Un président « Théorème » ?

« Un jeune inconnu fait irruption dans la vie d’une famille très bourgeoise résidant à Milan. Tous, à leur manière, sont fascinés par la beauté et le mystère qui se dégage de ce visiteur. La bonne, le fils, le maître de maison, son épouse et sa fille succombent tour à tour à son charme. Ils se livrent à lui corps et âme. Un jour, un télégramme arrive. Le bel inconnu annonce son départ, laissant chacune de ses proies face à la vérité qu’il lui a révélée et qu’il va lui falloir désormais assumer, selon sa personnalité et son courage moral. » Tel est fait par Télérama le résumé du film de Pier Paolo Pasolini.

Pourquoi cette référence à propos d’Emmanuel Macron ?

Une association d’idées qui m’est venue en écoutant, sur Médiapart,  la dernière interview de celui qui n’était encore pas Président de la République. J’ai moins écouté ce qu’il disait que regardé ce qu’il suscitait. Un mélange d’irritation mais aussi d’admiration (bien que teintée scepticisme).  A qui lui fera remarquer, lors d’un débat ultérieur, qu’il n’a pas été insensible à certains clins d’oeils (essentiellement d’ordre culturel parce que l’économie ….n’est pas donnée à tout le monde) E. Plenel niera avec force.  Pourtant … à bien y regarder….

Fluidité un peu précieuse du langage, aisance corporelle …l’habileté est indéniable : un mélange d’arrogance, de culot et de spontanéité …millimétrée. Acteur ? Sans nul doute …Enivré par son propre verbe, il emballe la discussion et laisse son interlocuteur vaguement interdit.

Son irruption dans l’arène électorale, moquée avant d’être prise en considération, unes médiatiques aidant, est un peu comme celle de Théorème dans la famille bourgeoise. Après la Banque où, à l’en croire, tout était déjà affaire de séduction («On est comme une sorte de prostituée. Le job, c’est de séduire» concéda -t-il au Wall street Journal)..Jacques, Jean-Pierre, Alain, Pierre, François, Ségolène,  pygmalions autoproclamés et vieux briscards succombèrent à leur tour… non sans arrières-pensées, il est vrai.

Les choses furent moins claires du côté des votants réduits à leurs suffrages exprimés. Adhésion, stratégie ou résignation anti peste brune ? Tout se mêle mais qu’importe : le résultat est là. 66, 1 %.

Pour l’heure, le storytelling entamé l’an dernier poursuit sa marche et il sera amusant de revenir à l’occasion, plus tard, sur ce curieux personnage qui partage une ressemblance troublante avec Boris Vian, dont il semble le revers, mort à l’âge où lui accède  … à la magistrature suprême, comme on dit, en ayant employé des chemins … traversants.

Vian considèrait, paraît-il, que peu importait que le titre d’un livre ne corresponde pas à son contenu, parce que, de toute façon, les gens ne l’avaient pas encore lu. Qui sait si le flou « velouté » (sic) du programme de son sosie ne participe pas du même sentiment.

Il assure que son incursion en politique n’aura qu’un temps. Difficile d’anticiper ce qu’il en sera de nous à son terme. Pour l’instant, force est de constater que le « microcosme » n’est pas sorti indemne de cette intrusion singulière et que, confronté à une certaine deliquescence, le courage moral (pour reprendre l’expression du résumé cité plus haut)  n’y semble pas toujours  faire partie des qualités premières.