Territoires et vivre au noir

A travers la presse déchaînée : « Révoltant », « tapageur », « pire que Munich en 1938 ». « Trump s’est ridiculisé », commentent certains. Tout cela me laisse un peu froide, ce qui est une gageure par canicule ambiante (entre 35 et 42 degrés depuis 10 jours et des températures nocturnes qui ne baissent pas assez pour se reconstituer). Si le ridicule devait tuer, Donald Trump, s’il s’en préoccupait (sauf cinglante raclée publique d’Obama en 2011 devant tout un parterre de correspondants de presse dont il ne s’est toujours pas remis), serait mort depuis longtemps et, à en croire le journal Courrier international, si la presse européenne fulmine face à la réhabilitation de Vladimir Poutine, mise en scène vendredi 15 août en Alaska, une pointe de soulagement transparaît aussi : les deux présidents n’ont pas conclu d’accord au détriment du Vieux Continent et de l’Ukraine. Mouais …

Dans un article très intéressant sur Médiapart, la journaliste Martine Orange décortique la « diplomatie » selon Trump : « Au-delà du chaos mondial provoqué par Donald Trump, il y a cependant des constantes et des obsessions dans sa politique. Elles se retrouvent dans chaque négociation menée par l’administration états-unienne. Rompant avec le capitalisme financiarisé des dernières décennies, Trump renoue avec un capitalisme d’extraction et d’extorsion. Pétrole, gaz, matières premières, mais aussi données numériques, tout ce qui peut lui permettre de tirer profit, d’exercer un pouvoir monopolistique, l’intéresse. »..

https://www.mediapart.fr/journal/international/130825/aux-etats-unis-un-capitalisme-d-extraction-et-d-extorsion

Dans cette configuration là, il me semble que les dindons de la farce sont l’Ukraine et l’UE. Il était tout ce qu’il y a de prévisible que deux mafieux s’entendent. « Montre moi tes terres rares et je verrai si je te considère ».

Notre petit roitelet à nous qu’on a montre ses nouveaux muscles (il paraît qu’il soulève de la fonte à ses heures perdues si on en croit le Palmipède) mais il semblerait que cet homme là (voir ci-dessous) soit plus à même de capter la faible attention de Donald : https://philippecorbe.substack.com/p/le-golfeur-qui-murmure-a-loreille

C’est dire où l’on en est. Pendant qu’on papotait à Anchorage, la Russie arrosait copieusement l’Ukraine. Zelensky va se rendre à Washington , histoire de montrer sans doute qu’il est près à négocier c.a.d accepter d’autres concessions. Mais lesquelles ? Gaz, pétrole, terres rares et métaux critiques sont désormais à la main des groupes états-uniens pour leur exploitation.

Les lettres CCCP (URSS pour nous) sur le sweat de S. Lavroff à son arrivée à Anchorage annonçaient sans complexe la couleur de ce que demeurent les ambitions territoriales russes (en tous cas en ce qui concerne l’Europe), non ? Grande Russie, Grand Israël , Donald ne s’en sort ni avec Netanyahou ni avec Poutine : « le problème avec ce genre de dirigeants, c’est qu’ils ont leurs propres objectifs, et ces objectifs ne relèvent pas du registre transactionnel où Trump évolue. Poutine veut l’Ukraine ; il ne veut pas la paix ni négocier un règlement », selon Adam Kinzinger un ancien élu républicain.

Hormis ce fichu Prix Nobel de la Paix qu’il vise parce qu’Obama (son obsession) l’ a eu, je crois que la vie de ses semblables intéresse assez peu Donald (sauf ceux qui le flattent – invraisemblable le nombre de flagorneurs dans son administration- et/ou peuvent le financer d’une manière ou d’une autre) et il ne m’étonnerait pas outre mesure qu’il menace la Norvège de tarifs douaniers élevés pour arriver assez fins nobélisables. Je plaisante à peine.

TACO (Trump always chickens out), Trump de se dégonfle toujours devant qui lui résiste mais à l’heure de la mondialisation il faut être puissant ou en avoir sous le pied.

A l’intérieur du pays, il saisit le moindre prétexte pour s’emparer de la sécurité publique surtout dans des grandes ville gérées par des démocrates. Jusqu’où ce barnum va-t-il continuer ?

Rien à voir.

Les températures, pour ceux qui n’ont pas souscrit à la climatisation, nous confinent dans l’obscurité dès la mi-journée.. Depuis une dizaine de jours à Bordeaux on oscille entre 35-42 degrés en journée et au mieux 20-21 degrés à la fraîche mais plus souvent 24-25 et encore à partir de 3-4 heures du matin. Nous avons déjà eu droit à ce traitement climatique entre le 11 juin et le 6 juillet. Quand les températures consentent à baisser, les murs ont retenu la chaleur et il faut plusieurs jours avant de respirer. La pause entre le 6 juillet et le 7 août nous a permis de souffler un peu. Madame météofrance nous prévoit une baisse des températures à partir de lundi ou mardi prochain mais avec quelques pics de chaleur ici ou là en fin de mois. Madame Borne a-t-elle des idées fraîches pour la rentrée ? Pas évident mais alors pas du tout.

Pour l’heure, je passe mes journées au noir en regardant des petites vidéos postées par de jeunes japonais ….enfin surtout japonaises, vivant seules. On ne sait pas de quoi elles vivent et on les suit dans une monotonie commerciale (les courses, quelques virées au restaurant, de courtes journées en famille ou avec des amis) . On ne voit pas leur visage ou très peu. C’est vide, paisible et reposant. On apprend ici ou là des choses sur la vie économique au Japon, les difficultés des travailleurs étrangers (l’une des vidéastes est philippine), la santé, les impôts mais c’est très fugitif. Celle que je préfère habite à Hokkaido où il fait froid en hiver. Elle a posté pas mal de vues enneigées

Je me rafraîchis à distance.

Surpause et surplace

C’est un fait, j’ai de plus en plus de mal à remplir ce blog. Un peu comme si la sidération dans laquelle me plonge l’actualité avait asséché mon stylo. Les lectures, de polars essentiellement, n’y changent rien. Ou plutôt les relectures. J’ai récemment retrouvé quelques opus de Tony Hillermann dans lesquels la partie ethnologique -l’évocation des us et coutumes des navajos, en particulier- m’intéresse autant que l’intrigue policière. Ils m’ont ramenée à ces quelques semaines en septembre 1998 où je suis allée traîner mes pataugas dans les paysages qu’il décrit. L’un de mes plus beaux souvenirs reste le lever de soleil sur le parc de Dead Horse Point à bord d’un petit coucou. Chargée de traduire les commentaires du pilote de l’avion pour mes petits camarades d’escapade, je n’ai pas pris de photos et tout est demeuré dans mes yeux. C’est peut-être mieux car la mémoire contribue à faire évoluer un instant singulier qui serait resté figé sur la pellicule. Je ne sais plus où j’ai rangé les photos de ce voyage. J’ai déménagé trois fois depuis lors et eu la flemme de rouvrir certains cartons.

J’aurais peut-être dû choisir autre chose car tout cela me ramène aux Etats-Unis et son quotidien inquiétant qui semble infuser chez nos politiques. Les mesures annoncées par François Bayrou, en particulier sociales, font presque écho à celles de la Big Beautiful Bill (la grande et belle loi) Trumpienne. La dimension de la casse est certes moindre mais la ligne de fond est assez identique : la redistribution, quel ennui ruineux.

Je ne sais pas pourquoi mais me vient tout à coup l’image d’un patineur novice certain de pouvoir réaliser un triple axel. Je suppose que Donald Trump n’en douterait pas une minute….s’il s’intéressait au patinage. Pour l’heure, il gère son pays comme un mafieux. Chantage, menaces, extorsions de fonds, tout lui est bon. Ainsi, par exemple, sa politique douanière devient un instrument d’ingérence dans la justice d’un pays voisin, le Brésil en l’occurrence, afin qu’il abandonne les poursuites contre Jair Bolsonaro dont la trajectoire, tentative de coup d’État compris, ressemble à la sienne. Ses menaces de procès à l’encontre d’une chaîne de télévision ayant besoin d’un aval fédéral pour réaliser une fusion avec une société de production sont l’occasion de conclure un deal -lui qui aime tant ça- à 16 millions de dollars. Un humoriste, hébergé par la chaîne, ayant qualifié l’opération de gigantesque pot-de-vin, vient d’apprendre l’arrêt de son émission en mai prochain. A chaque jour sa vilaine pochette surprise.

Donald se fait balader par Poutine et Netanyahou ? Peu importe. Un fait chasse l’autre ….encore que la sordide affaire Epstein qui lui colle à la peau comme le sparadrap du Capitaine Haddock fracture une base électorale déjà fragilisée par les purges financières d’Elon Musk (je résume grossièrement).

« Comment les américains ont-ils pu voter pour ça ? » me demande ma mère. Bonne question que l’on pourra se poser à notre tour en 2027.

En attendant, ça bouge (un peu) chez les démocrates américains. Obama, lui-même, se fait chahuter.

“Moins d’introspection nombriliste. Moins de pleurnicheries. Moins de position fœtale.” ; “C’est le moment de se retrousser les manches. Pas de s’apitoyer. Pas de se cacher. Ce qu’il faut maintenant, c’est du courage.” aurait tonné l’ancien Président. sans que l’on sente une quelconque stratégie derrière.

Le journaliste P. Corbé raconte sur son site Zeitgeist : la mise en garde de l’ancien président a notamment vivement agacé Whoopi Goldberg, coanimatrice de The View, un talk show très populaire sur ABC (et très anti Trump…). Elle a eu peu goûté ses leçons.

“Laissez-moi vous rappeler qui est en première ligne quand il y a eu ces grandes marches : c’était le peuple. C’est le peuple qui est sorti dans la rue. Ce n’étaient pas des gens en pleine introspection nombriliste, c’étaient des personnes âgées qui disaient : “Pourquoi vous touchez à ma Sécurité sociale ?” Ce n’étaient pas des plaintes. C’étaient des gens qui disaient : “Pourquoi vous retirez des droits à mon enfant alors qu’il est né ici ?”

« Peut-on gagner en incarnant la retenue quand le pouvoir se joue dans la rage ? Peut-on fédérer avec du pragmatisme quand le populisme dicte les émotions ? » s’interroge le journaliste.

Ce sont de bonnes questions aussi à se poser à l’horizon 2027..

Taco et IA

Un taco est une sorte de casse croûte mexicain composé d’une tortilla de maïs pliée en deux et, en général, garnie avec plusieurs ingrédients typiques de la gastronomie mexicaine : viande ou poisson grillés, combinés avec des assaisonnements divers (oignons, tomates, coriandre, guacamole, ananas, sauce piquante, jus de citron). Ce peut être également une simple tortilla enroulée, assaisonnée seulement de sel.

Si l’on en croit madame Wikipedia, l’origine du taco remonterait au Mexique précolombien. Grâce aux chroniques de Bernal Díaz del Castillo, qui participa à la conquête du Mexique par Hernan Cortes, on sait qu’à la table de l’empereur Moctezuma II on utilisait les tortillas comme des cuillères pour se servir de garnitures diverses, obtenant ainsi un résultat semblable au taco actuel.

Depuis peu Taco est un acronyme inventé par un chroniqueur du Financial Times pour désigner la stratégie commerciale confuse du président US sur les taxes douanières. Des menaces souvent retirées à la dernière minute.

Trump Always Chickens Out (Trump se dégonfle toujours).

La formule, qui, on le devine, n’a pas eu l’heur de plaire à l’intéressé, s’est traduite par de nombreux montages visuels assez drôles. Par exemple ceux-ci :

Plus sérieusement, le terme Taco trade désigne surtout une stratégie d’investissement cynique (pléonasme ?) : les marchés chutent à chaque annonce brutale de Trump sur les droits de douane, mais les investisseurs parient qu’il reculera — ce qui provoque une remontée des cours. Autrement dit « achetez quand Trump menace, vendez quand il recule ».

Il se peut que la réaction des marchés s’émousse un peu au fur et à mesure que le scenario se répète. Il reste, en tous cas, que ce petit jeu a permis à des « initiés » proches du Président de réaliser de très juteuses opérations. Une façon pour Donald de remercier ses soutiens ?

Depuis sa réélection l’homme semble moins gouverner que poursuivre une sorte de vendetta personnelle. Universités, sécurité sociale, agences fédérales, liberté d’expression, droit du travail, politiques de diversité et d’inclusion, immigration …tout y passe. Face à lui, ne restent plus que les tribunaux. A ce jour, près de 250 actions judiciaires auraient été initiées pour contrecarrer ses mesures.

De ce côté ci de l’Atlantique, on aurait tort de se gausser. Sur le site https://legrandcontinent.eu/fr/ (qui vaut franchement qu’on s’y intéresse), on peut ainsi lire ceci : « Dans un texte publié par le compte officiel du département d’État américain, l’administration Trump relance sa doctrine européenne : le changement de régime. Dans cet appel à la construction d’une « alliance civilisationnelle » — explicitement adressé au Rassemblement National en France, à l’AfD en Allemagne et au PiS en Pologne — la plus puissante diplomatie au monde assume un projet : transformer l’Union en un agrégat de « nations chrétiennes comme la Hongrie ».

Ainsi donc, se profilerait une sorte de crash test européen. Et je nous trouve assez mal outillés.

Rien à voir, quoique : la confusion dans laquelle nous sommes nous conduit à nous jeter dans les bras de n’importe quelle illusion technique.

Le secrétaire US chargé de la santé RF Kennedy JR affirme que le rapport de la Commission « Make American Healthy Again » s’appuie sur des données scientifiques de référence, citant plus de 500 études et autres sources pour étayer ses affirmations. Sauf que, sans compter de nombreuses erreurs, 7 des sources citées semblent inexistantes.

Là encore on aurait tort de s’en amuser.

Alors que nous disposons d’un fond iconographique conséquent, le SIG (service d’information du gouvernement), à l’occasion de la Journée nationale de la Résistance, publiait sur les comptes Instagram et TikTok « @gouvernementfr » une vidéo, générée par intelligence artificielle, à la gloire d’une résistante imaginaire. Problème : au moins une erreur historique flagrante était visible dans la réalisation avec la présence d’un soldat dont le casque rappelle celui des Allemands aux côtés de membres de la Résistante en liesse..


Le SIG prévoit néanmoins de republier la vidéo une fois les corrections apportées. Pourquoi ? Selon son directeur, pour « adapter les contenus et les formes de narration aux nouveaux usages des audiences, notamment sur les réseaux sociaux  » . J’imagine plutôt que monter des images « à l’ancienne » aurait pris plus de temps. Philosophe, historien du droit, sociologue, résistant, théologien protestant et accessoirement bordelais, Jacques Ellul, en 1988, écrivait notamment ceci : « Chaque intellectuel sait que parfois des idées surgissent, au sujet de questions que l’on n’avait pas travaillées, que tout à coup une sorte de vérité d’évidence vous illumine, travail secret de la pensée, idées à partir desquelles un exercice intellectuel rigoureux pourra se développer. Cela fait partie intégralement de l’intelligence, et l’ordinateur ne sera jamais saisi de ces impromptus, qui viennent d’un rêve, d’une rencontre dans la rue, d’un jeu de couleurs, d’une nostalgie ou d’une espérance. Tout ce que l’ordinateur est bien incapable d’enregistrer ».

Pour l’heure non, la petite histoire de la vidéo, montre que l’œil humain a encore son utilité.

La falsification fait partie de l’histoire et la sophistication des images contribue à nous leurrer chaque jour davantage. Ne nous restera-t-il, un jour, plus que l’impromptu comme trognon de pensée ?

Il fait beau et la chaleur est supportable aujourd’hui. Nul besoin d’entrebâiller les volets pour garder un peu de fraîcheur. Je devrais cesser de ruminer.

Cent interminables jours

Pourquoi cet sorte de fétichisme sur les cent jours ? Bien sûr, on pense à la période marquée par le retour de Napoléon de l’île d’Elbe jusqu’à la défaite de Waterloo (qui ne dura pas exactement 100 jours d’ailleurs selon le point de départ choisi. Si j’en crois Madame Wikipedia :

  • 95 jours entre le 20 mars, date de son retour aux Tuileries, et le 22 juin, date de son abdication au profit de son fils Napoléon II ;
  • 136 jours entre le débarquement de Napoléon dans le golfe Juan et son embarquement à l’Île d’Aix vers l’Angleterre.)

Sous notre Vème République, « l’expression fait plutôt allusion à la durée moyenne de l’état de grâce post-électoral – correspondant au lendemain immédiat de l’élection début mai, la campagne des élections législatives qui la suivent, et enfin la pause estivale – soit une centaine de jours sur la période de mai à mi-aout, peu propice aux manifestations, durant laquelle le président encore au faîte de sa popularité a l’occasion de lancer les réformes les plus ambitieuses, qui sont rarement les plus populaires », euphémise toujours la même (qui m’apprend par la même occasion que chez les chinois l’expression est associée à la Réforme des Cent Jours initiée par l’Empereur Guangxu en 1898. A l’image du retour éphémère de Napoléon, cette période chinoise a connu le même destin funeste puisque en réaction, l’Empereur de Chine s’est vu renverser par l’opposition conservatrice à la Cour impériale).

La référence à ce chiffre , qui tend à se multiplier ici (les 100 jours du Premier ministre ou les « 100 jours d’apaisement » macronistes en plein mouvement social contre la réforme des retraites) a trouvé sa déclinaison aux USA en 1933.

Le 25 juillet de cette année là, Franklin D. Roosevelt prononça un discours à la radio dans lequel il évoqua l’idée d’un retour sur « les 100 premiers jours » de sa Présidence. Le but était de prendre un peu de recul vis à vis des évènements marquants le démarrage du New Deal. Depuis lors, les 100 premiers jours d’un mandat présidentiel ont pris une signification symbolique, et la période est considérée comme une référence pour mesurer le succès d’un président.

Il semble que les résultats du second mandat trumpien soient aussi, sinon un peu plus, médiocres que ceux du premier. La cote de popularité du Président se situerait autour de 41 % (au lieu de 45 % en 2017). Il serait également le seul à ne pas avoir atteint le seuil de 50 % depuis que cette évaluation des 100 premiers jours existe.

Comme le raconte P. Corbé sur son site Zeigieist, le contexte économique américain est pour le moins « morose » : « le département du Commerce vient d’annoncer que le PIB a chuté à -0,3 % au premier trimestre, en rythme annualisé. Un net ralentissement par rapport au taux de 2,4 % du quatrième trimestre, et bien pire que les 0,8 % anticipés par les économistes (…) Wall Street accuse le coup, redoute une inflation galopante, voire une récession. Les investisseurs s’inquiètent du chaos tarifaire relancé par la Maison-Blanche, avec des droits de douane qui perturbent consommateurs et entreprises ». La situation est si peu brillante qu’elle en vient à inquiéter Maria Bartiromo, la présentatrice préférée du Président sur la chaîne Fox Business. C’est dire.

Mais Trump considère qu’il n’y est pour rien. A l’en croire, les bons résultats économiques enregistrés l’an dernier ne sont pas ceux de Joe Biden mais résultent du fait que les investisseurs ont anticipé sur sa victoire aux présidentielles. Dans la mesure où il n’a effectivement pris ses fonctions que le 20 janvier, ceux de ce début d’ année sont, en revanche, à mettre à la charge de sleepy Joe, peu importe ce qui s’est passé en bourse après sa « libération tarifaire ».

Interviewé par Médiapart au sujet de son livre « Le cas Trump », l’essayiste québecois Alain Roy, confirme ce que l’on savait déjà : Trump est un menteur pathologique, un sociopathe, un type dont les vantardises continuelles décèlent une fragilité narcissique, ayant eu comme sorte de mentor personnel un avocat, Roy Cohn, qui fricotait pas mal avec la mafia et professait qu’il ne faut jamais avouer un fiasco mais prétendre que la défaite est une victoire.

« Comment se fait-il qu’il n’y ait pas de mécanisme de validation des candidatures présidentielles aux États-Unis permettant d’écarter un tel personnage, manifestement compromis ? » poursuit-il. Bonne question.

Pour l’heure, on retrouve le Donald de l’ère I, en beaucoup plus caricatural (si c’est possible) et agressif. L’un des principes de fonctionnement trumpiens est l’intimidation. et seule une loyauté entière à son égard s’avère payante ce qui donne lieu à des moments de flagornerie d’anthologie comme en témoignent ces extraits filmés d’une réunion de son cabinet :

  • Lee Zeldin, administrateur de l’Agence de protection de l’environnement. : “La principale raison de notre présence aujourd’hui, c’est que nous célébrons le 100ᵉ jour des cent premiers jours les plus historiques et les plus décisifs de l’histoire de ce pays”
  • Doug Burgum, secrétaire à l’Intérieur. : Vous n’êtes pas seulement courageux, vous êtes carrément intrépide”
  • Scott Bessent., secrétaire au Trésor : “Monsieur, ce furent cent jours mémorables avec vous aux commandes” (encore qu’ici on pourrait se demander si le mot mémorable n’est pas plein de sous-entendus moins flatteurs, mais bon).
  • Pam Bondi (procureure générale) : “3400 kilos de fentanyl, depuis que vous êtes là, ces 100 derniers jours.. Ce qui a sauvé (…) 258 millions de vies (…) Grâce à vous, grâce à ce que vous avez fait. Monsieur le Président, vos cent premiers jours ont largement surpassé ceux de n’importe quelle autre présidence dans ce pays. Jamais. Jamais on n’a vu quelque chose de pareil. Merci”

Tout aussi inquiétant est l’activisme anti-immigrants de Marco Rubio, chargé des affaires étrangères, jusque là considéré comme le seul « adulte dans la pièce » : « Nous recherchons activement d’autres pays pour accueillir des personnes de pays tiers. Pas seulement le Salvador. Nous collaborons avec d’autres pays pour leur dire : « Nous voulons envoyer certains des individus les plus méprisables dans vos pays. Accepterez-vous de le faire en notre faveur ? »». Commentaire de l’un de ses anciens soutiens lors de la course aux présidentielles de 2016 :  » Il a non seulement trahi toutes les valeurs qu’il prétendait posséder, mais il porte aussi un préjudice profond – à un niveau que j’ai du mal à exprimer – au pays. C’est une chute vertigineuse pour un homme autrefois considéré comme quelqu’un d’ intègre ».

Voilà, chaque jour apportant son lot de trumperie, ces 100 jours interminables nous donnent une idée de la distorsion à venir des principes de la constitution américaine sauf retournement l’an prochain à l’occasion des élections à mi-mandat.

Churchill aurait dit : « On peut toujours compter sur les Américains pour faire ce qu’il faut… une fois qu’ils ont épuisé toutes les autres possibilités. » . Et sans doute aussi beaucoup de monde pourrait-on ajouter.

Je me souviens avoir lu par le passé, un peu dubitative, ce roman uchronique de Philip Roth intitulé « le complot contre l’Amérique », dans lequel l’auteur imaginait son pays tombé aux mains d’un dirigeant fasciste, fervent défenseur de l’ »America First ». Peut-être à relire (mais je ne sais plus ce que j’en ai fait). En attendant on peut écouter ça.

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/france-culture-va-plus-loin-l-invite-e-des-matins/philip-roth-et-l-amerique-fasciste-20-ans-d-avance-7556931

Zeitgeist

Dessin de Patrick Chappatte https://www.chappatte.com/fr/trump-ii

C’est une newsletter sur laquelle je suis tombée un peu par hasard et cela signifie l’ « esprit du temps » paraît-il. Il suffit de s’inscrire pour la recevoir.

Ancien directeur de la rédaction de BFMTV, ce qui n’avait que moyennement de quoi me séduire, le journaliste Philippe Corbé nous y parle de l’Amérique telle qu’elle soubresaute. Y décortique le vacarme trumpien (ou trumpiste) de manière assez factuelle (l’intéressé a également un podcast – mais il faut s’abonner, je crois- où il s’attaque aux sujets qui réclament plus de remise en perspective : l’obsession de Trump pour les barrières douanières depuis les années 1980 par exemple). Et puis, pour les non-anglophones, cela donne une petite idée, de ce qui s’écrit chez l’Oncle Sam, de l’ « esprit du temps » yankee en se référant à des publications qui ne sont pas toujours signalées en France.

J’y ai appris en passant l’existence de l’effet Dunning-Kruger, c’est à dire la surconfiance des incompétents. Nous y sommes absolument.

Au fond, le paradoxe chez Trump tient au fait qu’il est tellement caricatural que l’on a tout de même intérêt à prendre ses lubies en compte. Suivant les conseils de Steve Bannon (son mentor qui l’incitait dès sa première campagne en 2016 à « inonder la zone de merde »), il nous sert de quoi nous inquiéter tous les jours. Dernières facéties en date, une petite phrase laissant entendre qu’il était prêt à négocier pays par pays une baisse des taxes douanières (qui épargnent, ô surprise, la Russie, la Biélorussie et la Corée du Nord) en échange de contreparties (ce qui n’a fait qu’alimenter plus encore l’affolement des marchés) et la réitération de l’exercice d’un troisième mandat. Tout lui est bon, même notre politique hexagonale. Marine Le Pen (qu’il ne connait pas) est une martyre judiciaire. Sus au Gouvernement des juges…!! Et vive la liberté d’expression dès lors qu’elle s’accorde en tous points avec ce que je dis !

Décalage horaire oblige, je regarde certaines émissions américaines sur youtube et non à la télé en direct. Certaines plutôt humoristiques (The Daily show avec Jon Stewart ou The Late Show avec Steven Colbert), d’autre moins (The Rachel Maddow Show) mais qui aident à ne pas désespérer tout à fait car, pour l’heure, hormis Bernie Sanders et Alexandria Ocasio Cortez ou Cory Booker – un sénateur qui vient de sortit de l’ombre en battant le record du plus long discours de l’histoire ( 25 heures et 5 minutes exhortant ses camarades à se ressaisir)- on a l’impression de vivre ce que Naomi Klein nommait le capitalisme du désastre dans son livre « La stratégie du choc ». (mais peut-être pas exactement avec la connotation de ce qui nous arrive d’outre-atlantique).

Dans l’une des émissions caustiques que j’ai vues (je ne me souviens pas de laquelle) un intervenant disait que regarder Trump gouverner c’était comme observer un petit chef de gang de maternelle jouer dans une cour d’école avec un pistolet chargé. Sauf que sa bande de copains actuelle est au moins aussi chargée que lui.

Président à l’arrache

Le 19 février dernier, 58 députés et sénateurs, membres des commissions des lois des deux instances parlementaires, se sont prononcés sur le candidat présenté par le Président de la République pour prendre la tête du Conseil constitutionnel : Richard Ferrand. A l’issue d’une audition au cours de laquelle celui-ci fit montre de plus de morgue que de connaissances juridiques, sa nomination fut entérinée …à une voix près, les membres du Rassemblement National ayant décidé de s’abstenir.

Bien qu’aucune condition de compétence en matière juridique ne soit exigée par la Constitution française pour pouvoir être nommé(e) – ce qui distingue le Conseil constitutionnel d’autres cours constitutionnelles de démocraties libérales (par exemple; la Cour constitutionnelle fédérale d’Allemagne ) -cette nomination a relancé la question du recrutement de nos juges constitutionnels tant, pour reprendre l’expression du Canard enchaîné du 25 février 2025, l’intéressé (outre une proximité avérée avec le chef de l’État) arrive au Conseil lesté d’un tas de conflits d’intérêts. Entre autres singularités, elle a, en particulier, fait revenir à la surface des démêles judiciaires passés du susnommé sur lesquels avait eu à se pencher une ancienne magistrate, Véronique Malbec, nommée membre du Conseil constitutionnel le 23 février 2022, par le Président de l’Assemblée Nationale de l’époque, à savoir, M. Ferrand Richard. Nul doute qu’ils auront plaisir à se retrouver.

Robert Badinter (à moins que ce ne soit le Doyen G. Vedel) disait « qu’on a un devoir d’ingratitude avec son autorité de nomination à partir du moment où l’on rentre en fonction ». Mais, comme le rappelle le journal « Le Monde (article du 19/2/2025), « en matière de conflit d’intérêts, le Conseil constitutionnel vit en totale autogestion. Le président ne peut pas demander à l’un de ses collègues de se déporter. C’est à chacun de se juger, les demandes de récusation ne pouvant être soumises que par des parties extérieures. Libre ensuite au Conseil d’en décider ».

L’indépendance (ou l’ingratitude) du nouveau Président du Conseil ne va pas tarder à être testée puisque l’on prête à Laurent Fabius (encore Président du Conseil pour quelques jours), l’intention de lui laisser en cadeau le soin de trancher une question prioritaire de constitutionnalité concernant un élu de Mayotte, condamné à 4 ans d’inéligibilité assortis d’une exécution provisoire pour prise illégale d’intérêt, qui pourrait influer sur la possibilité pour Marine Le Pen de se présenter aux futures élections présidentielles.

Bref récapitulatif : soupçonnées d’avoir mis en place, entre 2004 et 2016, un « système de détournement » de l’argent versé par l’Union européenne (UE), destiné à l’embauche de collaborateurs parlementaires, afin de financer les activités politiques du Front National (FN), 25 personnes, dont la cheffe des députés du Rassemblement national (RN, héritier du FN), ont comparu en septembre dernier devant le tribunal correctionnel de Paris. Dans le cadre de cette affaire, le parquet a requis cinq ans de prison, dont deux fermes, et cinq ans d’inéligibilité contre Marine Le Pen, assortis d’une exécution provisoire. Décision attendue pour le 31 mars prochain.

La question soumise dans le cadre de l’affaire mahoraise au Conseil constitutionnel est celle de la combinaison des dispositions du Code électoral sur l’inéligibilité des élus condamnés par la juridiction pénale pour atteinte à la probité et de celles du Code de procédure pénale ouvrant la possibilité d’assortir cette peine d’ inéligibilité d’une exécution provisoire, cette dernière étant susceptible d’écarter l’élu pour un temps plus ou moins long de la vie politique, alors même que le juge d’appel et de cassation réviserait ou annulerait la sanction ultérieurement.

Où l’on voit que l’abstention du RN lors de l’examen de la candidature Ferrand prend une autre signification : plutôt un politique à la tête du Conseil constitutionnel qu’un juriste pointilleux.

Les décisions du Conseil constitutionnel ne permettent pas de savoir si elles ont été prises à l’unanimité ou à la majorité puisqu’ il n’y est pas fait état des opinions dissidentes (minoritaires par essence), contrairement, par exemple, à celles rendues par la Cour européenne des droits de l’homme qui, elles, les mentionnent.

Cette absence de transparence, et, parfois, le caractère abscons de leur motivation, renforce l’impression qu’elles traduisent souvent l’emprise d’intérêts, directs ou indirects, qui éloignent les « sages » d’un travail de fond portant sur le caractère constitutionnel ou inconstitutionnel de ce qui est soumis à leur jugement.

A l’heure où l’on a l’impression que rien signifie tout ou peut-être son contraire, c’est préoccupant. Pour le moins.

« Les démocrates, on s’en fout. La véritable opposition, ce sont les médias, et on s’en occupe en inondant le terrain de merde ! », aurait dit le très droitier Steve Bannon, stratégie dont Donald Trump nous gratifie quotidiennement depuis le début de son deuxième mandat. N’importe quel mensonge ou absurdité balancés sur les réseaux ou relayés par les médias dits mainstream imprime plus que des semaines de vérifications réelles et recoupements. Le politique se victimise avec l’onction des oligarques papivores et numérivores. Peu importe qu’il se contredise ou élude. La preuve, ces derniers jours, par Bétharram.

Autre chose. C’est une vidéo créée par intelligence artificielle mais elle donne une idée du cynisme de prédation décomplexé actuel qui nous mine.

Vertiges

Certains pensent que les ambitions présidentielles de Donald Trump sont nées le 30 avril 2011, lors du traditionnel dîner des correspondants à la Maison Blanche durant lequel Barack Obama s’est « payé » le magnat de l’immobilier devant 2500 personnes.

Je pense cependant que l’arrivée d’un homme noir à la Maison Blanche avait suffi à hérisser Donald qui, les semaines précédentes, avait écumé les plateaux télé en exigeant de voir le certificat de naissance du Président, afin de vérifier s’il était vraiment Américain.

Le discours cinglant et moqueur d’Obama en retour a peut-être raffermi une intention que Donald avait déjà. Il faut dire que la leçon est rude pour un homme avide de respect tout en étant caricatural.

Son portrait officiel pour ce second mandat annonce la couleur : fini de rire si tant est que le premier ait suscité une franche hilarité. Le voici :

Les premières semaines de ce second mandat le confirment. État d’urgence aux frontières, remise en cause du droit d’asile et du droit du sol (tiens, tiens, voilà qui résonne fortement ici ces derniers temps !), retrait des accords de Paris et retour aux énergies fossiles, retrait de plusieurs instances de l’ONU, dont le Conseil des droits de l’Homme et l’OMS, suspension de tout financement américain à l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (il l’avait déjà fait lors de son premier mandat), démantèlement de tous les programmes de diversité et d’inclusion du gouvernement fédéral et des politiques en faveur des personnes trans, coupes drastiques dans les effectifs de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), détournement du financement des écoles publiques vers des bons d’éducation pour les écoles privées, imposition d’une hausse de tarifs douaniers au Mexique et au Canada (mesure provisoirement gelée mais qui devrait nous concerner, nous européens, bientôt), sanctions contre les membres de la Cour pénale internationale, grâce pour les assaillants du Capitole …cette recension incomplète donne le vertige.

Géographiquement, économiquement, la prédation est de mise : Canada, canal de Panama, golfe du Mexique, Groenland, sans compter la prise de contrôle de la bande de Gaza, pour en faire « la riviera du Moyen-Orient », après avoir déplacé les Palestiniens vers l’Egypte ou la Jordanie. Le droit international ou interne est le cadet des soucis de Donald comme de son alter ego industriel Elon Musk dont la tentative de prendre le contrôle du système de paiements du Trésor américain vient d’être bloquée par un juge fédéral.

Passée la sidération, il semble qu’ici et là une certaine forme de résistance commence à s’organiser notamment à travers les procès qui s’ouvrent devant les tribunaux. Mais elles peinent devant l’activisme désinhibé Trumpo-Muskien (combien de temps d’ailleurs ce duo égotiste et viriliste tiendra-t-il ?). La stratégie du choc a encore beaux jours devant elle.

Le bombardement médiatique du Président orange, qui ne s’encombre, lui, jamais de respect pour ses interlocuteurs, nous a amené à prendre en considération ses déclarations les plus foutraques. Celle sur Gaza en fut une qui conduisit la chaîne France Info à inviter un professionnel de l’hôtellerie restauration pour l’interroger sur la faisabilité du projet trumpien. La séquence a, depuis, je crois, été supprimée mais elle donne une idée de là où nous en sommes sur le chemin de la décomplexion. Et cela, aussi, est vertigineux.

Un quart de siècle en pente délétère

C’est assez BHLique de se citer mais, à 10 ans de distance, j’ai eu envie de relire ce que j’avais écrit à propos de ce sinistre mois de janvier 2015.

A propos du 7 janvier et des manifestations Charlie : « Notre époque privilégie le réflexe sur la réflexion. Alors, j’en suis venue à me méfier de mes propres émotions, à me méfier de ma propre empathie, à me méfier d’être ensemble par peur de cet emballement volatile qui m’agace souvent. Et, en cela, je donne peut-être prise à tout. Aux idées d’égouts qui remontent sans cesse à la surface. Je repense à la stratégie du choc de Naomi Klein. Les dérives sont toutes là. Étalées sous nos yeux .

Être libre est une éducation et un courage, c’est la pauvre pensée qui me vient. Plus envie d’écrire, pour l’heure. La justesse et la justice sont difficiles à réunir. Car si je ne je ne suis plus juste, alors, la barbarie aura eu raison de moi. Et, de cela, surtout, j’ai peur. »

Le 12 janvier suivant : « Comment faire comprendre ? Dire que je n’ai pas eu envie, dimanche, de mettre mes pas, aussi peu que soit, dans ceux des politiques ? Que je n’ai pas eu envie de partager avec eux ne serait-ce qu’un centimètre de bitume.  Comment oser dire, aujourd’hui, la liberté d’expression, oui, oui, encore et toujours, mais, « je ne suis pas Charlie », ou, plutôt, je suis tous les Charlie, tous ceux qui tombent, ici et ailleurs, dont Reporters sans frontières, entre autres, tient la sinistre liste ; que je n’ai pas eu envie de partager cela avec n’importe qui. La spontanéité de mercredi soir disait quelque chose, la marche de dimanche à Paris, avec son bal des affreux, comme dit Mediapart, ne représentait plus rien  d’autre, à mes yeux, qu’une perversion politiquement opportuniste d’une sincérité citoyenne. Comment dire cela sans être stigmatisée comme celle qui ne pleure pas aux enterrements. Comme l’imbécile brevetée qui ne comprend rien à rien. Qui confond tout ».

Le 7 janvier dernier, je ruminais tout cela, sans renier ces mots. Je n’ai pas plus acheté Charlie par la suite qu’auparavant. Sa résurgence ne me parlait pas.

J’en étais là dans mes souvenirs lorsque se sont télescopés, ce même jour, l’hommage aux victimes de 2015, la mort de Jean-Marie Le Pen et les incendies en Californie.

22 ans après le 21 avril 2002, on ne dit plus du premier qu’il était antisémite, homophobe et tortionnaire, on oublie ses condamnations pour apologie de crime de guerre et contestation de crimes contre l’humanité. Aujourd’hui JM Le Pen est une personnalité politique tout au plus « controversée », et « polémique » mais aussi, et cela semble « racheter » tout le reste, « un visionnaire » sur l’immigration. « Si la France avait appliqué la politique migratoire souhaitée par Jean-Marie Le Pen, les gens de Charlie Hebdo seraient encore vivants. » (M. Bock-Côté sur Cnews). Affirmation gratuite et bien poisseuse.

J’ai alors, bizarrement, repensé à Prokofiev, mort le même jour que Staline. Ce jour-là, en Russie (et dans certains foyers chez nous), on ignora l’artiste pour pleurer avec effusion un dictateur paranoïaque (pléonasme ?). Ainsi, les morts de Charlie ont-ils presque été « annihilés », 10 ans après, dans les gazettes et sur les écrans, par le décès du « tribun ».

Quant aux incendies, le sujet qu’ils mettent en exergue, à savoir, le climat, la nécessité de revoir nos modèles de développement, n’est pas prioritaire, « Drill, baby, drill » (fore, baby, fore) scande l’agent orange élu. On préfère accuser les démocrates d’avoir réduit (pas tant que ça semble-t-il) les subsides alloués à la protection contre les incendies. Signe de la volatilité de l’information, les morts de Gaza s’estompent sous les cendres de Los Angeles.

Ce quart de siècle qui s’ouvre, notamment avec l’intronisation de Trump, ne sent pas bon. Pour l’heure, je me demande si je ne vais pas faire l’acquisition de ce bouquin là. Histoire d’essayer de comprendre comment Le Pen est presque devenu, en 10 ans, un sympathique grand-père aux idées de rose (j’ironise bien sûr). Nous en sommes là …

Une entame 2025 sans visibilité

Depuis plusieurs jours, Bordeaux se réveille dans le brouillard. Je ne vois guère au-delà des arbres du parc de la résidence où j’habite. La brume se lève dans la journée pour retomber parfois le soir. Le 1er janvier n’a pas échappé à cette règle météorologique temporaire. J’y verrais presque une allégorie de la période politique que nous traversons depuis, disons, la dissolution de juin dernier qui a ouvert un éparpillement parlementaire inédit, jusqu’ici, sous la Vème République. L’heure serait-elle donc venue de changer de scenario ?

Ces deux professeurs de droit constitutionnel ne le pensent pas. Il y a le texte, son esprit, la lecture et l’interprétation qui en ont été faites. L’entretien – un peu long et parfois technique mais il vaut le coup qu’on s’y accroche – est antérieur à la censure du Gouvernement Barnier, raison pour laquelle cette dernière est simplement évoquée comme une potentialité. C’est ici :

Au-delà du fond, la qualité du dialogue entre les deux protagonistes réconforte et nous change agréablement des aboiements binaires télévisuels. On devine que leurs inclinations politiques ne sont pas les mêmes mais leurs réflexions cheminent paisiblement au point de s’enchaîner au détour d’une même phrase. Antérieur, donc, à la chute du Gouvernement Barnier, l’échange ne pouvait anticiper le contenu des vœux présidentiels. Que penser de son annonce de demander aux Français de « trancher » des « sujets déterminants », laissant entrevoir d’éventuels référendums ou conventions citoyennes ? Vu le peu de cas qu’il a fait de ces dernières -je pense en particulier à celle sur l’écologie- j’y vois à ce stade une nouvelle astuce pour contourner le Parlement et ces « corps intermédiaires » qui l’encombrent. Quant au référendum, Emmanuel Macron en prendra-t-il l’initiative ou se risquera-t-il au jeu du référendum d’initiative partagée (RIP) dont les modalités de mise en œuvre devraient être largement amendées pour pouvoir simplement advenir (à ce jour aucun RIP n’a pu être organisé)? Qui décidera du caractère déterminant des sujets à trancher ?

Bref, la clarté reste à venir et le contexte international aide peu.

J’ai déjà posté ce petit sketch d’un humoriste suisse mais je renouvelle la chose tant il me semble illustrer la confusion où nous sommes plongés.

Réseaux

Je me souviens m’être longtemps interrogée sur l’utilité de facebook et m’être finalement rendue à m’y inscrire car cela me permet d’avoir des nouvelles d’amis et de proches. Je n’étais pas prête pour Twitter, mais une jeune collègue m’a laissé entendre que cela pourrait un peu booster ce blog (réponse : non). Mais à force de « suivre », tel ou tel, on finit par s’intéresser.

Et puis, Elon Musk a racheté twitter et l’a renommé X. Aller sur un réseau comme X c’est voir défiler ce qu’il peut y avoir de pire : les mensonges, les sottises, les insultes, un complotisme ahurissant, le harcèlement, les montages visuels etc. et, bizarrement, s’instruire inopinément de temps à autre via des fils parfois un peu longs mais qui donnent à réfléchir (par exemple avec Anna Colin Lebedev sur le conflit ukraino-russe : son livre « Jamais frères » mérite d’être lu ).

Twitter n’était pas reluisant mais X c’est renifler une poubelle dont le fond (sic) vous échappe comme l’horizon.

Einstein aurait dit :

« Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore la certitude absolue ».

J’y pense toujours lorsque je me balade sur ce réseau.

Sur X, il y a 2 onglets, l’un » pour vous » dont le contenu est choisi par la plateforme, une sorte de déchetterie personnalisée profilée par des algorithmes, dans laquelle il vous faudra trier (pour ma part je parcours et passe…mais je note des trucs ici et là quand ça m’intéresse) et puis l’autre « vos abonnements » où vous êtes en meilleure compagnie puisque vous avez choisi de suivre ces contributeurs.

La perversité est que l’on en vient presque à davantage fréquenter la déchetterie, où l’on recroise ses abonnés ou les personnes que l’on « suit », pour ne pas être en reste des turpitudes du monde (le scoop à tout prix, ce naufrage de l’information).

Je poste très peu, et réagis de manière très sporadique et je m’illusionne très certainement sur mon détachement en me disant que je suis comme quelqu’un qui regarde des poissons s’agiter dans un aquarium.

Depuis peu, je pratique Mastodon, autre réseau, plus respectueux et moins foutraque que X (ce qui n’est pas difficile). Mais, parfois une sensation de terne me saisit et je retourne scruter ma poubelle (sachant que vu mon peu d’activité sur X, elle est d’un modèle réduit). Une forme d’alcoolisme numérique.

Aujourd’hui Emmanuel Macron reçoit les présidents des groupes parlementaires, les chefs des partis, et Lucie Castets, candidate NFP à Matignon, en vue de tenter de constituer un gouvernement ou plutôt de sortir d’une impasse dans laquelle il s’est enfermé et nous avec.

Déferlement de bêtises en vue avec peut-être quelques pépites sensées dedans ? Journée de dupes XXL plus sûrement.

Ce blog va s’interrompre quelque temps. Le temps de récupérer d’une intervention chirurgicale et me demander si je ne devrais pas passer à autre chose.