Vote utile

« Un président sans permis de conduire peut-il conduire le pays ? » demande Léa Salamé à Jean-Luc Mélenchon.

On se pince.

A quoi on pourrait répondre : une journaliste à la déontologie discutée peut-elle « conduire » une émission politique sur le service public ? Lire ici (allez à la conclusion c’est plus économique)

Tout cela est assez nul et dans le contexte actuel on aurait aimé plus sérieux. Mais voilà, pour le consistant il faut lire et voir ailleurs.

Mais revenons à nos moutons. Voter utile. La cartographie est telle que la maxime « au premier tour on choisit, au deuxième on élimine » ne semble pas pouvoir fonctionner cette fois ci …à moins d’un gros coefficient de masochisme.

Curieuse « campagne » en vérité où l’on passe plus de temps à s’écharper dans chaque camp à l’heure où la pandémie, les soubresauts climatiques, la guerre enfin devraient au minimum nous amener (candidats compris) à nous interroger sur notre choix sociétal à venir. Au risque de la ringardise « citationnelle » absolue, je me référerai à ce propos attribué à Geronimo :  » Quand le dernier arbre aura été abattu, le dernier poisson pêché et la dernière rivière polluée ; quand respirer l’air sera écœurant, vous vous rendrez compte, trop tard, que la richesse n’est pas dans les comptes bancaires et que l’argent ne se mange pas ». Mais voilà, tandis que l’argent circule au-dessus de nos têtes, les idées se momifient sur des thématiques détestables.

Pour l’heure, Jupiter évite la confrontation, pioche plus ou moins dans les propositions des uns et des autres, son « en même temps » retrouvé : amusant notamment de le voir parler de planification écologique, lui qui a méticuleusement torpillé la convention citoyenne sur le climat qu’il avait contribué à mettre en place, consternant de le voir reprendre cette idée de subordonner le versement de RSA à 20 heures de travail hebdomadaire … soit l’équivalent d’un poste à temps partiel qui serait, dès lors, payé largement au-dessous du Smic alors que parallèlement on accorde des milliards sans contrepartie aux entreprises dans l’espoir de les voir investir …ce qui reste largement à vérifier. L’oiseau semble avoir pris conscience du signe « et de droite et de droite » et un rétropédalage style « ma pensée est plus complexe que cela » est en route. Mais un certain mal s’est déjà imprimé.

Jupiter, donc, évite les débats, les vrais, ceux où l’on se frotte et se confronte, mais les « affaires » le rattrapent, Mac Kinsey bien sûr ou plus exactement le recours dispendieux à des cabinets de conseil privé pour définir la politique hexagonale au motif, entre autres, que ces officines disposeraient d’une expertise et d’une réactivité dont l’administration française serait dépourvue (a-t-on audité la chose ? et qui 🙂 ?), recours qu’il justifie, non sans fébrilité, ou encore ce petit caillou-ci, peu relayé encore mais qui sait ce que les 10 jours qui nous attendent nous réservent :

« L’introuvable campagne » titre Médiapart. « Introuvable » est-il le bon adjectif ? Ou plutôt l’introuvable ne s’appliquerait-il pas plutôt à l’électeur ?

On se focalise sur les présidentielles (effet désastreux de l’inversion du calendrier des élections sous Jospin). On a tort. Pour moi, les législatives à suivre sont peut-être plus importantes. La dernière législature, en particulier à l’Assemblée nationale où l’on a vu un groupe de godillots voter tout et n’importe quoi dans des conditions de timing invraisemblables, a été lamentable, une caricature de représentation à l’exception de quelques députés -dont je garderai les noms pour moi- d’opposition, de gauche (pas seulement Insoumis) comme de droite ou centre droit et même, à l’occasion, certains égarés LREM.

Rempiler avec ça – des débats souvent médiocres réduits à l’os avec la complicité d’un arrogant perchoir ferrandien- serait désastreux. De quoi faire déserter plus encore le citoyen des urnes.

A Léa Salamé, Jean Luc Mélenchon a répondu que la France n’était pas une voiture. Ce n’est pas non plus une start-up, ni une entreprise pas plus que l’hôpital ou l’éducation. Cette conception privatiste et communicationnelle de ce qui devrait être des « Communs » est mortifère. La survenance du ou de la Covid, devant la(le)quel(le) nous nous sommes retrouvés complètement à poil, a suscité de brefs espoirs aujourd’hui oubliés. Ah ! ce beau « quoi qu’il en coûte »… en définitive pas mutualisé pour deux sous.

Au seuil du premier tour, le 10 avril qui écrira à l’instar de Louis le seizième « Aujourd’hui, rien » ?

PS : pour ceux qui ont accès à Courrier international, je conseille vivement la rubrique « sacrés français ».

Cachez ce nombril que je ne saurais voir

Je n’ai pas trop suivi cette histoire de crop-top : pour faire court, un t shirt moulant qui s’arrête au-dessus du nombril voire parfois juste en dessous de la poitrine. L’objet n’est pas récent mais il est au centre de l’une de ces disputes dont nous, français, avons le secret.

Petites illustrations ici :

Selon le journal Le Midi Libre (2/07/2021) : ce sont les footballeurs américains qui, les premiers, auraientdécidé de couper leur tenue pour un meilleur confort lors de fortes chaleurs. Une certaine marque aurait ensuite créé des vêtements pour le grand public mais cette mode aurait peu à peu disparu, le « crop top » étant de plus en plus interdit dans les lieux publics. Dans les années 90, des stars comme Madonna ou les Spice Girls ont relancé la tendance mais ce n’est que récemment que le vêtement est redevenu populaire. Au point de séduire de nombreuses jeunes filles partout en France qui arborent le « crop top » à l’école. Interrogé sur le sujet en septembre dernier, Jean-Michel Blanquer avait milité pour une « tenue républicaine ».

Personnellement, je ne sais pas ce qu’est une tenue « républicaine ». De mon temps, au siècle dernier (c’est dire), la solution était simple : on devait porter un tablier, parfois d’un certain modèle, mais pas toujours, en particulier dans les petites classes (je m’étonne d’ailleurs que le ferme et « progressiste » Jean-Michel Blanquer, ébranlé, semble-t-il, par tant d’indécence, n’ait pas déjà rétabli cette solution simple. Une irruption de pudeur démocratique ?). La « contrainte du tablier » ne m’a jamais semblé si terrible puisqu’elle ne s’exerçait, et encore pas si sévèrement, qu’entre les murs de l’école ou du lycée.

Aux beaux jours, il n’était pas rare de voir des femmes porter un simple haut de maillot de bain en public (avec un jean, une robe ou un short) …sans parler de cet exemple paléo crop-top.

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Au fond l’objet n’a aucune importance et l’on a raison d’ ironiser sur le fait qu’il n’y a pas si longtemps, faisait polémique un vêtement, « trop couvrant » pour le coup, le burkini pour ne pas le nommer.

On aurait donc pu laisser la mode croptopienne s’évanouir d’elle-même. Finalement, il n’ y a peut-être pas plus conformiste que de la suivre. Mais voilà, au détour d’un entretien accordé au magazine Elle, le Président de la République a jugé opportun de critiquer ledit crop-top et de livrer dans la foulée sa conception du féminisme. Epidémiologiste à ses heures et sociologue avec ça : quel homme !!

Et rebelote sur une polémique rampante – que je n’ai pas trop suivie non plus : intersectionnalité contre un certain « universalisme » auquel j’aurais tendance à trouver, maintenant que j’en sais un tout petit peu plus (merci Macron), des aspects assez puritains et autoritaires. Ce qui me fait penser au critique James de Coquet qui disait, je crois, « chez nous, on peut donner n’importe quel prénom aux fils aînés, à condition que ce soit James ». Les filles peuvent bien s’habiller comme elles veulent …à condition, donc.

Intersectionnalité : pauvre juriste, le concept m’était passé haut. Madame Wikipedia m’éclaire : il s’agit d’une notion employée en sociologie et en réflexion politique, désignant la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de stratification, domination ou de discrimination dans une société. Pour une approche plus savante on peut aller là :

https://www.cairn.info/revue-raisons-politiques-2015-2-page-55.htm

A voir notre quotidien, je ne vois pas ce qui choque dans l’affaire intersectionnelle. Ma perplexité est ailleurs. Quel intérêt de se focaliser sur un engouement, qui a toutes les chances d’être éphémère, de la part d’un Président désireux de ramener vers lui des jeunes qui semblent largement indifférents à sa personne (si on en croit les dernières élections, centrées mainstream sur des sujets qui ne concernaient pas les compétences des collectivités locales en cause, et largement désertées par les 18-25 ans) ? Quel intérêt dans le contexte de crise climato-économique et sociale aggravé par la Covid où nous sommes plongés (pour longtemps encore je crois) ?

Sur Médiapart, un lecteur belge s’énerve : »Macron finira par parler de la distance entre le genou et le nombril des femmes au nom du féminisme, de l’humanisme et Médiapart en fera un article et Macron fera parler de lui. Si vous arrêtiez de parler de sujet de mode pour en fabriquer de la politique, de la philo à deux balles, cela obligerait peut être Macron à chercher des solutions à vos problèmes ».

Je ne suis pas loin de penser comme lui. Les 3 derniers quinquennats (Sarkozy, Hollande, Macron) ont fait verser la fonction présidentielle dans une sorte de peopolisation décérébrante. On imagine mal une question semblable (j’entends sur un mouvement de mode) posée, disons, pour rester en Europe, à Angela Merkel ou Mario Draghi (si cela a été le cas, je suis preneuse).

Pendant ce temps, la Colombie britannique étouffe, le village de Lytton a quasiment disparu, un œil de feu, causé par une fuite de gaz sur un pipeline sous-marin, s’est formé dans le golfe du Mexique et le fonctionnement de la centrale nucléaire de Taishan inquiète (pour rester sobre).

Couvrez ce sein que je ne saurais voir

Par de pareils objets les âmes sont blessées,

Et cela fait venir de coupables pensées.

Molière : Tartuffe (1664)

La maison brûle comme disait le grand Jacques, écologiste occasionnel, et nous en sommes encore là : parler chiffon et nombril.

La politique de diversion a ses limites. Espérons que 2022 en soit une. Pas brune cela va de soi.

Speakeasies, le retour

The Speak Easy Party | Années folles, Bar clandestin, Bistrot paris
Bar clandestin années folles

Les premières agapes clandestines dévoilées par la chaîne M6, au-delà d’une certaine forme d’indigestion, pouvaient faire sourire : la personnalité du taulier, vrai zozo napoleonâtre, les contorsions de l’ex-ministre Brice Hortefeux et de l’inamovible chroniqueur Alain Duhamel dignes de petit Gibus (si j’aurais su j’aurais pas venu).

Le déjeuner meuricien de la sénatrice Les Républicains (LR) Joëlle Garriaud-Maylam a un arrière goût nettement plus sinistre.

Ce jour là, la sénatrice avait un rendez-vous professionnel avec un avocat suisse, nommé Christian Kälin, « à la tête d’une fondation pour laquelle je travaille », disait-elle. Le thème de cette rencontre : les migrations en Europe.

Ce pourrait être estimable si l’individu n’était pas aussi à la tête d’une société spécialisée dans la mise sur pied de programmes de «cash for passport». Le but : accorder à des individus la citoyenneté du pays en échange d’investissements dans l’économie ou de versements uniques à la caisse de l’Etat. Parmi ses « clients » : Malte (membre, il n’est pas inutile de le rappeler, de l’Union européenne, autrement dit une porte d’entrée aux « facilités » offertes par l’UE). C’est ici.

https://www.letemps.ch/economie/christian-kalin-lavocat-vend-passeports

L’article est un peu ancien mais assez édifiant.

La commission européenne avait fini par s’émouvoir du programme de passeports maltais et imposé que les heureux bénéficiaires puissent au moins justifier d’un an de résidence sur place avant d’obtenir la nationalité. Mais, comme souvent, le contrôle ne suivit pas. L’histoire pourrait s’arrêter là, sauf que, de lien en lien, on en arrive à un assassinat : celui d’une journaliste maltaise nommée Daphne Caruana Galizia. Détail : la dame s’intéressait, entre autres choses, à l’entreprise de l’avocat suisse.

Selon le journal Le Monde, avant l’assassinat de la journaliste, ce dernier se serait entendu avec le premier ministre maltais de l’époque pour menacer celle-ci de poursuites judiciaires si elle continuait d’écrire sur sa compagnie. On restait cependant dans le légal, pas dans l’explosif (la journaliste est morte suite à l’explosion de sa voiture qui avait été piégée)

La suite de l’histoire se poursuit ici https://www.daphne.foundation/en/ (désolée c’est en anglais)

Si je l’évoque c’est parce qu’elle pose une question à laquelle bizarrement Médiapart ne semble par spécialement s’intéresser : Que pouvait bien faire une sénatrice française à discuter avec un tel personnage ? Et surtout sur le sujet des migrations en Europe ?

Et puis, elle résonne avec un fait hexagonal plus récent : celui du sabotage de la voiture d’une journaliste, Morgan Large, spécialiste des sujets liés à l’agro-industrie. En saura-t-on plus sur ce sabotage que sur l’incendie du Parlement de Bretagne ?

Vous me direz, ainsi a toujours été le monde avec ses mafias et ses crapules. Mais en cette période où les libertés sont mises à l’épreuve, on a du mal à regarder tout cela avec les lunettes ironiques Wyleriennes du film « certains l’aiment chaud ».

Cloitré, dissocié de ses proches par le virus, que reste-t-il du citoyen ? Sans compter, pour ce qui me concerne, une certaine désespérance démocratique…

Mais je ne crois pas être la seule, la preuve :

La « gorge profonde » de Médiapart


(les lecteurs auront rectifié la coquille d’eux-mêmes)

Qui est la « gorge profonde » (1) de Médiapart dans l’affaire Benalla-Crase?

Le Gouvernement, l’Elysée, aimeraient bien le savoir. D’où cette tentative de perquisition au siège du journal lundi dernier.

Las, l’intimidation ne marcha pas,  la toile s’enflamma et les justifications initiales, plutôt croquignolesques, données par le Parquet de Paris n’arrangèrent rien. Depuis, on a appris que l’étincelle serait partie de Matignon, puis que la cheffe de la sécurité du premier ministre, plus ou moins mise en cause, aurait demandé à être affectée à une autre mission au sein du ministère de l’intérieur et enfin que le parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête sur le contrat de sécurité signé entre la société de Vincent Crase et un oligarque russe sulfureux. Ce qui ne contribue pas à éclairer sur cette affaire qui n’en finit pas d’interroger (pour rester au niveau des violettes).

Tout autant que le droit de manifester, le droit d’informer n’est pas à la noce. Après la loi sur le secret des affaires –  dont les détracteurs jugent la définition retenue du secret des affaires « si vaste que n’importe quelle information interne à une entreprise peut désormais être classée dans cette catégorie », et les dérogations « trop faibles pour garantir l’exercice des libertés fondamentales » et de nature à ouvrir une voie royale aux procédures dites baillons (consistant à multiplier les poursuites, ou simplement à menacer de le faire, pour intimider ou décourager) à l’encontre de la presse,  voire à provoquer « l’autocensure dans les rédactions. Car même si les médias obtiennent gain de cause, le seul coût des procès est dissuasif, tant la dissension économique entre les parties est importante » (Maître B. Adler, La Croix 21 juin 2018) après la loi fake news, qui permet à un candidat, aux partis, ou à des associations citoyennes de faire retirer des fausses nouvelles sur les réseaux sociaux en période d’élection (on pourra bientôt juger sur pièces de l’usage qui en sera fait) – de récentes déclarations du Président de la République ont contribué à la glaciation des relations presse-pouvoir (et peut-être même au-delà).

« Comment recrédibiliser les médias et faire la part du vrai et du faux ? Emmanuel Macron y réfléchit et invite la presse à faire de même. « Le bien public, c’est l’information. Et peut-être que c’est ce que l’État doit financer », dit-il, dans une réflexion à voix haute. Le bien public, c’est l’information sur BFM, sur LCI, sur TF1, et partout. Il faut s’assurer qu’elle est neutre, financer des structures qui assurent la neutralité. Que pour cette part-là, la vérification de l’information, il y ait une forme de subvention publique assumée, avec des garants qui soient des journalistes. Cette rémunération doit être dénouée de tout intérêt. Mais quelque part, cela doit aussi venir de la profession.  » (Le point 5 février 2019).

Difficile de s’y retrouver dans ce gloubiboulga mais on sent vaguement qu’il ne s’agit pas de pluralisme. Qu’entend-t-il par là ? Une sorte de retour aux bonnes vieilles années ORTF d’Alain Peyrefitte ? Où le nouveau monde macronien ne diffèrerait décidement de l’ancien que par l’arsenal technique.

La France serait-elle en train de virer en démocrature ?

Pour l’heure, les deux évènements conjugués – la perquisition et le projet de loi « anticasseurs » – me font penser aux années Marcellin.

Médiapart devrait se méfier des plombiers.

En attendant, à l’instar de certains de leurs devanciers socialistes sous la législature précédente, les députés « frondeurs » LREM  se sont  simplement abstenus de voter le circonstanciel projet de loi anticasseurs qui ne risque pas de sortir allégé de son passage au Sénat.

Alors, je repense à ce petit livre de Simone Weil : https://www.editions-allia.com/fr/livre/774/note-sur-la-suppression-generale-des-partis-politiques

(1) pour les jeunes (en gros) : Gorge profonde est le surnom donné par les journalistes du Washington Post à leur informateur dans ce qui allait devenir le scandale du Watergate, une affaire d’espionnage qui aboutit, en 1974, à la démission de Richard Nixon, alors président des États-Unis.

PS : Sur le front médiatique, le bateleur en chef en bras de chemise, pâle imitation de Barak Obama, et ses troupes font (et battent la) campagne sous couvert de grand débat national. Dans un monde télévisuel doté d’un peu de déontologie, il ne devrait rester à LREM, en période électorale européenne, que de larges plages de silence.

J-2

Vue aérienne de la ville du Cap

Voilà ce qui m’attend du moins en première semaine…

Trois jours pour penser à mon baluchon. A la veille de partir, je n’aurai, comme d’habitude, plus envie de bouger : les aéroports, les formalités, les contrôles, le voyage recroquevillé en classe économique …

Pourtant je ne suis pas fâchée de quitter le bruit et la fureur médiatique de ces derniers jours. Dans les commentaires sur le site du Monde, ou de Mediapart, on s’invective, on s’insulte, parfois ouvertement, lorsque le webmaster est peu regardant. Plus de 3000 commentaires sous un article de Médiapart, plus insinuant qu’étayé, ont poussé la rédaction plénelienne à sortir du bois pour « expliquer » son traitement de la geste mélenchonienne. Tentative qui, en l’absence de tout contradicteur extérieur, n’a pas convaincu nombre de spectateurs et un lectorat comportant, et c’est assez amusant, nombre de sympathisants, très actifs dans les commentaires, de la France Insoumise.

Quelle trace restera-t-il de cette effervescence à mon retour ? Sans doute pas grand chose à la Une, mais les fractures seront restées dans les têtes et, autre bizarrerie, c’est une élection qui n’intéresse plus grand monde depuis un certain temps qui risque de remettre un jeton dans le bazar : les élections européennes.

Mais revenons chez nous. Pour E. Todd, les élections françaises sont devenues une vaste blague depuis que la France est dans l’Euro. A partir du moment où l’on se trouve dans un système monétaire unique et qu’on n’est pas la puissance dominante, dit-il, l’Etat perd sa réalité. Le pouvoir du Président français, en matière de politique économique, en particulier, est réduit, à ses yeux à des actions très à la marge (ce que je ne suis pas loin de penser). Ce que P. Mendès-France pressentait déjà dès 1957, sur un mode moins provocateur :

« Mes chers collègues, il m’est arrivé souvent de recommander plus de rigueur dans notre gestion économique. Mais je ne suis pas résigné, je vous l’avoue, à en faire juge un aréopage européen dans lequel règne un esprit qui est loin d’être le nôtre.

Sur ce point, je mets le gouvernement en garde : nous ne pouvons pas nous laisser dépouiller de notre liberté de décision dans des matières qui touchent d’aussi près notre conception même du progrès et de la justice sociale ; les suites peuvent en être trop graves du point de vue social comme du point de vue politique.

Prenons-y bien garde aussi : le mécanisme une fois mis en marche, nous ne pourrons plus l’arrêter. »

La commission européenne vient de rejeter le budget italien. Le Gouvernement transalpin choisira-t-il le bras de fer ou le bras d’honneur ? Vous me direz, c’est plus difficile que de mettre le nez de  l’Union (sic) européenne dans ses lâchetés migratoires en fermant ses ports. Mais tout de même …

Sur cette question, je vous laisse. Ce blog prend ses quartiers … d’été tardif.

Banksy et Beauvau

Banksy

Intéressant article de Romaric Godin sur Médiapart à propos de ce mystérieux artiste qui sème son art sur les murs des villes et dont le dernier coup d’éclat est la destruction partielle de son œuvre, « La jeune fille au ballon », quelques minutes après son adjudication pour 860 000 livres sterling chez le célèbre groupe londonien Sotheby’s.

Banksy aurait revendiqué l’affaire dans une vidéo montrant qu’il avait intégré dans le cadre une broyeuse « au cas où l’œuvre soit vendue aux enchères ».

Selon le journaliste, la fonction de l’acte de Banksy était claire : montrer la supériorité de l’acte créateur sur l’acte marchand ; l’un peut détruire la marchandise par choix, le second ne peut se le permettre. Mais l’artiste aurait perdu son pari car selon des experts la toile à moitié démolie vaudrait plus cher aujourd’hui. La destruction aurait donné un supplément de valeur à l’oeuvre.

« Banksy a créé de la valeur malgré lui et même à son corps défendant. Son acte de destruction de valeur, celui qui voulait annihiler le bien vendu pour annihiler l’intérêt de la transaction, a échoué parce que le processus de création de valeur ne réside plus aujourd’hui dans le seul processus d’échange. Le capitalisme moderne est beaucoup plus nihiliste que sa critique : il a acquis cette capacité de faire des millions avec rien ou presque rien. La négation de la marchandise devient elle-même marchandise. On peut même estimer que si la broyeuse avait achevé son œuvre, le prix de l’œuvre n’aurait encore fait qu’augmenter et que les lamelles de la toile auraient chacune valu les 860 000 livres de l’œuvre entière. », poursuit le journaliste. Hum …

Reste que cette  valorisation de la destruction – que l’on peut retrouver dans d’autres domaines que l’art, comme par exemple dans le changement climatique  avec la spéculation sur le marché des quotas de pollution – fait froid dans le dos car elle sous entend une envolée des cours consubstantielle au fonctionnement du capitalisme …jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien ni personne.

Beauvau

Ce qu’il y a de bien avec certains textes classiques c’est qu’il sont toujours actuels et peuvent se recycler facilement. Merci Samuel  Beckett !

G. Collomb. – Toi aussi, tu dois être contente, au fond, avoue-le.

Lyon. – Contente de quoi ?

G. Collomb. – De m’avoir retrouvé.

Lyon – Tu crois ?

G. Collomb – Dis-le, même si ce n’est pas vrai.

Lyon. – Qu’est-ce que je dois dire ?

G. Collomb. – Dis, Je suis contente.

Lyon. – Je suis contente.

G. Collomb. – Moi aussi.

Lyon. – Moi aussi.

G. Collomb. – Nous sommes contents.

Lyon.  – Nous sommes contents. (Silence) Qu’est-ce qu’on fait, maintenant qu’on est content ?

G. Collomb – On attend Beauvau … enfin le nouveau.

Lyon. – C’est vrai. Mais il n’a pas l’air facile à trouver.

G. Collomb – On dirait.

(Il sourit)

 

et pendant ce temps là le ciel se ferme au Brésil…

 

 

Dis moi qui tu lis ou regarde et je te dirai…

Je suis socio sur Le Média, comme je suis abonnée à Ebdo, Politis, Golias, Télérama, Courrier international, à Là bas si j’y suis, Médiapart, Arrêt sur images, Tenk, le journal le 1 et à Pratiques, les cahiers de la médecine utopique, publication qui mérite  franchement qu’on s’y intéresse. Je suis aussi une lectrice hebdomadaire du Canard enchaîné. Mon blog est hébergé par Le Monde, que je consulte, donc, et je lis aussi, à l’occasion, des journaux en langue anglaise ou espagnole (The Economist, The Guardian, the NYT, El Pais, par exemple), parce que mes connaissances linguistiques me permettent de le faire (et cela les entretient un peu aussi) et parce que toute réflexion qui prend un autre angle que celui de nos médias hexagonaux  vaut le coup qu’on s’y intéresse. Voilà mon profil médiatique.

Pourquoi j’attaque là-dessus ? Parce que, sur un site que j’apprécie (« arrêt sur images ») le « Le Média bashing » est devenu depuis quelque temps (pas tous les jours mais relativement souvent) un exercice matinal de la part de son fondateur, D. Schneidermann. C’est proprement lassant : vie des équipes, invités, tout y passe … Et si on s’amusait à fouiller ses  propres cartons ? Se situer dans une telle perspective est totalement vain.

Le Média, « téléFrance insoumise » rabâche-t-on :  je n’y ai pourtant pas vu que des mélenchonistes brevetés. En face, combien d’émissions, de chaines, de documentaires, atteints de macronolâtrie aiguë ? Appellera–t-on désormais « téléLREM » la Chaine Parlementaire dont le nouveau Président n’est autre que l’auteur de documentaires plutôt hagiographiques sur E. Macron ?

Je ne suis pas socio béate et n’aime pas tout ce que je vois sur Le Média, comme je n’aime pas tout  ce que je lis ou vois ailleurs. Mais il y a des choses instructives qui méritent  d’être écoutées ( « l’entretien libre », « vraiment politique », « les sujets qui fâchent », par exemple). Je ne suis pas encore convaincue par le modèle,  ni par celui d’Ebdo (créé à peu près en même temps et qui a, lui aussi, essuyé une bordée de critiques assez violentes de confrères suite à un article sur N. Hulot)  mais quitter le navire au bout de quelque mois, non. Installer un ton demande du temps, des années si l’on s’en tient au modèle Médiapart. Si j’avais attendu du retour sur investissement rapide,  j’aurais acheté des actions LVMH  au lieu de m’intéresser à ce secteur si fragile :  l’information.

Tout ce petit monde en marge  de la presse industrielle vit, survit parfois, grâce à ses lecteurs et ses contributeurs. Alors, voir, qu’à fleurets à peine mouchetés, ça s’invective entre médias participatifs sous l’oeil de titres mainstream qui  s’en régalent (voire plus) et que de « courageux » soutiens publics  ( N. Mamère, pour ne citer que le plus visible ) se tirent à la première polémique, c’est triste. Vous pensez que je suis d’une crédulité totale. Peut-être, peut-être pas. L’époque est à la sur-réaction et pas au débat.  La pensée comme la critique  se « choralisent » , les éléments de langage étant loin d’être les seuls apanages des politiques. C’est déprimant.

PS qui n’a rien à voir : « Menace de grève à la SNCF, le Gouvernement appelle au dialogue », titre l’agence de presse Reuters. C’est fort tout de même quand on s’apprête à légiférer par ordonnances. La « concertation » (puisque le mot négociation a disparu des radars) autour de la réforme du Code du travail, ou plus récemment la formation professionnelle où les syndicats se sont sentis « baladés », a laissé des traces sur la nature du « dialogue » au sens macronien. Pour l’heure, en attendant cette possible grève, l’usager est déjà l' »otage » de tous les discours des porteurs de cette réforme dont on se demande d’ailleurs s’il en tirera bénéfice. L’exemple du rail anglais n’est pas très encourageant.

 

 

Picrocholisme franchouillard ?

Et l’affaire Ramadan détrôna, dans nos colonnes hexagonales, l’affaire Weinstein. Sur fond d’accusation de viol et de harcèlement ressurgirent des querelles rances. E. Plenel a-t-il, par ses propos, véritablement condamné à mort une deuxième fois Charlie Hebdo ? A-t-il été d’une indulgence coupable envers ledit Ramadan, voire complice de ses manipulations intellectuelles ? Et Médiapart, dans son ensemble, s’est -il aussi montré complaisant en ne sortant une enquête sur le sujet des violences ramadiennes qu’au bout de presque 3 semaines ? Riss et Fabrice Nicolino ne vont-ils pas trop loin dans l’accusation ? N’y-a-t-il pas quelque risque pour Charlie de « surfer » sur le 7 janvier 2015  (aïe, aïe, je vais me faire insulter là) ?

« Je suis Charlie » contre « je suis Médiapart », chacun se compte et, pour ajouter à la confusion, notre matador national ex-premier, avec la finesse qu’on lui connait, appuyant le premier contre le second, d’éructer « « Je veux qu’ils reculent, je veux qu’ils rendent gorge, je veux qu’ils soient écartés du débat public ! Qu’ils perdent cette bataille d’idées ! Nous la menons pour la République et je la mène pour les musulmans de France. Parce que c’est nous qui les protégeons. C’est pas Edwy Plenel et ses sbires ».

Abus sexuels, islamisme, islamophobie, islamo-facisme, laïcité de combat, valeurs républicaines …on ne débat plus, on s’invective sans fond ni fin.

Je n’ai rien lu ni entendu de Tariq Ramadan, je suis donc mal placée pour en dire quoi que ce soit (ne jamais m’être intéressée au personnage est sans doute le signe d’une grande légèreté de ma part). Mais cette guéguerre qui surprend quand elle ne consterne pas nos voisins  européens a de quoi énerver.

Quand le sage désigne la Lune, l’idiot regarde le doigt

Pendant que certains décortiquent méthodiquement le détricotage social sans précédent qui s’effectue dans les silences dorés des ministères, les Unes ciblent cette vaine rivalité politico-médiatique. Ce qui nous vaut, dans les commentaires, des rapprochements parfois drôles. Ainsi, notre ex-premier ministre est-il qualifié de nouveau Clémenceau ou comparé à Mendès (les pauvres).  Et pourquoi pas mère Téresa ? Son « zénitihisme » de la pensée étroit et désespérément binaire me ferait plutôt pencher pour Ceaucescu …mais je suis mal lunée à son égard.

Et quoi d’autre pendant ce temps là ?

On recule sur à peu près tout, le climat, le nucléaire, le glyphosate, la santé, le Proche -Orient, que sais-je encore … La Russie a-t-elle faussé nos élections ? Où en est la démocratie ? Faut-il « penser printemps » ? Rabelais était-il de gauche ou de lui-même ? Faut-il  dormir avec la barbe sur ou sous le drap  ?  porter la moustache en brosse ou en guidon de vélo ? Les dahus ont-il quatre ou cinq pattes ? Raquel Garrido a-t-elle eu raison de choisir C8 ? Est-il vrai qu’au minstère de l’intérieur on appelle G. Colomb « son altesse sénilissime » ?

Le futile – comme si pour chasser le spleen, on avait besoin de se gausser ou se fritter – gagne souvent la partie en Une. Journalisme ou buzz ? En est-on vraiment dans cette équation là ?

Et toi que fais-tu d’autre avec ce billet ?

Bonne question à laquelle je ne répondrai pas. Je vous laisse  construire votre réponse  tous seuls. Puisque nous sommes aussi à l’heure des kits en tous genres.

 

 

Jours d’après

Il nous faut changer d’imaginaire politique, écrit Christian Salmon sur Médiapart. Mais quel imaginaire ? Si le défi du terrorisme est de l’ordre de la narration, quelle « meilleure histoire » opposer à ceux qui partent et reviennent du moyen-orient ou à ceux qui, sans quitter notre sol, face à leur écran, se sentent, peu à peu, « appelés » par la saga daeshienne ?

A s’en tenir aux participations aux scrutins électoraux, en particulier européens, on réalise à quel point le politique, ici, n’a plus grand chose à raconter au citoyen.

Notre Président aime le mot pacte qu’il assaisonne à toutes les sauces en oubliant qu’il a manqué dès les premiers mois de sa présidence au premier d’entre eux : sa parole.

Il est alors facile de considérer qu’il n’y a rien à attendre d’une parole devenue simplement verbale, du discours pour discourir, de la posture pour « posturer », de la com’ pour occuper le chaland.

Quand le récit politique se construit largement de manière endogamique (mêmes études, mêmes cercles, même porosité intellectuelle), il ne s’agit plus de changer d’imaginaire mais d’en reconstruire un.  Le politique se vend comme la lessive. Se souvenir du moment Ségolène : « et si c’était-elle ? » titrait le nouvel obs. Où avait-il été la pêcher ? On l’a eu mais ce ne fut pas elle. Depuis, ces « constructions journalistiques » , dont la citoyenne basique que je suis ne sait d’où elles partent, sont devenues une sorte de must, reprises de manière moutonnière par « lémédias », à quelques exceptions près. Obsolète le Valls. Voici le Macron. Jeune, actif, détergent, surtout sur la législation sociale.

Bien joli, me direz-vous, mais quel récit ? Je n’en sais rien, engoncée, moi aussi, dans ce brouet là. Je lis ici et là, des articles d’ici et d’ailleurs, comme certains se goinfrent, pour essayer, sans y parvenir pour l’instant, de réaliser quelque chose d’articulé.

Je repense à Germaine Tillion qui semblait toujours savoir où se tenir, à Pierre Mendès-France, dont la voix précise me disait que je n’étais pas une voix à conquérir mais à entendre. Je me dis que je suis bien française à vouloir trouver la personne ou la geste providentielle. Et que ce que j’écris là est sans doute assez vain.

Le vain courage de la colère quand on ne sait pas quoi faire. Mais quand on sent que les réponses qui se profilent ne sont pas les bonnes.

« La démocratie ne consiste pas à mettre épisodiquement un bulletin dans une urne, à déléguer les pouvoirs à un ou plusieurs élus puis à se désintéresser, s’abstenir, se taire pendant cinq ans. Elle est action continuelle du citoyen non seulement sur les affaires de l’Etat, mais sur celles de la région, de la commune, de la coopérative, de l’association, de la profession. Si cette présence vigilante ne se fait pas sentir, les gouvernements (quels que soient les principes dont ils se recommandent), les corps organisés, les fonctionnaires, les élus, en butte aux pressions de toute sorte de groupes, sont abandonnés à leur propre faiblesse et cèdent bientôt, soit aux tentations de l’arbitraire, soit à la routine et aux droits acquis … La démocratie n’est efficace que si elle existe partout et en tout temps. » P. Mendès- France.

Démarrer par ça ?

intermède

 

A l’heure où des photos d’un petit dormeur du sable, pour reprendre le beau titre du billet de blog de Mouloud Akkouche sur Mediapart, font la une des journaux, desillant une opinion publique engourdie.

A l’heure où, appuyant, avec un conformisme exténuant, un plan de com’ bien orchestré, la presse nous bassine sur l’illisibilité du Code du travail tandis que nul, hormis Pierre Joxe, ne s’avise que « la législation fiscale est infiniment plus lourde et plus complexe, plus compliquée, plus changeante et plus illisible encore que le Code du travail » ( illisibilité, d’ailleurs, qui n’a d’égale que celle de nombre d’accords collectifs : au fait, « le travail et la loi » : combien d’exemplaires vendus ?). A l’heure où la pensée « sociale » se réduit au macronisme énamouré et au vallsisme déshydraté.

A l’heure où les médias se bollorisent, se drahisent, se bergénielpigassesisent, où l’on se demande si l’impertinence n’est pas condamnée à se réfugier dans les coins du net (mais lesquels?) … à moins qu’elle ne revienne au fanzine.

A l’heure où l’on s’indigne de destructions orientales, oubliant au passage notre responsabilité dans la naissance voire l’entretien des conflits qui les ont générées.

A l’heure où l’on évite de s’interroger sur nos rétrécissements hexagonaux, notre identité usurpée de « patriedesdroitsdel’homme ».

A  l’heure de la pensée unanimiste, émotive et volatile.

A l’heure où l’on est en droit de se sentir atterré par ce déferlement de violence et d’eau tiède, par cette barbarie  en somme, il peut sembler futile de mettre en ligne cette petite vidéo d’un homme heureux …et libre. Libre au point de s’amuser malicieusement de son propre rôle. Ostensiblement ses mains se taisent et seul son visage s’exprime à l’abri du public. Mais la vidéo ne permet pas de savoir si les musiciens de l’orchestre se sont vraiment réglés sur ces sourcils levés, ces lèvres tour à tour gourmandes, impérieuses, moqueuses, sur ces sourires plissés. Peut-être fallait-il sa stature pour oser ce quasi effacement ? Peut-être. Les temps légers n’existent pas. Les moments si, parfois. Alors en cadeau, celui-ci.