C’est ancien, mais, au fond, pourquoi pas en cette période où il est d’usage
d’en faire ? Elle avait choisi : reconnaître le do d’un ré. Alors, m‘est venu ceci :

Ce ne pourra être qu’un piano à queue, pas un demi – queue ou un quart de queue, ni même un piano droit.
Un vrai do, naturel, clair, aisé, un ré brillant en contrepoint exigent du volume, de l’espace.
Alors nous irons ensemble dans cet bâtiment un peu pataud près du fleuve.
L’instrument sera là, noir, ouvert, éclatant, prêt à accueillir tes mains.
Quoi de plus simple qu’un clavier ?
Les touches blanches s’ y serrent, presque frileuses. Les noires sont plus indépendantes et délurées s’assemblant tantôt par deux, tantôt par trois.
Je te dirai alors ce petit truc pour reconnaître un do partout, sur tous les pianos de France, de Navarre et d’ailleurs et tu ne verras plus que lui, ce fugitif tapi à la racine des couples de touches noires (la note aux pieds du ménage à trois est un fa).
Le do repéré, il te suffira de taper la note à côté : c’est le ré.
Je te demanderai alors de me jouer un do de ton choix, car sur cette étendue d’ivoire il y en a plusieurs.
Tu réfléchiras longuement avant d’élire celui – là, devant toi, parce qu’il t’est proche et qu’il t’attend, à portée de ta main droite.
L’index hésitant tu appuieras sur la bonne touche puis sur sa voisine. Do, ré, do, ré. Ce sera lassant à la longue. Alors, on escaladera la touche noire qui les sépare. Le do dièse…ou le ré bémol.
Peu à peu tu te risqueras à taper un do grave, un ré aigu, un do dramatique, un ré égrillard, un bémol lugubre, un dièse de hasard.
Tes mains voleront agiles et sûres.
Et puis, pour finir, pour les faire tiens ces do et ces ré, tu voudras les lancer au travers de la pièce, les aiguiser contre les murs.
Tu prendras alors ton souffle, ton élan, et, tout en tapant un do fier et musclé, tu me chanteras…un la inoxydable, résistant à tout et surtout au ré que tu me joueras ensuite.