Partir

Partir,

Le désir au fond des yeux

Les rêves déjà crissant

Sous les souliers,

 

Partir,

 

 

Partir

Laisser ses amertumes

Comme des ballots secs

Le long des chemins,

 

Partir,

 

Partir,

Pour des horizons trompeurs

Des ciels espérés

Des brumes délavées,

 

Partir,

 

Partir

Pour l’improbable,

le tendre

et l’épreuve.

 

Partir

Pour être un peu

soi ou un autre

pour des regards graves et rieurs,

 

 

Partir ,

 

 

Partir

Incertain et avide

et

au bout du hasard et des silences

Ici et là

rencontrer parfois

Terré

dans les paysages

Son propre visage.

Texte S.Lagabrielle

 

 

 

 

 

 

Pérou : Puno – Tinke (ou Tinki)

 

 

Rien de tel qu’un bus de ligne relativement moelleux pour laisser dériver ses pensées au rythme des ornières, rêver d’un temps élastique, d’un temps baudruche, d’un temps léger comme la brise sur nos lèvres, d’un temps suspendu comme un soupir sur une barre de mesure, d’un temps comme une caresse sur la peau, d’un temps à modeler, à désirer …. Rien de tel que des paysages défilant pour reprendre les chemins, revisiter les pierres, redessiner les visages, ravauder ses impressions, reclasser des souvenirs frais et pourtant déjà mouvants. Les haltes minutées n’y peuvent rien.

 

Elles sont là comme des parenthèses ordonnées, dérangeantes, même si certains détails, têtus, s’accrochent :  les taureaux porte-bonheur sur le toit des maisons du village de Pukara, son musée entrevu,

 

 

 

les marchands d’étoffes et de colifichets aux abords des cols et leurs enfants à la peau marquée par le froid

les coiffes des femmes aux relents asiatiques, l’étrangeté du site de Raqchi  composé d’un bâtiment principal dédié au dieu créateur Wiracocha, d’habitations alignées comme à la parade  et de réserves de stockages. Certains y voient un centre important tant religieux qu’administratif, d’autres un point de départ d’expéditions.

 

Peut être était-ce tout cela à la fois.

Un vieil homme cherche à se faire prendre en photo contre quelques sols, des jeunes filles devisent au milieu des herbes …

 

 

 

 

 

 

La lumière tombe et le marché plie bagage à Oconcagua. Les bébés s’endorment contre leurs mères, les hommes se dérobent à nos regards numériques.

Non loin de là, le sommet de l’Ausangate, noyé dans les nuages, que nul ne verra.

 

 

 

 

 

Le gel et une nuit d’encre nous attendent à Tinki, 3900 mètres d’altitude.

Beau soleil et vent sec au petit jour.

 

Un peu plus haut paissent des lamas et des alpagas surveillés par un chien et une jeune bergère. Sur le qui-vive au milieu des rocailles, leur lointaine, sauvage et gracieuse  cousine : la vigogne. Les sommets se reflètent dans la moindre flaque d’eau. Dernier silence solaire, dernier calme minéral, à peine troublé par les ébats des lamas, avant Cuzco.

Texte et photos S. Lagabrielle -Tous droits réservés

PS : Cliquer sur les photos pour avoir le cadrage véritable.

Sortir du lit

(Photo S.Lagabrielle. tous droits réservés)

D’abord j’ai pensé au lit. A mes lits, de fortune et d’infortune. A leur odeur sucrée, musquée. A mes ciels tantôt blêmes et confinés, tantôt libres et étoilés, rêveurs, livrés à l’espace où l’on se berce de bruits.

Puis ont surgi les matins froissés mais heureux, les rêves collés aux cils, les corps qui ronronnent, les yeux qui se touchent dans un demi-sommeil et tous ces tendres murmurés.

J’ai pensé aussi à cette joie que j’avais, petite, d’embrasser la lumière qui vient et au désir qui me prend, parfois, aujourd’hui, de retenir le jour passé. Cette envie recourber le temps, le replier sur lui-même en une sorte d’origami songeur et personnel.

Et puis j’ai songé à l’eau où j’explose, cet univers proche qui charrie souvenirs aimants et douloureux. Je me suis imaginée boueuse et minuscule à ma source, sinueuse, me projetant sans savoir, endurante jusqu’ à ma délivrance dans l’horizon. Galet roulé, âme parmi les âmes dans un flux serein avant ma renaissance.

Ensuite mes idées se sont délitées, ont vécu leur propre cours. J’ai rêvé de rires éclatés sous l’orage, de poussières suspendues dans un rayon de lune, de pas, de pierres, de jardins sages et fluides, de chemins de traverse, de mains tendues, de regards sombres, de peaux d’épices, de lèvres ourlées, de fumées et d’effluves,  de chagrins gris, de chants délivrés, de traces, et de reflets fragiles… Le temps passant je n’ai plus cherché à construire. Je me suis sentie torrent se jouant de ses digues.

 

Texte écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture  « Gaz à tous les étages »

Consigne d’écriture  : « Sortir du lit »

Lectures sous l’arbre

Andrésy , Samedi 26 juin 2010.