confettis californiens : Monument Valley

« En voiture Simone »,  » c’est parti mon kiki », « roule ma poule », « Ah, la la, ça secoue »: Jimmy, le conducteur navajo de notre 4×4, sait l’essentiel de ce qu’il y a à savoir du français quand on trimballe des grappes de touristes sur les pistes de son territoire. Mais je le soupçonne d’en avoir gardé, si j’ose dire, sous la langue, car il sourit parfois à nous entendre commenter notre minuscule aventure. Nous voilà chez John Ford et dans les polars de Tony Hillermann, dans l’image et l’écrit, dans l’immensité surtout, cet  espace indicible, tanguant au gré de la fantaisie de Jimmy entre toute-puissance et légèreté.

Je n’ai aucun mal à retrouver le western. Dans les coulisses de ma mémoire défilent de vieilles scènes de poursuite en noir et blanc en contrepoint des étendues d’un orange intense, parfois déformé par la lumière, que j’ai sous les yeux. J’ai plus de mal avec la littérature :  les aventures du détective Jim Chee et de son supérieur Joe Leaphorn se situent beaucoup plus loin, du côté de Window Rock. Et puis, la technique est passée par là. Difficile d’imaginer Jim, si sensible à la nature, à l’harmonie (« hozho ») au monde – cet état d’équilibre essentiel dans la spiritualité Navajo – dans ce guide qui s’en coupe avec ses écouteurs.

 

 

 

 

 

 

Pour l’heure, nous avalons la poussière en scrutant cette pierre sculptée par les vents et les temps, monumentale offrande à l’imaginaire.

Ici, un éléphant ?

 

Là peut-être la statue d’une vierge ?

 

Là encore un visage lisse de profil ou un petit roi assis sur un grand trône?

 

Un sous-marin ?

 

Un cheval esquissé ?

 

Rendue à notre conditionnement motorisé, un bus confortable cependant, tandis que mon esprit vagabonde sur les bonheurs du jour, me revient sur le chemin du retour, non le générique de la chevauchée fantastique ou le bruit des clairons et des sabots de la cavalerie yankee mais cette chanson qui n’a rien à voir avec la beauté des lieux, ni avec le moment :  assciation aussi mystérieuse que le paysage.

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

 

 

Confettis californiens : la vallée de feu

Parenthése bienvenue au milieu de notre séjour à Las Vegas, la vallée de feu porte bien son nom : la roche y flamboie au petit jour (raté en ce qui nous concerne), se dévoile comme un nuancier dans la lumière, et parle aux scientifiques comme aux rêveurs.

 

 

 

 

 

 

 

Esquisse d’île de Pâques ?

 

Ici des yeux

des pas,

là peut-être un lion…. ou une souris à casquette sherlockienne,

 

et là encore, en se concentrant un peu, qui – sait, un iguane ?

La pierre, bonne fille, s’est laissée faire.

Il y a ce que les éléments ont fait et ce que les hommes ont laissé. En regardant ces pétroglyphes, j’imagine que la vie dans la vallée ne fut peut-être pas aussi aride qu’aujourd’hui. Les paysages dénudés actuels n’évoquent ni animaux ni chasse mais le message inscrit dans le grès semble dire autre chose.

 

Mais, que lire, au juste ?  Cours d’eau, serpent ?

 

Calendrier ?

 

 

Quelle symbolique, quel sens dans tous s(c)es sens ? Dois-je promener mon regard de droite à gauche ou l’inverse ? De haut en bas ou l’inverse ? S’agit-il d’une phrase ou de moments griffonnés ?

Sans traduction, je vagabonde sur cette silencieuse bande dessinée préhistorique, piégée… comme … ce pied-là ?

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés ©.

 

 

 

 

confettis californiens : Vegas

 

 

 

 

 

 

Greffée au milieu d’un désert ponctué de panneaux publicitaires, la ville ne séduit guère au  jour. Le bric à brac architectural massif des palaces alignés le long du Strip écrasent autant que le soleil.

Le délire à cette heure s’appréhende  davantage à l’intérieur des murs : reconstitution de la place Saint-Marc et de ses alentours (canaux, gondoles et gondoliers compris) au Venitian, montgolfière et carrousel en fleurs au Wynn, … salles de jeux, parce qu’il faut bien enfin mentionner ce nerf de la ville (photos interdites), à perte de moquette que l’on semble changer à défaut de pouvoir la nettoyer : l’addiction ne dort pas.

 

 

 

C’est à la nuit que la ville prend vie et relief. Les environs fondu au noir, tout se dilate et déborde dans la lumière artificielle.

 

 

 

Il se dit pourtant que le coeur de la ville se déplace du côté de downtown. Fremont street pour être plus précise. Sur l’écran géant qui la recouvre s’enchaînent des shows visuels et musicaux et dans la rue très années 50 se croisent touristes assourdis, riverains passionnés, vénalités costumées et sosies chantants d’Elvis période boudinée.

 

Curieux mélange dont la pulsation finit par submerger le peu de conscience qu’il vous reste de ce qui vous entoure.

 

Au retour, la kitschissime petite chapelle d’Elvis avait l’air bien sage sous ses néons.

 

Démesure de l’espace, démesure des corps aussi.

 

 

Vegas,  symbole d’une société jamais rassasiée ?

Texte et photos © S.Lagabrielle. Tous droits réservés

 

 

Des jardins et des élections

 p1100533Mêlant ma dernière production de photos japonaises et notre programme de travail choral en cours elle m’écrit : « finalement on pourrait presque mettre cette musique en regard de certaines de tes photos, même si rien ne lie à priori l’univers du requiem (de Maurice Duruflé)  au silence méditatif des jardins japonais ».
Pourtant … si, une chose les relie : l’harmonie. Et puis ce sont aussi des méditations.
Harmonie, méditation. Les temps incitent à la recherche de l’une et à la pratique de l’autre.
Mais l’exercice dans les deux cas semble presque irréalisable.
J’ai toujours pensé le Brexit possible, mais Trump à la Maison Blanche ….
Sa victoire signe-t-elle celle de la flibuste contre la Royale ? Une allergie définitive aux discours désincarnés appelant à un politiquement « raisonnable » perçu comme une impasse ? La fin des « candidats naturels »?
Pour l’heure, je me borne à constater.
L’avertissement américain vaut sans doute aussi pour nous, français : une frange de plus en plus large de la société à la dérive, une certaine xénophobie, des partis traditionnels en lambeaux, des « zélites » de plus en plus déconsidérées (affaires obligent), une presse largement psittacciste …le rejet aussi de tout ce qui se négocie loin, loin de soi, loin des yeux …
« A force de considérer les gens comme des chaises on finit un jour par s’asseoir à côté » (je ne sais plus où j’ai entendu cela : dans « un taxi mauve » d’Yves Boisset ? Mais ce n’est pas de moi en tous cas).
Nous y sommes.
Pour rester hexagonale, « on » n’ a pas cru, en 2002, à Le Pen au deuxième tour, ni au Non au TCE (rayé d’un coup de plume parlementaire) en 2005, « on » n’ a pas cru au Brexit, « on » se disait Trump, vous voulez rire, pas ce guignol… la bien pensance unique toujours… Pourtant à y regarder d’un peu près en Europe, la tentation du repli, de l’isolationnisme gagne du terrain. Que dire, par exemple, de l’ascension assez météorique d’un parti comme Alternativ fûr Deutschland ou de ces élections, chez nous, où certains candidats de droite n’ont sauvé leur séant  que grâce au report docile des voix de « gauche » ?
Tout paraît mûr pour un vote décomplexé lors de nos présidentielles.
Choisir entre des programmes qui tendent vers des solutions ayant fait la preuve de leur incapacité à réduire la fracture sociale depuis xxx ans  … choisir parmi des candidats récurrents …. déprimant horizon.
Les compatriotes de nos « rust belts » de l’Est, du Nord et d’où qu’elles soient, se sentent peut-être boostés désormais à faire, à leur tour, le grand saut, à souffler dans les oreilles des « zélites » qu’ils sont autre chose que des données statistiques qu’on peut manipuler à coups de formations Pôle emploi bidons.
Alors, l’humanité ? Alors la méditation ? A réinventer sûrement. Comme le rêve et la démocratie.
Pour l’heure « on » cherche à justifier (et se justifier) … en attendant le prochain séisme électoral.
L’époque privilégie le réflexe et non la réflexion. La ruine de l’expérience, en somme.
p1130687
 Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés