
« En voiture Simone », » c’est parti mon kiki », « roule ma poule », « Ah, la la, ça secoue »: Jimmy, le conducteur navajo de notre 4×4, sait l’essentiel de ce qu’il y a à savoir du français quand on trimballe des grappes de touristes sur les pistes de son territoire. Mais je le soupçonne d’en avoir gardé, si j’ose dire, sous la langue, car il sourit parfois à nous entendre commenter notre minuscule aventure. Nous voilà chez John Ford et dans les polars de Tony Hillermann, dans l’image et l’écrit, dans l’immensité surtout, cet espace indicible, tanguant au gré de la fantaisie de Jimmy entre toute-puissance et légèreté.
Je n’ai aucun mal à retrouver le western. Dans les coulisses de ma mémoire défilent de vieilles scènes de poursuite en noir et blanc en contrepoint des étendues d’un orange intense, parfois déformé par la lumière, que j’ai sous les yeux. J’ai plus de mal avec la littérature : les aventures du détective Jim Chee et de son supérieur Joe Leaphorn se situent beaucoup plus loin, du côté de Window Rock. Et puis, la technique est passée par là. Difficile d’imaginer Jim, si sensible à la nature, à l’harmonie (« hozho ») au monde – cet état d’équilibre essentiel dans la spiritualité Navajo – dans ce guide qui s’en coupe avec ses écouteurs.
Pour l’heure, nous avalons la poussière en scrutant cette pierre sculptée par les vents et les temps, monumentale offrande à l’imaginaire.
Là peut-être la statue d’une vierge ?
Là encore un visage lisse de profil ou un petit roi assis sur un grand trône?
Rendue à notre conditionnement motorisé, un bus confortable cependant, tandis que mon esprit vagabonde sur les bonheurs du jour, me revient sur le chemin du retour, non le générique de la chevauchée fantastique ou le bruit des clairons et des sabots de la cavalerie yankee mais cette chanson qui n’a rien à voir avec la beauté des lieux, ni avec le moment : assciation aussi mystérieuse que le paysage.
Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés










































