Il faisait beau ce 31 janvier. Le parcours de la manifestation avait été légèrement modifié.

En choisissant la plus grande place d’Europe (12 hectares) pour le départ du cortège, les syndicats faisaient le pari d’une mobilisation massive. De fait, elle le fut. La tête du cortège était aux deux tiers du parcours quand la queue du peloton s’élança….enfin façon de parler. Le pack, pour parler comme les rugbymen, était du genre compact.
Entre nous, on se disait, « cette fois, la préfecture ne pourra prétendre que nous sommes seulement 16000 ». Le 19 janvier, en effet, les syndicats avaient estimé le nombre de manifestants à 60 000 personnes quand la préfecture n’en concédait que 16 000 « au plus fort ».
Hé bien si ! Alors que les syndicats décomptaient 75000 personnes, la préfecture n’en a vu que 16500.
Quand les organisations dénombrent à la louche, la préfecture estime à la petite cuillère. Mais, à ce petit jeu, est parfois battue par certains sondagiers. Ainsi à Paris. Alors que la CGT annonçait le chiffre de 500 000 personnes, la Préfecture de Police n’en avait retrouvé que 87 000, chiffre supérieur à celui de 55000 retenu par un cabinet dénommé Occurrence. Depuis lors, les blagues fusent sur ce cabinet, du style sous la reprise d’une affiche du film « les 7 mercenaires », ce commentaire : mais seulement 3 selon Occurence. Ou bien :
– Je vois que vous aimez le cinéma. Qu’êtes-vous allé voir récemment ?
– Les 31 dalmatiens.
Félicitations, bienvenue chez Occurrence !
Ce running gag des décomptes est lassant. Qui y croit encore ? Peut-être d’ailleurs qu’une étude sociologique des cortèges (quasi impossible sur le gaz) serait plus intéressante. Passés l’exaltation du moment et le combat de chiffres, la réalité reprend ses droits et elle n’est pas réjouissante. La conclusion qu’en tire cet économiste (assez répétitif) peut paraître excessive mais à la réflexion, il y a tout de même de ça. E. Macron, qui ne pourra pas se représenter en 2027, ne se sent entravé par rien. « Tu es libre et tu peux faire ce que tu veux », lui a lancé Marisol Touraine (qui espérait faire partie du futur gouvernement ?), lors de l’entame de son second quinquennat. Dont acte. Manu n’a pas besoin d’être encouragé.
L’interview d’E. Borne d’hier soir confirme cette impression. « Mon objectif sur ce texte (réforme des retraite), comme sur tous les textes que l’on porte, c’est de trouver des compromis », a-t-elle conclu. Après avoir fait passer des lois de finances et de financement de la sécurité sociale à coup de 49-3, nassé le temps des débats sur ce projet de loi précisément, tout en choisissant, dès son entrée à Matignon, ses interlocuteurs et en en excluant définitivement d’autres, voilà une affirmation un brin osée. Le principe demeure : « Cette réforme, elle se fera », et le recul de l’âge de départ à la retraite à 64 ans « n’est pas négociable ». Tout cela sur fond d’un rapport d’un conseil ayant travaillé sur des hypothèses transmises par le Gouvernement et dans lequel chacun pioche ce qui l’arrange.
Refaire 1995 ? La situation économique rend la chose peu crédible. Alors ?
La présence très visible de lycéens dans les manifs, qui en ont ras le bol de voir l’enseignement passé à tabac et du bordel qu’on va leur laisser, donne à penser qu’au-delà des retraites c’est un mode de vivre ensemble entier qui est à redéfinir. L’évolution climatique devrait y inciter. Mais voilà, à en croire A. Jacquard, le mal est plus ancien.
En attendant, Madame fait la manche pour un hôpital public dont son mari poursuit consciencieusement la destruction. Le cynisme, c’est un métier.














