Pérou : Cuzco – Lima

Les fins de voyage ont toujours, pour moi, quelque chose de guingois, d’inachevé, de distordu, un peu comme si  mon esprit, déjà sur le chemin  du  retour, m’entraînait dans son sillage. Anticipant la nostalgie qui viendra, je regarde d’un peu plus loin, avec du gris dans le merveilleux. Mon carnet de voyage s’endort, mon œil paresse. Je me détache par bribes : manière comme une autre de traiter un cafard qui sourd à bas bruit. Restent les images de moments  dont la vibration s’atténue au fil des jours.

 

 

Comme ce spectacle de danses traditionnelles à Cuzco,

 

 

perceptible des hauteurs, le grondement incessant de la ville,

 

la fantastique forteresse de Sacsayhuaman où la pierre reste pour moi une énigme,

 

 

 

 

ou ce ballet chatoyant créant une diversion brouillonne à la relève hiératique de la garde devant le Palais du Gouvernement à Lima.

 

Visages masqués, coiffes de toutes sortes : une célébration joyeusement païenne de la vie sur laquelle se referment mes souvenirs péruviens.

 

 

 

Textes et photos S.  Lagabrielle: tous droits réservés. Cliquer sur la photo pour avoir le cadrage véritable.

 

 

Pérou : Puno – Tinke (ou Tinki)

 

 

Rien de tel qu’un bus de ligne relativement moelleux pour laisser dériver ses pensées au rythme des ornières, rêver d’un temps élastique, d’un temps baudruche, d’un temps léger comme la brise sur nos lèvres, d’un temps suspendu comme un soupir sur une barre de mesure, d’un temps comme une caresse sur la peau, d’un temps à modeler, à désirer …. Rien de tel que des paysages défilant pour reprendre les chemins, revisiter les pierres, redessiner les visages, ravauder ses impressions, reclasser des souvenirs frais et pourtant déjà mouvants. Les haltes minutées n’y peuvent rien.

 

Elles sont là comme des parenthèses ordonnées, dérangeantes, même si certains détails, têtus, s’accrochent :  les taureaux porte-bonheur sur le toit des maisons du village de Pukara, son musée entrevu,

 

 

 

les marchands d’étoffes et de colifichets aux abords des cols et leurs enfants à la peau marquée par le froid

les coiffes des femmes aux relents asiatiques, l’étrangeté du site de Raqchi  composé d’un bâtiment principal dédié au dieu créateur Wiracocha, d’habitations alignées comme à la parade  et de réserves de stockages. Certains y voient un centre important tant religieux qu’administratif, d’autres un point de départ d’expéditions.

 

Peut être était-ce tout cela à la fois.

Un vieil homme cherche à se faire prendre en photo contre quelques sols, des jeunes filles devisent au milieu des herbes …

 

 

 

 

 

 

La lumière tombe et le marché plie bagage à Oconcagua. Les bébés s’endorment contre leurs mères, les hommes se dérobent à nos regards numériques.

Non loin de là, le sommet de l’Ausangate, noyé dans les nuages, que nul ne verra.

 

 

 

 

 

Le gel et une nuit d’encre nous attendent à Tinki, 3900 mètres d’altitude.

Beau soleil et vent sec au petit jour.

 

Un peu plus haut paissent des lamas et des alpagas surveillés par un chien et une jeune bergère. Sur le qui-vive au milieu des rocailles, leur lointaine, sauvage et gracieuse  cousine : la vigogne. Les sommets se reflètent dans la moindre flaque d’eau. Dernier silence solaire, dernier calme minéral, à peine troublé par les ébats des lamas, avant Cuzco.

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Pérou : lac Titicaca

 

 

Qui n’a pas ri, enfant, sur ce nom ?  Titicaca n’a rien de minuscule. Loin de la  flaque boueuse aux relents lointains de la scatologie  de nos cinq ans, c’est une mer intérieure, lumineuse ce matin-là.

 

 

 

 

Notre périple nous conduit d’abord chez les Uros. Petit raccourci abusif, puisque ce peuple a disparu.

 

Mais leurs îles artificielles de roseaux leur ont survécu. Elles sont, aujourd’hui, le territoire de pêcheurs aymaras qui ont largement troqué la pêche contre le tourisme.

 

Pourquoi s’arrimer ainsi au large ?  Échapper aux Incas, et, plus tard, au travail dans les mines ?
Les deux sans doute.

Pour l’heure, ne reste que la surface d’un mode de vie reproduit, de manière mécanique mais assez fidèle,  par leurs successeurs. On vous expliquera la naissance de l’île,

les couches successives de roseaux que l’on pose pour ne pas sombrer, la vie au jour le jour, centrée sur ce végétal, dans de fragiles constructions à  pièce unique,  et ces objets que l’on fabrique pour payer la nourriture et l’éducation des enfants.

 

.La noria des bateaux de tourisme  ajoute à cette impression de représentation.  Vous monterez sur les tours de guet, en roseaux, elles aussi, pour admirer le site, les embarcations natives (balsas de totora),  les panneaux solaires qui  fournissent l’électricité à certains d’entre eux, achèterez, peut-être, deux ou trois choses pour dissiper ce sentiment curieux d’avoir assisté à une pièce un peu trop rodée, avant de repartir.

Taquiles,  n’échappe pas non plus à la manne voyageuse. Les chemins y sont saupoudrés d’étals de tissages et objets artisanaux. Les femmes filent, cousent, les hommes tricotent.

 

Plus tard, Efrain, notre guide,  qui nous a invité dans sa famille, nous contera, sous le regard amusé d’un parent,  les codes vestimentaires de l’île qui dissimulent un subtil jeu de pompons : bonnet de jeune célibataire à gros pompon, assortis à ceux des châles des jeunes filles,

 

bonnet d’homme établi (pompons plus petits), chapeaux et costumes d’édiles…

 

 

Le sourire n’est pas toujours là cependant.

Je n’ai pas eu l’audace d’entamer une discussion avec l’un de ces rétifs stratégiquement installé sur la place principale à proximité d’une boutique. Peut-être, avec le temps que ce genre de balade ne nous offre pas, aurais-je plus appris d’une conversation au point mousse  que ce que nos ruses photographiques éculées nous permettent de saisir. Toute l’ambiguïté à l’égard de ce tourisme, pourvoyeur et subi, se trouve résumé là, dans cette exposition récalcitrante.

 

 

 

Sur le chemin du retour, le ciel noir se libère d’une pluie dense qui  s’abat sur Puno dont les lumières clignotent au loin.

Au soir, la ville sèche dans une lumière rose orangé et les impressions s’évaporent dans des douceurs apéritives.

Texte et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés

Pérou : Chivay – Puno

 

5000 mètres  d’altitude ou presque. Des paysages pierreux piquetés çà et là de taches  d’un vert vif : la llareta , sorte de lichen dur, qui s’allège une fois séparée de la pierre à laquelle elle s’agrippe et sert de combustible.

Rien d’autre ne pousse ici hormis des sortes de chorten  éphémères construits par les voyageurs pour marquer leur passage. Au loin, des sommets enneigés. Le souffle est bref à ces hauteurs et la conscience incertaine. Dans cet entre-deux flottant, on trouve l’aridité belle en mâchant sa coca, un peu ailleurs et frissonnants.

 

 

La route dévale ensuite, plongeant vers le lac Titicaca et les  paysages s’égaient.

 

 

Quelques oies sauvages et flamands roses campent, presque immobiles, sur un pré humide : en route pour où ?

 

 

 

 

Plus tard, Sillustani, site archéologique pré incaïque  surplombant  un petit lac assoupi.

 

 

 

Dans la grisaille, ses chullpas hiératiques1  intriguent. A leur base, une petite ouverture donne à l’est, la naissance des jours. Les Collas possédaient à l’évidence cet art si mystérieux d’ajuster exactement d’énormes pierres de forme parallélépipédique sans mortier.  Des blocs taillés non utilisés jonchent la colline. Comment s’y prenaient-ils pour les monter ? On suppute des rampes, mais comment avaient-ils été acheminés jusque là et travaillés ? On nous montrera plus tard des outils, en cuivre en particulier,  dont la fragilité confrontée à ces masses compactes me laisse encore songeuse. Pourquoi ne pas y croire ?

La ferveur d’Efrain, notre jeune guide, qu’un lien profond semble attacher  à cette culture enfouie dans la rocaille, y pousse. Mais ma perplexité a la peau dure.

Les Collas seront bientôt conquis par les Incas puis par les espagnols qui s’attacheront à détruire toute expression religieuse originelle. Pas d’écrit : ces tours demeurent donc là, silencieuses et fières, comme un défi à l’imaginaire.

 

Puno, à la nuit tombante, le  lac Titicaca en arrière-plan, une rue piétonne animée,  arpentée par des touristes et des femmes portant, pour la plupart, d’amples robes et un petit chapeau melon un peu de guingois, un marché fermant ses portes, un pisco sour bien frappé, une journée qui se clôt en questions et pointillés.

 1. tours funéraires abritant  les restes de plusieurs personnes

Texte et photos S.Lagabrielle

Pérou – Macchu Picchu

Ce matin là, nous sommes partis, à la fraîche, attraper un petit train confortablement désuet qui nous a arrêtés sur sa route au kilomètre 104. Nous avons arpenté un bout du chemin de l’Inca, au milieu de forêts et de ruines, haletant le long de marches dispersées çà et là, jusqu’à l’Inti Punku, la Porte du soleil. Tenant en respect la grisaille au-delà des monts environnants,celui-ci semblait se projeter sur le seul site du Macchu Picchu, nous l’offrant en cadeau. Dans la lumière, apaisée, me revint alors le chant de la langue de Pablo Neruda, celui qui savait dire la peau et le grain d’un baiser, les hauteurs minérales et les corps enlisés des mineurs. Rentrée en France, j’ai recherché ces mots dont seule la mélodie m’était restée. En voici un extrait, en français seulement, car je n’ai pas retrouvé ce petit livre merveilleux où ils figuraient aussi en espagnol « Les hauteurs du Macchu Picchu », poèmes traduits par Roger Caillois.

Alors j’ai grimpé à l’échelle de la terre

Parmi l’atroce enchevêtrement des forêts perdues

Jusqu’à toi Macchu-Picchu.
Haute cité de la pierre scalaire,
Demeure enfin de celui que la terre
N’a point caché sous les tuniques endormies.
Et toi, comme deux lignes parallèles,
Le berceau de l’éclair et le berceau de l’homme
Se balançaient dans un vent plein d’épines.


Mère de pierre, écume des condors.
Haut récif de l’aurore humaine.
Pelle abandonnée dans le premier sable.
Ceci fut la demeure, il reste l’endroit :
Ici les larges grains du maïs s’élevèrent
Avant de redescendre comme une grêle rouge.
Ici le fil doré sortit de la vigogne
Pour vêtir les amours, les tumulus, les mères,
Le roi, les prières, les combattants.
Ici, pendant la nuit, les pieds de l’homme reposèrent
Près des pattes de l’aigle, dans les hauts repaires
Des carnassiers et, à l’aurore,
Ils foulèrent avec les pieds du tonnerre le brouillard raréfié,
Et touchant les terres et les pierres, ils arrivèrent
A les identifier dans la nuit ou la mort.

Je regarde les vêtements, les mains,
Le vestige de l’eau dans la faille sonore,
La paroi adoucie par le contact de ce visage
Qui regarde avec mes yeux les lampes de la terre
Et qui graissa avec mes mains les bois.


  

Disparus :parce que tout, les habits, la peau, la vaisselle,
Les mots, le vin, le pain,

S’effaça, rentra dans la terre.

Et l’air passa avec ses doigts
De fleur d’oranger sur les endormis :
Mille années, des mois, des semaines d’air,
De vent bleu, d’âpre cordillère,
Qui furent comme de doux ouragans de pas
Lustrant la solitaire enceinte de pierre.
Pabo Neruda
(Introduction et Photos S. Lagabrielle : tous droits réservés)

Pérou : Canyon del Colca, Cruz del condor

 

 

« Nous voici au pays des Collaguas et des Cabanas », nous dit notre guide dont la régularité des traits est à peine bousculée par une unique fossette.

Les premiers parlaient l’aymara, les seconds, le quechua. Autrefois, ces deux groupes ethniques rivaux pré-incaïques se distinguaient par la forme de leur crâne : en pain de sucre pour les premiers, aplati pour les seconds. Chacun vivait à l’écart, cultivant pomme de terre, quinoa et fèves, et les mariages interethniques étaient proscrits.

Les Incas unifièrent leurs modes de vie en les soumettant à trois types d’obligations différentes : la mita (travaux  en faveur de l’Empire mobilisant nombre d’ouvriers pour la construction d’infrastructures lourdes :  ponts, forteresses, temples, centres administratifs …), la minka (travaux également en faveur de l’Empire mais plus locaux et  « sociaux » puisqu’ils comprenaient des aides aux plus faibles) et, enfin, l’ayni (devoir de solidarité entre membres d’un même groupe ou famille).

Plus tard, les espagnols mirent fin aux déformations crâniennes.

Alors, à défaut de remodeler les têtes, on choisit de les couvrir différemment : chapeaux blancs à paillettes pour les Collaguas et couvre-chef brodés et colorés pour les Cabanas. On se mélange aujourd’hui et les enfants sont Collagua ou Cabana selon l’origine de leur mère, paraît-il.

Pour le reste, on continue de vivre des mêmes choses, du tourisme en particulier. A Maca, la dominante est Cabana et les étals polychromes et monocordes.

 

 

 

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Impossible, pourtant, de ne pas voir cette femme dont le regard aigu n’a d’égal que celui de l’aigle, bien vivant, qu’elle arbore sur sa coiffe.

 

 

 

Plus loin, le canyon del Colca louvoie, vertigineux, au milieu des terrasses.

Au bout du regard, de paysages froissés comme une mer immobile, la Croix du Condor (Cruz del Condor) où ce dernier y révèle, les jours fastes, comme aspirée par l’air, sa masse puissante et légère. Rien de plus harmonieux que cette profondeur, presque sèche ce jour-là, ces reliefs verts, ocres, ondulants, et cette grâce sombre de l’oiseau.

Canyon del Colca : cruz del condor

Texte et photos S.Lagabrielle : tous droits réservés

 

 

 

 

Pérou, Arequipa : couvent de Santa Catalina

 

 

 

Silencio : le mot détonne sur ce mur éclatant dont la couleur crie la vie. Le couvent de Santa Catalina a moins l’air d’un lieu de prière que d’une petite ville retranchée.

Passé le cloître des novices d’un bleu intense, les édifices s’ordonnent autour de ruelles dont les noms  diffusent  une nostalgie toute espagnole : Cordoba, Toledo, Burgos.  Recluses les religieuses de Santa Catalina ?

 

 

 

 

Pas complètement. Certes, sortir était exclu, mais les plus fortunées d’entre elles disposaient de servantes et d’un appartement précieux et coquet où il leur fut  possible  de faire venir un peu de ce monde qui leur était, en principe, refusé.

 

 

 

 

 

Le dedans finissant par ressembler au dehors, ce mince lien social, propice aux rumeurs, prit fin vers la fin du XIX ème siècle avec le pape Pie IX qui chargea la sœur Josefa Cadena  de restaurer une discipline stricte.

 

 

Aujourd’hui les sœurs vivent ailleurs et la discrétion souhaitée n’est pas toujours observée par les visiteurs. Curieux endroit où le soliloque des fontaines évoque des froissements d’étoffes, des bruissements de pas et des chuchotements furtifs tandis que la pierre, malgré les ans et  les tremblements de terre, dense, bleue, orange, blanche, rouge, sacrificielle et festive, semble, elle aussi, continuer d’ignorer la consigne : silence.

 

 

Texte et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés.

Pérou : 1er mai à Arequipa

Le premier mai se célèbre ici aussi.

Occupant les trois-quarts du pourtour de la place d’armes, des officiels civils et militaires. Discours convenus,  protocole assorti, claquements de bottes, mouvements de troupe dirigés au hurlement, salut pétrifié aux couleurs. Au milieu de la place, une foule indécise, spectatrice, jusqu’à cet air, peut- être l’hymne national, entonné la main sur le cœur.

 

Sur l’espace restant, des représentants syndicaux. Mais point de « contrechant ». Du moins ne m’est-il pas parvenu aux oreilles.

 

 

 

 

 

 

Curieuse présence compacte et presque dérisoire, noyée sous les clairons.

En passant, je me suis demandée ce que syndicaliste pouvait bien représenter en ce pays. Un risque ? Ou bien s’était-on accordés sur la partition sociale ?

 

 Passé les banderoles, plus bavardes que ceux qui les portaient : le silence.

Textes et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés.

Pérou : Arequipa, vue générale

 

Nous voici entre le désert côtier et l’altiplano, sur le fil d’une fusion architecturale coloniale et indigène : Arequipa, également nommée « la ville blanche » à cause de ses constructions en sillar 1.

 

Témoins de ce métissage :  les maisons cossues du  centre-ville,

 

 

 

 

 

 

 

les arcades de la place d’armes ou encore le cloître de Santo Domingo,

 

 

 

alternant figurines stylisées et naïves, comme ce Christ  affublé d’une robe pudique que l’on retrouvera  ailleurs.

 Un peu à l’écart du spirituel, le marché couvert.

« Prenez de grands axes » nous – a – t-on recommandé. Ainsi donc, la ville ne serait pas si sûre et la gouape prospèrerait sous  le virginal ?

 

Des policiers ponctuent effectivement  le chemin, mais les abords du marché ne laissent rien augurer d’autre …qu’un marché. Quadrilatère de béton, celui-ci est assez vaste, bruyant,  coloré, odorant, ordonné selon un plan de table  qui m’échappe, où le poulet voisine avec le petit équipement, les condiments avec des jus de fruits multivitaminés aux vertus à vérifier.

 

 

Côté vendeurs, on s’active, on lit le journal, on laisse le temps passer, on est songeur, comme en suspension  de soi.

 

 

 

 

A en croire certains chercheurs 2 , deux étymologies existeraient pour expliquer le  nom de la ville : l’actuelle assure que le mot Arequipa vient de l’Aymara ari (sommet) et quipa (situé derrière) , Arequipa  serait donc l’endroit derrière le sommet ; d’autres soutiennent  que le mot viendrait de la phrase quechua « Ari, quipay » qui signifierait  « Oui, restons ».

Qu’importe, la ville fragile et dense est bien là, dans l’ombre du volcan Misti – plus menaçant que  le Fuji Yama, son clone par la forme – et de celle de ses acolytes : le Chachani et le Pichu Pichu.

On dit des Arequipenos  (habitants d’Arequipa) qu’ils sont fiers, libres, blagueurs, épicuriens, aimant la bonne chère et la fête. Mais, comment être autrement quand demain sera peut-être en cendres ?

 

Textes et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés.

1. Le sillar est une  pierre volcanique poreuse, blanche, laiteuse.

2. Source wikipédia

Pérou : Chauchilla-Arequipa

 

Perdu au milieu de nulle part, longtemps livré aux pillards, le cimetière de Chauchilla est aujourd’hui  un lieu touristique à la survie fragile. Des morceaux d’étoffe, des os, des restes de chevelure et des éclats de poteries essaimés en marge des sentiers qui le quadrillent en témoignent. On protège ce que l’on peut : ces quelques tombes témoins de la culture Ica-Chinca. Qu’y avait-il là de si précieux ? De l’or, peut- être, car l’orpaillage se portait bien alentour, des bijoux  … et ce que le vent a gardé pour lui.

Seules ces momies millénaires dessiquées, pelotonnées au fond leurs sépultures ouvertes aux regards,  pourraient répondre. Pour l’heure, elles semblent s’amuser de leur éternité troublée. A leurs pieds des objets  usuels,  qui ne furent peut- être pas les leurs.

 

 

Guerriers, prêtres, les deux ? Et  pourquoi avoir choisi cet endroit pour s’ensevelir ? La réponse s’est perdue en chemin.

 

Non loin de là, un autre cimetière, plus récent, abandonné à lui-même. Quelques tombes en dur et des croix bancales. Désolation simple.

 

 

 

 

 

Yauca ensuite, petit village aux maisons colorées, patrie de l’olive et tous ses dérivés : la jeune fille qui nous sert a un profil pur et le long de la route des cantonniers bataillent contre la poussière qui se soulève.

 

 

 

 

 

 

 

 

Puerto  Inca  enfin :  ancien fort livré aux oiseaux et aux voyageurs. Dans la crique, la mer s’abîme en rouleaux dissuasifs : seule une otarie s’en régale.

 

La route est encore longue jusqu’à Arequipa que nous atteindrons à la nuit. Bière  fraîche sur la place d’armes dominée par une cathédrale déroulant sa formidable masse dans les lumières de la ville.

Texte et photos S. Lagabrielle