Pérou : Nazca, ses géoglyphes et autres lieux

 

 

350 dessins distincts paraît-il, se jouant des ravins et des collines : singes, oiseaux, araignées, spirales, lignes droites  et autres formes géométriques. Ces figures, que seul un tour en avion permet d’embrasser,  continuent d’intriguer : calendrier géant, labyrinthes secrets, sites rituels, traces d’autres mondes ?

 

Nous n’en verrons qu’un extrait minuscule du haut d’une tour d’une dizaine de mètres. Des accidents aériens récents  nous ont conduits à la prudence … et une certaine frustration. Autant vouloir deviner le monde à  travers le chas d’une aiguille.

 

 

 

A la base de la tour, une route d’une rectitude absolue, sèche comme une idée fixe, que notre chauffeur suit, impassible, en mâchant des feuilles de coca. Notre petite  Europe ne sait rien de l’espace.

 

 

 

 

Peu avant il y avait eu Ica, ville de tchouk-tchouk aux couleurs primaires zigzagant au milieu de taxis canaris, ses distilleries de pisco, son musée désarmé livrant quelques clés des cultures Nazca, Paracas et Inca : poteries, momies au crâne déformé, meubles, barques, peintures, bijoux, calculettes archaïques en forme de cordelettes aux nœuds codés …. Ici, de mauvais clichés à la place de tissages inestimables  dérobés, là, un dérisoire appel à témoin. Drôle de mélange de richesse et d’abandon, d’érudition et de bricolage : un jardin de curé archéo-ethnologique survivant sans moyens.

Puis, de nouveau la route. Les dunes de sable, où certains travaillent leur glisse sur  des sandboards, ont cédé le pas à des reliefs plus rugueux .

 

Nazca enfin. Jolie petite ville dépassée par l’étrangeté et la popularité des géoglyphes qui lui sont associées.

Un pisco léger et onctueux, une fraîcheur à peine ventée nous délivrent de la chaleur du jour. Manque juste une balançoire pour regarder les étoiles en sirotant et s’évader sur des sentes imaginaires.

 

PS : Le pisco est une eau de vie de raisin. Le cocktail pisco sour est un mélange de pisco, de citron vert, de sirop auxquels s’ajoutent un blanc d’œuf, de la glace et un peu  d’ Angostura. Le secret d’un bon pisco comme les sources de Manon, ou les coins à cèpes, ne se dit pas.

Textes et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés.

 

 

 

 

Pérou : îles Ballestas

 

 

Des oiseaux par milliers, un bourdonnement incessant. Les îles noires d’ailes aux couleurs métissées ondulent : pétrels, pélicans, cormorans, manchots … tous en villégiature amoureuse … sans compter ceux dont je n’ai pas retenu les noms.

 

 

 

 

 

 

 

La richesse de ces confettis pierreux  ? Le guano récolté tous les huit ans.

 

Cette population aviaire qui nous paraît conséquente diminue pourtant d’année en année. A cause de la pollution et de l’indifférence des hommes …

 

 

 

 

Fors les oiseaux,  des otaries. Seuls mammifères présents, hormis ceux qui se pressent sur des barques gîtant le long des côtes, l’œil vissé à l’appareil photo.

 

 

Le chapeau est bienvenu pour se prémunir contre la manne « guanesque », attachante s’il en est !

Une dame, qui voulait savoir si les cormorans pondent plusieurs œufs ou un seul,  demande distraitement :

« Et ils se reproduisent comment ? ».

« C’est sexuel » répond le guide, impavide.

Textes et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés

 

Pérou : Paracas

 

 

Les publicités sont à la route de Paracas ce que le vent est à la pluie. Cela ne veut rien dire, bien sûr, mais c’est ce qui me vient en observant ces  « réclames »  qui défilent : boissons, électronique, télé, produits de beauté, programmes  immobiliers  (Bienvenue à la Planta San José)… je me demande qui peut  vraiment, ici, s’offrir cela. Ces images, copiées d’ailleurs, qui font face à des slogans politiques laborieusement peints sur des murs  éphémères, donnent à sentir une société écartelée entre représentation et réalité.

Le village de Paracas n’a rien de bien notable, hormis des enfilades de restaurants où l’on peut  déguster son premier ceviche (poisson cru mariné dans du jus de citron) : un photographe ayant annexé quelques pélicans  monnaie ses clichés, on chante à la terrasse des cafés pour quelques sols,  on vend ici et là, cartes postales, lunettes, foulards, sacs et chapeaux griffés « Paracas ».

La presqu’île proche est une mer  terrestre et  lunaire où le sel affleure sous un sable aux couleurs changeantes et mordorées dans le couchant.

 

 

 

 

On se prend à envier l’altière liberté des oiseaux, hormis la condition de ce petit-là,  qui ne cessera de fuir devant l’écume

 

 

 

Le soir se perd dans le sillage des voitures et l’œil suit le jour qui s’enfuit.

 

Sentiment de vide et de plein : c’est ce qui me reste de l’horizon de ce jour là.

 

Ballestas, le lendemain,  me donnera le sens du plein.

Texte et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés.

Teasing péruvien

Pérou : côte pacifique

 

Je n’avais pas imaginé cela : un désert à la fois sablonneux et minéral, troué d’oasis fugitives, saupoudré de hangars d’élevage de poulets en batterie,  presque à ciel ouvert,  certains abandonnés,  et de cultures enchevêtrées : coton, canne à sucre, vergers, vigne,  pour ce que j’ai retenu.

 

En bord de mer, des villages désertés  en ce mois de mai, hiver approchant oblige.  Derrière les vitres embuées du bus, ces alternances vertes, blanches, ocre  et rosées se dévident.

 

 

Le long de la route poussent des colonies dont la viabilité m’échappe.  Qu’attendre de cette sécheresse et de ce vent ?  Hormis le tourisme et la relative proximité des villes, je ne distingue pas la raison de cette « invasion »- selon le terme de  Virgilio, notre guide- de cette installation sauvage et progressive (une cabane en feuille de palmier, puis un abri en bois, puis en dur, une ébauche de village, enfin, sans eau  courante ni électricité …) si ce n’est une misère plus grande ailleurs. Avec  l’opiniâtreté viendront , peut- être, ces commodités qui nous paraissent si naturelles et qui sont ici de l’ordre du luxe.  Pour l’heure, il s’agit de marquer son territoire. Le marquer malgré la bourrasque venue de l’horizon.

 

 

 

 

Recroquevillés dans leurs tombes à peine protégées par de dérisoires  abris en bois, des morts d’un autre âge semblent  se gausser de cet univers à la fois désolé et vivant.

 

 

 

( à suivre)

Photos et texte S. Lagabrielle : tous droits réservés