Pouvoir d’achat et système D

Commençons par du futile avant d’aborder le sujet. Eric Ciotti, député LR, qui n’a pas fait son service militaire mais aime les uniformes, veut obliger le port de la cravate à l’AN, reprochant à ses collègues Nupes une tenue relâchée. Thibaut Poirot sur Twitter propose une solution plus représentative, je dirais :

– soit on rétablit le costume de représentant du peuple de 1793 (sans sabre, soyons prudents)

; –

soit chaque député devra porter obligatoirement le costume folklorique de son département.

Fin de la blague : on peut être dignement cravaté et néanmoins un salaud propre sur lui.

Or donc, pour revenir au sujet.

Clément Beaune sur l’augmentation des tarifs du train : «J’invite tous les voyageurs qui peuvent le faire à réserver leur billet en avance, avec des cartes de réduction et en choisissant les heures ou les jours qui sont un peu moins coûteux» dans #LaMatinale de Cnews.

En voilà un conseil qu’il est bon sans coûter cher !

Pendant ce temps là, selon le journal Courrier international…

Lors du débat au Parlement sur l’état de la Nation, le 12 juillet, le Premier ministre socialiste espagnol, Pedro Sánchez, a annoncé que son gouvernement allait rendre gratuits certains billets de train dans le pays à partir du 1er septembre et jusqu’au 31 décembre 2022. La mesure concerne des abonnements Renfe (l’équivalent espagnol de la SNCF) sur les réseaux publics régionaux et de banlieue (Cercanías, Rodalies et Media Distancia).

“L’introduction de cette mesure est motivée par deux raisons principales, détaille le journal catalan La Vanguardia. D’une part, la tentative d’atténuer le réchauffement climatique, lequel est alimenté par les véhicules à carburant fossile, comme les voitures. D’autre part, la hausse des prix du carburant sur les derniers mois causée par la guerre en Ukraine.”

En Allemagne, les éditions régionales du groupe RP Media se réjouissent de la mise en place d’un nouveau passe transport, valable un mois, en juin, juillet ou août 2022. Sur leurs unes, le prix de ce forfait prévu pour lutter contre l’inflation s’affiche en rouge : 9 euros mensuels, permettant de parcourir le pays en train, en bus, en tramway ou en métro.

Certes ce sont des mesures temporaires mais tant qu’à saupoudrer ….puisque le principe qui sous-tend le « paquet pouvoir d’achat » gouvernemental consiste surtout à persuader les plus fragiles économiquement de remercier pour les épluchures qu’on leur offre…

Après le « en même temps », le « mieux que rien » conjugués.

Chouette, non ?

Pour avoir étudié ce genre de bestiole en des temps professionnels pas si anciens, la prime de partage de la valeur, subordonnée au bon vouloir de l’employeur (le texte, pour ce que j’ai pu lire, ne prévoit de négociations éventuelles qu’en ce qui concerne le montant de la prime, le niveau maximal de rémunération des salariés éligibles et les conditions de modulation du niveau de la prime selon les bénéficiaires) , exonérée dans certaines limites de cotisations sociales et d’impôt, dont l’Assemblée Nationale vient de tripler le plafond (et non le montant) est pure diversion.

Ne pouvant se substituer à aucun des éléments de rémunération versés par
l’employeur ou qui deviennent obligatoires en application de règles légales,
contractuelles ou d’usage, ni à des augmentations de rémunération ou à des primes prévues par un accord salarial, par le contrat de travail ou par les usages en vigueur dans l’entreprise, on mesure l’extrême mesure de la mesure.

Pour information, seuls 14 % des salariés auraient bénéficié de son ancêtre (sic) la prime de pouvoir d’achat (basée sur les mêmes principes donc) pour un montant moyen de 500 euros.

« Donner avec ostentation, ce n’est pas très joli ; mais ne rien donner avec discrétion, ça ne vaut guère mieux », disait Pierre Dac.

Nous sommes ici dans une sorte de mi-parcours : offrir de manière infinitésimale avec ostentation.

Bruno « demande » Le Maire n’a pas eu de pudeurs budgétaires quand il s’agissait des entreprises. Je me demande d’ailleurs de combien de millions d’euros l’Etat s’est, en définitive, fait délester via le dispositif d’activité partielle…Le Monde titrait « 50 millions » en août 2021. C’est ici :

https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/08/04/la-fraude-au-chomage-partiel-a-deja-coute-50-millions-d-euros-a-l-etat_6090473_3224.html

Bien retenir le mot « déjà »

A cheval électoralement acquis on ne regarde pas les dents …

« Je n’aime pas les taxes, j’en ai assez que mon pays soit le champion du monde des taxes » ajoute Bruno. A quoi l’on pourrait lui répondre, comme François Malaussena, que l’on est les champions du monde des taxes parce qu’on est redistributifs. Ce qu’on paie en taxes, en cotisations sociales, d’autres comme les américains le paient en frais exorbitants au privé.

Négociation, redistribution…des mots (entre autres) non assimilés dans le cerveau de Bruno comme de Babeth qui vapote en toute impunité dans l’enceinte de l’Assemblée. Hors sol, hors normes.

Dans le même temps, Olivier Véran se surpasse :

« Pour les Français, les pleins d’essence ne doivent pas peser trop lourd à la rentrée. Pour les salariés, les entreprises doivent prendre leurs responsabilités. Sur la base de ces principes, notre main est tendue pour définir, avec les oppositions, le meilleur dispositif possible ».

Ce qui peut se traduire, de manière plus vulgaire : « démerdez-vous ».

En attendant, alors que le réchauffement climatique se précise, on préfère investir sur ça :

Plutôt que ça :

et je vous épargne tous les délires techniques de surveillance en germe. Du genre, si ce ci vous a amusé :

celui_là je gage un peu moins :

Riant, non ?

Répondre à ce niveau de folie mondialisée, je ne sais.

A ce rythme, plus de policiers sur le terrain mais des joueurs adulescents rivés à leurs écrans. Une sécurité de jeu vidéo.

La technique pourtant laisse voir de belles choses (photos du télescope James Webb)

Jean Castex n’existe pas

C’est la conclusion à laquelle je suis arrivée tant ce Gouvernement me paraît en roue libre. B. Le Maire joue sa partition financière, G. Darmanin continue ses provocations et J.M Blanquer de détruire l’enseignement public. Je dis cela parce que beaucoup d’enseignants autour de moi, loin d’être novices, jettent l’éponge. Basta Blanquer

Au fond, c’est assez fascinant ce quinquennat qui savonne à tout va. Si, si.

Cerise sur le gâteau, la proposition de J. Castex – qui entend faire réécrire l’article 24 de cette fichue proposition de loi sur la sécurité globale par une commission idoine – déclenche l’ire de Gérard Larcher. C’est dire.

Ce n’est pas le seul article 24 de ce texte, tout bien examiné, qui a besoin d’être gommé … mais tout le texte.

Qu’un premier ministre ait pensé faire modifier une proposition de loi, d’origine parlementaire, donc, par une commission « commissionnée » pour cela sous le nez des parlementaires fait douter de sa perspicacité constitutionnelle (au point que je me demande ce que l’on apprend vraiment à l’ENA à part l’arrogance). A quoi servent nos députés et sénateurs ? Réponse jupitérienne : à ce qui nous plait.

Et voilà notre Jeannot, qui paraît toujours aussi décalé, essayer de faire entendre une voix dont les ministres précités (liste non exhaustive), se balancent ouvertement.

Un autoritarisme est en place qui nous réduit à quia.

What else ? L’après-Covid n’aura pas le sourire charmeur de Georges Clooney et le présent nous vaut déjà une jolie réputation d’illibéralisme pas usurpée pour être franche.

2022, réfléchissez. plutôt 2 fois qu’une.

Démocratie et foutage de gueule

Comme ma lecture des journaux en ligne est très « ciblée » et que je ne regarde plus les nouvelles à la télé (BFMTV, Cnews, LCI, France télévision …), tellement le traitement de l’actualité par ces rédactions me paraît servile, je ne sais pas si l’on s’est vraiment penché sur la signification de ces manifestations policières sur nos étranges lucarnes.

Je crois qu’il y a de quoi s’inquiéter.

Trocadéro, place Vendôme, place d’Italie, maison de la radio à Paris, notamment, mais aussi Bordeaux ou Strasbourg où environ 200 policiers se sont rassemblés le mercredi 24 juin en début d’après-midi sur le parvis de l’hôtel de police pour dire leur « malaise » au lendemain de la condamnation d’un des leurs à une peine de prison avec sursis pour avoir frappé une manifestante sexagénaire lors d’une manifestation de gilets jaunes. Et on ne parlera pas, par pudeur, de la plainte déposée par cette policière contre un collègue qui l’a presque asphyxiée en pratiquement une clé d’étranglement.

Pauvre petits chats caparaçonnés qui semblent avoir oublié leur déontologie voire leur cerveau au vestiaire.

Qu’imaginent-ils ?

Assimiler le jet de menottes ou de tonfas dans un contexte de « surveillance » générale de la population et de pression sur un ministre totalement incompétent n’a rien à voir avec celui de blouses blanches ou de robes d’avocats. Les uns tapent quand les autres soignent et protègent.

Doit-on craindre une corporation qui se sent invulnérable ?

Oui.

Ici par exemple :

Je crois qu’on atteint là une sorte d’ Himalaya du foutage de gueule.

Quand une une police surarmée se sent en roue libre, que reste -t- il de la démocratie ?

Vous avez 5 minutes.

Reprendre

Après 15 jours d’arrêt de travail, il va falloir s’y remettre et j’appréhende. Renouer avec les mails incessants, les écritures et révision d’articles sur le gaz et sur fond de connexions informatiques fragiles. Les grandes manœuvres structurelles au sein du groupe vont, semble-t-il, bon train et ont tendance à hystériser notre hiérarchique qui ne nous lâche pas d’une semelle. As-tu pensé à ceci ? et fait cela ? transmis ce texte à machin ? et où en est la révision du manuscrit de truc ? je ne comprends pas que telle ou telle chose ait pris autant de temps….

Les injonctions pleuvent à des heures parfois plus que tardives, voire extrêmement matinales.

Comme si nous avions perdu les clés de notre travail….à cette aune le sens de ce que nous faisons risque de suivre.

« Mon » (sic) service jongle sur plusieurs produits éditoriaux à périodicités différentes, rien à voir avec ceux qui, dans le groupe, ne sont que sur un seul. On ne peut pas « challenger » dans toutes les cours. Et c’est bien là que la menace est perçue : qui sera quoi dans l’organisation qui se profile. Le propre de la novlangue managériale est de vous endormir dans un faux-sens qui fait naître tous les soupçons.

Le déconfinement et une balade en forêt m’ont fait réaliser à quel point j’avais tiré sur la corde. Mon départ à la retraite qui restait assez vague a pris corps. D’ici là je m’interroge sur la façon dont je vais faire accepter une décélération : temps partiel, transfert progressif de mes responsabilités à de plus jeunes qui, au fond, n’attendent que ça, les deux ? Le terme, lui, est fixé : dans un petit peu plus d’un an.

Le hasard a voulu que, pendant ma « pause », je tombe sur ce documentaire sur Arte, « Le temps c’est de l’argent », qui explique, entre autres choses, comment la rationalisation et la technicisation du travail ont conduit à nous priver de temps réel de repos, de récupération, de récréation, de reconstitution, privation couplée, en notre période de déconfinement « prudent », avec le maintien d’un discours économique anxiogène (après le sanitaire) permettant la poursuite inquiétante d’un détricotage social sans précédent.

On ne travaille d’ailleurs pas seulement en exerçant notre activité mais aussi dans nos activités consuméristes : enregistrer son panier et payer en caisse dans certains magasins, commander en ligne, s’enregistrer sur un vol. Autant de choses qui constituaient autrefois des emplois salariés et qui, effectués par le consommateur, ne coûtent plus rien en termes salariaux à l’entreprise. Les conditions générales d’utilisation ou de vente sur lesquelles on exerce moins de vigilance que sur celles d’un contrat de travail vont-elles finir par supplanter le droit du travail ?

En 1981, certains s’étaient gaussé de la création d’un ministère du temps libre chargé (en langue de bois) « de conduire par l’éducation populaire, une action de promotion du loisir vrai et créateur et de maîtrise de son temps ». Ne pas se leurrer pour autant : l’idée était encore de faire consommer, mais au moins la perspective, notamment avec l’allongement des congés payés, était -elle plus agréable que celle du « travailler plus » pour 3 cacahuètes.

La redistribution des richesses n’est toujours pas à l’ordre du jour contrairement à celle du temps où les salariés sont incités à donner leurs jours de repos non pris par exemple au profit d’un collègue dont un enfant est gravement malade ou d’un collègue proche aidant, ou, Covid oblige, aux soignants. La politique sociale ne reposera-t-elle plus bientôt que sur la seule solidarité salariale et citoyenne ? Ce qui acterait presque un bond vers l’antépénultième monde.

Alors, j’envie certain.e.s, délivrés de ces contraintes temporelles qui affichent une pêche insolente réservée à ceux qui peuvent quitter le monde du travail en assez bonne santé pour profiter du temps. Un temps pas forcément plus facile à construire mais c’est au moins le leur et ce qu’ils ont décidé d’en faire. Une réflexion à mener aussi en amont.

Et pendant ce temps là ?

La soi-disant fainéantise des enseignants sert de cache-sexe à certaines révélations policières dérangeantes (sic). C’est un peu comme la menace islamiste quand on est acculé dans les coins. Mais cela a – t -il vraiment pris , ce coup-ci ?

Ce syndicat tweete:

Syndicat France Police – Policiers en colère@francepolice Puisque la police est soit disant pourrie jusqu’à l’os, pourquoi le gouvernement et Bfm Wc ne décrètent-ils pas une semaine sans police ? Juste histoire de tester le civisme de la population et de voir comment la société s’organise sans nos services..? Chiche ?

7:31 PM · 3 juin 2020·Twitter Web App

Je vous laisse imaginer le nombre de gens qui ont répondu « chiche » sur le réseau social.

Ce jour (12/6/2020) des policiers (étaient-ils 20 ou plus ?) ont manifesté sur les Champs Elysées et non loin de chez Jupiter à l’appel du syndicat Alliance Police. D’autres, la veille, ont jeté leurs menottes par terre, estimant ne plus avoir les moyens d’interpeller « correctement » suite aux annonces de C. Castaner. Tout est dans le correctement. Je ne sais pas vous mais étranglement respiratoire ou sanguin (1), voilà qui ne m’inspire guère. Il fut un temps où l’on manifestait sans crainte de finir asphyxié…

(1) L’étranglement respiratoire se pratique avec le bras de l’étrangleur sur la trachée de l’étranglé. L’étranglement sanguin, lui, suppose une pression de l’avant-bras de l’étrangleur, sur la carotide de l’étranglé.

Adresse à M. Castaner

Interrogé le 14 janvier à l’issue d’une cérémonie de vœux à Carcassonne vous avez déclaré : « Je ne connais aucun policier, aucun gendarme qui ait attaqué un gilet jaune.»  . Puis, après avoir évoqué les armes de défense dont sont équipées les forces de l’ordre, vous avez ajouté : « Ce sont des moyens de défense, de défense de la République.». Et par charité je ne retranscris pas ici les  propos tenus, « dans le même temps », dans la vidéo ci-dessous (aux alentours de 10’55).  Ils font froid dans le dos comme ces photos.

 

De plusieurs choses l’une, vous êtes mal informé, inconscient, peu curieux, votre mémoire flanche, vous faites semblant d’ignorer les signalements qui vous sont scrupuleusement adressés par le journaliste David Dufresne depuis pratiquement le début des manifestations (plus de 300 à ce jour) ou tout cela à la fois. David Dufresne que les télévisions mainstream, encore dubitatives (après plus de 2 mois d’occultation, quand même) s’arrachent aujourd’hui.  Selon TF1 (je traduis), Monsieur le ministre,  « il se pourrait bien quand même, tout bien considéré, et toutes choses égales par ailleurs, nonobstant la confiance que nous avons dans votre bonne foi, sans préjudice (sic) de futures excuses si nous nous sommes laissés entraîner dans les turpitudes infâmes d’une compassion étourdie, il se pourrait donc que les lanceurs de balles de défense et autres Gli aient causé des blessures graves chez les manifestants. Mais aussi parmi les badauds et les journalistes (surtout les reporters d’images). Si, si. On vérifie et on vous tient au courant ».

Monsieur le ministre, vous devriez d’urgence quitter ces étranges lucarnes et regarder cette émission sur Mediapart.

 

Une émission difficile s’il en est. Ils sont 4 : deux blessés, l’une au visage par un lanceur de balles, l’autre a perdu sa main droite à cause d’une grenade Gli F4.  A côté une femme venue manifester en famille, dont les 2 fils et un neveu ont été blessés, les deux premiers gravement, et puis une jeune femme, secouriste qui s’est engagée dans les effectifs des street-medics. Sur les visages, une sidération encore palpable, la mère de famille, par exemple, cille à peine. Au-delà des corps, on perçoit sans peine les traumatismes multiples et la volonté a minima de sortir d’un silence qui les enferme dans la négation de ce qu’ils ont subi.

Monsieur le ministre, si cette émission vous semble en-deçà de la fascination énamourée que vous avez pour l’incarnation actuelle du pouvoir, si vous la jugez insignifiante en somme, considérez ce portrait, réalisé par Loic de Paujantec (visible ici https://www.facebook.com/loic.depaujantec/posts/2044771025601887)

Belle « défense » policière en vérité, n’est-il pas ?

 

 

Du ruissellement du sportif sur le politique

Finalement le ruissellement du sportif sur le politique a aussi ses limites. Pour E. Macron, il n’aura pas duré longtemps :  privatisation infantile des Bleus aux dépens d’une foule ayant attendu des heures pour voir un bus triomphal descendre les Champs en 10 minutes chrono avec à son bord dans le rôle de l’agent de sécurité …celui par qui le malaise arrive, celui qui prive le maître des horloges de sa maîtrise. Sommé de s’expliquer, Jupiter laisse bredouiller ses troupes.

A. Benalla est accusé entre autres choses d’usurpation de fonctions. « Ah bon, c’est la fonction des policiers de tabasser les manifestants ? » interroge un internaute.

C’est dire où nous en sommes. Se demander si la France est encore un Etat de droit, une démocratie et pas une République devenue bananière, c’est presque répondre à la question.

Mais je ne me leurre pas. Cette affaire fondra-t-elle au soleil ou en restera-t-il quelque chose de durable dans nos cerveaux limbiques.

Parmi les détournements de la photographie d’Emmanuel Macron exultant dans les gradins russes à l’issue de la finale de la coupe du Monde

French President Emmanuel Macron reacts during the Russia 2018 World Cup final football match between France and Croatia at the Luzhniki Stadium in Moscow on July 15, 2018. / AFP PHOTO / SPUTNIK / Alexey NIKOLSKY / RESTRICTED TO EDITORIAL USE – NO MOBILE PUSH ALERTS/DOWNLOADS

, l’un me paraît rétrospectivement soudain assez « en phase ».

Quant à celui-là ce pourrait être une sorte d’allégorie des relations de notre Président avec les corps intermédiaires, ces gêneurs : Parlement, syndicats, presse…

Prélude madrilène

 

Desktop

 

… ou trop de précaution tue (presque) la précaution.

Je suis un oiseau bizarre qui aime voyager … mais pas partir. La veille du voyage, toutes sortes de sombres appréhensions m’assaillent, en particulier quand je dois prendre l’avion : le trajet vers l’aéroport (bouchons ou pas? quelle marge choisir ?), l’enregistrement des bagages (file d’attente ou pas ? Chaussures à scratch ou à lacets ?), le contrôle des sacs (ai-je bien mis toutes mes armes en soute : couteau de poche, ciseaux, pince à épiler, aiguilles et fils, dé à coudre, enclume de voyage … mais je m’égare) .. et mes papiers ? …Ah, oui, les papiers.

Ce soir là, je me suis dit qu’il serait peut-être judicieux de faire une copie de ma carte d’identité, au cas où. Cela tombe bien, j’ai un scan correct. J’imprime donc ma copie que je range soigneusement dans une pochette où j’ai mis un double de mon billet d’avion, de la carte d’embarquement du lendemain et de ma police d’assurance ainsi qu’un carnet de vaccination, ma carte de groupe sanguin, ma carte de sécurité sociale européenne, un carnet d’adresse, une liste de numéros à appeler en cas d’urgence, un préfet décoré de la légion d’honneur, un raton-laveur …mais je m’égare encore.

J’ai rangé ma pochette dans un endroit facilement accessible de mon bagage cabine, vérifié ensuite que mon petit « sac à liquides » contenait bien mon nécessaire (tube dentifrice et flacons miniatures de parfum et de solution pour nettoyer mes lentilles souples , extraits de gel de douche, crème solaire, shampoing etc….), refait le tour du contenu de ma valise, puis posé un cadenas sur le tout.

Comme d’habitude, j’ai passé ma nuit à réviser mentalement ma liste. Au matin, confiante, j’ai pris tranquillement mon taxi et, comme d’habitude encore, suis arrivée bien en avance. Tout était donc pour le mieux.

C’est au moment de rejoindre le contrôle des bagages que le doute m’a saisie. L’inventaire de mon portefeuille le confirma : ma carte d’identité était restée sur la vitre de mon scanner. J’avais en ma possession toutes sortes de cartes avec ma photo et mon adresse …mais pas la bonne. Que faire ?

Je décidai de tenter ma chance. Au pire, me suis-je dit,  on me renverrait chez moi et j’en serais quitte pour pleurer mon escapade évanouie.

Mes bagages passèrent le contrôle haut la main …Mon corps sans aspérités suspectes aussi : on me palpa « simplement » de haut en bas, de dos et de face.  Pas de souci non plus à l’embarquement  où un aimable préposé me souhaita bon voyage sans exiger autre chose que ma carte d’embarquement et un éventuel sourire avenant.

Un peu moins de  2 heures plus tard, je débarquai à l’aéroport de Barajas où je ne rencontrai personne : je veux dire aucun officiel ombrageux.

Les poussières de Madrid sont encore en suspension dans mon crayon et je raconterai mes pérégrinations plus tard.

Au retour, le scénario du voyage fut presque identique. Je dis presque, car à l’embarquement dans l’avion, on exigea une pièce d’identité. Envisageant, sans déplaisir excessif, l’éventalité de rester plus que prévu en Espagne (même dans ces conditions), j’étalais donc ce que j’avais en main : mon permis de conduire, ma copie de carte d’identité et ma carte d’embarquement de l’aller qu’une amie m’avait judicieusement suggéré de montrer pour prouver que l’on ne m’avait pas fait de misères.

L’avion était en retard, il y avait de la nervosité dans l’air. Les contrôleuses se sont un peu formalisées avant de se ranger à l’avis de l’une d’entre elles : « laissons la passer, après tout, elle rentre chez elle ». Une dame de la sécurité m’a aigrement  fait remarquer, pour le compte, que mon permis ne prouvait rien en Espagne. « Je sais » ai-je répondu en prenant mon air le plus contrit …et je suis montée dans l’avion.

Arrivée à Paris, pas un chat.

Où il appert qu’en cette ère Schengen mais néanmoins vigipiratée, on peut, malgré tout, circuler sans difficulté et (presque) sans papiers en Europe.

Remarquable ?

Contingent, plutôt. Café de peau, je n’aurais sans doute pas bénéficié d’une telle conjonction d’indifférence et d’indulgence.

On ne se méfie pas, sous nos latitudes, d’une « caucasienne » entre deux âges au poil gris.

On a peut-être tort : quién sabe ?

 

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