Immigration : cachez moi ce dessein etc…

Ascenseur pour l’ échafaud – Louis Malle, 1958

A l’initiative du journal L’Humanité, des élus, des syndicats, des artistes ont
publié une tribune exhortant E. Macron à ne pas promulguer la loi Immigration.

Cette demande a peu de chances d’aboutir, voire aucune. Pour des raisons tenant au tempérament très « vertical » du Président mais aussi pour des raisons légales ainsi que le précise le site Vie Publique.fr.

« Après son adoption par le Parlement ou la seule Assemblée nationale, la loi est transmise au Gouvernement. Le président de la République dispose alors de 15 jours pour la promulguer, ce délai étant suspendu en cas de saisine du Conseil constitutionnel. Le Président peut profiter de ce délai pour demander au Parlement de délibérer à nouveau sur la loi adoptée.

La promulgation est l’acte par lequel une loi définitivement adoptée par le Parlement, ou approuvée par le peuple via un référendum, devient exécutoire. Elle prend la forme d’un décret du président de la République, contresigné par le Premier ministre et les ministres qui seront chargés d’appliquer la loi. Le Président ne peut pas refuser cette promulgation ».

Cette idée de non promulgation me semble relever d’une mémoire idéalisée de l’épisode CPE (contrat première embauche) en 2006. Jacques Chirac avait, en effet, décidé de promulguer la loi sur l’égalité des chances, laquelle contenait les dispositions très contestées sur le CPE. « Mais », avait-il ajouté, « je vais aussi demander au gouvernement de préparer deux modifications de la loi, portant sur les deux points qui ont le plus fait débat (…) Enfin, en pratique, je demande au gouvernement de veiller à ce qu’aucun contrat ne soit signé sans qu’il intègre ces modifications ».

C’était un concept, une loi parfaitement exécutoire …à ne pas appliquer en l’état, une suspension du CPE en attendant mieux !

La rue ne se calmant pas, le CPE sera officiellement abandonné le 10 avril 2006. Un nouveau vote du Parlement le fera disparaître de la loi et le remplacera par un nouveau dispositif d’aides aux entreprises embauchant des jeunes.

La réitération possible de ce scenario était dans les têtes au moment de la réforme des retraites du printemps dernier. Mais la validation du texte par le Conseil constitutionnel doucha les espoirs et la conjugaison des hubris Présidentiel et Gouvernemental fit le reste.

La situation est un petit peu différente avec la loi Immigration puisque le Président comme le Gouvernement, misent, de leur propre aveu, sur la censure par le Conseil des mesures contraires aux droits fondamentaux d’un texte qu’ils ont tenu à faire voter. « Est-ce parce qu’il y avait des articles qui n’étaient pas conformes à notre Constitution qu’il fallait dire : “on ne fait pas d’accord et donc il n’y a pas de texte” ?, s’interrogeait,assez hypocritement, E. Macron sur France 5. « Ma réponse est non. »

En gros, si l’on comprend bien, l’essentiel était d’avoir un texte, après on s’arrangera de ce qu’il en restera.

Il revient donc au Conseil de redresser ce qui doit l’être

C’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses, dit-on. Le dégoût des uns (Gauche plus une partie de Renaissance notamment) et le triomphalisme des autres (LR et RN) n’ont pas tardé à se manifester. J’ai bien peur que la décision des « sages » ne suffise pas à réduire les fractures.

Sur Blast, S. Fontenelle termine sa chronique hebdomadaire sur cet épisode législatif ainsi : « Décidément, le « en même temps » macroniste ressemble de plus en plus à un ascenseur pour les fachos ».
Je salue le contrepet qui exprime bien mes inquiétudes.

Parler d’autre chose

La période « m’oblige » comme diraient certains qui ne se sont pas sentis obligés bien longtemps. Plus tard, des historiens des idées (si le climat ne nous a pas cramé d’ici là) reviendront sur les constructions tactiques des dernières élections et nous serons nombreux à avoir l’air de fieffé imbéciles, si nous sommes toujours là.

Que vaut un coming – out électoral ? Un brevet de démocrate première étoile ? Pas grand chose en réalité quand l’isoloir vous permet de faire tout autre chose. Alors pourquoi l’exiger (je parle de presque 15 jours d’injonctions sur les réseaux sociaux) ?

Cela me rappelle une histoire entendue au cours de mes études. Une grande firme cosmétique, avant de lancer une crème dépilatoire sur un marché, avait interrogé des femmes sur l’usage éventuel qu’elles en feraient. Forte d’un accueil positif, la firme inonda les étals de son produit qui fit …. un flop retentissant. Les interrogées avaient répondu en masse très positivement parce qu’il faut rester aimable à l’égard de qui s’intéresse à vous alors même que votre pilosité n’a jamais été un sujet.

Moralité : prendre les réponses pour ce qu’elles sont : des réponses, pas des professions de foi.

Mais MLP c’est pas un poil mais un lupus !

Oui. Mais faites-moi la grâce de penser que j’ai encore un peu de conscience. Merci.

Or donc, parler d’autre chose.

Musique par exemple. Quoique parler soit vain. Mieux vaut écouter et définitivement se taire.

Et si vous voulez absolument lire, songer au mois de juin, il y a ceci…

https://blog.mondediplo.net/fraude-electorale

Nuit debout n’a pas pris. Mais il n’est pas inutile de réfléchir sur Beethoven.

RIP Radu Lupu.

Être quelqu’un de bien, c’est quoi ?

Drôle de question me direz-vous. En faisant part de mes réticences sur ce que représente pour moi le choix de ce second tour, en gros en faisant état du fait que le « choix d’évidence » n’en est absolument pas un pour moi, je me suis fâchée net avec quelqu’un que j’aime bien, et attirée, avec d’autres qui doutent comme moi, une volée de noms d’oiseaux sur les réseaux sociaux (lâche, irresponsable étant les plus doux). Sur un site plutôt pacifique d’ordinaire j’ai lu les gens s’étriper. Je soulève la question de la responsabilité de cette casse sociale qui nous vaut ce deuxième tour détestable (pour ceux qui penchent ne serait-ce qu’un petit peu à gauche) ?  …. Tu n’y penses pas … ce n’est pas le moment ! Assurons ce vote-ci et on verra après.

En 2002, peut-être parce que les termes de l’alternative me semblaient plus clairs (le PS, qui était encore un petit peu socialiste, et plus largement l’opposition à la politique chiraquienne, était à un étiage qui permettait de rêver de peser sur la suite. C’était bien naïf, on l’a vu assez vite), en 2002, donc, je n’ai pas senti cette violence. Dire aujourd’hui qu’on se sent incapable, au nom de convictions profondes, d’élire l’un ou l’autre de ces prétendants-là est presque (parce qu’heureusement il y en a qui comprennent)  irrecevable … comme il était irrecevable en 2005 de dire non au  traité constitutionnel européen (je sais, ce sont deux choses distinctes, mais les invectives, par contre, sont assez ressemblantes). Bref, blanc, malgré certaines injonctions culpabilisantes répétées, sera la couleur de mon vote.

La petite jeune femme qui me fait face est tranquille. Son choix est le même que le mien. Elle n’élude pas les questions et reste ferme ce qui me console et me conforte. Elle n’a pas attendu de consignes pour se tenir là où elle est. On aurait tort de croire que ces jeunes-là sont aussi accommodants qu’on a pu l’être et qu’on peut l’être encore. Ils savent ce qui les attend, la fracture économique, sociale et la facture écologique qu’on leur laisse, entre autres sucreries.

Pour l’heure, je ne sais toujours pas répondre à ma question et, à la réflexion, je ne sais pas si elle a un sens. Peut-être pas. Sans doute pas. Comment se sentir bien (ou s’en sortir bien)  aurait été plus pertinent mais il ne faut pas exagérer : une chose après l’autre par les temps qui courent.

Texte et photo S. Lagabrielle. Tous droits réservés.

Ce n’est pas moi

 mar235Candidat socialiste aux présidentielles de 2002, Lionel Jospin, avait dit de Jacques Chirac qu’il était «vieilli, usé, fatigué» dans un avion qui le ramenait de la Réunion. Ces mots étant parus dans la presse, il s’était excusé, tout en reprochant aux journalistes de les avoir rapportés. «Puisque c’est devenu un fait politique et que cela a été compris comme ça, je veux dire très simplement que je suis désolé que ça ait été entendu de cette façon, parce que ce n’est pas moi, ça ne me ressemble pas», avait-t-il déclaré.

A son procès, tout en aveux successifs, Jérôme Cahuzac, suivant en cela une vieille ficelle pasquaïenne, lance, pour essayer de se dédouaner au passage,  une  nouvelle affaire dans l’affaire : « Il serait en réalité un rocardien passionné qui, pour soutenir l’ambition présidentielle de son héros, aurait accepté de se dévouer jusqu’au martyre. Qui, par conviction militante, aurait pris le risque d’ouvrir en toute illégalité, en 1992, un compte en Suisse pour y abriter un trésor de guerre destiné à Michel Rocard, après avoir convaincu les laboratoires pharmaceutiques de l’alimenter » (Pascale Robert Diard : Le Monde du 6-9-2016.)

« Je suis convaincu que Michel Rocard a ignoré tout cela. Je n’en ai jamais parlé avec lui et je ne l’ai jamais entendu s’enquérir des modalités de financement »  ajoute – t – il . Phrase ambiguë s’il en est qui, dans la bouche d’un homme en délicatesse avec la vérité, suggère exactement le contraire. Michel Rocard n’est plus là pour lui répondre.  Mais, au fil de la deuxième journée du procès, la fable semble tourner un peu court. Alors, s’apitoyant sur lui-même, il lâche : « J’espérais que cette part de moi ne serait jamais révélée. Oui, je l’ai fait. Mais cette part n’est pas tout moi. Je ne suis pas que ça ! »

On n’ose imaginer le sort fait à ce genre de propos s’ils étaient tenus par un petit délinquant lambda. Mais ainsi va le monde et le journal Le Monde qui note « L’homme semble soudain sincère ».
 « Cela ne me ressemble pas »,  « ce n’est pas tout moi » : le déni est commode mais peu probant. Nicolas Sarkozy lui a choisi un autre registre : « j’ai changé ». Ce qui n’est pas plus crédible.
Ce qui est formidable dans le mensonge, c’est que, pour imaginer en sortir, on croit malin d’en tricoter d’autres. Cela faisait les délices de l’inspecteur Columbo qui feignait d’y croire pour mieux acculer ses proies dans une impasse. J’ai longtemps rêvé, et rêve encore, d’un journaliste télévisuel qui, lors de ces messes électorales convenues, se départissant de l’obséquiosité réservée aux puissants, se livrerait à ce genre d’exercice déconstructeur.
 Vous me direz, l’impasse finale resterait quand même pour l’électeur. L’imagine-t-on revenir dans un bureau de vote et dire « Ce que je viens de faire ne me ressemble pas, ce n’est pas moi. Puis-je revenir là-dessus ? »
« Je est un Autre », on sait ce qu’il en est du Je arrivé aux affaires. Il a 5 ans devant lui pour être l’Autre. L’électeur, lui, n’a que 2 votes pour se montrer perspicace.

Le retour de Tina (si tant est qu’elle ait jamais disparu des radars)

There Is No Alternative…. Présomptueux grecs qui espéraient qu’on les laisserait au moins jouer une mesure de leur partition.

There Is No Alternative. Le message de l’Europe adressé à la Grèce, via son bras financier,  mais aussi indirectement à l’électrice que je suis, est dévastateur et me ramène à un autre moment : celui où le vote « déviant » des électeurs  français a été tout autant proprement piétiné.

A quoi bon voter ? Telle est la sinistre question qui finit par s’insinuer dans les têtes ?  A quoi bon voter puisqu’il n’y a pas d’alternative possible. Puisque le politique est définitivement nu, réduit à l’état de petit soldat qu’on laisse jouer dans son bac à sable tant que cela ne dérange pas. A quoi bon voter puisqu’il n’est de bon vote que celui dicté d’un ailleurs autiste?  Puisqu’on est autorisé à avoir n’importe quelle opinion à condition que ce soit celle qu’on vous martelle à longueur d’éditoriaux eurolâtres.

Le bâton pour la Grèce, une commission d’enquête soft pour le Luxembourg. On n’ose à peine demander ce qui coûte le plus cher au citoyen européen : l’incurie méridionale ou le cynisme fiscal manucuré ?

A l’ouest rien de nouveau, donc : selon que vous serez puissant ou misérable,
les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir.

There Is No Alternative : un budget équilibré et une population condamnée à l’asphyxie

En étranglant la Grèce, l’Union (sic) Européenne vient de confirmer la réduction de la démocratie à sa plus simple insignifiance.

Cette partition imposée ne dit pas autre chose.

En attendant la curée …