Travail et emploi

Traverser la rue est une action anodine mais je ne pensais pas qu’elle puisse être si riche …d’enseignements.

Or donc, voilà un jeune horticulteur qui cherche du travail dans sa branche et n’en trouve pas. Revoyons la séquence initiale :

Horticulteur ?  La belle affaire … il peut patienter en faisant la plonge.

Toute autre est la réponse de Jupiter à ce jeune qui a des ambitions plus nobles (mais je me suis demandée si derrière l’obséquiosité de ce dernier ne se cachait pas un vrai foutage de gueule) : devenir énarque.

http://www.francesoir.fr/politique-france/il-veut-etre-enarque-macron-ne-lui-conseille-pas-de-traverser-la-rue-video

Là, pas besoin de traverser la rue mais un conseil présidentiel plutôt amène : «  »D’abord réfléchissez au métier que vous voulez faire » », en somme Jupiter reconnait à celui-ci le temps et le privilège refusés à celui-là.

Je me suis mise, alors, à songer qu’il y avait aussi une rue entre travail et métier, entre travail et emploi. Un petit truc qualitatif – par exemple, on ne dit jamais d’un acteur qu’il est utilisé  à contre-travail mais  à contre-emploi, ce qui induit qu’il y a chez lui quelque chose, certaines qualités (ou pas) qui inciteraient à lui confier un certain type de rôle – qui distingue l’actif (car tout le monde n’est pas salarié) de la bête de somme. Et celui qui a les moyens d’attendre de celui qui ne les a pas.

La Constitution me conforterait presque dans mes élucubrations. Selon le préambule de la Constitution de 1946 auquel renvoie notre Constitution actuelle :

« Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi. Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances ».

Devoir d’un côté, droit de l’autre…en somme si, par malchance, vous ne trouvez pas d’emploi vous avez le devoir de travailler. Je me doute que ce n’est pas vraiment le sens de la phrase mais c’est celui qu’on tend à lui donner et la séquence présidentielle ne déroge pas à la règle.

Préambule qui dit aussi :

« Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité »

je souligne car je croyais naïvement qu’il en était ainsi des trains, par exemple. Un service en voie de privatisation rampante chez nous quand  le Royaume – Uni semble vouloir reprendre la main sur ces lignes que l’adoratrice de Tina avait sauvagement privatisé dans les années 80.

Enfin, bon, en attendant, les débouchés de la laborieuse voirie présidentielle, ont amusé les twittos et ce chroniqueur que j’aime bien

Chômeurs en fin de droit bien décidés a traverser la rue pour trouver un travail.

Où il sera question d’Europe, de ciel et de mémoire

Ana, Bruno, Carmen, Dylan, Eleanor, Fionn, Georgina, Emma, Felix, Gisèle, Jebi, Florence,  en attendant  Isaac  … Cela ressemblerait presque à une petite troupe de louveteaux mais il ne s’agit  pas de cela mais d’ouragans, de tempêtes, de typhons qui se sont succédés ces derniers mois. Les cieux se fâchent, les températures se lâchent. Sans doute des grains météorologiques à l’échelle de l’histoire climatique mais de sacrées perturbations à l’aune d’une vie.

Le thermomètre européen ne va guère mieux. Après la Pologne, voici, à son tour, la Hongrie menacée de sanctions au titre de l’article 7 du traité de l’Union européenne, lequel permet de suspendre le droit de vote d’un Etat membre au Conseil européen. Cette procédure complexe a peu de chances d’aboutir mais souligne, s’il en était encore besoin, l’état d’osteoporosité avancée de ce qu’on ose encore nommer Union européenne.  Ce n’est même pas le Nord contre le Sud, ni l’Est contre l’Ouest mais un peu tout cela, un magma au dessus duquel flotte un mot : illibéral. Un mot où l’absence de générosité (l’une de ses acceptions) compte moins que la contestation d’un ordre politique jusque là peu  « challengé » au sein de l’UE (ou ce qu’il en reste). A ce niveau d’union, pas besoin d’adversaire. L’effondrement, que j’évoquais il y a peu, prend ici encore ses aises.

E. Macron se cherche des partenaires et des appuis quand l’air n’est pas au rassemblement.  C’est, peut-être, chez lui, un singulier côté Don Quichotte luttant contre des moulins dopés aux vents contraires …

Pour l’heure, je ne peux qu’approuver ses décisions de ce jour :  la  reconnaissance du rôle de l’Etat dans la mort du jeune mathématicien Maurice Audin, et celle d’ouvrir les archives de l’État concernant les disparus de la guerre d’Algérie.

Je ne sais si le travail de mémoire qui s’ensuivra sûrement est compatible avec notre fond réfractaire. Certains ne manqueront pas, non plus, d’observer que son âge, comme il en fut de Chirac pour la rafle du Vel d’hiv, lui donnait cette distance qui permet de reconnaître la responsabilité où elle fut. Mais le fait est là.

Il en est des fractures historiques comme des soubresauts climatiques et d’autres traumatismes encore : la résilience est un travail au long cours.

Photo S. Lagabrielle. Tous droits réservés

Où il est question de pragmatisme

Monsieur Larousse donne du pragmatisme les définitions suivantes :

  • doctrine qui prend pour critère de vérité le fait de fonctionner réellement, de réussir pratiquement ;
  • Attitude de quelqu’un qui s’adapte à toute situation, qui est orienté vers l’action pratique.

Les temps récents donnent à appréhender les deux acceptions. Tenez, par exemple.

Thomas Porcher, jeune économiste atterré, a choisi d’aller croiser le fer dans les médias mainstream, notamment dans les émissions dites de service public, quand d’autres s’en abstiennent pour des raisons liées notamment au fait que les « dispositifs », les « formats » de ces émissions ne permettent pas à un discours hétérodoxe d’être entendu. « La gauche a perdu beaucoup de batailles justement parce qu’on a refusé d’aller combattre dans les médias, déplore-t-il. Si à 7 heures du matin, vous ne prenez pas les deux minutes que vous offre une télé, qui va les prendre ? Tous les think tanks et officines pro-Macron. »

La chose pourrait presque se défendre : se montrer ou demeurer invisible ou n’être reconnu que par quelques happy fews. That is the question. Pourtant, à bien regarder les quelques extraits d’émission illustrant ses prestations proposés par Daniel Schneidermann, le doute affleure. Dans telle émission, le jeune économiste mouche la représentante d’un think tank ultra libéral enregistré comme lobby auprès du Parlement  en la contrant sur le chiffrage des contribuables fuyant à l’étranger pour échapper à l’ISF : « Les départs de contribuables soumis à l’ISF sont estimés à 800 par an et il y en a 300 par an qui reviennent, donc vous avez 500 personnes au final, ce qui veut dire qu’il y a environ 0,2 % qui partent. Cette perte a été chiffrée, elle est équivalente sur 10 ans à environ 170 millions de pertes par an, contre 4 milliards de pertes si on supprime l’ISF. »

(De fait, il l’a été et les milliards manquants aujourd’hui empoisonnent en partie le budget à venir.)

Dont acte. Et alors ? Quelles suites ?

Ce qui me chagrine, c’est qu’au fond, dans ces types de plateaux, l’alternatif ne marque pas, il se dilue. Il se dilue d’autant plus, en matière économique, que ceux dont on avait pensé, qu’une fois au pouvoir, ils la combattraient, ou, à tout le moins, essaieraient d’en atténuer les effets (pauvreté, précarité), se sont rangés sans trop d’états d’âme à la doxa ambiante (suivez mon regard).

L’alternatif s’évanouit, quand il n’est pas tout bonnement perverti pour ne pas dire piégé comme le raconte Monique Pinçon-Charlot ici : https://www.acrimed.org/Questions-directes-sur-France-2-ou-comment

Alors, se montrer pour convaincre dans les étranges lucarnes ? La question est peut-être obsolète quand, à la vérité, le buzz intéresse désormais plus que le fond. De nos jours, être en retard, même d’une infaux est impardonnable.

Sur le plan politique, on peut s’interroger sur le pragmatisme de ces derniers jours.

Les petites mains de Bercy ont intérêt à s’activer sur le prélèvement à la source pour régler les bugs dont le nombre a fuité dans la presse. N’aurait-il pas été avisé, pour E. Macron,  de se donner un peu de mou à l’approche des européennes, ou, du moins, de ne pas faire état de ses doutes ?  Vous me direz, oui, mais derrière il y aura les municipales.  Le fait est que, malgré les récentes et mâles assurances Phillipiques, l’inquiétude est désormais latente sinon ancrée chez les contribuables, comme un ver dans un fruit. Pour ce que j’ai pu en apercevoir, ce truc est une usine à gaz infernale comme nous semblons, nous français (et pas seulement gaulois réfractaires), être seuls capables d’inventer.

Le pragmatisme de l’homo politicus est plus simple à suivre. De Rugy, Valls, il s’agit (sans grand risques) de changer souplement et/ou opportunémment de monture pour se ménager un avenir. Le premier, se souvenant de premières amours, a délaissé le perchoir l’Assemblée pour s’occuper, entre autres espèces, des hirondelles et des perruches, ce qui ne manque pas de logique dans le louvoiement. Soyons assurés qu’il ne fera rien d’essentiel dans ses nouveaux habits de ministre de la transition écologique. Ses premiers mots -« je suis convaincu que l’écologie est une opportunité »- sont d’une éloquente platitude. Quant à Manuel Valls, si son épopée catalane échoue, son fauteuil, décidément bien déserté, l’attendra sagement dans l’hémicycle.

Et, comme disait le grand Alexandre (Vialatte pas Benalla), c’est ainsi qu’Allah est grand

Retours et départs

Après les techniciennes de surface, voici, sonnez trompettes, résonnez musettes, les écologistes de terrain !

Les derniers jours du mois d’août marquent la fin d’une période de quiétude laborieuse : les chefs à plumes reviennent et, avec eux, une pression quotidienne qui se relâche rarement. Mais l’actualité récente semble davantage s’intéresser aux départs.

Ainsi, Nicolas Hulot a jeté l’éponge. Cette démission, qu’on pressentait depuis des mois, annoncée lors d’une émission de radio matinale, surprend pourtant par sa soudaineté et une certaine forme de radicalité discursive. Finis les demi-mots, les raisons sonnent comme un compte-vomi de couleuvres avalées. Le détonateur : la présence, semble-t-il, d’un lobbyiste de la Fédération des chasseurs lors d’une  réunion à l’Elysée sur la réforme de la chasse.

Les lobbies ont-ils leur place dans les cercles du pouvoir? s’interroge à ce propos le journal Le Monde. J’aurais tendance à trouver la question parfaitement oiseuse tant ils font intrinsèquement partie du fonctionnement de notre monde capitaliste. Et puis, argueront certains, il y a lobby et lobby.

Les questions qui me viennent plutôt seraient : est-ce que des personnalités éminentes de la société civile ont raison de se compromettre avec le pouvoir ? L’écologie est-elle compatible avec le néo-libéralisme ?

A la première, je serais tentée de dire non, car elles n’ont pas le cuir manœuvrier assez épais. A la seconde, à un certain niveau de désastre, peut-être. A moins de s’intéresser à  cet indice là sérieusement…sans tomber dans les travers qu’évoque le regretté Jean-Christophe Victor (la vidéo date de 2011) ce qui n’est pas gagné quand on considère la politique migratoire de notre Europe nationale (sic).

Pour l’heure, certains se sentent pousser des ailes, Aurore Berger (et ses chats ?), Patrick Canfin, Jean-Vincent Placé voire, peut-être même (qui sait ?),  l’insubmersible Ségolène ?

Autre départ surprenant, et plus anecdotique pour qui ne suit pas l’émission, celui de Guillaume Maurice de  « Par Jupiter. » Au début j’ai cru à une infaux. Mais les annonces répétées de la taulière de l’émission, Charline Vanhoenacker, selon lesquelles il serait devenu de droite suite à une chute en vélo à Levallois-Perret et donc définitivement plus « jupiterocompatible », m’ont conduite à admettre que ce départ n’était peut-être pas une blague, même si les raisons avancées me paraissent plus qu’improbables et insultantes pour une émigrée à Levallois-Perret (mais allez savoir pourquoi je me demande quand même si ce n’est pas un de ces MacGuffin, chers à Hitchcock) . Soudaineté, là encore, car, quelques jours avant la rentrée, il faisait encore partie de l’équipe. Lassitude ? Sentiment d’avoir atteint les limites de son exercice radiophonique quotidien ou de ne plus pouvoir continuer à l’exercer pour cause de notoriété avérée ? ou plus simplement clash : temps d’antenne, rythme des chroniques, salaires, veganisme (le monsieur ne mange pas de viande semble-t-il) moqué, que sais-je ? Encore une décision entre soi et soi. Soit.

Tout cela me ramène à ma propre révérence professionnelle : je ne me reconnais plus dans un environnement où une com’ logorrhéique peine à masquer sa profonde indifférence aux conditions de travail, voire au prix du travail lui-même, j’entends par là sa valeur, et non son coût, seul paramètre envisagé de nos jours … et par définition toujours trop élevé.

Il est encore un peu tôt pour moi car je n’ai pas atteint l’âge à partir duquel on peut demander la liquidation de sa retraite mais, à voir la forme et la détente affichées par certains collègues ayant quitté l’entreprise, l’idée ne fait pas que progresser.

Le jour de ma quille,  j’irai fêter ça à l’oeil en suivant la savoureuse recette ci-dessous (sauf que ce ne sera pas du whisky).

Souriez vous êtes notés

Je ne me fais pas d’illusions. Ce que je poste, mes « j’aime », ou pas, sur Facebook, ce que je retweete, tout cela finit par me définir, via des algorithmes dont je ne sais rien, auprès de ceux qui s’en nourrissent dont je ne sais grand chose non plus (trop nombreux). Si le monde était une vitre, on pourrait trouver la trace de mes sales pattes partout (même si j’essaie de me protéger).  Mais je n’avais pas été jusqu’à imaginer l’existence de la notation sociale via smartphone que décrit cet article.

https://www.mediapart.fr/journal/international/180818/l-enfer-du-social-ranking-quand-votre-vie-depend-de-la-facon-dont-l-etat-vous-note

Je vous la fait courte :  par le biais d’applications pour smartphone, l’État chinois, en partenariat avec des entreprises privées, note les citoyens. Ce classement social a des implications concrètes : pouvoir louer un vélo, obtenir un prêt, accéder à certains services sociaux, etc. A l’horizon de cette notation algorithmique, une servilité généralisée à laquelle les personnes finissent par consentir pour éviter une marginalisation totale.

Placée dans cette situation, irai-je jusqu’à rayer mes amis de mes divers comptes (et de ma vie) pour garder un « score social » honorable et fréquenter des gens qui m’insupportent pour le faire grimper et bénéficier de tous les avantages qui vont avec une « bonne note » ? Dans mon dernier billet je parlais d’individualisme, de matérialisme, mais il faudrait aussi parler de cette civilisation du calcul ou plutôt du désastre de la combinaison du tout : une stigmatisation « douce » (sic) pour mieux vous faire marcher (sic) droit (ou courbe selon le point de vue que l’on adopte), une indifférence aux autres qui vous fait distribuer des dividendes quand il faudrait entretenir ce dont on vous a confié la gestion (la preuve, entre autres, par Gênes).

Vous me direz l’appréciation qualitative ne date pas d’hier, elle est  peut-être même originelle, mais ce qui fige finalement c’est la puissance exponentielle des moyens et l’espèce de boulimie qui accompagne cette vague d’évaluation contemporaine. A qui je disais que l’homme libre de nos jours serait celui qui n’a ni téléphone, ni smartphone, ni télévision, ni ordinateur, ni quoique ce soit à puce etc. … je me vis répondre « et plus guère de vie sociale non plus » (quoique).

Alors, tout serait-il une question de degré ? Le commun des mortels (sauf à éplucher des centaines de pages indigestes) est-il en mesure d’évaluer véritablement (lui aussi !) jusqu’où il a rendu les armes ? Comment s’entendre sur ces autres ZAD (zones d’autonomie à défendre) ?

Big data, big crush ?

Une société fondée sur une notion de premier de cordée détournée de son sens et de sa réalité a-t-elle un avenir ?`

A vous de voir. Mais on n’a peut-être pas tellement de temps devant nous.

 

 

Où en sommes nous ?

C’est la question à laquelle s’est attelé E. Todd dans un livre que je n’ai pas encore lu.

Je ne l’imiterai pas ici mais l’actualité récente donnerait presque envie de faire un petit bilan personnel.

Le récent écroulement du viaduc de Gênes m’a ramenée à une série d’émissions consacrées à l’effondrement sur le site « Arrêt sur images ».  Je me suis tout d’abord dit qu’il s’agissait d’un sujet bien grave pour une période où l’on se voudrait plus futile. Mais à la réflexion …

Effondrement économique, écologique, démocratique… ?  Notre monde en est-il là ?  Ou est-il simplement « en crise » ? Allez savoir. Sur la démocratie, je ne suis guère optimiste, surtout chez nous où le présidentialisme de la 5ème République s’est trouvé renforcé par la réduction du mandat du Président à 5 ans et l’inversion des calendriers des élections. Chaque projet de loi qui passe, mal ficelé pour celui qui m’occupe en ce moment (c’est peu de le dire), est voté sans coup férir par une majorité qui n’a même pas besoin de se compter.

Mais revenons à Arrêt sur images.

La première émission m’a fait découvrir une discipline dont j’ignorais l’existence :  la collapsologie.

Selon le site http://www.collapsologie.fr, la collapsologie est « l’exercice transdisciplinaire d’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder, en s’appuyant sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition et sur des travaux scientifiques reconnus » (Servigne & Stevens, 2015). Son objectif est de nous éclairer sur ce qui nous arrive pour pouvoir discuter sereinement des politiques à mettre en place.

“Dans nos sociétés, très peu de gens savent aujourd’hui survivre sans supermarché, sans carte de crédit et sans station-service. Lorsqu’une société devient “hors-sol”, c’est-à-dire lorsqu’une majorité de ses habitants n’a plus de contact direct avec le système-Terre (la terre, l’eau, le bois, les plantes, etc.), la population devient entièrement dépendante de la structure artificielle qui la maintient dans cet état. Si cette structure, de plus en plus puissante mais vulnérable, s’écroule, c’est la survie de l’ensemble de la population qui pourrait ne plus être assurée.” (Servigne & Stevens, 2015:125).

Tout cela fait un peu froid dans le dos  mais l’effondrement de la civilisation industrielle est – elle  LA catastrophe ? Celui-ci a quelques objections sur le sujet.

Moralement notre belle civilisation industrielle me semble soluble (chez les pays occidentaux) dans un individualisme et un populisme déprimants. L’Europe, pour ne citer qu’elle, est en train de pourrir par la tête.

« Il a fallu 3 jours de négociations entre 6 chefs d’Etat pour décider d’accueillir… 141 personnes dont 60 en France. Pas de quoi pavoiser », twitte celui-ci.

Je ne sais quelles sont les conclusions d’E.Todd mais, pour sûr, l’heure n’incite pas à la rêverie.

Pendant ce temps,  la faucheuse continue son oeuvre. Respect Aretha

Où il sera question de temps : pas celui qui passe mais d’heure

Des amis facebook attirent mon attention sur ce petit évènement : l’Union européenne a mis en ligne un sondage à destination des citoyens européens sur le changement d’heure (été/hiver).  Il se termine le 16 août prochain.

Le lien est ici  si vous voulez participer à la chose :

https://ec.europa.eu/eusurvey/runner/2018-summertime-arrangements?surveylanguage=FR

Les députés européens ayant voté pour l’abandon du changement d’heure dans toute l’Union le 8 février dernier, il s’agit, avant tout, de savoir sur quelle heure les citoyens préfèrent se caler : l’heure d’hiver ou l’heure d’été ?  Pour des  raisons animales et de chronobiologie personnelle, je serais plutôt pour l’heure d’hiver plus proche de l’heure solaire.

Mais depuis son instauration, l’heure d’été a créé des habitudes sociales et un rapide sondage dans mon service m’a permis de constater que la majorité de mes collègues  était pour la conservation de la seule heure d’été pour des raisons qui vont de la flânerie aux joies apéritives en soirée. J’ai eu beau objecter qu’en hiver l’apéritif aux chandelles a son charme, qu’il se discute en terrasse selon les températures, et que le choix de l’heure d’été n’est pas très sympa, par exemple, pour les enfants dont les cours commencent vers 8h, 8h30, rien y a fait, je suis minoritaire. L’heure d’été tient la corde.

Géographiquement, de fait,  tout dépend où l’on se trouve. Les pays proches de l’équateur n’ont pas recours au changement d’heure compte tenu de la faible variation de la durée diurne. Ailleurs, rien de plus contingent. A l’heure actuelle, les dates des changements d’heure dans l’Union européenne sont unifiées mais si le choix final de l’heure, comme mon bref sondage semble l’indiquer, est commandé par les « sociabilités » des différents pays qui en font partie, on n’est pas sortis de l’auberge.

Si l’on en croit un rapport sénatorial de 1997, le  choix de la délégation française pour l’Union européenne d’alors se portait sur le maintien de l’heure GMT + 1 durant toute l’année, qui présenterait l’avantage d’être conciliable avec l’horaire global européen et de limiter le décalage des activités sur l’heure solaire. Reste à savoir si, plus de 20 ans après, ce choix sera confirmé.

http://www.senat.fr/rap/r96-13/r96-13.html

A suivre donc. Pour l’heure, notre maître des horloges national n’a pas émis de préférence officielle.

 

 

Reprise en mode mineur

Les reprises sont toujours difficiles, surtout quand la coupure a été nette. Ce qui a été le cas en ce qui me concerne. Tellement, d’ailleurs, que j’ai failli oublier ma petite tâche hebdomadaire.

L’affaire Benalla et son cortège de révélations et justifications sucessives autant que laborieuses, les températures caniculaires, tout cela a été balayé par les vents du Connemara où la météo fut loin d’être aussi pluvieuse qu’annoncée par les chaînes spécialisées. Pays béni où le mercure n’a pas dépassé 23-24°. Idéal pour la marche.

Est-ce à dire que l’Irlande serait passée au travers des bizarreries climatiques. Que nenni. A Westport, les autochtones saluaient le retour de la pluie après 40 jours de « jeune aquatique ». Un record paraît-il …au point qu’un peu plus loin, sur l’île d’Inishmore, l’eau était coupée de 20 heures à 8 heures du matin. Hiver doux, été sec (i.e sans les précipitations habituelles). Il n’est pas toujours évident d’être un îlien.

Ce souci de l’eau contraste avec ce titre du journal Le Monde : Pomper l’eau du Colorado pour jouer au golf dans le désert de l’Utah.

https://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2018/08/02/en-plein-desert-les-vertes-pelouses-de-saint-george_5338501_3244.html

Pour moi, qui ne supporte pas les déserts (sauf de glace), cette insouciance vis à vis de cet élément essentiel me rendrait (presque) violente. Il y a fort à craindre que, dans un avenir pas si lointain, seuls les plus fortunés y aient accès, la raréfaction en augmentant le prix. A moins que ….

Je ne crois pas en l’exponentialité de l’ingénierie humaine qui ne peut fonctionner sur la seule technique. Celle-ci a besoin de matière et pas d’ersatz, et, dans un monde aux ressources limitées, imaginer que l’on pourra continuer de consommer et gâcher sans limites relève d’une grave cécité.

L’écologie se heurte à l’indifférence d’un profit tout puissant (N. Hulot : combien de boas avalés ?). En quoi nos ressources essentielles seront-elles mieux gérées par le privé que le public ? La gestion municipale de l’eau confiée à certains opérateurs privés laisse, sur ce point, pour le moins, dubitatif. L’individualisme à tous crins est un isolationnisme imbécile qui prospère dans ce monde prétendument « nouveau » jusqu’au jour où nos descendants se rendront compte que l’argent en pièces, en billets ou dans sa version virtuelle ne se mange ni ne se boit (même infusion).

Du ruissellement du sportif sur le politique

Finalement le ruissellement du sportif sur le politique a aussi ses limites. Pour E. Macron, il n’aura pas duré longtemps :  privatisation infantile des Bleus aux dépens d’une foule ayant attendu des heures pour voir un bus triomphal descendre les Champs en 10 minutes chrono avec à son bord dans le rôle de l’agent de sécurité …celui par qui le malaise arrive, celui qui prive le maître des horloges de sa maîtrise. Sommé de s’expliquer, Jupiter laisse bredouiller ses troupes.

A. Benalla est accusé entre autres choses d’usurpation de fonctions. « Ah bon, c’est la fonction des policiers de tabasser les manifestants ? » interroge un internaute.

C’est dire où nous en sommes. Se demander si la France est encore un Etat de droit, une démocratie et pas une République devenue bananière, c’est presque répondre à la question.

Mais je ne me leurre pas. Cette affaire fondra-t-elle au soleil ou en restera-t-il quelque chose de durable dans nos cerveaux limbiques.

Parmi les détournements de la photographie d’Emmanuel Macron exultant dans les gradins russes à l’issue de la finale de la coupe du Monde

French President Emmanuel Macron reacts during the Russia 2018 World Cup final football match between France and Croatia at the Luzhniki Stadium in Moscow on July 15, 2018. / AFP PHOTO / SPUTNIK / Alexey NIKOLSKY / RESTRICTED TO EDITORIAL USE – NO MOBILE PUSH ALERTS/DOWNLOADS

, l’un me paraît rétrospectivement soudain assez « en phase ».

Quant à celui-là ce pourrait être une sorte d’allégorie des relations de notre Président avec les corps intermédiaires, ces gêneurs : Parlement, syndicats, presse…

De l’inutile

Ce n’est pas très gentil de dire ça. Quand je regarde cette petite vidéo, je me dis que ce sont des heures, du calcul, de l’ingéniosité pour tenir, malgré des montages de plus en plus compliqués, cette promesse  : que la petite balle orange échoue toujours dans ce simili panier de basket. Honnêtement, cela ne sert strictement à rien si ce n’est à passer deux minutes à bader bouche bée, à ne pas penser, juste suivre l’évolution de ces scenarii dignes, par exemple, des circuits de trains électriques miniatures. Un luxe. Et c’est peut-être ce que l’inutile est devenu : un luxe.

Je me trompe peut-être en disant cela. Au fond dans cette histoire là, c’est la volatilité du résultat par rapport au temps passé à le construire qui fait songer à l’inutilité. Mais à ce stade, peut-être serait-il plus « start-up nation » de parler d’un temps inefficace ?

Figurez-vous qu’hier,  premier jour de mes vacances, je me suis accordée une matinée inefficace de pure contemplation de paysages  du Connemara où je vais traîner mes godillots à partir de demain. Comme pour la vidéo je me suis juste bornée à regarder … encore que l’inutile et l’inefficacité puissent se discuter.  C’était une manière assez douce de rentrer dans un voyage choisi il y a déjà quelque temps et oublié dans la turbulence quotidienne.

Et là est le point commun avec la vidéo : c’est personnel.

Les heures passées à imaginer des stratagèmes aboutissant à un résultat qu’on s’est fixé en dehors de toute pression ou sollicitation particulière c’est peut-être aussi une façon de se distraire des contraintes, de prendre du temps pour soi. A être soi, autant qu’on peut.

Au fond, on a tous nos stratégies pour arriver à nos fins. Celle de la petite balle orange, en vaut bien une autre…comme tenir un blog, par exemple.

PS : Ce blog fait une petite pause durant ma semaine irlandaise.