réminiscences 2

etiquette-petit-suisseL’important dans le petit suisse (je parle ici de l’antique petit suisse dans son petit pot transparent) n’était pas le goût. Pour moi, c’étaient les préliminaires. Cet exercice délicat qui consistait à enlever sans la déchirer la petite languette sur le dessus du pot, à démouler  son contenu en pressant légèrement sur ses bords, à enlever le papier gorgé d’eau autour du suisse sans abîmer son tour de taille uniforme, puis à noyer le tout sous une montagne de sucre. Ensuite deux stratégies s’offraient à mes yeux, l’attaque furtive sur les bords, à petits coups de cuiller rapides et répétés, ou directe : j’écrasais alors franchement le petit suisse, sentant au passage le sucre crisser dans l’assiette, et l’enfournais avec gourmandise. C’était un plaisir onctueux, court et rare, car mon père, qui manifestait un net ostracisme vis à vis de cette « chose », blafarde et insipide à ses yeux, l’avait bannie de notre table. Mais il y avait Rubina, ma compagne d’inhalations et pulvérisations en tous genres (ceci se passait à La Bourboule), Rubina et sa mère à l’accent étrange, qui, en m’invitant parfois à manger à leur table, me permettaient de passer outre l’oukase paternel. Rubina de Beyrouth , “ au Liban ” ajoutait – elle. Cela ne me disait rien à cinq ans. Aujourd’hui je ne rêve plus de petits suisses mais il m’arrive souvent de me demander ce qu’il est advenu d’elle et de sa mère, là-bas, à Beyrouth.

2 commentaires sur “réminiscences 2

  1. Par 6 en boite de carton toujours humide. Un souvenir fort. Le jour de l’enterrement de ma grand mère. Mon frère et moi, seuls, à table dans la cuisine. On se dispute. Je prends un petit suisse, je lui écrase sur la tête. Il se met à crier et pleurnicher, il sort de la cuisine pour qu’on le voit avec le fromage blanc écrasé dans les cheveux. J’entends mon père hurler : « Foutez-moi la paix, je suis en deuil ! ».
    PS : le petit-suisse c’était l’ordinaire. Le rêve chez la crémière c’était le Fontainebleau dans son pot de carton avec sa crème fouettée et surtout la gaze que l’on pouvait sucer….

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