La République c’est qui ?

On a beaucoup glosé et rigolé sur les mots de Mélenchon « La République c’est moi ».

Mais ceux-là, plus insidieux (déroulés sur un tarmac avec en fond sonore un avion faisant tourner ses moteurs …on appréciera le virage écologiste), mériteraient un sort semblable

« Aucune voix ne doit manquer à la République » (on passera aussi sur l’adaptation opportuniste d’une formule de JL Mélenchon à l’issue du premier tour des élections présidentielles).

Que comprendre, sinon, ce qui se distille dans ces éléments de langage gouvernementaux – après les « errements extrémistes Bornés » – , à savoir qu’il y aurait au sein des candidats NUPES qualifiés pour le second tour des législatives et en lice contre Ensemble (voire contre le RN) des candidats fréquentables (PC, PS, EELV) et des horreurs (LFI) (le fameux « au cas par cas » sorti du chapeau après des « extrêmes » indistincts) ?

Tout ça après avoir dragué de manière éhontée l’électorat mélenchoniste au second tour des présidentielles pour se faire réélire.

https://www.huffingtonpost.fr/entry/richard-ferrand-ne-celebre-plus-ses-valeurs-communes-avec-melenchon_fr_6278df90e4b00fbab630a22c

La danse du ventre du second tour des présidentielles n’a pas pris chez moi ni dans mon entourage (pas plus qu’en 2017). Et je ne serais pas fâchée que le cynisme de cet homme soit justement récompensé par un franc dégagement. Mais les chances sont minces.

Et l’on s’étonne, face à ce pragmatisme sans âme (et sans doute aussi au fait que l’inversion du calendrier des élections a grandement participé à l’invisibilisation de l’importance des élections législatives), du niveau de l’abstention en particulier chez les jeunes.

Le vieux lion (j’en connais déjà un qui rigole) Mélenchon ne sera pas premier ministre mais on peut lui reconnaître d’avoir relancé une certaine dynamique à gauche. Que durera-t-elle ? Je ne sais. Les « je t’aime moi non plus Rousselliens » ne me disent rien qui vaille. Les coalitions comptent toujours des planches pourries. Et chez Ensemble, je me méfierais d’Horizons.

Bref, si Renaissance n’obtient pas sa majorité absolue, le prochain quinquennat risque d’être rock and roll à moins que Jupiter ne décide de dissoudre ce qui ne lui convient pas. Pari risqué.

En attendant ici, on crame

Dessin posté sur twitter par le reporter Loup Espagilière

Jusqu’où n’iront-il pas ?

« 

Fouquet : Quand la vanité mène tout droit au cachot

Quo non ascendum? », littéralement: « Jusqu’où ne monterai-je pas? » . Telle était la devise de la famille de Nicolas Fouquet dont le blason représentait un écureuil (amusant symbole de nos jours …si on peut dire).

Je ne sais pas si le Gouvernement actuel se pose la question mais il fait comme si …la seule notion de limite était devenue aussi floue que le floutage des visages de nos pandores réclamé par certains syndicats de policiers.

Et après tout, tout l’y invite, le confinement et cette violence qui n’existerait pas mais conduit un Jean-Luc Mélenchon à tweeter ceci. C’est dire.

Manifester paisiblement…un luxe de ma génération. Car la plupart des acquis sociaux, soigneusement détricotés depuis des années (notamment « socialistes »), l’ont été dans la confrontation sévère.

Ignorants de la réalité des chiffres – car plus on teste plus on trouve, mais qu’en conclure ? Les tests PCR ne valent que pour le jour où vous vous y êtes soumis et on ne sait pas grand chose de la durée de l’immunité quand vous avez contracté le Covid ou été en contact avec, donc un test sérologique subi au printemps ne veut peut-être plus rien dire – nous voilà définitivement infantilisés et emmurés.

D’ailleurs notre ministre de la santé avertit : « Le danger serait que vingt personnes (…) qui ont prévu de partager un repas pour Noël, décident de se faire tester et en confiance, se retrouvent à table, arrêtent les gestes barrières, ne portent pas le masque, partagent le même foyer pendant plusieurs jours avec des personnes fragiles, pensant ne rien risquer, alors qu’en réalité, le virus est là et que le risque de transmission est réel ». En d’autres termes, la prévention ne reposerait pas sur un test négatif, mais plutôt sur le respect des gestes barrières. Devra-t-on manger, par exemple, dans des pièces séparées, soigneusement aérées, définies en fonction de notre vulnérabilité supposée, et, à quelques mètres les uns des autres, se souhaiter un bon Noël via nos smartphones. A quoi bon ? Autant organiser des festivités sur Teams ou Zoom !

De manière plus générale, qu’est-ce qui empêche un débat national sur la politique à tenir ? Voire même une réelle coordination des Etats de l’UE – à part le fonctionnement de l’UE elle-même mais on pourrait déroger, non ?

Noël en distanciel … Jean Castex ne s’y est pas risqué et je pourrais rendre visite aux miens. Mais, à y bien songer, on peut s’interroger sur cette sanctuarisation de ce jour dans un pays qui entend se proclamer définitivement laïc (quoi que dans l’Est, on fête davantage Saint Nicolas).

On me transmet, pour voir si certains articles peuvent concerner ma discipline professionnelle (droit social), le projet de loi confortant le respect des principes de la République,. Et je lis ceci dans ce que l’on appelle l’exposé des motifs :

« Tout au long de son histoire, notre République a su être à la fois intransigeante sur les principes et généreuse dans son action. Au fil des ans, patiemment, elle a rassemblé tout un peuple et, parmi ce peuple, mêmes ceux qui au départ lui étaient hostiles.

Notre République s’est construite sur des fondations solides, des fondements intangibles pour l’ensemble des Français : la liberté, l’égalité, la fraternité, l’éducation, la laïcité.

Un entrisme communautariste, insidieux mais puissant, gangrène lentement les fondements de notre société dans certains territoires. Cet entrisme est pour l’essentiel d’inspiration islamiste. Il est la manifestation d’un projet politique conscient, théorisé, politico‑religieux, dont l’ambition est de faire prévaloir des normes religieuses sur la loi commune que nous nous sommes librement donnée. Il enclenche une dynamique séparatiste qui vise à la division.

Ce travail de sape concerne de multiples sphères : les quartiers, les services publics et notamment l’école, le tissu associatif, les structures d’exercice du culte. Il s’invite dans le débat public en détournant le sens des mots, des choses, des valeurs et de la mesure.

L’idéologie séparatiste a fait le terreau des principaux drames qui ont endeuillé notre communauté nationale ces dernières années. »

Bien, bien, le séparatisme visé est assez clair – côté, égalité et laïcité, on passe large sur les années Pétain dans l’historique, car nous n’étions plus « en République », n’est-ce pas ? Mais la rhétorique ne semble pas si lointaine.

Les associations cultuelles sont dans l’œil du cyclone du projet, en particulier fiscal, dans lequel on retrouve cet article, retiré (??) d’un autre projet de loi, et reformulé en bonne place qui dit ceci :

Après l’article 223‑1 du code pénal, il est inséré un article 223‑1‑1 ainsi rédigé :

« Art. 22311. – Le fait de révéler, diffuser ou transmettre, par quelque moyen que ce soit, des informations relatives à la vie privée, familiale ou professionnelle d’une personne permettant de l’identifier ou de la localiser, dans le but de l’exposer, elle ou les membres de sa famille, à un risque immédiat d’atteinte à la vie ou à l’intégrité physique ou psychique, ou aux biens, est puni de trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.

« Lorsque les faits sont commis au préjudice d’une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, les peines sont portées à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. »

Voilà. Tout cela sera examiné mais pas franchement discuté ou l’inverse. On peut s’attendre, selon le schéma qui prévaut depuis les dernières élections législatives à ce qu’à l’ Assemblée nationale notre représentation lyophilisée vote favorablement en faveur de l’ensemble du texte sans trop d’état d’âme (à supposer qu’elle en ait jamais eu). Au sénat, peu de chose à craindre non plus.

Même chose sur la réforme des retraites qu’on pensait suspendue sinon enterrée …

La « stratégie du choc » Covid marche à plein.

Alors, je me dis que le quinquennat précédent qui a permis, en partie, l’avènement de tout ça, comptait une voix d’une dissonance souvent jubilatoire. Entendre Christiane Taubira moucher ce pauvre Ciotti … dont je me suis toujours demandée comment on pouvait voter pour lui … un plaisir. Macron s’en amusait aussi, alors, maintenant il braconne sur des idées « ciottistes brunisantes ».

Ainsi vont nos jours évidés.

Vive l’uniforme !

Je m’étais dit que j’allais zapper tous ces articles sur le burkini et les fantasmes qu’il traîne dans son sillage. Le Conseil d’Etat m’avait rassurée sur notre santé mentale. Je pensais l’affaire close. Erreur !!! C’était méconnaître notre premier ministre. Laisser tomber la muleta,  jamais ! Et si les français en venaient à réfléchir ? Horreur et putréfaction. Donc, alimenter un débat mal posé, jouer du menton et tutti quanti. Minable. En quoi il devrait se pacser avec N. Sarkozy.

Le plus drôle (si on peut dire) c’est que le burkini n’a rien d’une toilette halal. Et que les islamistes les plus radicaux ne l’autorisaient jamais ! Légiférer (ah! toujours la grande idée pour appâter le chaland)? Mais sur quoi ? « Une loi contre le burkini, ou une loi contre les signes religieux dans l’espace public ? Dans ce cas, on empêcherait tout type de processions religieuses. Ce serait étrange que ceux qui revendiquent les racines chrétiennes de la France interdisent les fêtes en l’honneur des Saints-Patrons » fait justement remarquer Jean Léonetti.

J’observe, en passant, que l’on ne s’attache qu’à la mise des femmes et bien moins à celle des hommes. Pourtant, on pourrait considérer qu’une barbe, un calot, une kippa, un talith,  une longue  tunique sont aussi signifiants. Non ?

Ce que je crains c’est qu’au nom d’un laicisme radical on ne renvoie à une communauté, qui ne me paraît pas adhérer dans sa majorité à un islam redouté, l’image d’un pays qui la rejette au risque de la pousser vers ce que l’on craint.

A ce stade, je ne vois qu’une solution : l’uniforme ou le tablier pour tous, une laicisocratie  imbécile qui n’aura qu’ un mérite : mécontenter tout le monde. On a les majorités qu’on peut :-).

 

 

PS :

 

 

 

Post accablé mais pas totalement

Il y a la chaleur d’abord. Plus de 30 °  (36° hier et aujourd’hui) depuis plusieurs jours, sans un souffle d’air avec un mercure qui baisse péniblement en milieu de nuit.  Je ne tiens pas ces températures là. Elles me laissent écrasée, atone, sans envie, sans volonté sinon celle de m’en tenir à des mouvements minimaux pour ne pas me transformer en fontaine ambulante, me condamnent à une vie à bas bruit que j’exècre.

Il y a ensuite ces débats burkinisés, bien commodes pour détourner l’attention du chaland des sujets qui le concernent de près, de ce qui se prépare ou se fait en douce. Choc des mots, poids des photos et l’impression pénible que l’on avance pas : le coeur balance entre laïcité de combat, pour reprendre la formule de Marcel Gauchet, et République de combat pour s’en tenir celle de notre adjudant catalan. 25 ans que ça dure, 25 ans qu’on tourne en rond sous l’oeil consterné de certains, amusé d’autres. Pour moi, je finis par me demander si ce n’est pas la laïcité qui me pose problème. Non que je la récuse, au contraire, mais je ne sais plus comment la comprendre. Jusqu’ici cela me semblait assez simple.  J’en tenais pour Jean Baubérot pour qui « la laïcité c’est la liberté imposée aux religions et non la répression des religions. La neutralité et la séparation sont des moyens. Le but, c’est la liberté de conscience ». Pour résumer, laisser croire … ou ne pas croire. Mais quand la République s’en mêle sur fond d’attentats …je ne sais pas plus définir un islamiste que la laicité. Et des évènements corses récents médiatisés n’importe comment me donnent à craindre qu’on finisse à pousser certain(e)s vers ce que l’on cherche à combattre : le fondamentalisme (et là, je ne vise pas que le religieux).

Accablée encore par cette rentrée littéraire politique, où (à lire certaines « bonnes feuilles ») « Monsieur j’ai changé » reprend, en pire, ses vieilles antiennes, et « Monsieur petites blagues » se reproche d’avoir, entre autres cyniqueries, lié son sort à l’inversion de la courbe du chômage, jamais arrivée (quoiqu’en disent les résultats récents).  » J’ai eu tort, j’ai pas eu de bol » aurait-il confié. Comme certains l’ont déjà fait remarquer, les chômeurs apprécieront. Ce qui donne « en creux » le degré d’insensibilité sociale du personnage.

Heureusement pour se distraire de tout ça, il y a la musique (celle qui pourrait rassembler au passage). Joli documentaire hier sur Arte « Twenty feet from stardom », autour de choristes, noires, nourries au godspel, ferventes, fragiles et volontaires, ayant émergé sur fond de luttes pour les droits civiques. Leurs noms : Lisa Fisher, Darlene Love, Merry Clayton … entre autres. Petit échantillon