Bunkerisation

 

C’est une image sans doute emblématique de la situation actuelle.  Le Fouquet’s derrière des tôles d’acier, comme le Gouvernement enferré dans ses discours.

Une photographie de l’incommunication, de la fracture, de l’enfermement, de l’impasse. Peut-être des deux côtés d’ailleurs, à moins d’être plus inventif que l’exécutif, ce qui n’est pas exclu.

Vous me direz, à Levallois-Perret, non loin des cervelles du renseignement, je n’ai rien à craindre. Et pourtant si. Non physiquement bien sûr, mais, comme tout citoyen, je suis frappée par la dérive autoritaire de cette politique qui inquiète même nos amis suisses.

https://lecourrier.ch/2019/03/21/derive-autoritaire/

Curieuse époque où l’on est plus sensible aux dégradations matérielles qu’à la souffrance des individus. Je veux parler ici de la précarité renforcée par les politiques de ces 30 dernières années. Le vote Macron, j’entends l’adhésion faute de « mieux », était, en grande partie, celui de personnes sans problèmes de fins de mois. Qui s’inquiètent aujourd’hui plus des vitrines que des libertés comme si celles-ci leur étaient concédées, comme à leurs proches, ad vitam.

C’est une petite bonne femme aux cheveux en pétard, sénatrice EELV- les verts, élue en 2011, qui accompagne (selon ses propres termes) les gilets jaunes depuis de nombreux samedis. Elle s’appelle Esther Benbassa. Invitée ce jour-là sur Europe 1, la journaliste Sonia Mabrouk lui demande :

– est-ce que c’est vraiment la place d’une élue d’être dans la rue ?

– bien sûr, répond-t-elle, on n’est pas dans des bulles. Je ne conçois pas mon travail de cette façon là. Moi, je suis dans les prisons, je suis dans les centres de rétention administratifs, je suis dans la rue, je suis  avec les gilets jaunes, je veux comprendre..

– et vous avez raison, l’interrompt la journaliste, vous avez de l’empathie…

– ce n’est pas de l’empathie, insiste Esther, je fais mon travail.

La séquence est assez significative. Un élu ne se « commet » pas et la rue est corruptrice. Rester assis sur son banc. Regarder de loin ce qui advient sur les étranges lucarnes en continu et si terriblement retranscrit par Samuel Gontier de Télérama, légiférer pour ceux qui vous ressemblent…

Lui reprocherait-on un abstentionnisme au Sénat qu’on aurait tort. La Dame y est aussi et très effectivement.

https://www.nossenateurs.fr/esther-benbassa

Comme quoi on peut venir de la société civile et avoir un cerveau, ce qui tranche avec certaine majorité….

Ainsi va le monde, où chacun doit rester à une place assignée … par qui, au fait ? Et quelle légitimité accorder à cette pensée unique ?

 

 

 

Ayez confiance

Confiance

Alors que le climat social n’est pas, pour l’heure, à son épanouissement, je note, avec amusement,  un certain engouement pour le mot confiance dans le titre de nos lois récentes. Depuis le début de ce quinquennat trois lois le contiennent :

– loi pour la confiance dans la vie politique ;

– loi pour un Etat au service d’une société de confiance (le titre initial était projet de loi  relatif à la transformation des relations avec l’administration et le public ce qui avait le mérite de la simplicité) ;

– et actuellement en discussion le projet de loi pour une école de confiance qui suscite plutôt la défiance de la communauté à laquelle elle s’adresse. Voir ici par exemple http://www.cafepedagogique.net/Pages/Accueil.aspx

Chemin errant sur la toile, je découvre l’existence d’un « macronomètre » initié par l’IFRAP (Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques) :  « une fondation composée d’une quinzaine de chercheurs, pour moitié bénévoles, dont Agnès Verdier-Molinié est le directeur », libérale de choc et incarnation presque exclusive de la chose sur nos étranges lucarnes (LCI, France 5, M6, Canal+, Arte, Europe 1, RTL, RMC, France Inter, Sud Radio, BFM Business notamment). Pour l’heure, seule la  loi pour un Etat au service d’une société de confiance semble avoir fait l’objet d’une notation : 6/10. Mais peut-on faire confiance à cet organisme ? Non, répond le journal Marianne, pour qui l’IFRAP n’a rien d’un institut de recherche et tout d’un vrai lobby ultralibéral.

Vagabondant toujours sur cette idée de confiance, j’apprends qu’il existe des expérimentations d’évaluation par contrat de confiance. Sur le dispositif voir ici :

http://mclcm.free.fr/documents/060124_EPCC.pdf

Peut-être faudrait-il en trouver une déclinaison politique. Pour l’heure, le seul baromètre de confiance homologué pour un Gouvernement, et plus globalement pour les personnalités politiques entre deux élections, sont les sondages. Mais il y a belle lurette que je leur accorde un  niveau de confiance assorti à la manière dont ils sont réalisés : le doigt mouillé.

France terre d’asile

« Notre ambition est que la France soit la première terre d’accueil de datacenters en Europe », dixit Bruno Le Maire. On a la politique d’accueil qu’on peut …

Arguties

Dans les conclusions de la commission d’enquête du Sénat, la députée Aurore Bergé, également porte-parole de La République en marche (LREM), voit « un précédent qui est quand même dangereux ». « Le Sénat a voulu faire de la politique. Ils ont le droit de le faire, mais il faut respecter quand même la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice »

A quoi le Sénat oppose l’article 24, al.1 de la Constitution aux termes duquel : « Le Parlement vote la loi. Il contrôle l’action du Gouvernement. Il évalue les politiques publiques ».

Certes, mais, objecte N. Belloubet, ministre de la justice : « Nous avons une Constitution dont les mots sont extrêmement précis. Dans cette constitution, il est dit que les commissions d’enquêtes […] sont chargées de contrôler l’action du gouvernement. Or dans les préconisations qui figurent à l’issue de ce rapport, on constate que beaucoup d’entre elles concernent l’organisation interne de l’Élysée ».

Ahhhhh… c’était donc ça.

Je suis idiote :  il me semblait que l’organisation faisait quand même un peu partie de l’action, en tous cas de son efficacité, si prisée par les « exécutives » de notre « Start up Nation ». Il faut croire que non, ou plutôt que la distinction s’impose.

Réponse suave de JP Sueur sénateur (encore socialiste) et membre la commission : « Elle pourrait aussi s’interroger sur l’utilité pour le pouvoir exécutif de ne pas empiéter sur le pouvoir législatif. »

Depuis la lettre d’E. Macron aux français posant hypocritement la question suivante : « Quel rôle nos assemblées, dont le Sénat et le Conseil Économique, Social et Environnemental, doivent-elles jouer pour représenter nos territoires et la société civile ? Faut-il les transformer et comment ? », les couteaux sont tirés, prérogativement parlant parce que sur le fond … la preuve par la loi anticasseurs.