Coronavirus et algorithme

La vidéo est virale comme on dit. Profitant de la visite sa visite à l’hôpital de la Pitié Salpétrière (où vient de décéder un patient atteint du coronavirus), un médecin neurologue entreprend Jupiter sur l’état de l’hôpital public. L’échange est courtois mais je me suis dit que le Président n’en avait pas exagérément apprécié la chute.

« Vous pouvez compter sur nous », lui dit le médecin, qui ajoute, « L’inverse reste à prouver ».

La confirmation ne tarda pas. Plus tard dans la soirée, alors qu’il était à Naples pour un sommet franco-italien avec Giuseppe Conte, le président de la République est revenu sur la séquence : « C’est un médecin qui représentait la coordination, l’intersyndicale, lequel est neurologue – il n’a rien à voir avec le coronavirus – qui a tenu ces propos. Il n’a rien à voir avec la crise que nous sommes en train de vivre ». 

Le coronavirus sauvera-t-il paradoxalement l’hôpital ? se demandait Daniel Schneiderman dans son billet du 28/2 sur le site arrêt sur images. La réaction italienne du Président, où l’important semble être de laver « l’offense » qui lui aurait été faite en délégitmant la parole du médecin, ne me rend pas optimiste….  « On ne peut pas passer sous silence le fait que les personnels hospitaliers ont alerté depuis plusieurs mois sur la situation dramatique des hôpitaux publics et que c’est sur cet hôpital fragilisé que va survenir cette crise sanitaire » a rappelé, de son côté, le neurologue. Il faut croire que si.

En attendant il (le coronavirus) n’est pas sans vertus. Ainsi, selon le journal Reporterre, en Chine, les mesures visant à contenir le coronavirus, qui se sont traduites par une réduction de la production industrielle, auraient permis d’éliminer un quart ou plus des émissions de CO2 du pays au cours des deux dernières semaines, période où l’activité aurait normalement repris après les vacances du nouvel an chinois.

Nos amies les bêtes ne seraient pas en reste : selon Science et Avenir, la faune sauvage « bénéficierait » aussi de l’épidémie. C’est ici :

https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/le-coronavirus-fait-du-bien-a-la-faune-sauvage_141869

Mais ce qui vaut pour les animaux ne vaut pas pour les hommes … ni pour l’industrie ou les marchés financiers.

Ainsi la bière Corona serait une victime collatérale du virus. Au début j’ai cru qu’il s’agissait d’une reprise d’un article du journal parodique Le Gorafi, Mais non … et dire que Jacques Chirac n’est plus là pour déclarer l’état d’urgence « coronaïque ».

Les Bourses s’inquiètent et on réalise enfin, dans certains milieux autorisés (comme raillait Coluche), la légèreté, pour des raisons d’âpreté financière, d’avoir fait de la Chine l’atelier polyvalent du monde. Nous n’avons, par exemple, plus d’autonomie « médicamenteuse » en France. Et l’industrie pharmaceutique de s’interroger soudain sur l’utilité de maintenir un peu de fabrication sur nos sols nationaux et d’envisager de relocaliser une partie de leur activité.

En même temps, après quelques semaines d’attentisme, le ministère du travail se réveille et publie sur son site un guide des bonnes conduites face au virus.

https://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/coronavirus_entreprises_et_salaries_q-r.pdf

Le mari d’une de mes collègues revient d’une zone à risques. Je me demande quelle sera la réponse de l’entreprise et des écoles où ses enfants poursuivent leur scolarité. Tous confinés ? Et on s’alimente comment en attendant la fin de la période d’incubation dont il n’est pas assuré qu’elle ne soit que de 14 jours (on n’évoquera pas, par pudeur, le cas des porteurs sains) ?

Ces crises sanitaires, contrairement à ce qu’affirme cet « éditorialiste » télévisuel estampillé Rassemblement national, ne datent pas d’hier. La conscience serait de prendre acte que, si l’on sait aujourd’hui traiter nombre pathologies d’antan, l’évolution des techniques ne nous préserve pas, entre autres choses, des risques sanitaires. Peut-être nous rend-t-elle, à certains égards, plus vulnérables et qu’il serait peut-être temps de ré-interroger sérieusement nos modes de vie et de développement.

Et pourquoi les algorithmes dans ce titre, alors ?

A cause de cette sortie d’un jeune député LREM dont je ne saisis pas bien le rapport entre ses propos et le projet de loi sur les retraites si ce n’est de tenter de justifier l’intégration du régime des avocats dans le régime universel (sic) en faisant valoir le fait que leur métier en tant que tel va finalement disparaître.

« Pourquoi le nombre d’avocat va baisser ? Parce que la profession va évoluer. Ce que l’on fait aujourd’hui en contentieux de masse n’existera plus parce que les algorithmes le feront bien mieux. Les avocats vont se spécialiser dans l’accompagnement » assure ainsi Sacha Houlié.

Il paraît que l’on doit, en partie, le casting des députés LREM à Jean-Paul Delevoye qui examinait les candidatures dans je ne sais quel comité Théodule pendant la campagne législative. Le résultat est tout de même édifiant (comme son leg plus qu’ajouré sur la réforme des retraites). En entendant cela, et en regardant le fonctionnement de cette majorité « pscittacique » depuis bientôt trois ans, je me dis qu’il ne serait pas incongru d’imaginer également son remplacement par un algorithme. Ce dernier d’ailleurs ne serait-il pas plus sensible à l’absence de données vérifiables sur les paramètres qui gouverneront la fin de vie laborieuse de tous ceux qui nous suivront ?

Il est toujours aisé d’approuver un changement de régime qui ne vous concernera pas, ou peu. Et je me demande si l’individualisme galopant n’est pas plus toxique pour l’avenir que le coronavirus.