Boycotter les JO Paris 2024 ?

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Cette image constitue la chute d’une vidéo, devenue virale sur les réseaux sociaux ces derniers jours, mêlant des extraits de la vidéo promotionnelle des jeux Olympiques de Paris 2024 et des images de violences policières. Si les extraits de compétitions sportives proviennent du monde entier, les images montrant la police en action sont toutes filmées en France. On aperçoit même la vidéo de la mort du jeune Nahel, tué par la police à Nanterre le 27 juin dernier. Le message véhiculé par le montage n’a rien de subliminal : touristes qui venez à Paris pour les JO, prenez garde, on a vite fait de se trouver sur la trajectoire d’un policier furieux (sic).

Ou plutôt, ne venez pas.

Difficile de ne pas se dire que l’image de la France à l’international est décidément bien abîmée. Impossible de ne pas faire le rapprochement avec la gestion calamiteuse, l’an dernier, de la finale de foot de la ligue des champions entre Liverpool et le Real Madrid et des mensonges, notamment ministériels, qui l’ont émaillée.

Puis vient le moment où l’on s’interroge sur la source de la vidéo et, là, il semblerait que les choses ne soient pas si claires que ça. Le fil est assez compliqué, et il faut être plus émérite que moi sur les réseaux, mais en bout de pelote on trouverait …un compte (« New York Insider ») ayant des accointances avec…le régime azerbaïdjanais ! Quel intérêt peut donc bien avoir Bakou ? La main poutinienne se cache-t-elle derrière cette curieuse opération de communication ?

A vrai dire, je m’en moque. Je n’ai jamais apprécié cet évènement – où pour quelques médailles de plus on n’hésite pas à débaucher chez la concurrence- recréé par un antisémite, colonialiste et misogyne.

« Une petite olympiade femelle à côté de la grande olympiade mâle. Où serait l’intérêt ? […] Impratique, inintéressante, inesthétique, et nous ne craignons pas d’ajouter : incorrecte, telle serait à notre avis cette demi-olympiade féminine. Ce n’est pas là notre conception des Jeux olympiques dans lesquels nous estimons qu’on a cherché et qu’on doit continuer de chercher la réalisation de la formule que voici : l’exaltation solennelle et périodique de l’athlétisme mâle avec l’internationalisme pour base, la loyauté pour moyen, l’art pour cadre et l’applaudissement féminin pour récompense » C’était un homme d’un autre temps mais on appréciera quand même.

Les derniers JO s’étant tenus à Paris ayant eu lieu en 1924, la ville s’imposait pour fêter ce centenaire. S’en relèvera-t-elle ? On prétend souvent que « les jeux paieront les jeux ». Mais j’ai des doutes. Pour l’heure le prix des places fait grogner. A quoi la ministre chargée des sports répond : « Pour réussir cette fête populaire, il faut bien que certaines personnes (…) achètent très cher des billets pour des épreuves exceptionnelles, des finales qui seront mythiques (…). Pour les autres il reste des billets à 24 euros pour le foot, la voile, ou à 50 euros pour le basket ou le handball ». On appréciera là encore.

Autant rester chez soi, alors, pour profiter de ces finales mythiques de plus près. Certes on n’aura pas le frisson de l’ambiance mais au moins pourra-t-on se préserver de l’éventualité du retour d’un concurrent dont on ne parle plus guère : le Covid. Les participants aux fêtes de Bayonne viennent d’en faire l’expérience.

En attendant, les bouquinistes seront priés de déguerpir avec leur caisse et plus de 3000 logements étudiants seront réquisitionnés mais, promis juré, les infortunés se verront « proposer un relogement dans une autre résidence ». Le recrutement de 45000 bénévoles, qui, à ce jour, devront financer leur venue à Pairs et leur séjour pendant les jeux, interroge. Quelle sera leur protection en cas d’accident, par exemple ?

Pour l’instant, il est donc surtout question d’argent et d’une facture qui explose. Soyons heureux, le Président a fixé le cap : faire mieux qu’en 2020 c’est à dire ramener plus de médailles et surtout tenir son rang (on rappellera qu’à leur retour en 2020 les athlètes français s’étaient fait engueuler par un Macron pas content du tout de voir la France au 8e rang au tableau des médailles olympiques et au 14e des paralympiques).

On vit une époque formidable.

Familiarité coupable

Si cela se trouve, c’était juste un pari stupide. Une occasion de faire son kéké.

– Chiche que je l’appelle Manu.

– Banco.

Et voilà comment on se retrouve sèchement recadré sous l’œil des caméras venues filmer les commémorations de l’appel à la résistance du général De Gaulle.

« ça va Manu ? »

Si l’on peut comprendre un certain manque de psychologie de la part d’un adolescent de 15 ans (au jugé), la pédagogie macronnienne laisse pour le moins perplexe.

La vidéo montre Jupiter répondre  :  « Non, non, non, ça, tu ne peux pas » alors que l’adolescent s’excuse déjà. « Tu peux faire l’imbécile, mais aujourd’hui c’est la Marseillaise, le Chant des partisans, donc tu m’appelles « Monsieur le président de la République » ou « Monsieur ». D’accord? », insiste-t-il avant d’ajouter : « Le jour où tu veux faire la révolution, tu apprends d’abord à avoir un diplôme et à te nourrir toi-même, d’accord ? Et à ce moment-là tu iras donner des leçons aux autres. »

Si la première partie de la leçon peut  se concevoir, la seconde partie est plus surprenante : doit-on comprendre que, pour être un révolutionnaire légitime, il faut avoir des diplômes  (sous-entendu suffisamment d’éducation pour avoir des idées) et être financièrement autonome ? Ou bien, puisque l’opus pré-électoral de Jupiter s’intitulait justement « Revolution », que seules des personnes de son acabit sont autorisées à la faire (ce qui revient presque au même) ?

Je doute fort, que le garçon, au moment de son apostrophe, ait eu en tête ces gravures représentant le procès de Louis XVI devenu simple Capet pour ses juges. A cette aune, les sans-culottes du XVIIIème siècle doivent sans doute être les ancêtres lamentables de ces « riens » croisés dans les gares.

La vidéo devenant virale, le compte d’Emmanuel Macron (Monsieur le Président devrais-je écrire) tweete :  » Le respect, c’est le minimum dans la République – surtout un 18 juin, surtout en présence des compagnons de la Libération. Mais cela n’empêche pas d’avoir une conversation détendue – regardez jusqu’au bout. »

Ce que j’ai fait.

On y voit un voisin du délinquant poser une question convenue sur le CICE, puis la conversation dériver sur le brevet que lui et le rebelle doivent passer sous peu.

– Je l’ai déjà, dit le provocateur.
– Tu l’as avec les points ? répond Emmanuel Macron.
– J’ai déjà tous les points.
– Ouais, mais il faut le passer (…) Le plus haut possible.
– Pourquoi la mention quand on a déjà le brevet ?
– Pour montrer aussi ce dont tu es capable et aller le plus loin possible (…) Il faut penser à la suite et être un exemple. Ceux que tu es venu honorer aujourd’hui, ils ne se sont pas juste contentés d’avoir la barre. S’ils avaient suivi ça, ils seraient restés comme beaucoup à l’époque chez eux (…) Il ne faut pas toujours se poser ces questions-là, il faut aussi se dire vers quel idéal je dois aller ».

L’idéal ne se nourrit pas seulement de diplômes mais aussi, par exemple, de curiosités, de lectures qui ne sont pas l’apanage des têtes d’œufs. L’histoire ne manque pas de cancres plus intéressants que les beaux esprits formatés. Et puis, il me semble qu’il ne faut pas confondre réussite académique ou autre et responsabilité sociale, la première n’étant pas un gage de la seconde, dans ces années là comme de nos jours.

La toile est cruelle, et il se peut que cette vidéo reste un boulet attaché aux pieds du jeune, dont l’absence supposée d’ambition est ainsi stigmatisée alors même qu’il est en devenir et peut changer du tout au tout.

J’ai trouvé cette publicité voulue (car au niveau de maîtrise de la communication qui est le sien, Jupiter aurait pu intimer l’ordre aux caméras d’aller cadrer ailleurs pendant le  remontage de bretelles… qui aurait tout autant porté s’il avait été privé), cette façon déguisée du Président d’en rajouter, par là, sur sa réussite personnelle en s’essuyant les escarpins sur un ado, tout ce qu’il y a de petit.

Mais il n’est pas sûr, non plus, qu’elle ne devienne pas, pour lui (cumulée avec d’autres dérapages filmés), l’avatar indécrottable du  « cass’toi pauvre con » sarkozien.

En 2022, ces jeunes là seront électeurs…

Certains des prédécesseurs de Moi Soleil avaient manifesté plus de détachement, voire d’humour,  en semblables circonstances. Notamment celui-ci  :

– « Connard », avait glapi cet homme dans la foule.

A quoi le Président d’alors avait répondu

– « Enchanté, moi c’est Chirac. »

Autres temps, dont, sans illusions pourtant, on aurait presque la nostalgie.