Répliques

Nouveau séisme au Népal qui appelle d’autres répliques, d’autres soubresauts de la mémoire.Nagarkot- Tukuchha 9-10-2008

Je me souviens de Nagarkot, un peu à l’est de Kathmandou. Ce jeune garçon nous avait accompagnés en chemin. Curieux comme une belette, il nous interrogeait à tour de rôle dans un sabir que seul notre guide parvenait à démêler . Tu viens d’où ? Et c’est où la France ? Tu es marié(e) ? Tu as des enfants ? Non ? Et comment ça se fait ? Moi, j’irai loin. Peut – être en France mais avant j’irai à Kathmandou. Tu connais ? Je lui avais dit que oui et  lui avais montré des photos. Très impressionné, il avait voulu que je le photographie. Il avait aussi ses exigences et j’avais dû recommencer plusieurs fois. Finalement, ce cliché là lui avait plu.

A-t-il finalement vu Katmandou ?

Bandipur 15/10/2008

Je  me souviens de Bandipur, de ses rues dallées écrasées de soleil, ses lumières vacillantes au soir et de la  conversation animée de ces deux là, ponctuée de cocoricos asthmatiques, de  Dhulikhel et de cette jeune fille au regard lourd, presque dur, du Machapuchare et de l’Ama Dablam au petit matin, des rues de Thamel où je me suis perdue …

 

Dhulikhel 9-10-2008

 

Plus loin encore, en remontant le fil des routes et des  ponts suspendus, je retrouve Namche Bazar, nichée dans sa coquille, enchevêtrement de maisons en terrasses le long de petites rues sinueuses, le plaisir de cette douche chaude avant l’altitude, la brume en arrivant à Dhole.

 

Je revois, cette mère massant son bébé,  les kampas crasseux et magnifiques sur le seuil de « notre » lodge, les danses de Tyangboche  presque sorties d’un album d’Hergé, IMG_20150514_0002

 

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cet instituteur, si beau, faisant sa classe en plein air, qui nous avait hélé, et ses petits élèves qui ont aujourd’hui plus de vingt ans. Peut-être ensevelis.

 

 

Je repense aux vols aléatoires de Katmandou à Lukla, aux dzos (hybride de vache et de yack) indifférents sur la courte piste d’atterrissage et à ces reliefs qu’il nous semblait possible d’effleurer d’un doigt

 

Quinze années ont séparé mes deux voyages mais c’est  l’émerveillement  du premier que je rebrode sur la trame de gravas et de paysages dévalant leur propre pente. Je m’étais dit, alors :  je reviendrai bientôt. Un bientôt relatif qui aurait pu être aujourd’hui.

 

 

 

 

 

 

A l’abri derrière nos murs, loin des fureurs de la terre, on ne sait pas le temps fragile.

 

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Intermède

 « Le voyage peut être une des formes les plus bénéfiques de l’introspection … » ( Lawrence Durrell, Citrons Acides)

Petit clin d’œil, à certaine, qui se reconnaîtra, j’espère, si, par hasard, elle vient par ici.

 

J’avais jeté mon dévolu sur deux livres. Elle m’en offrit trois.  Pourquoi sa main s’était –elle arrêtée sur celui-ci ? Peut- être, tout simplement, parce qu’il était là. Mais j’aime à penser que les hasards ne sont pas innocents ni les cadeaux dépourvus  d’intention. Alors,  j’ai commencé ma lecture par l’inattendu : Lawrence Durrell.

« Les pentes flottent en drapeaux, et les chevaux de papier multicolores galopent vers le précipice  où ils s’engloutissent, à peine nés sous les ciseaux. Le dernier voyageur serre son manteau sous ses aisselles et creuse son petit puits d’air dans l’ouragan. Les antilopes bavardent et frissonnent ; leurs yeux fondent, leurs flancs se parcheminent sous le vent ; et l’homme trempe des morceaux de beurre dans son thé et avale une pilule de fumier sacré » (1).

Si je les avais eus en bouche et sous les doigts, ces mots-là  auraient été les miens. C’est pourquoi je les adopte sans vergogne. Lawrence et moi n’avons pas arpenté le même versant, pourtant  :  mes souvenirs sont vides d’antilopes mais pleins de yacks se faufilant entre les pierres avec une surprenante souplesse.Pour le reste tout est là : la pureté trompeuse de la lumière, les drapeaux de prières claquant sous le vent, le souffle court, les ponts suspendus, les maisons en terrasse,   le thé au beurre salé, et cette petite pilule mystérieuse qui me fut donnée par un lama au monastère de Tyangboche, alors en pleines fêtes.

Je me souviens des bonnets et des trompes,

 

 

 

 

 

des masques et des danses,

 

 

 

 

 

 

 

des ombres insolites sur les montagnes au soir,

 

 

 

 

 

de cette pantomime qui faisait tant rire les villageois

 

 

 

 

 

et de ce petit garçon au bonnet blanc  dans la foule.

 

Il a plus de vingt ans maintenant et porte sans doute les effets d’autres voyageurs qui ne savent de lui que l’immense panier en osier sur son dos.

Le chapitre qui m’attend m’emmènera en Grèce. Une autre lumière,  une autre odyssée …. aujourd’hui fracassée .

 

(1) Lawrence Durrell, Le carnet noir, trad. Roger Giroux in  « Lawrence Durrell : Dans l’ombre du soleil Grec », textes choisis et présentés par Corinne Alexandre –Garner, Collection «  Voyager avec » : La Quinzaine Littéraire et Louis Vuitton, éditeurs.

(Photos S.Lagabrielle.Tous droits réservés)