Il est temps que je (re)parte pour fuir une « séquence » délétère (je sais, c’est un peu fort mais aucun autre mot ne me vient pour le moment) dont j’espère naïvement qu’elle se sera calmée quand je rentrerai dans 15 jours.
On pourrait dire que tout a commencé par ce débat sur l’immigration, qui ne faisait pas partie des priorités des français, et le retour qui s’ensuivit, via un bulot du RN, du foulard et de ses avatars : dernier en date celui d’une rectrice, censée visiter une école maternelle où se déroulaient des ateliers autour du harcèlement, qui fait demi-tour et s’en va. La raison ? La présence de trois femmes voilées au sein de l’école.
http://www.leparisien.fr/hauts-de-seine-92/a-clamart-trois-meres-voilees-sont-presentes-dans-l-ecole-la-rectrice-fait-demi-tour-07-11-2019-8188356.php
« La règle est claire, nous sommes sur le temps scolaire, à l’intérieur de l’école, les signes religieux ne sont pas admis », se justifie l’intéressée.
Pas dans l’école, pas d’accompagnement de sortie scolaire, on se demande, à ce compte, quel espace restera, en définitive, ouvert à ces femmes.
Prétendre intégrer en excluant est un écart difficile à réduire. Alors ? Il y a toujours l’humour … qui pique tout de même un peu. Exemples piochés sur twitter :
« J’allais au boulot ce matin. J’ai vu une femme voilée et j’ai fait demi tour pour regagner mon lit en signe de protestation. Je ne transige pas avec ça. Certes la femme en question était ma mère mais quand même (Rachid l’instit).
Pareil ! J’allais au boulot ce matin. J’ai vu une femme voilée et j’ai fait demi tour pour regagner mon lit en signe de protestation. Je ne transige pas avec ça. Certes la femme en question c’était moi dans le miroir mais quand même (Nadia) ».
Pareil. Ce matin, j’allais au boulot, j’ai vu que le soleil était voilé, et je suis rentré me coucher en signe de protestation. Si même le climat s’y met, on n’est pas rendus (Luc)
Où l’on se dit tout de même que des recadrages ne seraient pas inutiles sur la notion de laïcité … qui déconcerte bien de nos voisins.
Où l’on trouve aussi un peu curieux que le voile et/ou l’immigration nous soient jetés en pâture au moment où se décident des réformes graves qui ne vont guère dans le sens du partage et de la solidarité. Tenez par exemple :
2004 : année de la première réforme importante des retraites et vote d’une loi sur les signes religieux dans les écoles publiques
2010 : le projet de loi portant (deuxième) réforme des retraites (présenté en Conseil des ministres le 13 juillet 2010) fut suivi en octobre de la même année de la présentation d’un projet relatif à l’immigration à l’intégration et à la nationalité (loi qui sortira en juin 2011)
2016 : la loi travail sur fond de querelles burkiniques
2019 : réforme de l’assurance-chômage, réforme des retraites à venir …et ? Je ne vous le fais pas dire.
Pour l’heure la diversion islamo-immigrante donne un peu le tournis. On s’écharpe sur un mot, voire moins.
Témoin cette manifestation prévue pour dimanche où l’on dénombre :
– ceux qui iront, mais ont refusé de signer l’appel ;
– ceux qui ont signé l’appel, mais n’iront pas (ils ont foot le dimanche après-midi) ;
– ceux qui ont d’abord signé, puis qui ont demandé qu’on retire leur nom mais qui iront peut-être quand même manifester ;
– ceux qui ont signé, mais font savoir qu’ils n’approuvent pas la totalité du texte ;
– ceux qui ont signé, mais déclarent qu’ils défileront de leur côté, avec leurs mots d’ordre, et surtout pas avec des « islamistes »…
Dans un autre style, celle-ci se plaint parce que son enfant n’a pas pu avoir sport ainsi que tous les autres jeunes car le gymnase a été réquisitionné par la maire de Paris pour loger des migrants.
Une autre assène sur une chaîne d’info continue que les policiers devaient pouvoir tirer à balles réelles sur les racailles de banlieue (souvent basanées et un peu plus). J’ose croire, quoique mollement, qu’elle ne vise que le cas de légitime défense et n’en fait pas un principe. Mais si j’osais, comme disent les Suisses, je lui ferais remarquer que le Code pénal lui même n’élude pas la question de la proportionnalité de la réponse à une « attaque ».
Je ne regarde pas la télé, j’en saisis juste des bribes sur la toile, et j’ai cette impression sinistre d’entendre « psittacer » des aras sans tête avec ronds de serviette un peu partout.
Pendant ce temps, au Parlement, on surfe sur la vague en rognant sur l’accès aux soins des demandeurs d’asile, au point que le conseil national de l’ordre des médecins s’en inquiète (rappelons au passage que l’actuelle ministre de la santé est médecin)
https://www.conseil-national.medecin.fr/publications/communiques-presse/annonces-limmigration-matiere-sante
A ne plus comprendre à quelle pulsion primaire (pléonasme ?) s’abandonnent les gens. Le réflexe aiguisé par l’immédiateté des réseaux sociaux a remplacé la réflexion.
Le bordel est tel que je me peux me retrouver dans ce constat de Natacha Polony directrice du journal Marianne (vraiment pas de mon bord) : » Il y a un an, la colère des gilets jaunes éclatait. Mais la politique d’Emmanuel Macron, héritière de 40 ans d’échecs d’un modèle en crise systémique, n’a en rien répondu aux attentes des Français « .
Chacun semble penser et dé-penser dans son coin.
Alors quand j’ai vu ça sur le site de l’Assemblée Nationale, j’ai cru à une blague :
http://www.assemblee-nationale.fr/15/propositions/pion2391.asp
Je n’avais jamais imaginé les lieux dits d’aisance en ZAD. C’est pourtant moins potache que cela en a l’air.