La République c’est qui ?

On a beaucoup glosé et rigolé sur les mots de Mélenchon « La République c’est moi ».

Mais ceux-là, plus insidieux (déroulés sur un tarmac avec en fond sonore un avion faisant tourner ses moteurs …on appréciera le virage écologiste), mériteraient un sort semblable

« Aucune voix ne doit manquer à la République » (on passera aussi sur l’adaptation opportuniste d’une formule de JL Mélenchon à l’issue du premier tour des élections présidentielles).

Que comprendre, sinon, ce qui se distille dans ces éléments de langage gouvernementaux – après les « errements extrémistes Bornés » – , à savoir qu’il y aurait au sein des candidats NUPES qualifiés pour le second tour des législatives et en lice contre Ensemble (voire contre le RN) des candidats fréquentables (PC, PS, EELV) et des horreurs (LFI) (le fameux « au cas par cas » sorti du chapeau après des « extrêmes » indistincts) ?

Tout ça après avoir dragué de manière éhontée l’électorat mélenchoniste au second tour des présidentielles pour se faire réélire.

https://www.huffingtonpost.fr/entry/richard-ferrand-ne-celebre-plus-ses-valeurs-communes-avec-melenchon_fr_6278df90e4b00fbab630a22c

La danse du ventre du second tour des présidentielles n’a pas pris chez moi ni dans mon entourage (pas plus qu’en 2017). Et je ne serais pas fâchée que le cynisme de cet homme soit justement récompensé par un franc dégagement. Mais les chances sont minces.

Et l’on s’étonne, face à ce pragmatisme sans âme (et sans doute aussi au fait que l’inversion du calendrier des élections a grandement participé à l’invisibilisation de l’importance des élections législatives), du niveau de l’abstention en particulier chez les jeunes.

Le vieux lion (j’en connais déjà un qui rigole) Mélenchon ne sera pas premier ministre mais on peut lui reconnaître d’avoir relancé une certaine dynamique à gauche. Que durera-t-elle ? Je ne sais. Les « je t’aime moi non plus Rousselliens » ne me disent rien qui vaille. Les coalitions comptent toujours des planches pourries. Et chez Ensemble, je me méfierais d’Horizons.

Bref, si Renaissance n’obtient pas sa majorité absolue, le prochain quinquennat risque d’être rock and roll à moins que Jupiter ne décide de dissoudre ce qui ne lui convient pas. Pari risqué.

En attendant ici, on crame

Dessin posté sur twitter par le reporter Loup Espagilière

Vote utile

« Un président sans permis de conduire peut-il conduire le pays ? » demande Léa Salamé à Jean-Luc Mélenchon.

On se pince.

A quoi on pourrait répondre : une journaliste à la déontologie discutée peut-elle « conduire » une émission politique sur le service public ? Lire ici (allez à la conclusion c’est plus économique)

Tout cela est assez nul et dans le contexte actuel on aurait aimé plus sérieux. Mais voilà, pour le consistant il faut lire et voir ailleurs.

Mais revenons à nos moutons. Voter utile. La cartographie est telle que la maxime « au premier tour on choisit, au deuxième on élimine » ne semble pas pouvoir fonctionner cette fois ci …à moins d’un gros coefficient de masochisme.

Curieuse « campagne » en vérité où l’on passe plus de temps à s’écharper dans chaque camp à l’heure où la pandémie, les soubresauts climatiques, la guerre enfin devraient au minimum nous amener (candidats compris) à nous interroger sur notre choix sociétal à venir. Au risque de la ringardise « citationnelle » absolue, je me référerai à ce propos attribué à Geronimo :  » Quand le dernier arbre aura été abattu, le dernier poisson pêché et la dernière rivière polluée ; quand respirer l’air sera écœurant, vous vous rendrez compte, trop tard, que la richesse n’est pas dans les comptes bancaires et que l’argent ne se mange pas ». Mais voilà, tandis que l’argent circule au-dessus de nos têtes, les idées se momifient sur des thématiques détestables.

Pour l’heure, Jupiter évite la confrontation, pioche plus ou moins dans les propositions des uns et des autres, son « en même temps » retrouvé : amusant notamment de le voir parler de planification écologique, lui qui a méticuleusement torpillé la convention citoyenne sur le climat qu’il avait contribué à mettre en place, consternant de le voir reprendre cette idée de subordonner le versement de RSA à 20 heures de travail hebdomadaire … soit l’équivalent d’un poste à temps partiel qui serait, dès lors, payé largement au-dessous du Smic alors que parallèlement on accorde des milliards sans contrepartie aux entreprises dans l’espoir de les voir investir …ce qui reste largement à vérifier. L’oiseau semble avoir pris conscience du signe « et de droite et de droite » et un rétropédalage style « ma pensée est plus complexe que cela » est en route. Mais un certain mal s’est déjà imprimé.

Jupiter, donc, évite les débats, les vrais, ceux où l’on se frotte et se confronte, mais les « affaires » le rattrapent, Mac Kinsey bien sûr ou plus exactement le recours dispendieux à des cabinets de conseil privé pour définir la politique hexagonale au motif, entre autres, que ces officines disposeraient d’une expertise et d’une réactivité dont l’administration française serait dépourvue (a-t-on audité la chose ? et qui 🙂 ?), recours qu’il justifie, non sans fébrilité, ou encore ce petit caillou-ci, peu relayé encore mais qui sait ce que les 10 jours qui nous attendent nous réservent :

« L’introuvable campagne » titre Médiapart. « Introuvable » est-il le bon adjectif ? Ou plutôt l’introuvable ne s’appliquerait-il pas plutôt à l’électeur ?

On se focalise sur les présidentielles (effet désastreux de l’inversion du calendrier des élections sous Jospin). On a tort. Pour moi, les législatives à suivre sont peut-être plus importantes. La dernière législature, en particulier à l’Assemblée nationale où l’on a vu un groupe de godillots voter tout et n’importe quoi dans des conditions de timing invraisemblables, a été lamentable, une caricature de représentation à l’exception de quelques députés -dont je garderai les noms pour moi- d’opposition, de gauche (pas seulement Insoumis) comme de droite ou centre droit et même, à l’occasion, certains égarés LREM.

Rempiler avec ça – des débats souvent médiocres réduits à l’os avec la complicité d’un arrogant perchoir ferrandien- serait désastreux. De quoi faire déserter plus encore le citoyen des urnes.

A Léa Salamé, Jean Luc Mélenchon a répondu que la France n’était pas une voiture. Ce n’est pas non plus une start-up, ni une entreprise pas plus que l’hôpital ou l’éducation. Cette conception privatiste et communicationnelle de ce qui devrait être des « Communs » est mortifère. La survenance du ou de la Covid, devant la(le)quel(le) nous nous sommes retrouvés complètement à poil, a suscité de brefs espoirs aujourd’hui oubliés. Ah ! ce beau « quoi qu’il en coûte »… en définitive pas mutualisé pour deux sous.

Au seuil du premier tour, le 10 avril qui écrira à l’instar de Louis le seizième « Aujourd’hui, rien » ?

PS : pour ceux qui ont accès à Courrier international, je conseille vivement la rubrique « sacrés français ».

To go or not to go …

https://images.bfmtv.com/QekjbevMhkmolup5Xw2rAH7Ual0=/0x0:1920x1080/1920x0/images/Jean-Luc-Melenchon-et-Eric-Zemmour-debattent-sur-BFMTV-le-jeudi-23-septembre-2021-1133327.jpg

Fallait-il débattre avec Eric Zemmour à la télé ou non ? La question est vieille comme celle de débattre avec l’extrême droite. Certains s’y sont aventurés (Lajoinie en 1987 puis Tapie en 1989 contre Le Pen père). Mais la majorité des politiques s’en abstint.

Pourquoi Jean-Luc Mélenchon s’y est-il collé ?

« Parce que les. journalistes.n’ont.pas.fait.leur.boulot. Point. Ils étaient en première ligne pour nettoyer la merde répandue dans les oreilles des gens, ils ont préféré l’étaler partout », fait remarquer cet abonné au site « arrêt sur image ». Ce qui n’est pas totalement faux. A quoi un autre abonné sur le même site lui fait remarquer que, ce faisant, ce débat a peut-être ouvert une longue plage d’expression à JLM qui ne bénéficierait que rarement d’un accès à de tels temps de parole.

C’est possible. A vérifier.

https://medium.com/d%C3%A9penser-repenser/il-ne-faut-jamais-d%C3%A9battre-avec-lextr%C3%AAme-droite-f793840f65b5

Ce blogueur qui a un avis argumenté sur la question (il ne faut pas y aller) y mettait un bémol s’agissant de JLM : « Mon texte concernait un débat, qui n’avait d’ailleurs pas eu lieu, entre le rappeur Booba et l’éditorialiste Jean Messiha. Cette fois nous avons affaire au porte-parole d’un groupe politique et à un presque-candidat. Mélenchon est capable de maîtriser son ethos et sa posture. Et comme la mécanique d’audience est en ce moment en sa défaveur, il peut profiter de ce débat pour mettre la lumière sur lui. Le problème, ce n’est pas Mélenchon, ce sont les médias qui font de la pub gratuite à un candidat fascisant (La rhétorique zemmourienne va guider le débat, article sur le site ASI 21 septembre 2021) ».

Ce qui nous ramène peu ou prou à l’échange précédent.

Olivier Tonneau, enseignant-chercheur à l’Université de Cambridge et membre de la France Insoumise (mais qui en 2017 avouait que voter Macron au second tour ne lui posait pas de problème particulier), penche lui aussi pour un oui au débat pour les raisons suivantes :

“On ne discute pas avec l’extrême-droite, on la combat. Cette phrase est devenue un cliché qui, comme tous les clichés, n’a plus de sens. La preuve: on la trouve dans la bouche d’un maire LR, Alexandre Vincendet, du chiraquien Hugues Renson, bref de tout le monde: un tour sur Google vous le confirmera.

Pour donner sens au cliché, il faut en définir les termes. Clémentine Autain s’exprimait plus précisément dans Libé: “On ne négocie pas”, disait-elle, avec l’extrême-droite. Discuter ne signifie donc pas “parler” mais entrer en pourparlers, chercher un compromis – se compromettre.

Il y a longtemps, on pouvait considérer que parler, c’était déjà céder du terrain puisque c’était donner une place à l’extrême-droite dans le cercle de la raison (ou de la République). Cette bataille-là est évidemment perdue depuis longtemps. Alors aujourd’hui, la parole est-elle l’un des terrains sur lequel il faut affronter l’extrême-droite droite? Je crois que oui ; combat à mener tout en continuant d’affirmer qu’on n’aurait jamais dû s’y trouver contraint, donc en désignant également comme ennemis ceux qui ont introduit le loup dans la bergerie, à savoir les médias. La stratégie de confrontation avec l’appareil médiatique est donc une dimension indispensable de la lutte contre l’extrême-droite.

Sinon parler, que signifie combattre? J’avoue que je n’ai pas trouvé de réponse dans les posts de ceux qui reprochent à Mélenchon de débattre avec Zemmour. Je suis curieux qu’on m’en donne. En attendant, à défaut de mieux, je me dirai que débattre est la moins mauvaise façon de combattre… ».

Quoique, pour ce qui est de la télé … Les dispositifs mis en place pour ce genre de joute sont souvent tels que la petite phrase ou la « punchline » ( exemple : « le monopole du cœur » giscardien ou « l’homme du passif » mitterrandien 7 ans plus tard, ou encore le « je vous trouve un peu molle » de Darmanin adressé à Marine Le Pen voire l’anaphore hollandienne face à Sarkozy ) importent presque plus que le fond. Elles semblent même constituer le graal de l’exercice. Le petit « point » marqué dont, par médias interposés, on se souviendra. Et puis, il y a la posture, la posture, analysée, décortiquée, dépecée. D’où ce troisième élément de plus en plus omniprésent : le plateau.

Les chaînes ont essayé divers formats au fil du temps -incluant invité surprise, public, vérification des assertions des uns ou des autres (fact-chacking), pluralité de journalistes (dont les différences de sensibilité ne sont pas toujours évidentes), des tables, rondes, ovales, triangulaires, carrées, des pupitres, que sais-je ? – mais l’impression que j’en retire est toujours la même. Beaucoup de bruit pour rien (ou presque).

Bien entendu, ce matin (lendemain du débat litigieux) les unes ont des allures de résultats sportifs : « selon vous qui a gagné ? » Question sans aucun intérêt puisque chacun aura vu son champion à sa porte.

A cette question s’ajoute celle relative aux audiences qui « spéctacularise » encore plus l’évènement : « quel score pour «Élysée 2022» (avec Valérie Pécresse et Darmanin) face au débat Mélenchon-Zemmour sur BFMTV ? », pour ne parler que des émissions d’hier. Selon Le Figaro, « pour la Deux, c’est un échec avec seulement 1 million de téléspectateurs intéressés, soit 5,1% de part d’audience (PDA). La chaîne du service public est sixième dans le tableau Médiametrie des audiences, derrière TMC et Camping 3 (un film). En revanche, pour BFMTV, c’est un carton avec plus de 3,8 millions de téléspectateurs en moyenne (18,7% de PDA). Une audience qui place la chaîne d’information en tête des audiences de la soirée, toutes chaînes confondues ».

Où l’on se retrouve alors, avec- étage supplémentaire- la problématique du « bon client » télévisuel susceptible d’attraire le téléspectateur, la bonne affiche en quelque sorte. Le trublion Eric Zemmour, avec ou sans son comparse Eric Naulleau, a émergé comme tel et son exposition médiatique, sans contradicteur sérieux, ces dernières années, l’a consacré dans ce rôle. Sans cette dernière (l’exposition médiatique), le débat aurait-il eu lieu ? Pas sûr.

« Débattre est la moins mauvaise façon de combattre », et « combattre c’est parler »… je me dis souvent en regardant les extraits de ces émissions sur youtube : ici on ne parle pas véritablement, on joue ( ce qui, à vrai dire, est également une forme de combat). On peut apprécier ce type de jeu pour ce qu’il est : du théâtre. Et s’en tenir là sans être dupe. Ou passer son tour, ce que j’ai fait.

La réflexion se nourrit d’autres choses. D’où l’utilité de lire, écouter, voir… ailleurs.

Un ailleurs démultiplié par la toile, ce qui n’arrange pas forcément les choses pour l’individu.

« Si tous ceux qui croient avoir raison n’avaient pas tort, la vérité ne serait pas loin » (P. Dac). Vous avez 4 heures.

J-2

Vue aérienne de la ville du Cap

Voilà ce qui m’attend du moins en première semaine…

Trois jours pour penser à mon baluchon. A la veille de partir, je n’aurai, comme d’habitude, plus envie de bouger : les aéroports, les formalités, les contrôles, le voyage recroquevillé en classe économique …

Pourtant je ne suis pas fâchée de quitter le bruit et la fureur médiatique de ces derniers jours. Dans les commentaires sur le site du Monde, ou de Mediapart, on s’invective, on s’insulte, parfois ouvertement, lorsque le webmaster est peu regardant. Plus de 3000 commentaires sous un article de Médiapart, plus insinuant qu’étayé, ont poussé la rédaction plénelienne à sortir du bois pour « expliquer » son traitement de la geste mélenchonienne. Tentative qui, en l’absence de tout contradicteur extérieur, n’a pas convaincu nombre de spectateurs et un lectorat comportant, et c’est assez amusant, nombre de sympathisants, très actifs dans les commentaires, de la France Insoumise.

Quelle trace restera-t-il de cette effervescence à mon retour ? Sans doute pas grand chose à la Une, mais les fractures seront restées dans les têtes et, autre bizarrerie, c’est une élection qui n’intéresse plus grand monde depuis un certain temps qui risque de remettre un jeton dans le bazar : les élections européennes.

Mais revenons chez nous. Pour E. Todd, les élections françaises sont devenues une vaste blague depuis que la France est dans l’Euro. A partir du moment où l’on se trouve dans un système monétaire unique et qu’on n’est pas la puissance dominante, dit-il, l’Etat perd sa réalité. Le pouvoir du Président français, en matière de politique économique, en particulier, est réduit, à ses yeux à des actions très à la marge (ce que je ne suis pas loin de penser). Ce que P. Mendès-France pressentait déjà dès 1957, sur un mode moins provocateur :

« Mes chers collègues, il m’est arrivé souvent de recommander plus de rigueur dans notre gestion économique. Mais je ne suis pas résigné, je vous l’avoue, à en faire juge un aréopage européen dans lequel règne un esprit qui est loin d’être le nôtre.

Sur ce point, je mets le gouvernement en garde : nous ne pouvons pas nous laisser dépouiller de notre liberté de décision dans des matières qui touchent d’aussi près notre conception même du progrès et de la justice sociale ; les suites peuvent en être trop graves du point de vue social comme du point de vue politique.

Prenons-y bien garde aussi : le mécanisme une fois mis en marche, nous ne pourrons plus l’arrêter. »

La commission européenne vient de rejeter le budget italien. Le Gouvernement transalpin choisira-t-il le bras de fer ou le bras d’honneur ? Vous me direz, c’est plus difficile que de mettre le nez de  l’Union (sic) européenne dans ses lâchetés migratoires en fermant ses ports. Mais tout de même …

Sur cette question, je vous laisse. Ce blog prend ses quartiers … d’été tardif.

Indignez-vous, disait-il

Dessin de Nawak

Je me souviens de ce petit opus de Stéphane Hessel paru en 2010. « Indignez-vous », nous engageait-il, partant de l’idée selon laquelle l’indignation est le ferment de l’« esprit de résistance ».

« Les raisons de s’indigner peuvent paraître aujourd’hui moins nettes ou le monde trop complexe. (…) Mais dans ce monde, il y a des choses insupportables. Pour le voir, il faut bien regarder, chercher. Je dis aux jeunes: cherchez un peu, vous allez trouver. La pire des attitudes est l’indifférence, dire ‘Je n’y peux rien, je me débrouille’. » , écrivait-il. Le traitement fait aux immigrés, aux sans-papiers, aux Roms, la « dictature internationale des marchés financiers » mettant en péril les démocraties, les écarts de richesse,  représentaient, entre autres choses,  à ses yeux, des motifs suffisants pour sortir d’une asthénie sociale qu’on peut encore observer aujourd’hui … sauf dans certains rangs.

L’actualité récente nous a, en effet, donné deux beaux exemples d’indignation  : celle de François Ruffin devant le refus du groupe LREM de débattre d’une proposition de loi (émanant du groupe les Républicains) visant à améliorer le statut des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) et des assistants de vie scolaire (AVS), puis celle de Jean-Luc Mélenchon face aux perquisitions dont lui et son groupe ont fait l’objet dans le cadre de deux enquêtes préliminaires : l’une concernant l’emploi d’attachés parlementaires, l’autre les comptes de la campagne présidentielle.

Leur point commun : un happening tonitruant propagé à grande vitesse par l’utilisation des réseaux sociaux. Mais avec des résultats contrastés.

Si la colère Ruffinienne dont toute la stratégie consiste, selon ses propres mots, à amener le  réel dans l’Assemblée, peut se rapprocher de l’injonction Hesselienne, celle de JL Mélenchon et de ses proches ne relève pas, à mon sens, de ce registre.

S’agissant de François Ruffin, certains députés En marche, devant une stigmatisation twittérienne pressante, ont fini par concéder qu’il aurait été plus intelligent de débattre au lieu de tenir pour vérité que la proposition de loi était inutile (ce que contestent un certain nombre d’associations s’occupant de ces questions, bien que critiques sur le texte proposé). Il y aura-t-il  une suite effective pour ces personnes mal reconnues et peu rémunérées ? A vérifier.

Pour Jean-Luc Mélenchon, il n’est pas sûr qu’il ne se soit pas tiré une balle dans le pied en politisant l’affaire comme il l’a fait, alimentant, au passage, la saga renouvelée de « ce type a tendance à perdre ses nerfs ». Sous-entendu  : mauvais point pour qui prétend à la magistrature suprême. Parce qu’au fond, l' »anomalie » est moins dans la perquisition elle-même (prévisible même si on ne pouvait en connaître la date et apparemment effectuée dans des conditions régulières) que dans le statut particulier de l’instance judiciaire ayant déclenché la mesure, à savoir le Parquet de Paris.

Les procureurs français sont-ils vraiment des magistrats ? Non, selon la Cour européenne des droits de l’homme. « Force est de constater que le procureur de la République n’est pas une autorité judiciaire, au sens que la jurisprudence de la Cour donne à cette notion… Il lui manque en particulier l’indépendance à l’égard du pouvoir exécutif pour pouvoir être ainsi qualifié. » Lire ce point de vue ici : https://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2009/05/21/les-procureurs-francais-sont-ils-vraiment-des-magistrats_1196324_3232.html?

On peut se demander s’il n’aurait pas été plus avisé de remettre sur le métier, avec plus de recul, la question de la nature de cette institution plutôt que de stigmatiser, à chaud, un de ses membres en particulier. La fureur et le bruit (illustrées, de plus, par des photos peu flatteuses) n’ont pas eu l’effet escompté, y compris dans le milieu judiciaire.

« Il faut répondre à Jean-Luc Mélenchon en disant que la classe politique n’est pas hors du jeu démocratique. On ne peut pas accepter que la classe politique crie systématiquement au complot politique, au cabinet noir lorsqu’elle est visée par une enquête, estime la secrétaire générale du syndicat de la magistrature  Laurence Blisson, sur France Info, peu soupçonnable d’être anti -FI. Mais il faut aussi répondre au gouvernement qui dit “indépendance de la justice” et qui par ailleurs refuse de faire une véritable réforme constitutionnelle, qui permettrait de couper le lien entre le ministère de la justice et les parquets, en prévoyant des modes de nomination des procureurs qui seraient absolument indépendants. ». Parce que le ver dans le fruit qui permet les raccourcis est là : le soupçon irréductible de soumission carriériste à l’endroit de personnes dans une subordination problématique.

Dans ce jeu de rôles politico-judiciaire, la vérité n’est jamais gagnante. Pour y voir plus véritablement clair, mieux vaut être pénaliste … ce que je ne suis pas. Par exemple est-il pertinent de comparer l’exquise perquise benallesque (dont le déroulé laisse pantois) à celle des bureaux de la France insoumise ? Information judiciaire d’un côté, enquête préliminaire de l’autre.  Qui diligente quoi ?  Et quels moyens offerts aux citoyens pour se défendre?  Là est la réponse. Vous me direz que j’ergote, mais je n’aime pas ce sentiment diffus et désagréable de théâtre électoral qui me suit depuis ces derniers jours venant de personnes dont je partage pourtant bon nombre d’idées.

D’où il résulte que l’indignation est un art au long cours, surtout à l’heure où l’émotion, l’humeur ou le réflexe souvent corporatistes l’emportent sur la réflexion et s’avèrent bien volatiles. Ce qui renforce l’actualité de l’adresse de S. Hessel.

PS : En attendant, la nomination du remplaçant de l’actuel Procureur de Paris, qui tarde par volonté jupitérienne, illustre à l’envie les propos de Laurence Blisson. On n’est loin d’être sortis de la confusion.

 

chef et couvre-chef

Elle arborait ce soir là un chapeau qui lui allait bien. Le trench, le chapeau, j’ai d’abord  pensé  à ça

casablanca

…  puis, malicieusement, à ça panthere-roseEnsuite, les idées dérivant comme elle savent dériver je me suis demandée, en cette période électorale :  est-il plus facile d’élire un couvre-chef qu’un chef ? Ou : de l’importance du couvre-chef dans l’élection … d’un chef.

La politique aime bien les chapeaux. Ceux que l’on porte

220px-georges_clemenceau15_02_1915-caillaux-photo-1911

et ceux que l’on fait porter (pas de photos car trop d’éligibles).

Certains deviennent emblématiques comme celui-ci : blum

qui peut revendiquer quelques imitateurs  :

le-chapeau-de-mitterrand-3846773melenchon

fabius-chapeausegolene

Mais force est de constater, de nos jours, un recul du galurin sur le front politique même si le melon se porte encore bien quoique de manière moins ostensible  (mais non sans une certaine ostentation).Unknown

Ces réminiscences chapelières me font penser à cette bonne vieille série des Shadoks et leurs « adversaires » : les gibis.gibis_ballons

La particularité de l’intelligence des Gibis est  d’être collective et de provenir de leurs chapeaux melons. Ces chapeaux sont « comme des téléphones, mais si perfectionnés qu’il n’y a même pas besoin de parler dedans» . Quand un Gibi réfléchissait à un problème difficile, la question transitait automatiquement dans tous les autres chapeaux, tous les Gibis se mettaient à réfléchir ensemble, et la solution était vite trouvée.

Nous sommes bien loin de ce degré de sophistication démocratique et arpenter les champs de l’intelligence collective contemporaine déborde largement le propos de ce modeste blog.

Pour l’heure, une sorte de malice collective s’ingénie plutôt à brouiller les cartes, déjouer les pronostics, dévoilant ainsi un monde proprement Shadokien.

planete_shadok2En témoignent quelques maximes de ces malheureux volatiles pas si éloignées des discours et réalités ambiants :

  • « Pour qu’il y ait le moins de mécontents possibles il faut toujours taper sur les mêmes. »
  • « Si la solution n’est pas adaptée à la situation, adaptez la situation à la solution »
  • « Quand on ne sait pas où l’on va, il faut y aller … et le plus vite possible »
  • « En essayant continuellement on finit par réussir. Donc : plus ça rate, plus on a de chance que ça marche. »

Quant au sourcilleux et surprenant vainqueur du premier tour des primaires de la droite (et du centre) et le non moins surprenant vainqueur au casque blond d’outre-Atlantique, ils me semblent incarner à eux seuls cet aphorisme :

« Le passé ne sera jamais pire que l’avenir »

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous mais, d’un coup, cela ne m’amuse plus du tout.

ctout-2-2-227x175