9 juin : un vote pour pas grand chose ?

Le 9 juin, j’irai voter. Je serai même assesseure (le e est là exprès) dans mon bureau de vote. Ce n’est pas que cette Europe là m’enthousiasme mais, pour plagier la devise de certain Palmipède, le droit de vote ne s’use que lorsque l’ on ne s’en sert pas.

Juin 1979. J’ai 21 ans bientôt 22 (en août). Premières élections européennes. C’est la deuxième fois que je vote. Avant, il y avait eu les municipales qui, à l’époque, à Bordeaux reconduisaient sans férir J. Chaban-Delmas. Là, c’est nouveau et je me dis qu’instituer une représentation des citoyens à ce niveau, c’est peut-être un premier pas vers la création d’une fédération. Les Etats-Unis d’Europe, j’y crois et pense que les Etats Nation composant l’Europe devraient être progressivement défaits de certaines de leur prérogatives pour que l’ensemble puisse fonctionner. Je pense aussi que la question sociale devrait être au cœur de ses préoccupations. Bref, je déparle et « dé-pense ».

Ma naïveté aura la vie dure. Jusqu’en 2005. Ou plutôt 2008 quand le Parlement français, réuni en congrès, a approuvé la révision constitutionnelle préalable à la ratification du traité de Lisbonne. Je n’avais pas voté « non » au référendum relatif au traité constitutionnel européen par nationalisme ou souverainisme mais en raison, surtout, de ses orientations économiques : cette « concurrence libre et non faussée » qui nous vaut la signature de traités de libre-échange climaticides entre autres choses. J’avais voté « non » parce qu’il me semblait que l’Europe en tant qu’ensemble ne se protégeait pas sur ces questions.

L’enfant européen a plus de 70 ans (si on remonte à la CECA) et, s’il pèse en matière commerciale, sa consistance politique est faible au regard des puissances émergentes et/ou émergées (on dira les BRICS pour faire court). J’aurais dû mieux lire les traités européens quand ils étaient encore lisibles.

Alors pourquoi voter ? Parce que je suis têtue dans mes affections et une optimiste désespérée. La persévérance paye parfois.

PS : J’ai mis cette photo du Belem, qui frôla aussi nos rives bordelaises, arrivant dans le vieux port de Marseille parce qu’elle est belle et presque proche d’un tableau. Pour le reste les JO ne m’intéressent absolument pas.

Petit retour en arrière : Marseille 4

P1060566_2Il faut être un touriste auquel le temps manque pour aller fréquenter l’Estaque à midi. Attente interminable du bus à la Joliette. Trajet déprimant sur fond de villes flottantes amarrées, de grues monumentales, de hangars, de citernes, de parkings vides ce dimanche. La végétation poussiéreuse peine à cacher cette aridité écrasée de soleil. L’Estaque à fleur de mer donne un semblant de change : on s’échange des bonjours aux accents de cigale, on parle fort au supermarché, à la fois entre soi et au milieu des autres. Passé ce théâtre minuscule et consumériste, on s’embarque sur le chemin des peintres. L’estaquéen se cache dans des maisons cossues derrière des portes et des grilles le long du chemin de la Nerthe, derrière des murets et des canisses fatiguées ailleurs. On suit de sporadiques éclats de voix, à la recherche de l’authentique. En vain. Marius et Jeannette nichent au frais au fond de voies privées. Reste alors le chemin des traverses, nombreuses et désertées à cette heure …P1060574_2

Marseille 1

Marseille- vieux port- septembre 2014Vieux Port. Le marché aux poissons matinal, sous parasols publicitaires, a depuis longtemps plié ses étals. Devant la monumentale cathédrale zèbre, en bord de mer, on danse la famille traditionnelle et la solidarité, en ignorant le mendiant au turban à l’orée des grilles.Cathédrale Major - Marseille- septembre 2014

Ensuquée, je dérive sur les conversations à la terrasse d’un café.

Mes voisins de table ont fait connaissance dans la journée. Elle lui dit qu’il lui inspire confiance. Qu’il en faut dans la vie parce que sans cela… Il acquiesce. Il est italien, elle, roumaine. Il est aussi question d’argent. Et je pense à une rencontre un peu tarifée. Je me trompe : sa carte de crédit à lui est restée bloquée dans un distributeur. Elle paye et j’en suis pour mes préjugés. Je les laisse partir et regarder avec une sorte d’envie la marina gavée d’esquifs prétentieux. Le pont transbordeur, les mauvais joueurs de cartes pagnolesques en espadrilles  se sont évanouis et la sardine, qui s’est aussi fait la malle, défie mon indolence limonadière.P1060338

Calanques

 

A Marie-Claire C.

La beauté fut moins dans le mouvement que dans le moment, cette somme de hasards venus s’ajuster là dans des paysages secs et pelés.

 

Je voudrais dire ici la pierre dressée en volutes zébrées de vent, ces crinières minérales immobiles, ces aiguilles fragiles et ces cols au nom comme des cris d’oiseaux .

 

Je voudrais dire les voiliers, au loin, fragiles larmes d’écume, la mer intense, le vent qui nous couche, les cuisses raides au matin et nos corps enrayés s’étirant à l’unisson sous l’œil des badauds.

 

Je voudrais dire le ciste, l’aphyllante et le romarin en un bouquet improbable, les criques azur, les rires dévalant les pentes rêches et lancés dans la nuit.

 

 

 

Je voudrais dire enfin, le petit miracle de ces trois jours… avec en fil d’ Ariane  le sourire  de celle par qui tout commença.

(Photos Frédéric D sur le site http://photos-provence.fr)