à propos d’image

 

 

vintimille-tt-width-604-height-403-bgcolor-000000 - copie (1)

 

A votre avis qu’est-ce ? une sculpture ? une installation ? Non ? Alors autre chose ?  On décadre, on recadre, on resserre, on floute, on leurre, même de manière minable comme je viens de le faire. Je ne suis pas sûre que l’angle original soit celui qui suit. Mais en plan plus large, voilà ce qui était :

 

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C’était avant Alyan Kurdi. Quand on laissait l’Italie se débrouilller. Ils sont vivants mais parqués sur des rochers du côté de Vintimille. Quelques jambes mais pas de visages. Recroquevillés dans des couvertures de survie, ils n’ont plus qu’une existence informe, définitivement chosifiée. La prise de vue accentue leur impasse. Ils sont vivants et sans horizon.

C’était avant Alyan, avant les grandes résolutions, quand il n’était pas question d’accueil. C’était avant. A ce moment là, l’heure était à la défausse, sur le voisin, sur le hasard et sur la tragédie.

Pourquoi cette photo m’a-t-elle frappée plus qu’une autre ? C’est le mystère du regard. Ce trou dans l’uniformité visuelle. Ce qui s’engage dans le fait de regarder. Pourquoi un petit garçon devint-il un symbole de notre faillite humanitaire et pas ces échoués – là, et, avant eux,  tous ceux entassés sur des bateaux d’infortune, tous ceux, jetés depuis des années sur les routes par notre inconséquence ?

Certains éditorialiseront un jour doctement sur la photo d’Alyan, dépassant la raison simple liée à la jeunesse de l’enfant (combien d’autres de son âge restés dans les angles désertés de la presse sont-ils morts ailleurs, pris dans des conflits auxquels nous ne sommes pas étrangers ?), à la position de son corps si proche d’un petit endormi.

Pour moi, c’est cette photo là qui me poursuit … avant que d’autres ne la chassent. Des vivants, ni les premiers, ni les derniers sans doute, saisis comme on le ferait d’une décharge à ciel ouvert.