Dans sa livraison du jour sur le site Arrêt sur image, D. Schneidermann digresse sur un billet matinal sur France Inter de la journaliste et chroniqueuse musicale Rebecca Manzoni consacré à la célèbre chanson « La Bicyclette », où s’égrènent nombre de prénoms plus ou moins « datés », et qu’elle conclut ainsi : « La Bicyclette est une chanson interprétée par un artiste né en Italie (Montand, donc), écrite par un poète fils de juif émigré de Turquie (P. Barouh), et composée par un musicien d’origine italienne (Francis Lai). Alors, elle est pas belle, la France ? ». Petit tacle sous-jacent, il me semble, adressé à Eric Zemmour reçu la veille à l’antenne dont on connait l’addiction pour la « gauloisité » (sic) des prénoms.
J’ai déjà, il y a peu, « donné » sur les prénoms (voir mon billet du 9 octobre 2021). Pas très utile d’y revenir mais parmi les prénoms déroulés dans la chanson il y a « Paulette » et cela m’a rappelé un texte que j’avais commis en atelier d’écriture (le sujet de la contrainte d’écriture était : les graffitis). Peut-être m’en suis-je déjà servi aux débuts de ce blog -qui atteindra ses 9 ans en avril prochain- quand je cherchais encore à lui donner un objet (pour l’heure, on dira qu’il ondoie entre voyages et actualités). Je n’ai pas recherché.
Mais revenons à Paulette.
Ces vieilles lignes ne cassent pas trois pattes à un canard mais auront, du moins je l’espère, le mérite minuscule de distraire un peu.
Les voilà.
Les ravalements et les démolitions révèlent parfois des mots enfouis sous la crasse des jours : des dates énigmatiques, des coeurs, des initiales gravés dans la pierre, des messages ayant vécu suspendus au devenir d’un vieux mur, d’une vieille porte.
Je t’aime, Paulette, disait celui-là.
C’est drôle comme on peut se laisser prendre.
Paulette.
Un prénom assorti aux premiers congés payés en tandem. Un prénom qui sent le tramway, la musette au bord de la marne, les quatorze juillet à l’accordéon.
Paulette, c’est cette jeune femme valsant sous les étoiles, saisie par Doisneau, je crois, dont la robe s’épanouit comme une fleur dans la lumière d’un réverbère.
Paulette, un prénom qui claque gentiment, qui m’évoque une tante replète et vive aux bibis chatoyants qui auraient pu faire pâlir d’envie la Reine d’Angleterre.
Un prénom aimablement désuet.
Comment est – ce une jeune Paulette?
Je n’ai jamais imaginé que l’on puisse s’appeler Paulette à dix ans. Pour moi, c’est un prénom adulte qui jure, malgré la rime, avec les couettes, ou les nattes, les tabliers à carreaux, les cartables sur le dos, les chaussettes blanches tire-bouchonnées.
Paulette, c’est un prénom pour une grande personne…de petite taille.
Une grande Paulette s’appelle Paule.
Paulette, c’est de la fleur de pavé et une langue bien pendue, de la gourmandise en vadrouille.
C’est gai et ça fait sourire… Paulette.
Je t’aime, Paulette.
Un amour dont seul le mur se souvient … peut-être. Surtout s’il avait ces yeux-là.. Elle ne s’appelait pas Paulette d’ailleurs mais Marion Pauline Goddard Levy dite Paulette Goddard.

Sur ce ce blog s’interrompt jusqu’à l’an prochain.
Merci Sylvie pour ce dernier billet de l’année où se mêlent humour, poésie et recul sur notamment le thème des prénoms, soudainement et curieusement devenu un thème « sensible ». Belles fêtes de fin d’année !
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Ma tante Paulette soeur de ma mère, est restée mince jusqu’à la fin de ses jours. Elle était hélas malveillante, une langue de vipère disait ses ennemis. Mauvais souvenir pour moi.
Les Charlots ont chanté « Paulette la reine des paupiettes » en 1967. J’ai détesté.
Quant à la future élection présidentielle je voterai blanc. Si Christiane Taubira se présente il me faudra réfléchir et prendre une décision.
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