Songeries manifestantes

Il faisait un temps exécrable à Bordeaux ce 19 janvier 2023, mais j’y suis allée quand même. Où ? A la manif. Le trajet prévu était le suivant (voir ci-dessous), ce qui fait une assez jolie boucle, dans tous les sens du terme, qu’en toute honnêteté, je n’ai pas faite en entier.

N’ayant pratiquement jamais manifesté à Bordeaux – mes pénates jusqu’à l’an dernier se situant en région parisienne – je ne sais pas s’il est classique et représente en quelque sorte le République – Nation bordelais. A mon arrivée place de la République vers 11 h 30, une foule déjà assez compacte derrière des barrières dressées là non par la police mais en raison de travaux en cours. Une sorte de barrage filtrant préexistant, véritable aubaine, dirai-je, pour la maréchaussée. Avec d’autres personnes, j’ai attendu le démarrage de la manif pour la rejoindre. Quasiment une heure de surplace sous la pluie avant de déambuler selon ce rythme un peu agaçant fait de progression et de points arrêtés. Dans mon petit carré, surtout des « vieux », je veux dire des quadragénaires et des quinquagénaires et des retraités solidaires comme moi.

Ayant essuyé, si j »ose dire, 3 réformes des retraites au cours de ma carrière (1993, 2003, 2010, celle de 2014 ne m’impactait plus) qui ont contribué à faire reculer l’horizon d’une libération laborieuse (sic) et diminuer le niveau des pensions, je comprends que cette énième mouture, en jouant, pour faire court, sur l’âge légal et le resserrement de la période d’atteinte des 43 ans de cotisations nécessaires pour atteindre le taux plein, fasse tousser. Surtout combinée à la réforme annoncée de l’assurance chômage.

J’ai eu la chance d’avoir une carrière sans « trous » mais cette linéarité, qui me permet de profiter d’une pension correcte, est de nos jours, du moins dans le secteur privé, parfaitement anachronique.

Qui a raison, qui a tort ? A gauche, on répète à l’envie cette antienne issue d’un article du journal libération …

depuis lors relativisée par certains selon lesquels, d’autres chiffres seraient, plus adéquats pour parler de la différence sociale d’espérance de vie et de retraite : la moitié des hommes les plus modestes de 60 ans ont 30 % de risque d’avoir moins de 10 ans de retraite, d’après l’Insee, et les exploitants agricoles et les ouvriers sont plus de 20 % à être en incapacité dès leur première année de retraite, selon la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et de la statistique.

Plus globalement chacun sort un même joker pour affirmer des certitudes opposées : le rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites (COR).

Alors, urgence ou pas urgence à réformer ? Selon, Michaël Zemmour, enseignant -chercheur, spécialiste des politiques socio-fiscales, « le rapport du COR en lui-même est assez explicite, et sa synthèse hiérarchise bien les enjeux. Il nous dit que les dépenses sont sous contrôle et que le système n’est pas en danger. En revanche, il nous alerte sur une baisse des recettes, notamment de celles qui viendraient de l’État, ce qui occasionne un déficit, alors que les dépenses, elles, sont stables (…) La question pour les retraites est de savoir comment on répartit un niveau de revenus national entre actifs et retraités. La réponse n’a rien d’évident et doit faire l’objet d’un débat politique ».

S’il ne s’agissait que de cette répartition là …

Je songeais un peu à cela tout en me disant que ce trajet aurait été bien agréable sous le soleil de ce matin. Au lieu de quoi, trempée, et songeant aux kilomètres qui m’attendaient à pied pour rentrer chez moi, j’ai déserté.

Les syndicats revendiquent 60 000 manifestants, la police n’en a dénombré que 16 000. La vérité, as usual, est entre les deux.

La veille, il avait neigé.

PS : En Nouvelle-Zélande, la première ministre Jacinda Ardern annonce sa démission : « Je sais qu’il y aura de nombreuses discussions après cette annonce pour comprendre quelles ont été les vraie raisons de mon départ. […] Le seul angle intéressant que vous trouverez, c’est qu’après six ans de gros challenges, je suis humaine. Les politiques sont humains, on donne tout ce qu’on peut, aussi longtemps qu’on le peut. J’ai tout donné pour être première ministre, mais cela m’a aussi beaucoup coûté. Vous ne pouvez pas et ne devriez pas faire ce travail à moins d’avoir un réservoir plein, et encore davantage en réserve pour les défis imprévus et inattendus qui se présentent inévitablement »,a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse. « Je n’ai tout simplement plus assez d’énergie pour quatre ans supplémentaires  (…). Je pars parce qu’un poste aussi privilégié s’accompagne d’une grande responsabilité. La responsabilité de savoir quand vous êtes la bonne personne pour diriger, et aussi quand vous ne l’êtes pas ».

A méditer messieurs.

PPS : Quand E. Macron fait du Chirac. « Votre vote m’oblige » avait dit ce dernier en 2002 avant de s’asseoir dessus. Même chose ici.

24 avril 2022 : « Je sais aussi que nombre de nos compatriotes ont voté ce jour pour moi non pour soutenir les idées que je porte mais pour faire barrage à celles de l’extrême droite. Je veux ici les remercier et leur dire que j’ai conscience que ce vote m’oblige pour les années à venir ».

19 janvier 2023 : « Nous devons faire cette réforme  [des retraites]. J’ai dit les choses clairement pendant la campagne [présidentielle]. » Petit rappel, seuls 27,85 % des électeurs qui se sont exprimés au premier tour ont approuvé un programme délivré très tard et peu débattu.

Au moins, Chirac, ne pratiquait pas le french bashing depuis l’étranger …chose que notre Président actuel ne rechigne pas à faire. Souvenons nous des « gaulois réfractaires » au Danemark….

Retraite

Autoportrait. © Vivian Maier/John Maloof Collection
Vivian Maier autoportrait

Me voilà donc entrée dans la confrérie des retraités.

Ayant été priée de solder tous mes congés non pris avant la date fatidique du 1er octobre 2021 (date choisie pour cesser mes activités), je ne travaille plus, en pratique, depuis le mois de juin. Ma sortie des effectifs de l’entreprise aurait dû me laisser indifférente. Et pourtant non. La restitution, hier, de l’ ordinateur qui me permettait de suivre la vie et l’activité de mon service, et de mon badge qui me donnait accès aux locaux et d’user de tout le matériel fourni par mon employeur (imprimantes, photocopieurs, bibliothèque …etc.) a définitivement concrétisé ce qui n’était encore que virtuel.

Retraite, un mot que je n’aime pas. Un mot qui, à première vue, sent la débandade et l’isolation, le placard et la naphtaline. Les anglais avec leur « retirement » partagent une brume semblable, ce qui n’est pas le cas de nos proches voisins latins (on pourrait vagabonder plus loin sur le mot mais cela risque d’être fastidieux ou mériterait peut-être une thèse, allez savoir). Les espagnols (j’ai sûrement dû déjà le dire ici) ont un mot nettement plus festif pour parler de cette période particulière où, au fond, il faut s’inventer une autre vie au monde : jubilacion. Les italiens en tiennent pour le pensonamiento qui a des relents pensifs, les portugais pour la reforma ce qui est carrément radical.

Pour revenir à hier, je suis sortie de ma communauté laborieuse sous l’œil envieux de ceux qu’il me faut bien nommer ex-collègues maintenant.

« Il va falloir structurer vos journées » me dit cette chef de service.

Sans doute. Tant que j’ai été « en congés », je n’y ai pas vraiment songé. Pour l’heure, je ne me sens pas trop l’âme à structurer mais j’ai ma liste de tâches. Je procrastine dans les rues de Paname quand le temps s’y prête. Des déambulations qui m’ont amenée dernièrement au Musée du Luxembourg où se tient une exposition consacrée à une singulière photographe : Vivian Maier.

Nourrice de son état et photographe compulsive, Vivian n’a jamais cherché à faire connaître son travail. A l’origine de sa découverte, une vente aux enchères et un jeune homme à la recherche de photographies pour illustrer un livre sur un quartier de Chicago. A l’arrivée plus de 100 000 négatifs dont très peu tirés par la photographe elle-même : manque de place (elle vivait chez ses employeurs) et de moyens sans doute.

A en croire le documentaire réalisé plus tard par le jeune homme, Vivian embarquait parfois les enfants dont elle avait la charge dans ses « promenades » au milieu de toutes ces solitudes urbaines que nombre de ses clichés donnent à voir : laissés-pour-compte, marginaux, SDF, miséreux noirs ou blancs auxquels elle semblait s’identifier.

Vivian Maier qui êtes-vous ? « A mysterious woman »
JPEG - 341.3 ko

Drôle d’œuvre dont on ne saura pas l’aboutissement, le regard ultime puisque ce qui nous est montré n’a pas été développé par ses soins. Quel contraste, quel cadrage final, quelle sélection (si elle en avait été capable ce dont le documentaire précité fait douter) auraient donc été les siens ? Cet inachèvement explique peut-être en partie la réticence de certains musées à accrocher son travail sur leurs cimaises.

Pour l’heure, on peut en apprendre un peu plus ici.

Loin de moi d’imaginer un jour produire des clichés de l’intensité de ceux de Vivian mais je me dis que tester une acuité visuelle revisitée par l’opération subie en mai en arpentant les rues sur mon temps délivré ..pourrait être une activité « structurante ».

Congé laborieux

Résultat de recherche d'images pour "photos farniente au soleil"
c’est assez nul comme illustration mais je n’en ai pas de personnelle

« Quand on ne travaillera plus le lendemain des jours de repos la fatigue sera vaincue » est-ce d’Alphonse Allais ou de Pierre Dac ? Qu’importe les deux origines me plaisent.

Ainsi donc j’ai envoyé ma lettre de départ en retraite et compte tenu des jours de congés payés acquis et ceux accumulés sur mon compte épargne-temps, je vais pouvoir respirer à partir de fin mai. Prise dans les injonctions contradictoires de ma cheffe, en gros « prends tous tes congés mais ne pars pas trop tôt », je ne savais comment godiller. Et puis, j’ai fini par avoir du service ressources humaines une proposition de sortie (pas des effectifs puisque je vais y rester jusqu’au 30 septembre 2021, date à laquelle j’aurai épuisé mes congés et veille de l’entrée en vigueur de mon statut de retraitée) mais plutôt d’arrêt d’activité qui correspond à mes calculs (à cause des congés accumulés). La cheffe a noté sur son cahier, m’a dit des choses aimables : genre que j’étais un pilier du service et que je manquerai cruellement ….la bonne blague, les cimetières sont pleins de gens indispensables. Et voilà.

Je me sens mieux depuis, de savoir que les grandes manœuvres managériales seront après moi, et d’imaginer faire autre chose. Basta le droit, marre. Ou plus exactement ce droit social là que les hasards du recrutement ont choisi pour moi et que je vois détruire au fil des ans.

Commencer en 1982 avec les lois Auroux et terminer sur les casses macronistes préparées par le quinquennat Hollande : il était temps de partir avant de vomir son métier ce qui m’arrivait physiquement dernièrement certains matins.

La vie sera plus fragile et matériellement plus serrée mais prendre son temps …est un luxe que ma carrière professionnelle me permet, je ne sais jusqu’à quand.

Reprendre

Après 15 jours d’arrêt de travail, il va falloir s’y remettre et j’appréhende. Renouer avec les mails incessants, les écritures et révision d’articles sur le gaz et sur fond de connexions informatiques fragiles. Les grandes manœuvres structurelles au sein du groupe vont, semble-t-il, bon train et ont tendance à hystériser notre hiérarchique qui ne nous lâche pas d’une semelle. As-tu pensé à ceci ? et fait cela ? transmis ce texte à machin ? et où en est la révision du manuscrit de truc ? je ne comprends pas que telle ou telle chose ait pris autant de temps….

Les injonctions pleuvent à des heures parfois plus que tardives, voire extrêmement matinales.

Comme si nous avions perdu les clés de notre travail….à cette aune le sens de ce que nous faisons risque de suivre.

« Mon » (sic) service jongle sur plusieurs produits éditoriaux à périodicités différentes, rien à voir avec ceux qui, dans le groupe, ne sont que sur un seul. On ne peut pas « challenger » dans toutes les cours. Et c’est bien là que la menace est perçue : qui sera quoi dans l’organisation qui se profile. Le propre de la novlangue managériale est de vous endormir dans un faux-sens qui fait naître tous les soupçons.

Le déconfinement et une balade en forêt m’ont fait réaliser à quel point j’avais tiré sur la corde. Mon départ à la retraite qui restait assez vague a pris corps. D’ici là je m’interroge sur la façon dont je vais faire accepter une décélération : temps partiel, transfert progressif de mes responsabilités à de plus jeunes qui, au fond, n’attendent que ça, les deux ? Le terme, lui, est fixé : dans un petit peu plus d’un an.

Le hasard a voulu que, pendant ma « pause », je tombe sur ce documentaire sur Arte, « Le temps c’est de l’argent », qui explique, entre autres choses, comment la rationalisation et la technicisation du travail ont conduit à nous priver de temps réel de repos, de récupération, de récréation, de reconstitution, privation couplée, en notre période de déconfinement « prudent », avec le maintien d’un discours économique anxiogène (après le sanitaire) permettant la poursuite inquiétante d’un détricotage social sans précédent.

On ne travaille d’ailleurs pas seulement en exerçant notre activité mais aussi dans nos activités consuméristes : enregistrer son panier et payer en caisse dans certains magasins, commander en ligne, s’enregistrer sur un vol. Autant de choses qui constituaient autrefois des emplois salariés et qui, effectués par le consommateur, ne coûtent plus rien en termes salariaux à l’entreprise. Les conditions générales d’utilisation ou de vente sur lesquelles on exerce moins de vigilance que sur celles d’un contrat de travail vont-elles finir par supplanter le droit du travail ?

En 1981, certains s’étaient gaussé de la création d’un ministère du temps libre chargé (en langue de bois) « de conduire par l’éducation populaire, une action de promotion du loisir vrai et créateur et de maîtrise de son temps ». Ne pas se leurrer pour autant : l’idée était encore de faire consommer, mais au moins la perspective, notamment avec l’allongement des congés payés, était -elle plus agréable que celle du « travailler plus » pour 3 cacahuètes.

La redistribution des richesses n’est toujours pas à l’ordre du jour contrairement à celle du temps où les salariés sont incités à donner leurs jours de repos non pris par exemple au profit d’un collègue dont un enfant est gravement malade ou d’un collègue proche aidant, ou, Covid oblige, aux soignants. La politique sociale ne reposera-t-elle plus bientôt que sur la seule solidarité salariale et citoyenne ? Ce qui acterait presque un bond vers l’antépénultième monde.

Alors, j’envie certain.e.s, délivrés de ces contraintes temporelles qui affichent une pêche insolente réservée à ceux qui peuvent quitter le monde du travail en assez bonne santé pour profiter du temps. Un temps pas forcément plus facile à construire mais c’est au moins le leur et ce qu’ils ont décidé d’en faire. Une réflexion à mener aussi en amont.

Et pendant ce temps là ?

La soi-disant fainéantise des enseignants sert de cache-sexe à certaines révélations policières dérangeantes (sic). C’est un peu comme la menace islamiste quand on est acculé dans les coins. Mais cela a – t -il vraiment pris , ce coup-ci ?

Ce syndicat tweete:

Syndicat France Police – Policiers en colère@francepolice Puisque la police est soit disant pourrie jusqu’à l’os, pourquoi le gouvernement et Bfm Wc ne décrètent-ils pas une semaine sans police ? Juste histoire de tester le civisme de la population et de voir comment la société s’organise sans nos services..? Chiche ?

7:31 PM · 3 juin 2020·Twitter Web App

Je vous laisse imaginer le nombre de gens qui ont répondu « chiche » sur le réseau social.

Ce jour (12/6/2020) des policiers (étaient-ils 20 ou plus ?) ont manifesté sur les Champs Elysées et non loin de chez Jupiter à l’appel du syndicat Alliance Police. D’autres, la veille, ont jeté leurs menottes par terre, estimant ne plus avoir les moyens d’interpeller « correctement » suite aux annonces de C. Castaner. Tout est dans le correctement. Je ne sais pas vous mais étranglement respiratoire ou sanguin (1), voilà qui ne m’inspire guère. Il fut un temps où l’on manifestait sans crainte de finir asphyxié…

(1) L’étranglement respiratoire se pratique avec le bras de l’étrangleur sur la trachée de l’étranglé. L’étranglement sanguin, lui, suppose une pression de l’avant-bras de l’étrangleur, sur la carotide de l’étranglé.

Une semaine de vacances : évaluation

Rien de plus éphémère qu’une semaine de vacances. Rien de plus reposant non plus quand on a rien prévu sinon voir quelques parents et amis et laisser le temps rouler : lire, s’informer sur le net, lire, faire quelques courses, lire, regarder quelques images sur les étranges lucarnes, lire encore, de tout, du roman, de l’essai, du polar, oublier  le monde en général et l’univers professionnel surtout et se dire à l’heure où l’on s’apprête à reprendre la noria des jours laborieux qu’on y mettrait bien un terme à ces jours là, mais quand ? Alors, on consulte madame la caisse d’assurance vieillesse, on lui demande des projections, on se dit qu’à tel niveau de revenus on est loin d’être à la rue, mais que les horizons voyageurs seront plus comptés …on repense à cette drôle d’envie de se faire construire, au milieu d’un bout de pelouse (car on sait ses limitations en matière de botanique) encore non localisé, une de ces petites maisons fonctionnelles entrevues outre-atlantique (Tiny house). On songe, alors que le plaisir d’exercer son métier s’étiole de lundis en vendredis à, qui sait, réduire la voilure pour s’habituer à vivre avec un peu moins. On songe qu’il serait temps de lâcher prise et penser à soi, à ce qu’on a mis de côté pour plus tard sans en faire l’inventaire, à regarder le temps comme un paysage chèrement gagné.

Retraite est un sale mot qui sonne un peu comme une désertion, un repli. Ce n’est pas ainsi que j’imagine les choses même si je ne vois pas encore ce que ce temps sera. Les contraintes viendront sûrement de la carcasse. C’est tout ce qui me vient.

Libre ? C’est à voir car l’injonction est partout. Tenez :

  • après la livraison d’un colis : évaluez livraison ;
  • après un achat : ce produit correspond-t-il à ce que vous vouliez (ce sont des livres, oui, cela correspond à mon envie de livre, maintenant si vous insinuez qu’en cas de déception quant au contenu, je peux l’échanger contre un autre …mais je ne crois pas que ce soit le cas) ? ;
  • après une course en taxi : évaluer la course (réservation, voiture, chauffeur), le 1 étant la moins bonne note et le 5 la meilleure. Vous pensez échapper à la chose mais elle se rappelle à vous ;
  • sur facebook : c’est l’anniversaire de machin ou machinette (comme tout journaliste qui se respecte je ne dévoilerai pas leurs noms) souhaitez -lui un bon anniversaire ;
  • après avoir signé une pétition : vous avez signé et nous vous en remercions mais considérez celle-ci qui peut vous intéresser aussi ….

etc.

C’est drôle cette compulsion évaluatrice. Je lui suis aussi notez :  évaluée. Tous les ans. Et quand je regarde le formulaire, je m’amuse. J’y note qu’il y a des « compétences entreprise », des « compétences managériales et stratégiques » mais que le métier n’y est pas ou alors sous l’appellation « compétences techniques »,  à définir (contrairement aux autres qui sont prédéfinies), ce qui laisse dubitatif. Ou tend à révéler, plutôt, que l’esprit « corporate » compte plus que le savoir-faire. A méditer.

Qui note celle qui m’évalue ? Le formulaire est toujours à sens unique : descendant. Il y aurait pourtant à faire remonter. On s’y risque en commentaires ou on refuse d’avaliser le document, ce qui est un désaveu en soi. Pas d’autre issue mais ire un peu vaine : on ne saura rien de la « note du dessus ».

Pour revenir aux compétences, 4 rubriques sont à remplir : à développer, en cours d’acquisition, acquis, maîtrise.

On dirait un livret d’école primaire. J’ai, toutes confondues, bientôt 38 années de travail à mon actif. J’ai  bientôt 62 ans, j’ai 6 ans.

Obsolescence programmée

Après mon imprimante, voilà que mon petit MacBook Air vient de me lâcher à son tour. Au bout de 5 ans. Mon imprimante, plus âgée, m’avait donné des signes avant-coureurs –   bourrage de papier obstiné,  blocage aléatoire du  compartiment à cartouches d’encre –  mais là, rien. Un soir, il s’est mis à ronronner comme un ventilateur et le clavier a décidé de s’enregistrer aux abonnés absents.

-« C’est le cœur de votre appareil qui a lâché », me dit  ce chirurgien Apple. « On a tout essayé, mais rien n’y a fait ».

J’ai dû tomber sur une mauvaise série.

Ayant constaté, malgré ce compte-rendu opératoire définitivement pessimiste,  que Mac répondait encore à quelques stimuli d’une souris externe, et que je pouvais, dès lors, en avoir encore quelque usage, j’ai décidé de conserver mon « défunt » et d’ essayer de transférer sur un disque dur externe des photos que je n’avais pas eu la prudence de sauvegarder tout de suite. Non qu’elles soient inoubliables, mais quand même,  ce sont des morceaux de vie dont je me demande, finalement aussi,  quelle durée de conservation ils auront sous cette forme. Obsolescence toujours.

Au-delà du pousse au crime consumériste, cette petite histoire est assez révélatrice de ces addictions qu’on ne voit pas poindre.

J’avais pris l’habitude de ce petit écran convivial, de son environnement,  de l’emmener en voyage, de travailler, par exemple, ici et là,  mes photos avec une application autrement plus satisfaisante que Picasa, bref il était devenu un peu plus qu’un simple objet domestique : le vecteur matinal de ma « reconnexion » au monde et le destinataire privilégié de mes humeurs blogueuses, entre autres choses.

Me voilà donc revenue à un PC un peu poussif mais fidèle et il me reste une tablette sur laquelle je m’esquinte un peu les yeux (combien durera-t-elle ? C’est une Apple aussi).

Les associations d’idées sont bizarres parfois. Peut-être parce qu’une collègue part à la retraite ce soir, que je vais devenir la doyenne en âge et ancienneté de mon service où le travail à flux de plus en plus tendu m’use, je me suis demandée : et ton obsolescence salariale  (sic)? L’avantage, sauf grosse bourde ou  plan social à court terme, est que j’ai la main sur sa programmation : à  63, 64, 65 ans ? Pas envie d’aller au-delà si la pension qui me revient me semble pouvoir couvrir l’essentiel de mes besoins, surtout vagabonds.

L’idée fait son chemin, mais je m’ inquiète, tout de même, de ce que nous prépare, là encore, notre chanoinesque Jupiter. Serai-je encore dans la seringue ?

En attendant, la suite,  un petit extrait de ce que la chorale où je m’égosille a donné hier en concert (sur un tempo un petit peu plus rapide, il me semble). Pas notre meilleure interprétation, mais on avait d’excellents solistes. Pour moi, j’ai fait comme j’ai pu : petite forme (je ne supporte pas la chaleur), donc petite voix. Et puis, allez savoir pourquoi, un certain et tenace ennui. Mais jugez par vous mêmes.

 

 

.