Je suis Amish

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 » Oui, la France va prendre le tournant de la 5G  (….) J’entends beaucoup de voix qui s’élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile ! Je ne crois pas que le modèle Amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine« 

Commentant ces propos un twittos écrivit : Le méprisant de la République. Ce qui me paraît assez bien résumé. Car c’est plus fort que lui. Le Gaulois réfractaire ayant vécu, voici donc les Amish. Les intéressés s’en moquent sans aucun doute, les citoyens de la convention climat beaucoup moins : la demande d’un moratoire sur la 5 G faisait partie des 149 mesures proposées que le chef de l’Etat s’était engagé à reprendre. Où il se vérifie, une fois de plus, que les promesses n’engagent que ceux qui y croient.

Une étude d’impact sanitaire et environnementale avant d’accorder des licences serait-elle superflue ?

Pas sûr

http://La 5G arrive en France, mais les autorités notent « un manque important de données sur ses effets sanitaires »

http://Tour du monde des réseaux mobiles 5G : les particuliers ne sont pas conquis

mais Jupiter ne saurait s’arrêter à ces considérations. Le doute ne fait pas partie de ses affects. « Le progrès vous dis-je  » ne se discute pas. On croirait entendre Diafoirus.

Il arrive un moment où l’on ne sait plus qualifier les gens. Le devrait-on d’ailleurs. Sans doute pas mais cela soulage souvent. En ce qui concerne E. Macron, j’hésite entre plusieurs qualificatifs que je ne dévoilerai que contre faveurs sonnantes et trébuchantes (je plaisante) : vu de ma fenêtre, cet homme est inconscient de la violence qu’il distille via ce genre de sorties (on se souvient outre des gaulois réfractaires, des illettrées, du costard, de traverser la rue, du pognon de dingue etc. A propos de ça, la réfection de son bureau nous aura coûté bonbon.Start-up nation mais old style présidentiel ).

Mais, au fait, c’est quoi la 5G ? Selon l’ autorité de régulation des communications électroniques et des Postes (Arcep)

« La cinquième génération de communications mobiles (5G) se présente comme une génération de rupture, celle qui ne s’intéresse plus uniquement au monde des opérateurs mobiles grand public, mais qui ouvre de nouvelles perspectives et permet la cohabitation d’applications et usages extrêmement diversifiés, unifiés au sein d’une même technologie.

La 5G doit permettre un saut de performance en termes de débit (qui doit être multiplié par 10), de délai de transmission (qui doit être divisé par 10) et de fiabilité de la communication.

Elle devrait être un véritable « facilitateur » de la numérisation de la société, en autorisant le développement de nouveaux usages : réalité virtuelle, véhicule autonome et connecté, ville intelligente (contrôle du trafic routier, optimisation énergétique), industrie du futur (pilotage à distance des outils industriels, connectivité des machines)… »

Outre la vacuité du discours, c’est ignorer sciemment que beaucoup sont loin de pouvoir accéder à cette discutable petite merveille.

Drôle d’époque où, de plus en plus, on ne se pose pas la question de l’utilité des choses mais de comment les acquérir pour la seule raison qu’elles existent. Quel bonheur d’acheter un cache-pot en forme de pot….mais un pot design !

Jupiter a-t-il jamais sérieusement songé à la notion de « progrès » ? Sans doute pas. Pour cet homme pressé, il ne faut pas rester en queue de peloton, il faut aller vite sans être trop regardant.

Alors je songe à J.Ellul et à ce constat qui n’a pas pris une ride : « La Technique ne se contente pas d’être le facteur principal ou déterminant, elle est devenue Système, et l’homme est au service de la technique plus qu’elle ne le sert ».

« Si la technique est totalisante », poursuit Ellul, « c’est-à-dire si le système technicien est capable d’intégrer tous les phénomènes nouveaux au fur et à mesure qu’ils se présentent, si la technique est récupératrice, c’est-à-dire si tous les mouvements révolutionnaires sont finalement récupérés par elle, qu’est-ce qui peut bien lui échapper ? D’un point de vue humain, rien. »

Voir pour plus de détails ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Ellul

En sommes-nous là ?

Rien à voir,

Olivier Véran: « Les cas contacts de cas contacts ne sont pas des cas contacts ». Ah, bon ???? Et pourquoi donc ? la causalité serait-elle rompue ? Moi, ce genre de sortie, cela me fait penser à Bobby Lapointe (takatietakité). Après les masques, les tests, notre ministre de la santé est en bonne voie de crédibilisation.

Un siècle technicien

Ayant, récemment, à commenter une loi sur la protection des données personnelles mettant en phase notre droit avec un règlement européen sur la question, je suis retombée sur cette problématique des décisions administratives susceptibles d’être prises de façon « automatisée », c’est à dire ayant pour fondement un algorithme. La loi se veut rassurante : aucune décision de justice impliquant une appréciation sur le comportement d’une personne ne peut avoir pour fondement un traitement algorithmique.  Si j’osais, comme disent les Suisses, je ferais remarquer que présenter une demande quelle qu’elle soit témoigne d’un « comportement ».  Mais, là est le hic,  pour ce qui est des décisions non-judiciaires (par exemple celles produisant des effets juridiques à l’égard d’une personne ou l’affectant de manière significative : le droit à un minimum social, par exemple ?)  le principe comporte pas mal d’ « assouplissements » qui n’ont pas inquiété le Conseil constitutionnel (à vrai dire, de nos jours, on se demande bien ce qui peut le secouer un tant soit peu, voir plus bas quand même).

Malraux affirmait que le XXI ème siècle serait religieux  Reste à s’accorder sur la religion. Vu de ma lucarne, il me semble que, pour des raisons de rentabilité, on rogne aussi sur le temporel, la relation entendue comme ce qui nous lie. A entendre, par exemple,  cette collègue  raconter ses discussions avec son médecin, je me dis que l’homme est en passe de s’aligner sur la neutralité froide de la machine : « j’ai respecté le protocole à la lettre. Que peut-on me reprocher ? »

Plus que jamais, alors, je pense à Jacques Ellul, qui fut mon professeur, et dont j’ai précieusement gardé toutes les interventions pendant ma formation, en particulier celle sur la technique.

Madame Wikipedia fait sur ce thème un résumé assez fidèle de sa pensée : la technique, selon Ellul,  n’est plus un instrument docile, un simple moyen : « elle a maintenant pris une autonomie à peu près complète à l’égard de la machine (…),  obéissant à ses propres lois, elle est devenue le principe d’organisation de toutes nos sociétés. Par conséquent, il est erroné de ne voir en elle que le moyen de nous libérer des servitudes imposées par la nature : elle est sans doute cela mais elle est aussi la source de nouveaux types de servitudes ».

« Le phénomène technique peut se définir comme la préoccupation de l’immense majorité des hommes de notre temps de rechercher en toutes choses la méthode absolument la plus efficace », écrivait-il. , » Mais s’il en est ainsi, c’est parce que la technique est « à la fois sacrilège et sacrée » : l‘invasion technique désacralise le monde dans lequel l’homme est appelé à vivre. (…) L’ homme, ne pouvant vivre sans sacré, reporte son sens du sacré sur cela même qui a détruit tout ce qui en était l’objet : la technique ».

Le lien avec ce qui précède est ténu, mais bon :  le Conseil Constitutionnel, à propos des passeurs de la vallée de La Roya, distrait d’une sieste plus que décennale, s’est souvenu du mot « fraternité », dont le sens s’est perdu,  autant que celui de ses voisines « égalité » et « liberté » sur les frontons de nos édifices publics. La formulation alambiquée de la Juridiction suprême contribue à atténuer la portée de son rappel à la loi, tellement d’ailleurs que notre Collomb national n’y a vu aucune contradiction avec ses vilénies.

Combien de définitions et autres acceptions la machine a – t – elle stockée de ces mots là sur son disque dur ?

En ce qui nous concerne, lamentables humains peu à peu convertis « à l’insu de notre plein gré » et « en même temps »  à un individualisme  surligné  (ah ! la perspective d’être un jour millionnaire !), à l’immédiateté et à une « profitabilité » assortie, elles s’effacent de notre carte mémoire.