Un siècle technicien

Ayant, récemment, à commenter une loi sur la protection des données personnelles mettant en phase notre droit avec un règlement européen sur la question, je suis retombée sur cette problématique des décisions administratives susceptibles d’être prises de façon « automatisée », c’est à dire ayant pour fondement un algorithme. La loi se veut rassurante : aucune décision de justice impliquant une appréciation sur le comportement d’une personne ne peut avoir pour fondement un traitement algorithmique.  Si j’osais, comme disent les Suisses, je ferais remarquer que présenter une demande quelle qu’elle soit témoigne d’un « comportement ».  Mais, là est le hic,  pour ce qui est des décisions non-judiciaires (par exemple celles produisant des effets juridiques à l’égard d’une personne ou l’affectant de manière significative : le droit à un minimum social, par exemple ?)  le principe comporte pas mal d’ « assouplissements » qui n’ont pas inquiété le Conseil constitutionnel (à vrai dire, de nos jours, on se demande bien ce qui peut le secouer un tant soit peu, voir plus bas quand même).

Malraux affirmait que le XXI ème siècle serait religieux  Reste à s’accorder sur la religion. Vu de ma lucarne, il me semble que, pour des raisons de rentabilité, on rogne aussi sur le temporel, la relation entendue comme ce qui nous lie. A entendre, par exemple,  cette collègue  raconter ses discussions avec son médecin, je me dis que l’homme est en passe de s’aligner sur la neutralité froide de la machine : « j’ai respecté le protocole à la lettre. Que peut-on me reprocher ? »

Plus que jamais, alors, je pense à Jacques Ellul, qui fut mon professeur, et dont j’ai précieusement gardé toutes les interventions pendant ma formation, en particulier celle sur la technique.

Madame Wikipedia fait sur ce thème un résumé assez fidèle de sa pensée : la technique, selon Ellul,  n’est plus un instrument docile, un simple moyen : « elle a maintenant pris une autonomie à peu près complète à l’égard de la machine (…),  obéissant à ses propres lois, elle est devenue le principe d’organisation de toutes nos sociétés. Par conséquent, il est erroné de ne voir en elle que le moyen de nous libérer des servitudes imposées par la nature : elle est sans doute cela mais elle est aussi la source de nouveaux types de servitudes ».

« Le phénomène technique peut se définir comme la préoccupation de l’immense majorité des hommes de notre temps de rechercher en toutes choses la méthode absolument la plus efficace », écrivait-il. , » Mais s’il en est ainsi, c’est parce que la technique est « à la fois sacrilège et sacrée » : l‘invasion technique désacralise le monde dans lequel l’homme est appelé à vivre. (…) L’ homme, ne pouvant vivre sans sacré, reporte son sens du sacré sur cela même qui a détruit tout ce qui en était l’objet : la technique ».

Le lien avec ce qui précède est ténu, mais bon :  le Conseil Constitutionnel, à propos des passeurs de la vallée de La Roya, distrait d’une sieste plus que décennale, s’est souvenu du mot « fraternité », dont le sens s’est perdu,  autant que celui de ses voisines « égalité » et « liberté » sur les frontons de nos édifices publics. La formulation alambiquée de la Juridiction suprême contribue à atténuer la portée de son rappel à la loi, tellement d’ailleurs que notre Collomb national n’y a vu aucune contradiction avec ses vilénies.

Combien de définitions et autres acceptions la machine a – t – elle stockée de ces mots là sur son disque dur ?

En ce qui nous concerne, lamentables humains peu à peu convertis « à l’insu de notre plein gré » et « en même temps »  à un individualisme  surligné  (ah ! la perspective d’être un jour millionnaire !), à l’immédiateté et à une « profitabilité » assortie, elles s’effacent de notre carte mémoire.

Téléscopages

Panthéonisation de Simone Veil, mort de Claude Lanzmann, l’actualité nous ramène à d’autres temps qui ne nous ont jamais vraiment quittés, en même temps qu’elle nous confronte à la résurgence d’un chacun pour soi désespérant. L’erreur de gens comme moi est d’avoir pensé que cette Europe pouvait être autre chose qu’une zone de libre circulation, principalement des marchandises et des capitaux.

A la faveur (sic) de la  « crise migratoire » ressort sur les réseaux sociaux une information qui date d’il y a (presque) 3 ans et dont le journal Le Monde s’était fait l’écho dans un article du 24 septembre 2015  :

« La ville de Dachau va loger des réfugiés dans une dépendance du camp ».

https://abonnes.lemonde.fr/europe/article/2015/09/24/la-ville-de-dachau-va-loger-des-refugies-dans-une-dependance-du-camp_4770337_3214.html

L’article n’avait suscité, à l’époque, qu’une vingtaine de commentaires mitigés dont certains, minoritaires, m’ont, alors, laissée mal à l’aise  :

« Je suis d’accord avec cette décision. La mémoire n’empêche pas d’être pragmatique. Ces gens ont besoin urgemment d’un toit, et jusqu’à preuve du contraire, ces bâtiments en possèdent et sont inoccupés. »

ou bien

« Si les conditions d’accueil sont convenables, pourquoi pas ? Il ne faut pas confondre mémoire et fétichisme. »

En 2015, l’Allemagne accueillait plus d’un million de réfugiés, ce qui peut « expliquer » cela (quand nous n’en accueillions à l’époque que …?). Depuis lors, la chancelière essaie de sauver sa coalition et le discours a bien changé. Qu’en est-t-il de ces réfugiés à Dachau, s’il en existe encore ?

Pour autant, sur le fil twitter hexagonal, les  termes du  » débat »  n’ont guère changé ….la seule question que je me pose est celle de savoir si les réactions minoritaires d’il y a 3 ans  le sont encore. Allez savoir pourquoi j’en doute…

Je suppose qu’ Auschwitz est trop emblématique pour qu’on songe à pareil « recyclage », encore qu’on pourrait presque, à ce degré de cynisme immobilier, se poser la question pour le camp I qui n’était pas, il me semble, considéré comme un camp d’extermination contrairement au camp 2 (Birkenau). Mais la Pologne n’est guère encline à ouvrir ses frontières et le cas ne devrait pas se présenter.

Je repense à Eva, que je n’ai pas connue, mais dont ma mère m’a souvent parlé, – elles s’ étaient rencontrées avant-guerre en Auvergne dans le cadre de rencontres d’universitaires catholiques (comment Eva était -elle arrivée là ? Mystère, il faudrait que je remette la main sur son livre  » j’étais le numéro 20832 à Auschwitz ») – ,  née  en 1918, dans une famille, qu’elle qualifie elle-même de  « socialiste, franc maçonne et juive ».  Son père fut déporté parmi les premiers en décembre 1941. Raflées le 16 juillet 1942, Eva et sa mère furent envoyées à Drancy puis déportées à Auschwitz la même année. Sa mère quinquagénaire  fut gazée dès son arrivée. Eva, elle, survécut à 30 mois de déportation, aux sélections, à la maladie, à la folie peut-être.  Sa fiche Wikipedia ne porte pas de date de décès. Qui sait si elle n’est pas encore parmi nous, centenaire, à Argenteuil. Ma mère (née en 1924)  a voulu le savoir et a écrit à la mairie.  Elle se sont brouillées en 1956 : Eva justifiait l’intervention des soviétiques à Budapest qui révulsait ma mère.

Je repense à Hélène, que j’ai connue, déportée dans le même convoi que Simone Veil et dont j’ai déjà parlé notamment ici :

http://sylvieculture.blog.lemonde.fr/2013/06/21/voyage-de-memoire-evocation-dhelene-p-2/

Qu’ auraient-elles pensé du visage européen de ces derniers mois ? J’aurais bien aimé le savoir.

Vous me direz, les bâtiments qui abritèrent un jour ce qui fut le camp de Drancy sont aujourd’hui occupés par des gens qu’on laisse se débrouiller avec la mémoire.

En attendant, qui sait si cet exemple bavarois n’incitera pas Gérard Collomb, au nom d’un « sain » pragmatisme budgétaire,  à « réaffecter » le camp du Struthof ou d’autres encore, susceptibles d’être retapés à moindre frais, s’entend. La construction de logements décents et accessibles aux « infortunés » attendra. Je plaisante à peine.

Obsolescence programmée

Après mon imprimante, voilà que mon petit MacBook Air vient de me lâcher à son tour. Au bout de 5 ans. Mon imprimante, plus âgée, m’avait donné des signes avant-coureurs –   bourrage de papier obstiné,  blocage aléatoire du  compartiment à cartouches d’encre –  mais là, rien. Un soir, il s’est mis à ronronner comme un ventilateur et le clavier a décidé de s’enregistrer aux abonnés absents.

-« C’est le cœur de votre appareil qui a lâché », me dit  ce chirurgien Apple. « On a tout essayé, mais rien n’y a fait ».

J’ai dû tomber sur une mauvaise série.

Ayant constaté, malgré ce compte-rendu opératoire définitivement pessimiste,  que Mac répondait encore à quelques stimuli d’une souris externe, et que je pouvais, dès lors, en avoir encore quelque usage, j’ai décidé de conserver mon « défunt » et d’ essayer de transférer sur un disque dur externe des photos que je n’avais pas eu la prudence de sauvegarder tout de suite. Non qu’elles soient inoubliables, mais quand même,  ce sont des morceaux de vie dont je me demande, finalement aussi,  quelle durée de conservation ils auront sous cette forme. Obsolescence toujours.

Au-delà du pousse au crime consumériste, cette petite histoire est assez révélatrice de ces addictions qu’on ne voit pas poindre.

J’avais pris l’habitude de ce petit écran convivial, de son environnement,  de l’emmener en voyage, de travailler, par exemple, ici et là,  mes photos avec une application autrement plus satisfaisante que Picasa, bref il était devenu un peu plus qu’un simple objet domestique : le vecteur matinal de ma « reconnexion » au monde et le destinataire privilégié de mes humeurs blogueuses, entre autres choses.

Me voilà donc revenue à un PC un peu poussif mais fidèle et il me reste une tablette sur laquelle je m’esquinte un peu les yeux (combien durera-t-elle ? C’est une Apple aussi).

Les associations d’idées sont bizarres parfois. Peut-être parce qu’une collègue part à la retraite ce soir, que je vais devenir la doyenne en âge et ancienneté de mon service où le travail à flux de plus en plus tendu m’use, je me suis demandée : et ton obsolescence salariale  (sic)? L’avantage, sauf grosse bourde ou  plan social à court terme, est que j’ai la main sur sa programmation : à  63, 64, 65 ans ? Pas envie d’aller au-delà si la pension qui me revient me semble pouvoir couvrir l’essentiel de mes besoins, surtout vagabonds.

L’idée fait son chemin, mais je m’ inquiète, tout de même, de ce que nous prépare, là encore, notre chanoinesque Jupiter. Serai-je encore dans la seringue ?

En attendant, la suite,  un petit extrait de ce que la chorale où je m’égosille a donné hier en concert (sur un tempo un petit peu plus rapide, il me semble). Pas notre meilleure interprétation, mais on avait d’excellents solistes. Pour moi, j’ai fait comme j’ai pu : petite forme (je ne supporte pas la chaleur), donc petite voix. Et puis, allez savoir pourquoi, un certain et tenace ennui. Mais jugez par vous mêmes.

 

 

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Familiarité coupable

Si cela se trouve, c’était juste un pari stupide. Une occasion de faire son kéké.

– Chiche que je l’appelle Manu.

– Banco.

Et voilà comment on se retrouve sèchement recadré sous l’œil des caméras venues filmer les commémorations de l’appel à la résistance du général De Gaulle.

« ça va Manu ? »

Si l’on peut comprendre un certain manque de psychologie de la part d’un adolescent de 15 ans (au jugé), la pédagogie macronnienne laisse pour le moins perplexe.

La vidéo montre Jupiter répondre  :  « Non, non, non, ça, tu ne peux pas » alors que l’adolescent s’excuse déjà. « Tu peux faire l’imbécile, mais aujourd’hui c’est la Marseillaise, le Chant des partisans, donc tu m’appelles « Monsieur le président de la République » ou « Monsieur ». D’accord? », insiste-t-il avant d’ajouter : « Le jour où tu veux faire la révolution, tu apprends d’abord à avoir un diplôme et à te nourrir toi-même, d’accord ? Et à ce moment-là tu iras donner des leçons aux autres. »

Si la première partie de la leçon peut  se concevoir, la seconde partie est plus surprenante : doit-on comprendre que, pour être un révolutionnaire légitime, il faut avoir des diplômes  (sous-entendu suffisamment d’éducation pour avoir des idées) et être financièrement autonome ? Ou bien, puisque l’opus pré-électoral de Jupiter s’intitulait justement « Revolution », que seules des personnes de son acabit sont autorisées à la faire (ce qui revient presque au même) ?

Je doute fort, que le garçon, au moment de son apostrophe, ait eu en tête ces gravures représentant le procès de Louis XVI devenu simple Capet pour ses juges. A cette aune, les sans-culottes du XVIIIème siècle doivent sans doute être les ancêtres lamentables de ces « riens » croisés dans les gares.

La vidéo devenant virale, le compte d’Emmanuel Macron (Monsieur le Président devrais-je écrire) tweete :  » Le respect, c’est le minimum dans la République – surtout un 18 juin, surtout en présence des compagnons de la Libération. Mais cela n’empêche pas d’avoir une conversation détendue – regardez jusqu’au bout. »

Ce que j’ai fait.

On y voit un voisin du délinquant poser une question convenue sur le CICE, puis la conversation dériver sur le brevet que lui et le rebelle doivent passer sous peu.

– Je l’ai déjà, dit le provocateur.
– Tu l’as avec les points ? répond Emmanuel Macron.
– J’ai déjà tous les points.
– Ouais, mais il faut le passer (…) Le plus haut possible.
– Pourquoi la mention quand on a déjà le brevet ?
– Pour montrer aussi ce dont tu es capable et aller le plus loin possible (…) Il faut penser à la suite et être un exemple. Ceux que tu es venu honorer aujourd’hui, ils ne se sont pas juste contentés d’avoir la barre. S’ils avaient suivi ça, ils seraient restés comme beaucoup à l’époque chez eux (…) Il ne faut pas toujours se poser ces questions-là, il faut aussi se dire vers quel idéal je dois aller ».

L’idéal ne se nourrit pas seulement de diplômes mais aussi, par exemple, de curiosités, de lectures qui ne sont pas l’apanage des têtes d’œufs. L’histoire ne manque pas de cancres plus intéressants que les beaux esprits formatés. Et puis, il me semble qu’il ne faut pas confondre réussite académique ou autre et responsabilité sociale, la première n’étant pas un gage de la seconde, dans ces années là comme de nos jours.

La toile est cruelle, et il se peut que cette vidéo reste un boulet attaché aux pieds du jeune, dont l’absence supposée d’ambition est ainsi stigmatisée alors même qu’il est en devenir et peut changer du tout au tout.

J’ai trouvé cette publicité voulue (car au niveau de maîtrise de la communication qui est le sien, Jupiter aurait pu intimer l’ordre aux caméras d’aller cadrer ailleurs pendant le  remontage de bretelles… qui aurait tout autant porté s’il avait été privé), cette façon déguisée du Président d’en rajouter, par là, sur sa réussite personnelle en s’essuyant les escarpins sur un ado, tout ce qu’il y a de petit.

Mais il n’est pas sûr, non plus, qu’elle ne devienne pas, pour lui (cumulée avec d’autres dérapages filmés), l’avatar indécrottable du  « cass’toi pauvre con » sarkozien.

En 2022, ces jeunes là seront électeurs…

Certains des prédécesseurs de Moi Soleil avaient manifesté plus de détachement, voire d’humour,  en semblables circonstances. Notamment celui-ci  :

– « Connard », avait glapi cet homme dans la foule.

A quoi le Président d’alors avait répondu

– « Enchanté, moi c’est Chirac. »

Autres temps, dont, sans illusions pourtant, on aurait presque la nostalgie.

 

 

 

 

 

Pognon de dingue

La stratégie se banalise mais  reste efficace. On laisse fuiter une note des services de Bercy préconisant de revoir les règles d’indexation et d’éligibilité de certaines prestations sociales (allocations aux adultes handicapés, allocations personnalisée pour l’autonomie, aides personnelles au logement, bourses sur critères sociaux …) pour endiguer l’ augmentation de la charge qu’elles représentent pour le budget de l’Etat jugée insupportable. Les pistes avancées sont  classiques : ne plus indexer (totalement ou partiellement) la progression des aides sur l’évolution des prix, mieux prendre en compte le patrimoine des personnes dans le calcul de l’allocation, encourager le retour à l’emploi – par exemple en conditionnant l’octroi de certains minima sociaux « à des démarches actives de recherche » d’un poste, etc.

Effet garanti. Les ministres « financiers » approuvent tout en laissant entendre que la note n’est qu’un « document technique » (sous-entendu on réfléchit encore), la ministre de la santé et des solidarités refuse … dans un premier temps car son budget est en jeu. Économie escomptée de l’exercice  : 7 milliards d’euros en 2 ans, selon le Canard enchaîné.

Deuxième acte, on balance un discours cash via la vidéo d’une « réunion de travail » (très surjouée).

« On met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens ne s’en sortent pas (…). Je vais faire un constat qui est de dire : on met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif. Toute notre politique sociale, c’est qu’on doit mieux prévenir – ça nous coûtera moins, ensemble – et mieux responsabiliser tous les acteurs (…) Les gens pauvres restent pauvres, ceux qui tombent pauvres restent pauvres. On doit avoir un truc qui permet aux gens de s’en sortir. Par l’éducation…  (…) Il faut prévenir la pauvreté et responsabiliser les gens pour qu’ils sortent de la pauvreté. Et sur la santé, c’est pareil. Tout le système de soins que je veux repenser, c’est aller vers plus de prévention pour responsabiliser, y compris les acteurs de soins (…). C’est dans ce contexte-là qu’on fait le reste à charge zéro. (…) C’est une politique de responsabilité car tout le monde va au pot, (…) je demanderai des efforts aux mecs qui font des lunettes, aux types qui font des verres… »

Re-effet garanti. On s’invective dans les commentaires sur la toile entre les pro « le temps est venu qu’une dépense soit efficace » et les contra « oser prétendre que les pauvres sont responsables de leur état et ne cherchent pas à en sortir, c’est dégueulasse » .

« Et toi, chômeur en fin de droit, allocataire du RSA, personne handicapée, travailleur mal payé avec ta prime pour l’emploi, retraité modeste, agriculteur, ça ne te gêne pas de coûter « un pognon dingue » aux exonérés d’ISF », twitte le député socialiste Boris Vallaud.

Le lendemain Jupiter revient sur le sujet au 42e congrès de la Mutualité française. Le discours est plus policé mais le fond reste le même : pas de « tournant » social mais un accent mis sur « l’efficacité » des aides sociales et la « responsabilité » des Français qui les touchent, selon le journal 20 minutes (alors qu’il ne s’agit, en réalité, que d’économies et uniquement de cela. J’aimerais bien que la suite de ce feuilleton me donne tort mais je n’y crois guère).

Voilà. Les éléments de langage sont posés. On va nous les servir à l’envi en oubliant, par exemple, que la proportion des personnes ne réclamant pas les aides auxquelles elles pourraient prétendre soit par ignorance soit par refus d’une certaine stigmatisation sociale est plus élevée qu’on pense (1), ou que ces bénéficiaires ne sont pas forcément des chômeurs  refusant de rentrer dans le rang de l’emploi et préférant travailler au noir, mais comptent aussi des travailleurs pauvres.

On n’est pas loin du prurit de l’assistanat si cher à L. Wauquiez.

Vaincre la pauvreté par l’éducation :  fort bien mais à l’heure où l’on rogne sur tous les budgets, de quelle éducation peut-il bien s’agir ? Me revient alors cette phrase d’un sketch de Coluche : « dites-moi ce dont vous avez besoin, on vous apprendra comment vous en passer ».

Et puis, tant qu’à parler d’efficacité : quelle est celle  de ces « renoncements à percevoir », comme écrit joliment un commentateur sur le site du journal Le Monde, que sont les exonérations de charges sociales et autres douceurs fiscales à destination des entreprises et/ou de certains contribuables ? Les premières finissent par jouer le rôle de « trappes à salaires », ce qui ne tend pas à réduire la fracture sociale. Quant aux secondes, combien de divisions en termes d’emploi et d’investissement dans nos entreprises ? Les statistiques existent sûrement quelque part et je n’ai pas envie de les chercher de peur d’y lire ce que je crains  : beaucoup d’argent pour un résultat proche de l’inexistant.

Il faut se rendre à l’évidence, pour l’heure, le fameux ruissellement continue de pisser trois gouttes.

La geste macronienne est celle d’un triste individualisme, de la fiction éculée de volontés également libres. Quant à la communication jupitérienne, je ne sais pas vous, mais je trouve qu’elle se « trumpise » : créer de la sidération pour mieux jouer, sans grand risque, vu la majorité qu’il détient au Parlement, les grands se(a)igneurs. Et puis, qui sait, tout cela s’oubliera vite si l’équipe de foot nationale fait un beau parcours  au mondial de baballe en Russie.

Où il appert, comme disent les juristes, que dans ce monde ultra-financiarisé, il semble plus facile de s’attaquer à l’os qu’au gras.

 

(1) voir notamment :  https://www.secours-catholique.org/prejuges-sur-les-pauvres

 

 

 

Brevet de senioritude

Les boîtes aux lettres recèlent de drôles de surprises parfois. Voici ce que j’ai trouvé dans la mienne il y a quelques jours.

Jusqu’ici,  je m’étais tout à fait contentée de l’indifférence de la mairie de Levallois à mon égard. Mais ce soudain accès de « considération et affection » m’a interpellée, comme on dit : diable, l’heure doit être grave …

Puis, je me suis avisée que ces deux mots étaient assez typiques de ceux qu’on utilise pour s’adresser aux personnes d’un « certain âge » (et d’un âge certain) et m’est revenue une courte conversation chez le coiffeur, il y a un ou deux ans. J’attendais que l’on s’occupe de moi et lisais tranquillement un de ces magazines intellectuels, que je n’achète pas en kiosque (non, non), mais dont l’extrême futilité et volatilité des informations est toujours distrayante, quand je fus interrompue par ces questions :

– Dites-moi, Madame, vous avez été chercher votre cadeau ? C’est quoi cette année ? J’ai pas encore eu le temps de passer à la Mairie.

– Quel cadeau ?

– Hé bien, celui qui est offert tous les ans aux plus de 60 ans !

Je n’ai pas osé dire à la dame que n’avais pas encore atteint cet âge là (le seul fait qu’elle ait pu le penser m’a fait douter de ma fraîcheur du jour) et me suis contentée de mentir :

– Non, je n’étais pas au courant. Je ne suis pas levalloisienne depuis longtemps.

– Et là où vous habitiez avant, cela ne se faisait pas ?

(Décidément, je devais avoir une sale tête ce matin là)

– Non, vous savez j’étais en province, ai-je répondu, un peu piteusement, me disant que la dame en conclurait nécessairement qu’on est plus civilisé en région parisienne que chez ces sauvages d’outre île-de-France. Ce qui fut le cas. Et, forte de cette certitude, elle m’ignora complètement par la suite.

Mon franchissement de la ligne 60 date de plusieurs mois et je ne m’en suis pas formalisée. J’ai juste observé que c’était l’âge de mon père à sa mort, que j’ai tendance à me détacher, lâcher prise côté professionnel, parce que les conditions dans lesquelles je suis contrainte d’exercer mon métier ne me vont plus. Je n’ai pas frémi quand j’ai troqué ma carte SNCF week-end pour la Senior +, pas tiqué non plus en observant qu’en randonnée je finissais par ressembler de plus en plus à la majorité des marcheurs (je parle de randonnée, pas d’autre chose). Bref, tout cela restait quand même de l’ordre du privé.

Et voilà que ce petit poulet municipal vient donner une certaine publicité à l’évènement.

Te voilà faite aux pattes, ma vieille. Le déjeuner annuel des ancêtres te guette avec son cortège de photos momifiées assez semblables, je dois dire, à certaines photos de classe ou de promotions, quelques cheveux en moins (pour ces messieurs) et kilos en plus (pour tout le monde),

Irais-je chercher ce cadeau si plein de considération et d’affection (au fait, l’ordre a-t-il un sens?) ?

Je suis assez tentée, non que je me sente liée à l’avenir (électoral) par ces touchants aveux, mais par curiosité.

La mairie étant endettée jusqu’au cou, comment mesurer la sincérité de ces sentiments, fort louables à mon endroit, sinon en allant chercher l’objet ?

Sera-t-il « sexué » ou pas (genre un plaid pour les dames et une tronçonneuse pour les messieurs), emballé dans du rose layette pour les premières et dans du bleu assorti pour les seconds ? La considération sera-t-elle distinguée et l’affection parfumée ? A moins que la ville, et son maire en délicatesse avec les impôts, ne nous offre un kit sur le prélèvement à la source fiscal qui doit entrer en vigueur au 1-1-2019. Ce qui ne manquerait pas de sel.

Je plaisante. Sans doute rien de tout ça. Le fait d’aller chercher le 28 ou le 29 juin un cadeau qui m’est offert à l’occasion du 14 juillet me laisse aussi songeuse, quoiqu’il puisse se concevoir, à un certain niveau de destruction des neurones, de s’emmêler les mois, ou d’avoir quelque difficulté motrice à avaler la distance entre ces deux dates.

Si, d’aventure, on m’offrait un déambulateur Ikéa à monter moi-même, je crois que je m’abstiendrai l’an prochain.

Tempelhof

Je ne sais pas si nous saurions faire cela. En pareil cas, j’imagine que, chez nous, des appartements, des bureaux, des hypermarchés, que sais-je encore, auraient poussé comme de mauvais champignons, faisant la fortune d’opportunistes immobiliers.

Mais, à Berlin, les habitants virent les choses autrement.

Célèbre pour avoir permis, pendant la guerre froide, l’acheminement de denrées à Berlin Ouest malgré le blocus imposé par les soviétiques,  l’aéroport de Tempelhof, aujourd’hui désaffecté, est devenu un immense espace de liberté pour les Berlinois, sans doute plus sensibles que nous à l’écologie.

 

Ouvert du lever du jour au coucher du soleil, chacun le vit comme il l’entend.

Ce jour là, il faisait si beau que j’ai décidé d’y faire un tour avant de rentrer sous mes cieux parisiens énervés.

Si je vous dis qu’on y mange, « barbecuse », joue au baseball, au foot et à des jeux assez mystérieux à base de matériaux de récupération, qu’on y court, jardine, qu’on s’y mélange aussi, sans se jauger, dans des sortes de guinguettes à bratwurst, bières et frites, et tant d’autres choses encore qui ne sont peut-être pas toutes dicibles… cela peut sembler d’un banal absolu. Et pourtant …

380 hectares offerts à la rêverie, au partage, à un certain « rien » économique dans ce pays compétitif à la rationalité financière exigeante : j’ai trouvé cela étonnant et finalement  assez réjouissant.

Au loin, l’énorme batisse (il paraît qu’elle se visite mais j’ai loupé cet épisode) impressionne derrière des grilles.

Je me suis donc promenée sans crainte de me prendre un vélo, un skate, un addict des rollers, une trottinette, un ballon ou un cerf-volant, et, chemin faisant, je suis tombée sur ces petits baraquements. conçus, pour ce que mon allemand très rudimentaire m’a permis de comprendre,  pour des réfugiés (les germanistes pourront me confirmer au vu de la photo ci-dessous).

Parqués, coupés du monde ? Non. Sur la rue, une entrée sans filtre policier. Le grillage est simplement la prolongation de celui isolant les bâtiments de l’ancien aéroport. Combien de temps peuvent – ils rester là ? Je ne sais. Mais les conditions de logement semblent nettement plus décentes que celles ci-dessous et autres jungles à ciel ouvert….dans un pays qui ose encore, malgré cela et d’autres choses,  se revendiquer « pays des droits de l’homme ».


Texte et photos S. Lagabrielle, sauf la dernière, tous droits réservés

 

Songerie sur un commentaire

 

Ma messagerie m’avise hier de l’arrivée d’un nouveau commentaire sur un billet de blog datant de près d’un an (Le macronisme tel qu’il se distille du 7 juillet 2017).

Dans ce texte, outre la constatation dubitative de la macronmania qui avait saisi mon service, j’essayais, si on peut dire, de me projeter plus avant dans les suites probables des premiers mois jupitériens tout en ne me faisant pas d’illusions, pour ce qui concerne mon petit domaine de compétence, sur le détricotage social annoncé par le grand sujet d’alors : la réforme du Code du travail.

Depuis, le « distiller » sonne faible.

Dans son commentaire, mon lecteur inconnu dresse un bilan personnel et éminemment critique, que je partage, sur la politique sociale, fiscale, éducative, sécuritaire du Gouvernement, sur la diplomatie jupitérienne et ses stratégies de contournement des institutions et des corps intermédiaires (i.e les syndicats en particulier).

Le même jour, je reçois ma livraison hebdomadaire du journal « le 1 » intitulée : « Macron contre Macron »…que je n’ai pas encore lu en détail, mais qui m’apparaît comme un instantané présidentiel évitant l’hagiographie … ce qui me rassure (un petit peu) sur l’état de la presse.

Et, un an après,  vu de ma petite fenêtre laborieuse ?

J’observe que la politique est devenue un sujet moins essentiel des conversations de machine à café (ne pas froisser une hiérarchie acquise à Jupiter ?), mais qu’en aparté la macronmania a pris du plomb dans l’aile. « On s’est vraiment fait avoir » me dit celle-ci. « Je pensais voter pour une politique de centre gauche et c’est à droite toutes ». Un autre se flagelle moralement en considérant les retombées des mesures « sociales » sur le train de vie, déjà modeste auparavant, de ses parents retraités. D’autres encore finissent par avouer ne pas avoir voté pour lui, y compris au second tour. Aujourd’hui, l’insoumission restant, à leurs yeux, une solution impossible, le PS dans les choux, B. Hamon peu crédible, et toute la droite infréquentable, les voilà désormais cabotant entre colère et fatalisme.

Et moi ? Je n’ai jamais adhéré au macronisme, à la fable qui nous a été largement contée l’an dernier,  et cet alignement austère et mécanique des politiques économiques me désole autant qu’il me hérisse.

L’économiste F. Lordon me semble optimiste quand il estime que « la « start-up nation », c’est l’hôpital de jour » et que « ça décroche partout dans plein de secteurs de la société française ». Mais il y a tout de même des couacs sévères.

Ce samedi 26 mai se veut fort en gueule et j’espère qu’il le sera. Une désillusion qui va et marine dans son jus n’est pas de bon augure. Non que je croie que cette « marinade » nous vaudra, un jour, de voir Marine accéder à la magistrature suprême (sauf si elle travaille sérieux ses dossiers) mais l’absence de considération, le sentiment de n’avoir aucune oreille exécutive ou parlementaire,  l’ « indiscutabilité » d’une politique économique, qui creuse les inégalités où que l’on se trouve, et d’une écologie « petit bras », forment un cocktail dangereux… Les signes avant coureurs ne manquent pas : la pétaudère italienne par exemple, après Trump et le Brexit.

Pour l’instant le pouvoir se démène en vue des élections européennes … où la fiancée « En marche » peine à trouver …un parti.

 

Où il sera question de carnaval, de Cahuzac et de camembert

Face à des évènements dramatiques dont on ne sait que dire qui n’ait déjà été dit ou écrit, les sujets déjà un peu datés ou les actualités de traverse sont des moyens de ne pas se laisser aller à une colère qui vient.

La fête à Macron … une résurgence carnavalesque politique ?

Allez savoir pourquoi, mêlée à cette foule plutôt joyeuse, progressant derrière des chars artisanaux au milieu d’une forêt de pancartes, j’ai repensé aux carnavals de l’Ancien Régime, enfin plus exactement à cette scène du film Molière tourné par A. Mnouchkine : celle du carnaval d’Orléans, jour qui tournera à l’émeute contre les collecteurs des mpôts, et dont le commentaire dans cette petite vidéo nous apprend  qu’il fut l’un des derniers du règne de Louis le quatorzième.

https://www.ina.fr/video/CAB7700582101

Rien d’aussi dramatique le 5 mai dernier – l' »émeute » s’étant bornée à une attaque contre un camion de France info – mais, la critique fiscale en étant une thématique majeure, cette association d’images m’est, si on peut dire, advenue. La fête à Macron marque-t-elle une nouvelle façon, moins « institutionnelle », d’interpeller nos monarques républicains ? A-t-elle un avenir ? Trop tôt pour le dire. Le 26 mai prochain nous donnera peut-être quelques indices…

Cahuzac

Ainsi donc, il a de grandes chances d’échapper à la prison et de continuer à arpenter les rues de ce petit village corse où il a trouvé refuge, peut-être bagué comme  … les oiseaux.

Justice ou injustice de classe ? Certains s’agacent :  d’autres, pour beaucoup moins que ça, se sont retrouvés entre 4 murs surpeuplés. Ce qui me chagrine personnellement est de n’avoir jamais pensé qu’il pourrait être incarcéré. Une sorte de fatalisme judiciaire inquiétant pour une juriste.

Camembert

Le camembert de Normandie va-t-il être-assassiné ? s’interroge sérieusement le journal Le Monde.

N’étant pas une aficionado du produit, je n’avais jamais fait de distingo parmi les calendos. Blamâble légèreté fromagère.

Or donc, les « camemberts de Normandie  » qui se respectent,  certifiés depuis 1986 par une appellation d’origine protégée (AOP), sont soumis à un cahier des charges précis et rigoureux : fromage fabriqué à partir de lait cru, produit dans une aire géographique précise, issu d’un cheptel majoritairement de race normande, moulé en cinq couches successives, pesant au moins 250 grammes.

En face, des camemberts simplement étiquetés « fabriqués en Normandie », pour lesquels il n’existe aucune réglementation ni garantie de qualité, et qui doivent seulement avoir des usines productrices en Normandie. Le lait utilisé, pasteurisé – c’est-à-dire chauffé sans ébullition pour éliminer les agents pathogènes du lait – peut lui, venir de n’importe où. »

Au terme d’une bataille juridique d’ampleur, continue Le Monde, de longues négociations ont été entamées sous l’égide de l’Institut national d’origine et de la qualité (INAO). Les acteurs du dossier se sont accordés sur un compromis : un seul et unique camembert de Normandie AOP à partir de 2021. Pour cela, les défenseurs du lait cru ont fait une concession de taille : ils ont accepté que le camembert AOP puisse être élaboré au lait pasteurisé, tant que ce moyen de traitement du lait est précisé sur l’emballage.

Horreur et putréfaction.

Le véritable camembert de Normandie deviendra-t-il un produit de luxe ?

Grave question.

D’ici là, apprendre à reconnaître les « bons » clacos. Chacun y va de son conseil, ici par exemple : http://www.e-sante.fr/comment-choisir-bon-camembert/blog/1641

On n’est jamais trop prudent, ni exigeant.

Docteur Folamour le retour

J’avais d’abord pensé à intituler ce billet « l’ami américain » (sic). Mais le parallèle entre le contexte actuel et le film de Wim Wenders était un peu tiré par les cheveux. Qu’on en juge.

Jacques Morice dans une critique du film daté de 2015 écrit notamment dans Télérama  : Entre Melville et Patricia Highsmith, Wim Wenders décrit la trajectoire d’un homme malade qui, se sachant condamné, accepte un contrat criminel. A l’aube ou au crépuscule, le réalisateur filme des villes — le port de Hambourg, la Défense à Paris, New York — s’attarde à leur périphérie. Il dépeint aussi une histoire d’amitié, de fascination trouble entre deux hommes secrets, et deux continents.

Cet homme malade pourrait être l’Europe définitivement colonisée qui ne sait comment s’affranchir de cette vassalisation. Quant au contrat criminel …

J’ai également pensé à l’oncle Donald même si là encore le parallèle avec le personnage de Walt Disney peut sembler bien lâche à quelques traits de caractère près : la colère et une certaine hystérie. Le réalisateur Jack Hannah disait de lui  : « il était difficile de trouver des histoires pour Mickey… vous ne pouviez pas trop le bousculer. Dingo ? vous ne pouviez vous en prendre à un simple d’esprit… Donald était très facile à utiliser… Donald pouvait être n’importe quoi. »

C’est à cette prévisible imprévisibilité que se heurte la « raisonnable » et, sans doute aussi, présomptueuse Europe. Qu’il s’agisse de l’accord sur l’aluminium et l’acier, de celui sur le climat ou le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, Trump n’a cessé de s’asseoir sur les dirigeants européens. Dernier avatar donc, le retrait de l’accord sur le nucléaire iranien.  E. Macron puis A. Merkel en suggérant que l’accord signé en 2015 pouvait être amendé afin d' » harmoniser » les positions trumpistes et européennes ont-ils donné des billes supplémentaires à l’Oncle Donald ?  Sans doute pas mais on aurait peut-être pu s’éviter cela :

Où il s’avère que la diplomatie « pelliculaire » et de la virile poignée de main ne mène pas à grand chose. D’ailleurs, à bien y regarder, comment espérer convaincre cet homme :

Certes, la puissance du dollar et les lois d’extraterritorialité, qui permettant aux autorités américaines de poursuivre les groupes étrangers (1), n’ont pas attendu l’arrivée de Donald Trump pour réduire l’Europe à quia. Mais la séquence nucléaire actuelle a, comme le dit Jupiter, ouvert une plus qu’inquiétante boite de Pandore. Voyons plutôt.

Sans compter ce que l’on sait ou ne sait pas de l’arsenal russe, ce que l’on croit comprendre de la diplomatie poutinienne…et l’évaluation incertaine à ce jour des conséquences de la récente escalade militaire entre Israël et l’Iran sur le terrain syrien…et tant d’autres « données » que j’oublie :  la Turquie, les Saoudiens …

Aussi la référence au Docteur Folamour m’est apparue la plus pertinente. Pendant ce temps là Jupiter reçoit, ce jour (providentielle Ascension), le Prix Charlemagne (https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_international_Charlemagne_d%27Aix-la-Chapelle) et cette photo m’en rappelle une autre :

Le président Emmanuel Macron lors d’une manifestation pour le prix Charlemagne de la jeunesse, à Aix-la-Chapelle, le 9 mai.

Pauvre Saint-Jean Népomucène dont l’histoire n’incite pas non plus à l’optimisme ….

(1)  « Diplomatie, défense et dollar forment un tout », rappelle l’économiste Barry Eichengreen. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont su plus que quiconque utiliser l’arme monétaire pour arrimer leur pouvoir. Mais à partir des sanctions contre l’Irak dans l’embargo pétrole contre nourriture, et plus encore à partir de la crise de 2008, Washington a doublé son pouvoir monétaire d’une arme juridique : l’extension sans fin des pouvoirs de la justice américaine.

Lors des premières mises en œuvre par la justice, plusieurs juristes ont mis en garde contre cette prérogative sans limite du droit américain sur tous les échanges internationaux, sous prétexte que le dollar était utilisé. Ces dispositions leur semblaient contraires au droit international, à la souveraineté des pays, insistaient-ils. Un rapport de l’assemblée nationale, rédigé en 2016 par Pierre Lellouche et Karine Berger,soulignait de son côté les dangers liés à cet usage extensif du droit par les États-Unis : les groupes européens en ont été la cible principale, ont dû payer des amendes records et pour certains, à l’image d’Alstom ou Technip, sont passés sous contrôle américain par la suite (Source : Martine Orange, Mediapart, « Le dollar arme suprême de Donald Trump).