Réseaux

Je me souviens m’être longtemps interrogée sur l’utilité de facebook et m’être finalement rendue à m’y inscrire car cela me permet d’avoir des nouvelles d’amis et de proches. Je n’étais pas prête pour Twitter, mais une jeune collègue m’a laissé entendre que cela pourrait un peu booster ce blog (réponse : non). Mais à force de « suivre », tel ou tel, on finit par s’intéresser.

Et puis, Elon Musk a racheté twitter et l’a renommé X. Aller sur un réseau comme X c’est voir défiler ce qu’il peut y avoir de pire : les mensonges, les sottises, les insultes, un complotisme ahurissant, le harcèlement, les montages visuels etc. et, bizarrement, s’instruire inopinément de temps à autre via des fils parfois un peu longs mais qui donnent à réfléchir (par exemple avec Anna Colin Lebedev sur le conflit ukraino-russe : son livre « Jamais frères » mérite d’être lu ).

Twitter n’était pas reluisant mais X c’est renifler une poubelle dont le fond (sic) vous échappe comme l’horizon.

Einstein aurait dit :

« Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore la certitude absolue ».

J’y pense toujours lorsque je me balade sur ce réseau.

Sur X, il y a 2 onglets, l’un » pour vous » dont le contenu est choisi par la plateforme, une sorte de déchetterie personnalisée profilée par des algorithmes, dans laquelle il vous faudra trier (pour ma part je parcours et passe…mais je note des trucs ici et là quand ça m’intéresse) et puis l’autre « vos abonnements » où vous êtes en meilleure compagnie puisque vous avez choisi de suivre ces contributeurs.

La perversité est que l’on en vient presque à davantage fréquenter la déchetterie, où l’on recroise ses abonnés ou les personnes que l’on « suit », pour ne pas être en reste des turpitudes du monde (le scoop à tout prix, ce naufrage de l’information).

Je poste très peu, et réagis de manière très sporadique et je m’illusionne très certainement sur mon détachement en me disant que je suis comme quelqu’un qui regarde des poissons s’agiter dans un aquarium.

Depuis peu, je pratique Mastodon, autre réseau, plus respectueux et moins foutraque que X (ce qui n’est pas difficile). Mais, parfois une sensation de terne me saisit et je retourne scruter ma poubelle (sachant que vu mon peu d’activité sur X, elle est d’un modèle réduit). Une forme d’alcoolisme numérique.

Aujourd’hui Emmanuel Macron reçoit les présidents des groupes parlementaires, les chefs des partis, et Lucie Castets, candidate NFP à Matignon, en vue de tenter de constituer un gouvernement ou plutôt de sortir d’une impasse dans laquelle il s’est enfermé et nous avec.

Déferlement de bêtises en vue avec peut-être quelques pépites sensées dedans ? Journée de dupes XXL plus sûrement.

Ce blog va s’interrompre quelque temps. Le temps de récupérer d’une intervention chirurgicale et me demander si je ne devrais pas passer à autre chose.

Marché de l’attention

C’est un livre intitulé « La civilisation du poisson rouge : petit traité sur le marché de l’attention ». Son auteur, Bruno Patino, cumule d’ éminentes fonctions dont celle de directeur éditorial d’Arte.

Je ne l’ai pas lu mais je devrais peut-être.

L’idée de base, pour ce que son auteur en dit lui-même est (si je traduis correctement), que notre capacité de concentration est mise à mal par les réseaux sociaux, notamment Facebook, dont le modèle économique est calqué sur le modèle publicitaire et dont le but est de retenir le plus possible dans ses rets ce fameux « temps de cerveau disponible » cher à l’ancien PDG de TF1. La différence par rapport au temps des déclarations de ce dernier est que les nouveaux outils numériques captent notre attention tout le temps et sont en mesure de recouper un grand nombre de nos données personnelles (goûts, comportements …etc) via nos pérégrinations sur la toile.

Sommes -nous entrés dans un capitalisme de surveillance ou un capitalisme de traçabilité ? B. Patino pencherait pour la seconde option. La différence est subtile, la seconde me paraissant assez « naturellement » conduire à la première.

Chaque fois que nous utilisons, réagissons sur les réseaux nous ajoutons une touche, ineffaçable pour des blaireaux comme moi, à notre portrait numérique.

Mais revenons à l’attention. Celle-ci serait devenue un marché concurrentiel. Je dirais qu’il s’agit du premier stade de l’attention, celui qui consiste à attirer l’oeil, à susciter une forme de curiosité. Pour ce qui est des autres acceptions du terme, la concentration donc, la prudence, la réflexion, par contre …

Comment retenir un individu sur une plateforme ?

B. Patino raconte : la recette permettant de vous retenir sur une plateforme trouverait ses racines dans les expériences menées par un certain Burrhus Frederic Skinner. »Ce spécialiste en psychologie avait observé le comportement d’une souris dans une boîte transparente. Il avait disposé un distributeur de nourriture et délivrait toujours la même portion de nourriture lorsque la souris appuyait sur une touche. Skinner avait remarqué qu’elle devenait progressivement maîtresse du mécanisme. Elle n’appuyait que quand elle avait faim. En revanche quand Skinner a fait varier les quantités de nourriture délivrées de manière aléatoire, il s’est rendu compte que le mécanisme devenait maître de la souris. Cette dernière appuyait de manière compulsive sur le bouton qu’elle ait faim ou non. Les casinos se sont inspirés de cette expérience pour régler leur machines à sous. A un moment donné, ce n’est plus le gain ou l’espérance de gain qui vous fait jouer mais juste l’envie compulsive d’actionner le manche de la machine. Sur un très grand nombre d’applications numériques vous avez ce même rapport là. Les algorithmes vous fournissent de temps en temps des choses qui vous correspondent mais aussi des éléments qui ne vous correspondant absolument pas. Cette incertitude vous rend addict… »

Hum … ! Dois-je me considérer comme une addict dans la mesure où je regarde brièvement matin et soir ce qui a bien pu se raconter sur facebook ou twitter ? Peut-être bien, encore que mes horizons sur l’un ou sur l’autre ne s’élargissent guère et que je m’y exprime assez peu. Je snobe, en particulier, les groupes dont l’algorithme me dit que cela devrait m’intéresser. Alors ? Mauvaise tête ?

Il y a dans tout ce discours là quelque chose qui me chiffonne dans la mesure où il tend à réduire l’activité intellectuelle à une connexion compulsive sur les réseaux. J’aimerais croire qu’il n’en est rien et que même les plus soudés à leur téléphone portable ont des idées vagabondes. Mais je constate parfois que le pavlovisme numérique a de très beaux jours devant lui. Le réflexe y précède de loin la réflexion.

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Heureusement il y a des sites où l’on prend son temps. Celui-ci s’appelle Thinkerview où l’on peut profiter (ou s’agacer) de longues interviews (plus d’une heure souvent). Il ne s’agit plus de rester là parce que cela pourrait vous plaire mais de rester là parce que vous le voulez … ce qui diffère aussi d’une « envie de » parfois noyée dans la procrastination.

« Laisser du temps au temps » disait -il. Une chose presque incompatible avec l’ère du tweet…sauf si l’on s’appelle Bernard Pivot.

Sur ce le poisson rouge retourne dans son bocal.

Du vrai, du faux, du probable et de l’improbable

Le temps volatile nous obligerait-il, sauf à sombrer dans une moutonnerie désespérante, au fast-checking individuel ?

Facebook, twitter (et j’en oublie sûrement) sont des déversoirs d’actualités qui sont  souvent à l’information ce qu’un pet de Donald Trump est à la bienséance.

Mon métier m’a appris à ne jamais me contenter d’une seule réponse. A croiser, à recouper. Mais ce savoir ne mène pas toujours au vrai quand on s’aventure en territoire mal maîtrisé.

Et d’ailleurs, qu’est-ce que le vrai ? Pour des quantités objectivement mesurables (genre une classe d’âge), des dates, des textes légaux ou règlementaires, on peut s’en sortir, mais dès qu’interviennent les statistiques, ou les sondages, l’humain et sa versatilité ? Le vrai demande à être vérifié. Donc  … il n’est pas encore confirmé et la présomption d’innocence ne joue aucun rôle en ce cas.

La contingence, séduisante excuse. Et chacun son prisme.

Tenez, notre Président, pourrait se défendre de ce livre qui le plombe en disant « mais dans ce contexte là c’était pertinent. Aujourd’hui par contre…. ».

On en viendrait même à douter de ce fast-checking proposé par certains médias auquel on finit par se fier par manque de temps, de sources, par paresse intellectuelle.

Dans un précédent post je parlais de la reflexion perdue. Si la loghorrée de l’information en continu l’entrave, ne nous éloigne-t-elle pas aussi de notre vie ? La manipulation informative ne date pas d’aujourd’hui. C’est juste une question de degré. Les discours complotistes prospèrent le terreau de résaux sociaux insaisissables.

La reflexion est condamnée au temps de retard et le risque d’un grand n’importe quoi augmenté .

Même un subtil et malicieux qui doutait d’hier de la « densité » d’Emmanuel Macron twitte aujourd’hui :

Emmanuel Macron. Du chat il a la souplesse, du renard le flair, du loup l’appétit, de l’âne le coup de pied.

Cela fait-il une compétence à nous diriger ?

Voilà qui demande à être vérifié.

Allez, pour clore cette lamentable chronique : focus sur la déclaration candidature du jeune ambitieux

Je tweete donc je suis ?

0-rwAxlwi6-twitterUn jour sur la suggestion d’une jeune collègue, j’ai sauté le pas et me suis créé un compte twitter. L’idée était, par là, d’accroître la modeste audience de ce blog. Mes tweets se résumant le plus souvent à diffuser un lien vers mes hebdomadaires billets, l’opération n’a pas produit les résultats escomptés. Sans doute parce que je n’ai pas cherché à m’approprier l’objet. Certains tweetent pour leurs attirer l’attention sur leur activité professionnelle, d’autres à des fins très mercantiles, d’autres encore à des fins très égotistes (les cumuls n’étant pas exclus). Il y a ceux du matin et ceux du soir, ceux du tout le temps, ceux qui saturent et ceux qui distillent. Ma contreperformance (qui ne me chagrine pas au demeurant) vient sans doute de mes réserves vis à vis de la volatilité de ce qui s’y poste, de ce bric à brac foutraque où la profusion noie l’essentiel. A-t-on vraiment besoin de ce « tout de suite, tout le temps » ? Si la concision me sied, la réactivité obligée, celle à laquelle on peut se sentir bizarrement tenu lorsque on a mis le pied dans la porte, me rebute.

Mais il y a ceux qui ont su en faire autre chose : une forme littéraire et narrative en soi. Du long en bouche pointilliste.

Il y a cette journaliste qui, après la découverte, il y a trois ans, dans une cave, d’objets ayant appartenu à une précedente locataire, reconstruit par touches de 140 caractères ce qui a pu être sa vie. Elle en est à sa troisième saison et l’exercice devient de plus en plus participatif, mêlant jeu et les autres.

http://abonnes.lemonde.fr/big-browser/article/2016/06/30/madeleineproject-ou-comment-des-objets-decouverts-forment-le-recit-d-une-vie_4961249_4832693.html

Il y a aussi les adeptes du réel un peu décalé, parfois cruels, inégaux, drôles souvent, comme Bernard Pivot. Petits exemples :

Dans le couple, il arrive que le plus affolé, le plus déboussolé soit celui ou celle qui a osé rompre.

Le Brexit c’est la Manche qui a envahi la Grande Bretagne et qui sépare désormais l’Angleterre et l’Ecosse.

Il n’y a plus d’été ? Quelle idée aussi d’avoir donné pour nom à la soi-disant plus belle saison un participe passé !

On ne se voit ni grandir ni vieillir. On ne s’est pas vu naître. Si on ne se voit pas mourir, on aura passé sa vie à ne rien voir.

Parfois il tweete en série aussi  :

1 Le dynamisme du verbe lever. Lever des fonds, un lièvre, une option, des filets (cuisine), des haltères, la jambe, le coude, etc.

2 Mieux: élever. Élever la voix, le débat, l’âme, un enfant, des chevaux, une statue, etc. 17 mai

3 Relever n’est pas mal non plus. Relever la tête, le défi, les saveurs, le courrier, une sentinelle, etc.

 17 mai

4 Mais soulever est encore plus fort. Soulever le peuple, un pays, l’enthousiasme, la colère, l’admiration, des questions, etc.

5 Macron lève des fonds, élève le débat, relève le défi, mais soulèvera-t-il l’enthousiasme, la colère ou de la poussière en marchant ?

J’aime bien ces petites virgules posées sur les jours. Elles me distraient du bruit.

Technologie

L’individu est toujours prêt à se soumettre à la nécessité, pourvu que le vocabulaire de la liberté soit sauvegardé, et qu’il puisse parer son obéissance servile de la glorieuse énergie d’un choix libre et personnel.

  • L’illusion politique (1965), Jacques Ellul

Je ne sais pas pourquoi je pense à cela à propos de ces nouvelles technologies de l’information  et de la communication, ces douces NTIC, qui pulvérisent, entre autres choses,  la notion de temps de travail et de temps personnel, le premier venant phagocyter le second.

Celle-ci ne manque pas de regarder ses mails professionnels (et d’y répondre) lorsqu’elle est en congé, cet autre m’assure que l’important est d’être réactif et twitte quotidiennement (on est tout de même très loin l’addiction de N. Morano qui « pense », avec l’acuité que l’on sait, … du bout des doigts), telle autre m’assure que le télétravail c’est la liberté puisqu’on peut quitter son boulot à des heures correctes, faire faire les devoirs aux enfants, les coucher et  reprendre son travail jusqu’à  ….ce que l’on consente à admettre qu’il est temps de s’accorder quelques heures de sommeil ?

Lorsque j’avance qu’il est important de se « deconnecter », de se préserver de ce flux incessant, de mettre des limites, se mettre en pause …en gros dire NON. Quand j’ose dire que je pense que twitter est  tout de même une énorme décharge égotiste où les pépites sont rares et que le désir d’information des clients d’une entreprise n’est peut-être pas de cet ordre ou de cette urgence là. Que facebook, c’est assez idem. Quand je prône le « no login » pour préserver un peu de vie privée. Que cette disponibilité consentie n’est pas une manifestation de liberté mais l’acceptation d’une nouvelle forme de servage. Que pour moi, deux personnes au restaurant textotant chacune de son côté est d’une tristesse absolue. Que l’homme connecté n’est bizarrement plus « au monde ».. ..

…je sens que j’atteins le stade ultime de la ringardise.

Je sais c’est caricatural.

Mais il faut que je l’assume : ma « mondialisation individuelle » renâcle. Je n’en suis pas à une contradiction près, notez ..puisque j’écris ici, que j’ai une messagerie, un compte facebook et twitte une fois par semaine (avec le fol espoir que, dans la masse journalière, des yeux s’arrêteront sur mon insignifiance).

Mais les vacances restent des vacances. Professionnellement, je n’y suis pour personne. Et ne vous avisez pas de téléphoner pour des fadaises pendant un déjeuner avec moi, vous avez de fortes chances de vous retrouver seul. Ce sont mes minuscules limites non négociables.

Le Gouvernement s’intéresse au droit du travail à l’heure du numérique. Le rapport de Bruno Mettling  intitulé « Transformation numérique et vie au travail » est sur mon bureau.Je m’y plonge avec circonspection.

Je m’inquiète de l’obsolescence des compétences, dont la vitesse ira croissant, et de la péremption jumelle du salarié.

J’ai tort. La technique ne s’arrêtant pas à ces bassesses nous pondra bientôt un transhumain indéfiniment adaptable :  un rêve ?

Mais amusons-nous plutôt. Sur le site soon soon soon, je lis : Demain, vous boirez l’eau des nuages et vous laverez votre vaisselle en prenant une douche. Economies d’eau obligent…Demain, dans un monde du « one size fits all » – où l’on se rend compte que son collègue porte le même pull que soi ou son voisin les mêmes sneakers, on passera du produit de masse à la personnalisation de masse. Autrement dit : tout ce que vous vivrez, porterez et achèterez sera unique au monde. Elle est pas belle la vie ?