Big quit

C’est, entre autres médias, France 24 qui s’en fait l’écho : « Les Américains l’appellent le “Big Quit” ou « great resignation ». Cette “Grande démission” désigne la vague d’employés qui quittent en nombre leur travail aux États-Unis. Ils ont été plus de 4,3 millions à remettre leur lettre de démission en août, d’après les dernières statistiques du département du Travail, publiées mercredi 13 octobre ».

https://www.france24.com/fr/%C3%A9co-tech/20211015-aux-%C3%A9tats-unis-le-myst%C3%A8re-de-la-grande-d%C3%A9mission-de-millions-d-am%C3%A9ricains

Pourquoi s’en vont-ils ? Ce mouvement illustrerait avant tout, « un grand ras-le-bol des employés dans les secteurs les plus durement touchés ou sollicités durant la crise sanitaire. Nul hasard au fait que les caissières de supermarchés, les aides-soignantes, les femmes de ménages dans les hôtels et autres titulaires d’emplois peu qualifiés et mal payés soient les plus nombreux à avoir claqué la porte », souligne le Wall Street Journal.

Et chez nous ? Globalement nous n’en serions pas là, encore que l’on pourrait s’inquiéter du constat fait par notre fantomatique Conseil scientifique (le machin à Macron à nous qu’on a) : selon un avis publié le 5 octobre dernier, 20% de lits en moyenne seraient fermés dans les hôpitaux français, et ce, dans tous les secteurs de soins. En cause : le manque de personnel soignant. La réaction du Gouvernement ne s’est pas fait attendre : le ministre de la santé a estimé urgent de diligenter …une autre enquête.

On pourrait aussi s’inquiéter des départs dans l’Éducation Nationale. « Des stagiaires qui renoncent, des professeurs qui partent…Rapportés au total de 800 000 enseignants, ces départs ne pèsent pas grand-chose. Mais d’année en année, ils se font de moins en moins rares », signale le journal Le Monde dans un article publié le 22 novembre.

Conditions de travail dégradées, perte de sens, sans parler des salaires : ces métiers n’attirent plus. Et chacun cherche son chas. Reconversion pour les uns, retraite pour d’autres.

Pour moi, j’ai bien aimé mon métier (rédactrice dans une maison d’édition d’ouvrages et revues juridiques) jusqu’à ces 5 dernières années. Au cours de ces années, mon plaisir « laborieux » (sic) s’est fané – imperméabilité à une forme de communication qui me devenait étrangère ? Mon père m’a légué sa méfiance de ce qu’il appelait des « paroles verbales » : j’avais l’impression de plus en plus nette d’en être environnée et de ne plus être à ma place au milieu d’une logorrhée franglaise cachant mal son vide.

Je n’avais plus rien à dire à cette entreprise dont le nouveau visage ne me disait rien. Peut-être est-ce pour cela, au-delà des spécificités d’un métier, que l’on s’en va.

Pas de big quit chez nous, donc, mais, ça et là des exigences qui vont au delà du simple « matériel ». Il est d’usage que les mouvementa étasuniens mettent du temps à traverser l’atlantique. Il n’est donc pas exclu que nous y venions.

En attendant, avec les pots de départ d’usage, des regards envieux vous suivent …

A rebours de cette tendance au « leave » (départ), Courrier international nous narre l’histoire de cet entrepreneur néerlandais de 69 ans qui demande aux autorités de baisser de 20 ans son âge légal : “J’ai 69 ans mais je me sens comme si j’en avais 49, dit-il. C’est pour cette raison que j’ai demandé à l’état civil de diminuer mon âge. Si tu peux changer ton nom, passer d’homme à femme, ou l’inverse, pourquoi ne pourrais-tu pas rester coincé au même âge ?”.

Ce qui me fait penser à Oskar, ce personnage du « Tambour » de Günter Grass et ne me rends pas optimiste sur notre santé mentale.