Vertiges

Certains pensent que les ambitions présidentielles de Donald Trump sont nées le 30 avril 2011, lors du traditionnel dîner des correspondants à la Maison Blanche durant lequel Barack Obama s’est « payé » le magnat de l’immobilier devant 2500 personnes.

Je pense cependant que l’arrivée d’un homme noir à la Maison Blanche avait suffi à hérisser Donald qui, les semaines précédentes, avait écumé les plateaux télé en exigeant de voir le certificat de naissance du Président, afin de vérifier s’il était vraiment Américain.

Le discours cinglant et moqueur d’Obama en retour a peut-être raffermi une intention que Donald avait déjà. Il faut dire que la leçon est rude pour un homme avide de respect tout en étant caricatural.

Son portrait officiel pour ce second mandat annonce la couleur : fini de rire si tant est que le premier ait suscité une franche hilarité. Le voici :

Les premières semaines de ce second mandat le confirment. État d’urgence aux frontières, remise en cause du droit d’asile et du droit du sol (tiens, tiens, voilà qui résonne fortement ici ces derniers temps !), retrait des accords de Paris et retour aux énergies fossiles, retrait de plusieurs instances de l’ONU, dont le Conseil des droits de l’Homme et l’OMS, suspension de tout financement américain à l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (il l’avait déjà fait lors de son premier mandat), démantèlement de tous les programmes de diversité et d’inclusion du gouvernement fédéral et des politiques en faveur des personnes trans, coupes drastiques dans les effectifs de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), détournement du financement des écoles publiques vers des bons d’éducation pour les écoles privées, imposition d’une hausse de tarifs douaniers au Mexique et au Canada (mesure provisoirement gelée mais qui devrait nous concerner, nous européens, bientôt), sanctions contre les membres de la Cour pénale internationale, grâce pour les assaillants du Capitole …cette recension incomplète donne le vertige.

Géographiquement, économiquement, la prédation est de mise : Canada, canal de Panama, golfe du Mexique, Groenland, sans compter la prise de contrôle de la bande de Gaza, pour en faire « la riviera du Moyen-Orient », après avoir déplacé les Palestiniens vers l’Egypte ou la Jordanie. Le droit international ou interne est le cadet des soucis de Donald comme de son alter ego industriel Elon Musk dont la tentative de prendre le contrôle du système de paiements du Trésor américain vient d’être bloquée par un juge fédéral.

Passée la sidération, il semble qu’ici et là une certaine forme de résistance commence à s’organiser notamment à travers les procès qui s’ouvrent devant les tribunaux. Mais elles peinent devant l’activisme désinhibé Trumpo-Muskien (combien de temps d’ailleurs ce duo égotiste et viriliste tiendra-t-il ?). La stratégie du choc a encore beaux jours devant elle.

Le bombardement médiatique du Président orange, qui ne s’encombre, lui, jamais de respect pour ses interlocuteurs, nous a amené à prendre en considération ses déclarations les plus foutraques. Celle sur Gaza en fut une qui conduisit la chaîne France Info à inviter un professionnel de l’hôtellerie restauration pour l’interroger sur la faisabilité du projet trumpien. La séquence a, depuis, je crois, été supprimée mais elle donne une idée de là où nous en sommes sur le chemin de la décomplexion. Et cela, aussi, est vertigineux.

Pass et muscade

Je tombe par hasard sur la discussion à l’Assemblée nationale du projet de loi relatif à la gestion de la crise sanitaire (déposé le 20 juillet et adopté le 23 au petit matin en première lecture).

Les votes des amendements qu’ils soient à main levée ou électroniques se suivent et se ressemblent :

-Qui est pour ?

-Qui est contre ?

80 voix pour, 128 voix contre. Rejeté.

Il faut croire qu’à l’heure où je me branche (que je n’ai pas notée mais on discute déjà depuis un certain temps) il n’y a que 200 députés environ dans l’hémicycle dont 128 votent systématiquement contre les amendements proposés. Le remplaçant de Richard Ferrand au perchoir, le député LR Marc Le Fur, s’impatiente et coupe au moindre dépassement du temps de parole. On sent chez lui une certaine lassitude. Il en viendra même à dire : « Monsieur le rapporteur, Monsieur le ministre, vous êtes défavorables à tous les amendements… sauf les vôtres. »

Médiapart relate : « Censé se clore en une petite journée mercredi, l’examen a couru jusqu’au creux de la nuit, vendredi. L’essentiel du débat a porté sur l’article premier, qui instaure un passe sanitaire à l’entrée des bars, restaurants, activités de loisirs, foires et salons professionnels, transports de longue distance, grands magasins et centres commerciaux en dehors de ceux vendant des « biens de première nécessité ». Les articles suivants ont été expédiés à toute vitesse.

La lassitude et l’exaspération au perchoir se retrouvent sur les bancs.

« Sur les amendements, c’est non, c’est non, c’est non, s’est ému un député républicain (LR). Sur ce sujet, il faut de la concorde. Vous brutalisez nos concitoyens. » « Jamais le gouvernement ne se remet en cause », a renchéri Éric Coquerel de La France insoumise. »

Le 22 juillet à l'Assemblée, vue du banc des ministres. © Photo Xose Bouzas / Hans Lucas via AFP

Sur le banc des ministres, plutôt déserté, on est imperméable à ce qui se dit (comme disait Coluche, la dictature c’est ferme ta gueule, la démocratie c’est cause toujours). Vive le portable qui donne l’impression de faire quelque chose de ses doigts à défaut de faire travailler sa cervelle.

Côté parlementaires, sauf peut-être les députés LREM qui peuvent organiser des roulements vu leur nombre, on est proche du burn-out.

L’adoption, à l’occasion, de certaines dispositions semble de peu de poids. S’opposant à l’avis du gouvernement, les députés ont ainsi voté contre le recours au passe sanitaire dans les établissements de santé ou les maisons de retraite, que ce soit pour les patients non urgents (le passe sanitaire n’était pas prévu pour les admissions en urgence) ou les visiteurs.

Qu’à cela ne tienne, le ministre de la santé Olivier Véran a réintroduit la disposition, en faisant adopter à la toute dernière minute, à 5 heures du matin, un amendement du gouvernement. A vaincre sans péril on triomphe sans gloire…

Dans ce fatras de mesures, cette autre.

Cette juriste spécialisée en droit social note :

Un autre twittos s’interroge en passant :

Tout cela me fait penser aux élus d’un comité social et économique qui n’auraient pas compris que leur rôle est de représenter les salariés et non de relayer les discours de la hiérarchie. Les députés LREM ont fait du psittacisme élyséen leur marque de fabrique quitte, en l’occurrence, à se renier au nom de la contagiosité du variant Delta pourtant avérée depuis plusieurs mois, notamment outre-manche. La vigilance était d’ailleurs telle ces derniers temps que le Secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Clément Beaune, qui se rendait à Bonn en avion, avait cru bon d’avertir Jupiter de l’absence de tout contrôle sanitaire avant embarquement (Canard enchaîné du 7 juillet). L’histoire ne dit pas ce qu’il en était pour les entrants sur le territoire … mais on peut supposer que les affichettes apposées dans les aéroports l’an dernier ont été traduites pour que le variant delta soit informé de notre valeureuse anticipation sanitaire. J’exagère, je sais. Mais à l’heure de la mondialisation, imaginer que ce qui se passe outre-manche ou Pyrénées ne finira pas par vous atteindre ….

Qu’importe, demain est toujours un autre jour et les paroles engagent plus que jamais ceux qui y croient. A l’instar du Président, on se renie donc sans fard comme Yaël Braun Pivet, députée des Yvelines et présidente de la commission des lois de l’Assemblée nationale, farouche défenseure du pass sanitaire élargi, qui se montrait pourtant mitigée en avril concernant son utilisation sur le territoire français. « Il faut être attentif et ne pas limiter les allées et venues quotidienne à la possession d’un tel passeport. Il y a un risque pour les libertés individuelles. Un pass sanitaire pour accéder à de grands événements, oui pourquoi pas. Pour agir dans la vie quotidienne, prendre une bière en terrasse ou se faire une toile, je ne crois pas, je crois que cela serait aller trop loin. »

Ce n’est pas la girouette qui tourne c’est le vent. D’où ce sentiment que les députés LREM sont en représentation mais ne représentent pas et ce constat que je partage,

comme cet autre d’ailleurs :

https://blogs.mediapart.fr/jadran-svrdlin/blog/180721/la-defausse-du-passe-sanitaire-et-ce-quelle-ne-dit-pas

Autre chose.

Notre ministre de l’intérieur salue l’initiative

« Ah ben, on va se sentir à l’aise dans la file orange », observe la journaliste Ellen Salvi.

Celui-là a opté pour une formule synthétique :

En vrac pour finir.

Ouverture de JO de Tokyo. Même sans Covid, la saison n’était pas la plus appropriée.

https://www.blast-info.fr/articles/2021/tokyo-2021-le-fric-les-variants-et-langoisse-au-coeur-des-jo-WiHY99AXQrqzq2W4G6wGqA

Ainsi va le monde sur la tête, pendant que des billionaires, ne sachant que faire de leur argent, s’envoient en l’air.

« Quand on mettra les cons sur orbite, t’auras pas fini de tourner » dit Jean Gabin dans Le Pacha, je crois.

Richard Branson, Jeff Bezos et Elon Musk ne voient pas les choses de manière aussi terre à terre. Richard Branson entend rester dans le transport aérien et développer le tourisme spatial. Le fondateur d’Amazon veut installer les industries polluantes dans l’espace pour que la Terre reste une zone de résidence et de loisirs (ça dépend pour qui). Le patron de SpaceX veut notamment coloniser Mars, car il est persuadé que c’est la solution pour que l’humanité ne coure pas à sa perte.

Cette « philosophie » à je ne sais combien de tonnes de CO2 sent la marchandisation de ce qui restait encore à « marchandiser » : l’espace. Lire ici :

https://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/environnement-et-climat-ce-que-coute-le-tourisme-spatial-a-la-planete_4708117.html

Qui sait si, au siècle prochain, on n’en viendra pas à vendre des concessions spatiales (un petit chez soi au milieu de satellites de tous poils) à ceux qui en auront les moyens (après tout certains ont déjà essayé la vente de parcelles lunaires). En attendant, nos petits croisiéristes d’un nouveau genre dans leurs suppositoires s’amusent.

Vous me direz, le siècle dernier a été celui de l’aviation mais au risque de paraître bégueule, il y avait du panache dans les pionniers de celle-là quand nos nouveaux aventuriers suintent plutôt un cynisme qui laisse pantois (sidéral ?). Témoin ces remerciements de Jeff Bezos à ses salariés et ses clients (dont je ne suis pas) qui ont rendu sa petite virée d’une utilité discutable possible.

Monseigneur est trop bon…