La période est éprouvante pour les nerfs alors autant sourire un peu. La chute de cette goguette est sans doute un peu optimiste. Ou plutôt occulte la question de savoir au bout de combien de temps, on arriverait à se débarrasser d’un Gouvernement d’extrême droite. Sur l’incompétence de la représentation RN au Parlement, pas trop de doutes à avoir. Sur les réseaux sociaux tournent en boucle des extraits d’interviews par des journalistes locaux de candidats de cette formation, souvent parachutés. C’est consternant, presque de nature à faire passer les anciens playmobils Renaissance pour des génies. A cela s’ajoute l’ inquiétant palmarès personnel de certains autres détaillés par Médiapart
Outre-manche le parti travailliste a repris la main et certains se prennent à rêver d’une réplique chez nous oubliant au passage que 14 années de Gouvernement conservateur ont précédé cette victoire.
14 ans….
Dans ma circonscription l’élu sera sans doute le candidat de la majorité présidentielle, Thomas Cazenave, actuel ministre délégué chargé des comptes publics. Arrivée en seconde position, à quelques petits points (34,23 % contre 38,31 % pour T. Cazenave), la candidate NFP ne dispose d’aucune réserve de voix et la marge entre ces deux là et le candidat RN (21 % ) est trop importante pour imaginer une victoire de ce dernier. Vous me direz : et la participation ? Elle est déjà assez élevée dans la circonscription – 71,74 %.- et je ne crois pas qu’une participation plus importante renverse l' »équilibre » issu de ce premier tour. Un équilibre presque traditionnel dans ce quartier plutôt chic, parfois qualifié de « Neuilly bordelais », abritant des courts de tennis où Jacques Chaban-Delmas avait ses habitudes.
Au pan national, en revanche… Selon certains constitutionnalistes, jamais, sous la Ve République, le risque d’une crise de régime n’a été aussi grand. Lors des cohabitations précédentes, « il y avait un accord sur le noyau dur » de la Constitution et de ses principes, Rien de tel si le Rassemblement national (RN) accédait à Matignon à l’issue des élections législatives. Selon Bastien François, , professeur de science politique à l’université Paris 1-Panthéon-Sorbonne, « quoi que l’on pense d’Emmanuel Macron, il n’y aurait rien de commun [entre Matignon et l’Élysée] sur le plan des valeurs fondamentales, comme sur celui de la politique étrangère et européenne ».
« Étant donné la tradition française qui place l’État en surplomb de la société et les différents types de conflits d’intérêts entre la haute administration, le monde politique, le monde des affaires et la société civile, la France semble particulièrement mal placée pour résister à un processus de démantèlement des contre-pouvoirs qui serait organisé par une nouvelle majorité autoritaire. » Telle est l’une des conclusions d’un rapport réalisé il y a deux ans à peine par des spécialistes du droit public pour le compte du groupe écologiste au Parlement européen. En confrontant notre système juridique aux modèles de pays tels que la Hongrie et la Pologne, ces juristes ont établi que la France était l’une des démocraties les plus fragiles face à un potentiel « choc autoritaire ».
Il ne reste plus, après avoir voté, qu’à espérer que la mobilisation écarte ce danger mais pour combien de temps encore ?
