réforme de leur régime de retraite (mais je pense aussi contre celle de la justice), jeter leur robe à terre en signe de protestation et conspuer leur ministre …

… et je me dit que cette République sans dialogue a de belles violentes impasses devant elle.

Je me console, un peu, en accueillant des petits nouveaux en ce monde, chez les uns et les autres, en se demandant ce qu’on leur laissera : des terres brulées comme en Californie ou en Australie ?

Et puis je tombe, par hasard, sur un site de citations, sur cette phrase, d’Albert Camus (dont je n’ai pas vérifié si elle était exacte parce qu’elle m’arrange bien pour la suite du billet)  » Chaque génération se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse ».

Devenus spectateurs individualistes du détricotage scrupuleux de notre microcosme social hexagonal, nous avons aussi une sale tête. Car il ne faut pas se leurrer après l’institution d’un régime universel de retraite -qui tolère déjà des « spécificités » pour reprendre les éléments de langage de ses thuriféraires- viendra le temps de l’assurance maladie, malmenée par la modération salariale, des exonérations de charges désormais non compensées (qui jouent comme des trappes à salaires), des objectifs de dépenses tirés au cordeau et consécutivement des personnels épuisés. En attendant ce à quoi je n’ai pas eu la présence d’esprit de penser.

Alors pour me distraire, presque à peine, j’écoute ça :

Retour aux affaires

Difficile de revenir au quotidien après ces « rêvages » sibériens hebdomadaires. Je n’avais pas l’intention de les faire durer aussi longtemps. Mais construire de petits récits me permettait de me défaire de l’impression de vivre dans une sorte de chaos amplifié par
« lémédias » et « léréseaux ».

Après Karthoum et Alger,  Port-au-Prince, Hongkong, Quito, Bagdad, voici maintenant Beyrouth, Santiago du Chili et Barcelone. Comme le fait observer Denis Sieffert dans le journal Politis de cette semaine, « ces processus, qui ont tous une dimension révolutionnaire, ont plus que des traits en commun. La première flammèche paraît parfois dérisoire. Au Liban, c’est une taxe sur l’application mobile de messagerie WhatsApp. En Haïti, c’est la pénurie de carburant. Au Chili, une augmentation de
quelques pesos du prix du ticket de métro. À Hongkong, un amendement qui inquiète. Et le feu, qui couvait, se propage. C’est un homme, un clan, et bientôt un système que l’on conteste. Et des mots, partout les mêmes, qui surgissent : inégalités, corruption, démocratie. Partout l’objet de la colère se déplace ».

Ces mouvements ont-ils un avenir face à la violence institutionnelle et policière qui se déploie en images plongeant dans une sidération impuissante ? Ou une crise boursière y mettra-t-elle un terme funeste avant que le capitalisme ne mute encore en saisissant la perche verte ?

En attendant, voici la France, pays autoproclamé des droits de l’homme, élevée, dans la bouche d’un sénateur chilien, en modèle de stratégie de maintien de l’ordre. Pas de quoi pavoiser.

Dans un article paru dans son numéro de février 2019, P. Rimbert et S. Halimi du Monde  diplomatique concluaient  » Appuyé sur une base sociale étroite, il [E. Macron] ne pourra mettre en œuvre ses «réformes » de l’assurance-chômage, des retraites et de la fonction publique qu’au prix d’un autoritarisme politique renforcé, une répression policière et un « grand débat sur l’immigration » à l’appui. Après avoir sermonné les gouvernements « illibéraux » de la planète, M. Macron finirait ainsi par en plagier les recettes… »
Nous y sommes il me semble.

Ainsi s’installe, à peine en douce, une accoutumance à un hybride appelé « démocrature » fondé sur une majorité en ordre et des éléments de langage relayés sans recul par une classe éditoriale médiatique plus suivie que d’autres. Y compris ceux qui ne veulent rien dire : « un droit illégal » assénait Muriel Pénicaud sur France Inter à propos du récent mouvement des cheminots. A quoi une juriste en droit social lui répondait justement sur Twitter : « une grève illégale ça n’existe pas ; on parle de mouvement illicite de travail dans ce cas. Un droit ne peut pas être illégal ». Le raisonnement vaut pour le droit de retrait, il me semble. Juridisme pensez-vous ? Non. Je vous souhaite de ne pas vous retrouver en garde à vue pour saisir le cocasse de l’illégalité décrétée du droit de vous exprimer.
Pour revenir aux cheminots, il est ironique de voir maintenant certains usagers, au delà de leur « prise d’otage », s’aviser que leur sécurité n’est pas un sujet mineur…à sacrifier sur l profit.
Ce qui n’empêche pas certains de persister dans leur bashing ferroviaire. Lu ce tweet par exemple  « Rapport interne de la direction des audits de sécurité #SNCF. « La cause première de l’accident est la présence d’un convoi routier exceptionnel (…). Même avec 50 contrôleurs, la collision aurait eu lieu, donc… », je me demande si on peut faire plus absurde ….

Je n’évoquerai pas le sujet du voile et des délires qu’il charrie (dont le moindre n’est pas l’évocation d’une société de vigilance qui désarçonne, par exemple, en milieu scolaire) …


le lassant feuilleton du Brexit, l’abandon brutal des kurdes par Trump, la tribune télévisuelle offerte à un condamné pour incitation à la haine raciale et ces autres choses que j’oublie et qui me donnent à penser, parce que je suis un peu limitée, que l’on marche sur la tête sur des routes constellées d’éclats de grenades de désencerclement.

« Je préfère toujours les gens qui viennent râler, ceux qui me font le plus peur sont ceux qui ne disent plus leur colère », nous dit Emmanuel qui ne semble guère enclin à aller amadouer cette ire silencieuse.
Après l’assurance chômage, l’hôpital et en attendant l’ouverture des commerces jusqu’à minuit (il est vrai que tout le monde a besoin d’aller acheter un pot de confiture à cette heure en prévision du petit déjeuner), c’est la sécurité sociale que l’on fragilise encore à nouveau :  désormais, cela a été acté dans le cadre de la discussion du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2020, l’État ne compensera pas, dans le budget de la Sécurité sociale, les exonérations de charges sociales qu’il institue. Manque à gagner pour la sécu pour l’instant : 5,2 milliards d’euros selon Médiapart. Bientôt, on viendra nous dire que le déficit persistant de cet organisme est la preuve que ce système n’est plus viable pour le réduire, disons, à quelque chose, qui ressemblerait au medicare américain.

Alors passablement déprimé, on est heureux de tomber sur une émission intelligente en 4 volets sur Arte :

https://www.arte.tv/fr/videos/083305-001-A/travail-salaire-profit-travail

et à se réjouir de la moindre mise en cause des « grands de ce monde » : Marc Zuckerberg par exemple (même si celle-ci n’est pas exempte de mise en scène et la pertinence des questions discutée par certains avocats, mais l’effet est quand même là)
http://www.leparisien.fr/international/la-democrate-alexandria-ocasio-cortez-met-mark-zuckerberg-dans-l-embarras-au-congres-americain-24-10-2019-8179380.php

Thierry Breton subira-t-il un interrogatoire aussi direct ou les parlementaires européens, rassasiés par leur happening anti-Goulard, modéreront-ils leur témérité pour ne pas froisser à nouveau notre Jupiter ?

Vérités et mensonges

 

 

« Vérités et mensonges » (F for fake), est un semi – documentaire d’Orson Welles autour de la personnalité d’Elmyr de Hory, peintre et faussaire. Elmyr ne vécut jamais de sa propre peinture mais de brillants pastiches qui abusèrent certains experts. Il prétendait d’ailleurs que tous n’avaient pas été dévoilés comme tels. Un tel destin ne pouvait qu’attirer Orson. Le film se termine sur une ultime pirouette : la durée du documentaire. Alors s’agissait-il de vérités avec quelques pépites de mensonge dedans ou d’une grosse supercherie avec quelques sincérités. Je ne sais pas. Et après l’avoir revu, il y a peu, je ne sais toujours pas, sauf que je me suis laissée prendre au jeu. Qu’importe au fond, l’esprit d’un texte ou d’une image demande du recul. J’en garde cependant une impression à la fois malicieuse et tragique car, depuis, j’ai pu en savoir un peu plus sur la vie d’Elmyr.

Pourquoi je parle de cela ? Parce qu’à l’heure de la post-vérité, une telle distance, qui signifie de prendre un minimum de temps par rapport à l’évènement, me paraît être presque devenu obsolète.

Que s’est-il vraiment passé, par exemple, à l’hôpital de la Salpêtrière, mercredi. « Repli », « intrusion », « attaque » ? titre le Journal Le Monde à l’heure où j’écris (le 2/5), qui ajoute  » les témoignages et la chronologie des faits vont dans le sens d’un repli des manifestants plus que dans celui d’une action délibérée de vandalisme ».

Les premières réactions, celle de  la directrice de l’hôpital, Marie-Anne Ruder, ou de Martin Hirsch, d’Agnès Buzyn et Christophe Castaner, abondamment relayées, inclinèrent vers l’attaque.  Puis, le temps s’écoulant, vinrent d’autres paroles,  provenant notamment du personnel soignant de l’hôpital,

https://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/1er-mai-pas-de-debordements-a-la-pitie-salpetriere-selon-un-soignant-1158363.html

diffusant tout autre chose.

Une télévision fut même accusée (procédé malheureusement de plus en plus répandu, de quelque bord qu’on se trouve : par exemple cette réutilisation d’images des manifestations lors du référendum barcelonais pour illustrer des violences policières chez nous…suffisamment documentées, pourtant, par nombre de photos et vidéos recoupées sérieusement, par ailleurs) d’utiliser des images n’ayant rien à voir avec l’évènement (une photo de l’attaque d’un commissariat, semble-t-il, habilement recadrée) pour l’établir.

Vous me direz, tout dépend d’où l’on se trouve au moment T.

Cette partie de l’article du Monde est toutefois assez éclairante sur le flou de l’histoire.

« Le professeur Mathieu Raux, qui travaille au service de réanimation de la Pitié-Salpêtrière, a expliqué à BFM-TV comment le personnel médical était parvenu à empêcher l’intrusion de manifestants dans une salle de réanimation. En revanche, il affirme que des dégradations auraient eu lieu par la suite :

« Dans d’autres services de l’hôpital, il y a eu des exactions. Dans le même bâtiment, il y a eu deux heures plus tard la perte de l’ensemble du matériel informatique vandalisé dans le service de chirurgie digestive. »

La ministre de la santé, Agnès Buzyn, qui s’est rendue sur place jeudi matin, a confirmé qu’il n’y a « pas eu de dégâts dans la réanimation ». Elle ne s’est en revanche pas prononcée sur l’existence d’autres dégradations : « Je n’ai pas de preuve aujourd’hui donc je laisse l’enquête se tenir », a-t-elle éludé face à la presse ».

Notez bien le mot éluder. N’a-t-elle pas eu le temps d’aller jeter un œil dans le service pointé par le médecin ? Etait-il si éloigné ? Honnêtement, j’aurais commencé par celui-là, puisqu’au dire du praticien les dégradations avaient pu être évitées en réanimation.

Voilà. Rien n’est certain sauf une parole officielle abondée en continu et des images dont on ne sait si elles se rapportent véritablement au moment concerné.

Le vrai, dans sa nature composite, viendra plus tard, sans doute trop tard pour renverser des certitudes confortables. Je n’oublie pas, pour autant, les dégradations et les agressions venues d’en face, mais tout de même.

Un de mes premiers cours de droit portait sur la théorie de la baïonnette intelligente qui est, en droit pénal, la condamnation de l’obéissance à un ordre manifestement illégal. Par exemple, pour ne parler de la plus « anodine » des stratégies policières : est-il légal de nasser et bombarder de gaz lacrymogènes des personnes sans leur laisser une seule porte de sortie ? Pourquoi ce policier, à moins que ce ne soit celui immédiatement devant, a-t-il cogné cette manifestante ?

Une charge des CRS, à l'angle du quai de Jemmapes et de la rue du Faubourg-du-Temple. Au sol, Mélanie a reçu un coup de matraque sur la tête. © Gonzalo Fuentes Reuters
Le 20 avril, cette manifestante a été frappée à la tête par un CRS arrivé en courant derrière elle, à l’angle du quai de Jemmapes et de la rue du Faubourg-du-Temple. La jeune femme s’est évanouie sous le choc. L’unité de CRS poursuit sa charge, en évitant plus ou moins son corps. Source : Médiapart article K. Laske  du 27-4-2019 ; Photo © Gonzalo Fuentes Reuters.

La sénatrice écologiste Esther Benbassa qui suit les gilets jaunes depuis le début, raconte, à propos d’hier : « Je n’étais pas à la  Salpétrière. Je sais juste que quand on fuit, sans avoir rien fait soi-même, lacrymos et matraques, on se réfugie où l’on peut. Ce que j’ai fait hier : dans une entrée de cinéma, une impasse, un jardin. Et des fuyards paniqués, ça fait forcément peur ». C’est ici :

Mais en ces temps d’instantanés, la prime est à la première prise de parole surtout reprise et rediffusée jusqu’à la nausée. La seconde mettra plus de temps à s’installer. Car il faut de nos jours une sacrée bonne culture d’image pour ne pas se laisser abuser.
Mais le public sera entretemps déjà passé à autre chose…
Où l’on est bien loin des facéties d’Orson.
L’autre ironie de l’histoire est celle de syndicats soudain confrontés à ce qu’est devenu le droit de manifester. Ou plutôt, devrai-je écrire, à ce qu’il en reste.
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Bunkerisation

 

C’est une image sans doute emblématique de la situation actuelle.  Le Fouquet’s derrière des tôles d’acier, comme le Gouvernement enferré dans ses discours.

Une photographie de l’incommunication, de la fracture, de l’enfermement, de l’impasse. Peut-être des deux côtés d’ailleurs, à moins d’être plus inventif que l’exécutif, ce qui n’est pas exclu.

Vous me direz, à Levallois-Perret, non loin des cervelles du renseignement, je n’ai rien à craindre. Et pourtant si. Non physiquement bien sûr, mais, comme tout citoyen, je suis frappée par la dérive autoritaire de cette politique qui inquiète même nos amis suisses.

https://lecourrier.ch/2019/03/21/derive-autoritaire/

Curieuse époque où l’on est plus sensible aux dégradations matérielles qu’à la souffrance des individus. Je veux parler ici de la précarité renforcée par les politiques de ces 30 dernières années. Le vote Macron, j’entends l’adhésion faute de « mieux », était, en grande partie, celui de personnes sans problèmes de fins de mois. Qui s’inquiètent aujourd’hui plus des vitrines que des libertés comme si celles-ci leur étaient concédées, comme à leurs proches, ad vitam.

C’est une petite bonne femme aux cheveux en pétard, sénatrice EELV- les verts, élue en 2011, qui accompagne (selon ses propres termes) les gilets jaunes depuis de nombreux samedis. Elle s’appelle Esther Benbassa. Invitée ce jour-là sur Europe 1, la journaliste Sonia Mabrouk lui demande :

– est-ce que c’est vraiment la place d’une élue d’être dans la rue ?

– bien sûr, répond-t-elle, on n’est pas dans des bulles. Je ne conçois pas mon travail de cette façon là. Moi, je suis dans les prisons, je suis dans les centres de rétention administratifs, je suis dans la rue, je suis  avec les gilets jaunes, je veux comprendre..

– et vous avez raison, l’interrompt la journaliste, vous avez de l’empathie…

– ce n’est pas de l’empathie, insiste Esther, je fais mon travail.

La séquence est assez significative. Un élu ne se « commet » pas et la rue est corruptrice. Rester assis sur son banc. Regarder de loin ce qui advient sur les étranges lucarnes en continu et si terriblement retranscrit par Samuel Gontier de Télérama, légiférer pour ceux qui vous ressemblent…

Lui reprocherait-on un abstentionnisme au Sénat qu’on aurait tort. La Dame y est aussi et très effectivement.

https://www.nossenateurs.fr/esther-benbassa

Comme quoi on peut venir de la société civile et avoir un cerveau, ce qui tranche avec certaine majorité….

Ainsi va le monde, où chacun doit rester à une place assignée … par qui, au fait ? Et quelle légitimité accorder à cette pensée unique ?

 

 

 

Adresse à M. Castaner

Interrogé le 14 janvier à l’issue d’une cérémonie de vœux à Carcassonne vous avez déclaré : « Je ne connais aucun policier, aucun gendarme qui ait attaqué un gilet jaune.»  . Puis, après avoir évoqué les armes de défense dont sont équipées les forces de l’ordre, vous avez ajouté : « Ce sont des moyens de défense, de défense de la République.». Et par charité je ne retranscris pas ici les  propos tenus, « dans le même temps », dans la vidéo ci-dessous (aux alentours de 10’55).  Ils font froid dans le dos comme ces photos.

 

De plusieurs choses l’une, vous êtes mal informé, inconscient, peu curieux, votre mémoire flanche, vous faites semblant d’ignorer les signalements qui vous sont scrupuleusement adressés par le journaliste David Dufresne depuis pratiquement le début des manifestations (plus de 300 à ce jour) ou tout cela à la fois. David Dufresne que les télévisions mainstream, encore dubitatives (après plus de 2 mois d’occultation, quand même) s’arrachent aujourd’hui.  Selon TF1 (je traduis), Monsieur le ministre,  « il se pourrait bien quand même, tout bien considéré, et toutes choses égales par ailleurs, nonobstant la confiance que nous avons dans votre bonne foi, sans préjudice (sic) de futures excuses si nous nous sommes laissés entraîner dans les turpitudes infâmes d’une compassion étourdie, il se pourrait donc que les lanceurs de balles de défense et autres Gli aient causé des blessures graves chez les manifestants. Mais aussi parmi les badauds et les journalistes (surtout les reporters d’images). Si, si. On vérifie et on vous tient au courant ».

Monsieur le ministre, vous devriez d’urgence quitter ces étranges lucarnes et regarder cette émission sur Mediapart.

 

Une émission difficile s’il en est. Ils sont 4 : deux blessés, l’une au visage par un lanceur de balles, l’autre a perdu sa main droite à cause d’une grenade Gli F4.  A côté une femme venue manifester en famille, dont les 2 fils et un neveu ont été blessés, les deux premiers gravement, et puis une jeune femme, secouriste qui s’est engagée dans les effectifs des street-medics. Sur les visages, une sidération encore palpable, la mère de famille, par exemple, cille à peine. Au-delà des corps, on perçoit sans peine les traumatismes multiples et la volonté a minima de sortir d’un silence qui les enferme dans la négation de ce qu’ils ont subi.

Monsieur le ministre, si cette émission vous semble en-deçà de la fascination énamourée que vous avez pour l’incarnation actuelle du pouvoir, si vous la jugez insignifiante en somme, considérez ce portrait, réalisé par Loic de Paujantec (visible ici https://www.facebook.com/loic.depaujantec/posts/2044771025601887)

Belle « défense » policière en vérité, n’est-il pas ?

 

 

Intermède citron

Quoique.

Je m’étais dit que je n’aborderais pas ce sujet  ici : les gilets jaunes. Parce que beaucoup de choses ont été déjà écrites et dites sur le sujet, sur lesquelles je ne vois pas quoi ajouter.

Les raisons de la colère sont, par exemple, résumées ici :

https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/12/05/niveau-de-vie-les-10-graphiques-de-la-colere_5392911_3224.html

Ce en quoi le mouvement se différencie d’autres mouvements insurrectionnels connus par le passé est évoqué là :

https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/12/05/les-problematiques-portees-par-les-gilets-jaunes-sont-le-propre-des-revoltes-depuis-le-moyen-age_5392990_3224.html?xtmc=larrere&xtcr=1

Et puis, j’habite hors du territoire où il se répand. L’espace Levalloisien aujourd’hui boboïsé (surtout là où je réside) a gardé quelques poches ouvrières et l’on aurait pu imaginer des manifestants sur la place de la mairie. Mais voilà : le maire, Patrick Balkany, qui chouchoute ses administrés (dont moi, de fait) à coup de déficit budgétaire (la ville serait une des plus sinon la plus endettée de France) – ce qui lui vaut d’être réélu  (sans moi) avec des scores presque soviétiques – aurait déclaré soutenir les gilets jaunes. Il est vrai qu’il n’est pas enclin, pour ce qui le concerne, au paiement de l’impôt. Un « résistant », en  quelque sorte, ce qui lui vaudrait une médaille fluorescente.

Donc, tout est calme sous mes fenêtres.

Pourquoi alors en parler ? Parce que les évènements m’ont rattrapée au temple où je chante. Ce dernier est situé sur l’avenue de la Grande Armée, non loin de la place de l’Etoile, et  certains choristes ont vu se « se déchaîner la violence en bas de chez eux ». « Ces gens nous haïssent », « ils n’ont que haine à la bouche ». Quand je leur ai fait  remarquer que les manifestants étaient, pour nombre d’entre eux, à la peine au quotidien et que leurs difficultés allaient croissant, ils n’en ont pas disconvenu, mais certaines images semblaient inscrites dans leurs pupilles. Des images que je n’ai vues que par vidéos interposées.

Réaliser tout d’un coup le privilège que constitue le lieu de son domicile ( même si vous n’êtes pas spécialement plein aux as …) : la discrimination géographique se retournait, en quelque sorte.

Depuis longtemps, je me disais que « cela  » ne pouvait pas continuer ainsi, que, par exemple, le détricotage des protections et solidarités sociales, la mise à mal des services publics  (transports, santé …) justifiées par une nécessité financière irréductible, tout « cela » finirait, un jour, par conduire à une explosion.

Mais j’ai été surprise par la mèche.

La limitation de vitesse à 80 kilomètres heures, la hausse de la CSG – ce tac-au- tac fiscal, puisqu’elle n’est déductible des impôts, pour les salariés, qu’en partie (autrement dit, ils paient, pour partie, de l’impôt sur quelque chose qui vient en réduction de  leur salaire) – la suppression de l’ISF, les ordonnances travail de l’an dernier (sans parler des régressions sociales du quinquennat précédent et l’on pourrait remonter plus loin)…  tout ce que ces mesures n’avaient pas réussi à entraîner, la  dernière hausse de la taxe sur les carburants l’a fait.

Comme le remarque Mathilde Larrère, se référant aux révoltes anciennes, « avant c’était le prix du pain, maintenant, c’est le prix de l’essence ». Où l’on voit que la gamme des produits de première nécessité s’est élargie avec, notamment, le quasi sacrifice des services de transports publics sur l’autel d’une « saine » gestion budgétaire.

Depuis, la fracture sociale, le ressentiment profond,  ce que l’on s’évertuait à ne pas vouloir considérer s’étend : après les gilets, les lycéens, les routiers … Les paroles se superposent, se brouillent.  Tout ce qui aurait pu canaliser l’ire des invisibilisés de la société a disparu : les  partis politiques sont liquéfiés et les syndicats ont été marginalisés à coup de concertations clivantes (vous remarquerez que la notion de négociation a pratiquement disparu de la novlangue politique),

Quand la réponse aux préoccupations est toujours TINA (there is no alternative) que reste -t-il ? Demain, les gilets, les lycéens peut-être, et les manifestants pour le climat se rejoindront-ils ou se confronteront-ils ?

Là est la question.

Tout est devenu « gazeux » et donc éruptif.

Et ce que je lis, ici, ne me porte pas à l’optimisme.

https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2018/12/06/gilets-jaunes-appels-au-calme-et-moyens-exceptionnels-le-point-sur-le-dispositif-de-securite-de-samedi_5393697_1653578.html

PS ce matin : quand je regarde ces vidéos et photos de ces 148 lycéens à  Mantes-la-jolie, agenouillés dans une espèce de cour les mains derrière le dos ou sur la nuque, sous l’oeil de policiers équipés jusqu’aux dents, entends ce commentaire : « voilà une classe qui se tient sage » et en lis d’autres qui applaudissent, je me dis que l’inquiétude à ce stade est un mot faible.

https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/061218/lyceens-davant-nous-navons-jamais-connu-la-repression-actuelle

Du ruissellement du sportif sur le politique

Finalement le ruissellement du sportif sur le politique a aussi ses limites. Pour E. Macron, il n’aura pas duré longtemps :  privatisation infantile des Bleus aux dépens d’une foule ayant attendu des heures pour voir un bus triomphal descendre les Champs en 10 minutes chrono avec à son bord dans le rôle de l’agent de sécurité …celui par qui le malaise arrive, celui qui prive le maître des horloges de sa maîtrise. Sommé de s’expliquer, Jupiter laisse bredouiller ses troupes.

A. Benalla est accusé entre autres choses d’usurpation de fonctions. « Ah bon, c’est la fonction des policiers de tabasser les manifestants ? » interroge un internaute.

C’est dire où nous en sommes. Se demander si la France est encore un Etat de droit, une démocratie et pas une République devenue bananière, c’est presque répondre à la question.

Mais je ne me leurre pas. Cette affaire fondra-t-elle au soleil ou en restera-t-il quelque chose de durable dans nos cerveaux limbiques.

Parmi les détournements de la photographie d’Emmanuel Macron exultant dans les gradins russes à l’issue de la finale de la coupe du Monde

French President Emmanuel Macron reacts during the Russia 2018 World Cup final football match between France and Croatia at the Luzhniki Stadium in Moscow on July 15, 2018. / AFP PHOTO / SPUTNIK / Alexey NIKOLSKY / RESTRICTED TO EDITORIAL USE – NO MOBILE PUSH ALERTS/DOWNLOADS

, l’un me paraît rétrospectivement soudain assez « en phase ».

Quant à celui-là ce pourrait être une sorte d’allégorie des relations de notre Président avec les corps intermédiaires, ces gêneurs : Parlement, syndicats, presse…