
Datsan
Datsan est le terme utilisé pour désigner les monastères universitaires bouddhistes de tradition tibétaine (Gelugpa) situés notamment en Sibérie. En règle générale, dans un datsan, il y a deux départements : philosophique et médical. Parfois, on leur ajoute le département des pratiques tantriques où les moines n’étudient qu’après avoir terminé leurs études dans le département de philosophie.
Une petite pluie nous accompagnait ce matin là pour notre première visite : le datsan Rinpoche Bagsha situé sur une colline appelée Lysaya Gora qui doit offrir par beau temps une superbe vue sur la ville d’Oulan Oude. Le bâtiment est assez neuf et nous sommes à peu près seuls. A l’intérieur une grande salle, décorée de peintures qui semblent avoir été réalisées la veille, de longues tables où de part et d’autres des étudiants psalmodient de concert. Sous leurs doigts, des petits recueils de feuilles volantes contenant des mantras. Un moine « percussionniste » accompagne la musique répétitive et envoûtante des voix, et, d’un rythme particulier, signale les changements de textes. Nous sommes à peine là et pourtant présents dans une communion singulière avec ces hommes. Faute de culture en ce domaine, aucun de nous ne saura dire à quoi ce moment correspondait. Mais je garde à l’oreille l’harmonie des timbres et des lieux.
En sortant nous avons un peu fait le tour du propriétaire (sic), empruntant le « Chemin de longue vie et jardin de bonnes pensées » pour prolonger une méditation inattendue.


Un peu plus tard, toujours sous le crachin, visite d’un autre Datsan, celui d’Ivolginsk, situé à 30 kilomètres d’Oulan Oude. D’une autre envergure. Ouvert en 1945, il fut longtemps le centre spirituel et administratif bouddhiste de l’URSS. Réduit à un bâtiment à ses débuts, le centre s’est largement développé et abrite aujourd’hui de nombreux temples annexes, une université, une bibliothèque, un hôtel, un musée d’art bouriate, des bâtiments utilitaires, des logements pour les lamas et une curiosité : la dépouille d’un moine mort en 1927, Dachi-Dorjo Itigilov. Le corps d’Itigilov n’aurait jamais été embaumé ni momifié. Certains croyants fervents prétendent qu’Itigilov est encore vivant, mais immergé dans une sorte d’hibernation ou de Nirvāna. Nous avons sacrifié à la visite et je dois dire que derrière sa vitre, le visage de l’homme est presque lisse et le corps paisible dans la position du lotus. Mais je ne suis guère sensible à cette sorte d’étrangeté.

Dehors, la bruine nous attendait toujours comme cette litanie égrenée par un haut parleur crachotant. Incontournable des circuits, cet endroit m’a laissée presque indifférente. Ce tourisme obligé en est peut-être la cause.

Vieux Croyants
Les orthodoxes vieux-croyants sont un ensemble de personnes qui, refusant des réformes introduites par le patriarche Nikon en 1666-1667, se sont séparées de l’Église orthodoxe russe. Ma petite brochure de voyage m’explique : soutenu par le tsar Alexis Romanov, le patriarche souhaitait rapprocher la liturgie russe des usages grecs. Ces réformes aboutirent à un schisme. Beaucoup d’ opposants aux réformes « Nikoniques » émigrèrent vers l’est où l’influence de l’Église et de l’État était faible ou même absente à l’époque. Aujourd’hui les descendants de ces vieux croyants perpétuent leur traditions. Je ne sais pas combien ils sont encore (environ 120 000 ai-je noté dans mon carnet mais je ne suis plus très sûre de ce chiffre) mais, dans ce petit village, aux isbas multicolores, où nous attend Nadia, ils le sont tous.


Elle nous accueille sur le seuil de sa maison, en costume traditionnel.

Après la visite du jardin et des communs (étable notamment), qui assurent en grande partie l’autosubsistance alimentaire de la famille, nous entrons dans la maison.

L’entame est on ne peut plus moderne, mais passé un étroit couloir nous voilà dans le temps. La pièce est vive et gaie et les objets qui s’y trouvent semblent avoir été ceux emportés par les ancêtres sur leur chemin d’exil. L’un retient l’attention : un recueil de textes transmis de génération en génération depuis l’installation en ce lieux

Nadia a requis deux de ses tantes pour nous faire respirer le parfum de cette culture isolée. Deux vieilles dames malicieuses, pas enthousiasmées de revêtir une tenue compliquée, qui nous feront découvrir les arcanes des tractations matrimoniales et, avec une justesse approximative, quelques polyphonies traditionnelles. Au bout de la journée pluvieuse une intense rigolade partagée.

La joie des voyage tient parfois à presque rien.
Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés






















































































