Un peu de détente

J’ai un petit faible pour cette chanteuse, à l’humour un peu acide, qui parle de choses assez partagées sur des textes ciselés. Je me demandais donc si j’allais me lancer sur mon billet hebdomadaire aujourd’hui ou demain quand je suis tombée sur ça. Providentiel.

Et tant qu’à faire d’aborder les grands sujets du quotidien j’ai rajouté ça.

Mais il y en aurait bien d’autres de la « petite messe solennelle » aux « bijoux de famille » en passant par « madame » que je vous laisse rechercher pour vous distraire gaiement des retraites.

Relâche

Pas de considérations diverses, ni d’états d’âme ce vendredi pour cause d’ultimes révisions du Dixit Dominus de G.F Haendel que ma chorale donne en concert demain 14 décembre. Redoutable et magnifique partition qu’il est avisé de ne pas quitter d’un oeil. Une demi-seconde d’inattention et vous voilà perdu, le chant en friche, le rythme aux abonnés absents jusqu’à ce que vous trouviez une mesure, un soupir, un silence, une croche pour revenir dans  le choeur et l’oeuvre. Mais quel plaisir, bon sang quand ça « roule » !

J’avais pensé vous gratifier de ce petit train qui meublait nos interludes télévisuels dans le temps (disparu des écrans comme les lignes ferroviaires secondaires …) pour faire patienter mais cela m’a paru limite.

Alors pour vous donner une idée de la partition sur laquelle je travaille encore ce soir (les coups de plumeau vocaux ne sont jamais inutiles)…cette interprétation dirigée par un cador du genre.

A quoi j’ajouterai (sinon ma chef de choeur m’accusera d’avoir oublié l’essentiel) que nous nous nous efforcerons de relever le gant  !!!

Et maintenant … un petit intermède musical

Aux plus vieux cela rappellera peut-être le petit train à rébus qui travaersait l’écran pendant les pannes télévisuelles car il s’agit bien ici de masquer un petit coup de mou dans l’inspiration. Tout au plus me suis-je amusée ces derniers temps de cette curieuse coïncidence relevée par Médiapart : celle d’un candidat de droite voulant  rassembler avec un programme qui divise, et celle d’un candidat « de gauche » se posant en rassembleur après avoir tant divisé. Cherchez l’erreur.

A ce point de « mornitude »,  je me suis mise à surfer sans but et ai retrouvé cette distrayante petite vidéo de Cathy Berberian. Aux alentours de 20 minutes, une séquence qui n’est pas sans évoquer Florence Foster Jenkins dont la vie inspira le film Marguerite de Xavier Gianoli.

Parmi les cantatrices d’aujourd’hui je ne lui vois qu’une seule parente en aimable et musicale folie  : Patricia Petitbon.

Quand j’y pense, cela m’amuserait de voir ce que donnerait cette dernière sur cette pièce là. Amis amateurs de BD c’est pour vous !

PS : stripsody figure aussi à la fin de la première vidéo mais c’est plus court par ici !

 

Pause musicale

A l’heure où certains s’écharpent sur à peu près tout et son contraire, je me complais dans un plaisant œcuménisme choral. C’est l’avantage de se partager entre deux formations.

Au mardi en dévotion  …

 

 

succède un mercredi leste….avec ceci

La meusniere de Vernon,
Tire tire tire ton don don don don
Elle est mignonne et gorriere,
Et si elle est, ce dit on,
Tire tire tire ton don don don don
De bien aymer coustumiere.
Un jour tout a l’environ
Tire tire tire ton don don don don
D’une saulsaye et riviere
Un beau jeune compaignon
Tire tire tire ton don don don don
D’amour luy fit la prière.
Lors la baisant le mignon
Tire tire tire ton don don don don
Se print à luy faire chere
Puis s’assit en son giron
Tire tire tire ton don don don don
De, bonne grace et maniere.

Puis cela, du même auteur (ça commence à 0: 46 . Cherché traduction en français contemporain mais pas trouvé) :

 

Au joly jeu du pousse avant il fait bon jouer.
L’aultrier m’aloye esbaloyer,
Je rencontray la belle au corps gent,
Soubzriant doucement, la vois baiser.
Elle en fait doute,
Mais je la boute,
Laissez trut avant.

Au joly jeu du pousse avant il fait bon jouer.
Pour ung reffuz me fault laisser
Propos luy tins amoureusement,
Soubzriant doulcement, la vois baiser.
Elle riotte,
Dance sans note,
Laissez trut avant.
Au joly jeu du pousse avant il fait bon jouer.

Programme joliment troussé auquel j’ajouterais bien encore ceci, de Pierre Certon, pour faire bonne mesure …. mais je doute que la suggestion soit retenue  ( et encore, ces chers King’s singers n’ont  pas hésité à s’affranchir des deux derniers couplets …)                                             

Refrain:
La, la, la, je ne l’o, je ne l’o
Je ne l’ose dire,
La, la, la, je le vous dirai,
La, la, la, je le vous dirai !


Il est un homme en nos villes
Qui de sa femme est jaloux.
Il n’est pas jaloux sans cause,
Mais il est cocu du tout !


Refrain


Il n’est pas jaloux sans cause,
Mais il est cocu du tout ;
Il l’apprête et s’il la mène
Au marché s’en va à tout !


Refrain


Enfin, las de ce supplice,
Le pauvre homme se pendit.
Mais sa femme par malice
Chez Lucifer le suivit !


Refrain


La morale de cette histoire
C’est qu’avant de se marier
Il faut savoir le jour-même

Que c’est pour l’éternité !

De quoi distraire la mélancolie qui suinte de ces jours où la faucheuse fait son marché macabre parmi les artistes de plume, d’image et du son ….

en s’abandonnant à une revigorante malice ….

Voeu

C’est ancien, mais, au fond, pourquoi pas en cette période où il est d’usage

d’en faire ? Elle avait choisi : reconnaître le do d’un ré. Alors, m‘est venu ceci :

Ce ne pourra être qu’un piano à queue, pas un demi – queue ou un quart de queue, ni même un piano droit.

Un vrai do, naturel, clair, aisé, un ré brillant en contrepoint exigent du volume, de l’espace.

Alors nous irons ensemble dans cet  bâtiment un peu pataud près du fleuve.

L’instrument sera là, noir, ouvert, éclatant, prêt à accueillir tes mains.

Quoi de plus simple qu’un clavier ?

Les touches blanches s’ y serrent, presque frileuses. Les noires sont plus indépendantes et délurées s’assemblant tantôt par deux, tantôt par trois.

Je te dirai alors ce petit truc pour reconnaître un do partout, sur tous les pianos de France, de Navarre et d’ailleurs et tu ne verras plus que lui, ce fugitif tapi à la racine des couples de touches noires (la note aux pieds du ménage à trois est un fa).

Le do repéré, il te suffira de taper la note à côté : c’est le ré.

Je te demanderai alors de me jouer un do de ton choix, car sur cette étendue d’ivoire il y en a plusieurs.

Tu réfléchiras longuement avant d’élire celui – là, devant toi, parce qu’il t’est proche et qu’il t’attend, à portée de ta main droite.

L’index hésitant tu appuieras sur la bonne touche puis sur sa voisine. Do, ré, do, ré. Ce sera lassant à la longue. Alors, on escaladera la touche noire qui les sépare. Le do dièse…ou le ré bémol.

Peu à peu tu te risqueras à taper un do grave, un ré aigu, un do dramatique, un ré égrillard, un bémol lugubre, un dièse de hasard.

Tes mains voleront agiles et sûres.

Et puis, pour finir, pour les faire tiens ces do et ces ré, tu voudras les lancer au travers de la pièce, les aiguiser contre les murs.

Tu prendras alors ton souffle, ton élan, et, tout en tapant un do fier et musclé, tu me chanteras…un la inoxydable, résistant à tout et surtout au ré que tu me joueras ensuite.

Les mains de Clara Haskil

Je n’ai jamais vu Clara Haskil en concert mais j’ai toujours rêvé sur ses mains.Clar Haskil

Les quelques photos que j’ai pu voir d’elle, ici ou là, révèlent une femme farouche et distordue par la maladie, un corps en obliques étranges et douloureuses, un regard inquiet, perdu dans un visage froissé, et, au milieu de cette souffrance, deux grâces : ses mains, longues et fluides, épargnées par la déformation et la vieillesse, délivrant un toucher ferme et rond, aérien et sensuel, gravé dans mon oreille.Mains de Clara Haskil

Le travail, l’angoisse, lisibles sur ses traits, affleuraient à peine dans son jeu subtil, clair et dense.Clara Haskil

Ses enregistrements m’ont toujours emmenée ailleurs, sur des songes de traverse.

Je me suis imaginée jouant à la marelle sous ses yeux, et elle, transcrivant mes sauts maladroits dans son interprétation de l’une des scènes d’enfants de Robert Schumann. Je nous ai vues en promenade, main dans la main, moi, si petite, et elle, si penchée, sur des sonates pour violon et piano de Beethoven. Je lui aurais offert des gants pour Noël contre deux pièces de Ravel ou de Manuel de Falla. J’aurais recueilli  ses fausses notes imaginaires dans un coffret secret, dormi sous son piano, dessiné sur ses partitions déjà zébrées d’annotations …Clara Haskil

Clara Haskil est morte  le 7 décembre 1960 des suites d‘une mauvaise chute dans un escalier en gare de Bruxelles.

J’avais trois ans à l’époque.

C’est sans doute, en partie, pour cela que je me vois toujours petite à côté d’elle…et, qu’au bout du compte, dans toute cette histoire là, il y a la nostalgie du câlin, de ces moments d’enfance où l’on se laisse aimer.

Ces mains si sensibles sur l’ivoire, qu’auraient – elles été sur ma peau ?

Quand j’y pense, je me dis qu’elles n’auraient pas pesé. Elles auraient été là, sur moi, sur mon cou, sur mes joues, sur mon dos ; j’aurais pu en sentir la paume et chaque doigt, chaque phalange ; je n’aurais pas eu à en deviner la forme effilée ; je n’aurais pas eu à  me figurer leur émotion.

Clara, qui, elle, n’avait pas eu d’enfance, n’aurait  su cacher sa tendresse et son désarroi face à la chose minuscule que j’étais alors.Clara_Haskil_mit_12_Jahren