
Dernier jour avec notre mutique chauffeur Bouriate qui, après avoir dépassé sans vergogne une longue file de voitures promises à une longue attente avant d’embarquer, nous dépose au seuil (sic) du bac qui effectue la traversée jusqu’à l’île : si la traversée est courte (15 – 20 minutes) les embarcations ne peuvent accueillir qu’un nombre limité de véhicules. Nous sommes à pied.
Auparavant nous aurons fait une petite incursion dans la steppe de Tajerany et la vallée des Esprits pétrifiés. Un autre conte, l’ histoire de deux frères, deux Khans, luttant pour le pouvoir, entraînant dans leur lutte de nombreux guerriers, avant d’être punis par un chaman qui, las de leur sanglante querelle, pétrifia les deux rivaux et leurs armées.
De fait, certains de ces monticules et agrégats pierreux peuvent parfois (avec un peu d’imagination) faire penser à des corps saisis dans leurs derniers moment.


Mais revenons à Olkhon. L’île est considérée comme le coeur du Baïkal, à la fois du point de vue géologique et géographique – elle est située à proximité du point le plus profond du lac (1637 mètres), à égale distance entre ses extrémités nord et sud – mais aussi du point de vue historique et culturel : le peuplement y est très ancien et le lieu est considéré comme un centre internationalement reconnu de chamanisme. A la dérive dans les années 1990, l’île a connu une renaissance grâce au tourisme. Mais ce déferlement touristique sur son espace restreint ( 71,5 kilomètres de longueur et 15 de large) menace aujourd’hui son écosystème (Petit dictionnaire illustré du Baïkal . Pierre Guichardaz. Nouvelles éditions Pages du Monde). On y reviendra.

A notre arrivée nous sommes attendus par un chauffeur, Vassili, et son UAZ , 4×4 russe, à l’ origine véhicule militaire, utilisé et prisé par les habitants locaux pour ses capacités tous terrains et sa simplicité de réparation. Nous aurons l’occasion de tester la chose sur les pistes défoncées de l’île.

Le ciel est d’acier et un splendide orage nous accueille qui laissera un ciel clair et lavé de toute brume au soir, mettant en valeur les couleurs du petit village de Khoujir. Dans la lumière dorée nous irons voir le rocher Bourkhan, la demeure du Dieu du lac, l’un des 9 lieux sacrés d’Asie, respecté par les chamanistes et les Bouddhistes.


Une ancienne légende raconte que certains esprits, les Tengueris, sont descendus du ciel pour sauver les vivants des démons et ont choisi des lieux particuliers pour s’installer. L’un d’eux, le plus fort, le Khan Khoto Babaï a choisi la grotte de ce rocher et est devenu le protecteur et maître de l’île. Les autochtones le respectaient à tel point qu’un Bouriate, même pressé, ne passait jamais à toute allure devant le rocher. Le cavalier descendait de son cheval et enveloppait ses sabots avec du cuir pour qu’il ne fasse pas de bruit et ne dérange pas la paix du Grand Esprit. Les gens n’osaient pas parler fort à proximité. Le rocher reste le lieu principal de pèlerinage de toute la Baïkalie : chamans ou bouddhistes s’y pressent. C’est un lieu sacré fort d’une grande énergie au point qu’il est déconseillé aux personnes sensibles de rester longtemps à côté et aux femmes de l’approcher de trop près pour protéger leur descendance. Pour y aller les femmes chamans « transforment » leur âme en âme d’homme : elles choisissent la polarité masculine pour pouvoir supporter cette énergie (Baïkal, Esprits et secrets cachés : Denis Vidalie, Irina Muzika et Sergueï Belov, Editions Alpesibérie).


N’étant pas chaman, ni capable de changer ma polarité d’âme, je ne sais si j’ai pris des risques en m’approchant. Suis – je restée à distance respectable ? Je n’ai rien dit, me contentant de la lumière baissante et le seul bruit que j’ai fait fut d’appuyer sur le déclencheur de mon appareil photo. Pas de quoi réveiller ou déranger un esprit. Quoique.

Textes et photos S. Lagabrielle (sauf le UAZ). Tous droits réservés.









































