confettis californiens : Monument Valley

« En voiture Simone »,  » c’est parti mon kiki », « roule ma poule », « Ah, la la, ça secoue »: Jimmy, le conducteur navajo de notre 4×4, sait l’essentiel de ce qu’il y a à savoir du français quand on trimballe des grappes de touristes sur les pistes de son territoire. Mais je le soupçonne d’en avoir gardé, si j’ose dire, sous la langue, car il sourit parfois à nous entendre commenter notre minuscule aventure. Nous voilà chez John Ford et dans les polars de Tony Hillermann, dans l’image et l’écrit, dans l’immensité surtout, cet  espace indicible, tanguant au gré de la fantaisie de Jimmy entre toute-puissance et légèreté.

Je n’ai aucun mal à retrouver le western. Dans les coulisses de ma mémoire défilent de vieilles scènes de poursuite en noir et blanc en contrepoint des étendues d’un orange intense, parfois déformé par la lumière, que j’ai sous les yeux. J’ai plus de mal avec la littérature :  les aventures du détective Jim Chee et de son supérieur Joe Leaphorn se situent beaucoup plus loin, du côté de Window Rock. Et puis, la technique est passée par là. Difficile d’imaginer Jim, si sensible à la nature, à l’harmonie (« hozho ») au monde – cet état d’équilibre essentiel dans la spiritualité Navajo – dans ce guide qui s’en coupe avec ses écouteurs.

 

 

 

 

 

 

Pour l’heure, nous avalons la poussière en scrutant cette pierre sculptée par les vents et les temps, monumentale offrande à l’imaginaire.

Ici, un éléphant ?

 

Là peut-être la statue d’une vierge ?

 

Là encore un visage lisse de profil ou un petit roi assis sur un grand trône?

 

Un sous-marin ?

 

Un cheval esquissé ?

 

Rendue à notre conditionnement motorisé, un bus confortable cependant, tandis que mon esprit vagabonde sur les bonheurs du jour, me revient sur le chemin du retour, non le générique de la chevauchée fantastique ou le bruit des clairons et des sabots de la cavalerie yankee mais cette chanson qui n’a rien à voir avec la beauté des lieux, ni avec le moment :  assciation aussi mystérieuse que le paysage.

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés

 

 

Confettis californiens : la vallée de feu

Parenthése bienvenue au milieu de notre séjour à Las Vegas, la vallée de feu porte bien son nom : la roche y flamboie au petit jour (raté en ce qui nous concerne), se dévoile comme un nuancier dans la lumière, et parle aux scientifiques comme aux rêveurs.

 

 

 

 

 

 

 

Esquisse d’île de Pâques ?

 

Ici des yeux

des pas,

là peut-être un lion…. ou une souris à casquette sherlockienne,

 

et là encore, en se concentrant un peu, qui – sait, un iguane ?

La pierre, bonne fille, s’est laissée faire.

Il y a ce que les éléments ont fait et ce que les hommes ont laissé. En regardant ces pétroglyphes, j’imagine que la vie dans la vallée ne fut peut-être pas aussi aride qu’aujourd’hui. Les paysages dénudés actuels n’évoquent ni animaux ni chasse mais le message inscrit dans le grès semble dire autre chose.

 

Mais, que lire, au juste ?  Cours d’eau, serpent ?

 

Calendrier ?

 

 

Quelle symbolique, quel sens dans tous s(c)es sens ? Dois-je promener mon regard de droite à gauche ou l’inverse ? De haut en bas ou l’inverse ? S’agit-il d’une phrase ou de moments griffonnés ?

Sans traduction, je vagabonde sur cette silencieuse bande dessinée préhistorique, piégée… comme … ce pied-là ?

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés ©.

 

 

 

 

confettis californiens : Vegas

 

 

 

 

 

 

Greffée au milieu d’un désert ponctué de panneaux publicitaires, la ville ne séduit guère au  jour. Le bric à brac architectural massif des palaces alignés le long du Strip écrasent autant que le soleil.

Le délire à cette heure s’appréhende  davantage à l’intérieur des murs : reconstitution de la place Saint-Marc et de ses alentours (canaux, gondoles et gondoliers compris) au Venitian, montgolfière et carrousel en fleurs au Wynn, … salles de jeux, parce qu’il faut bien enfin mentionner ce nerf de la ville (photos interdites), à perte de moquette que l’on semble changer à défaut de pouvoir la nettoyer : l’addiction ne dort pas.

 

 

 

C’est à la nuit que la ville prend vie et relief. Les environs fondu au noir, tout se dilate et déborde dans la lumière artificielle.

 

 

 

Il se dit pourtant que le coeur de la ville se déplace du côté de downtown. Fremont street pour être plus précise. Sur l’écran géant qui la recouvre s’enchaînent des shows visuels et musicaux et dans la rue très années 50 se croisent touristes assourdis, riverains passionnés, vénalités costumées et sosies chantants d’Elvis période boudinée.

 

Curieux mélange dont la pulsation finit par submerger le peu de conscience qu’il vous reste de ce qui vous entoure.

 

Au retour, la kitschissime petite chapelle d’Elvis avait l’air bien sage sous ses néons.

 

Démesure de l’espace, démesure des corps aussi.

 

 

Vegas,  symbole d’une société jamais rassasiée ?

Texte et photos © S.Lagabrielle. Tous droits réservés

 

 

Un président « Théorème » ?

« Un jeune inconnu fait irruption dans la vie d’une famille très bourgeoise résidant à Milan. Tous, à leur manière, sont fascinés par la beauté et le mystère qui se dégage de ce visiteur. La bonne, le fils, le maître de maison, son épouse et sa fille succombent tour à tour à son charme. Ils se livrent à lui corps et âme. Un jour, un télégramme arrive. Le bel inconnu annonce son départ, laissant chacune de ses proies face à la vérité qu’il lui a révélée et qu’il va lui falloir désormais assumer, selon sa personnalité et son courage moral. » Tel est fait par Télérama le résumé du film de Pier Paolo Pasolini.

Pourquoi cette référence à propos d’Emmanuel Macron ?

Une association d’idées qui m’est venue en écoutant, sur Médiapart,  la dernière interview de celui qui n’était encore pas Président de la République. J’ai moins écouté ce qu’il disait que regardé ce qu’il suscitait. Un mélange d’irritation mais aussi d’admiration (bien que teintée scepticisme).  A qui lui fera remarquer, lors d’un débat ultérieur, qu’il n’a pas été insensible à certains clins d’oeils (essentiellement d’ordre culturel parce que l’économie ….n’est pas donnée à tout le monde) E. Plenel niera avec force.  Pourtant … à bien y regarder….

Fluidité un peu précieuse du langage, aisance corporelle …l’habileté est indéniable : un mélange d’arrogance, de culot et de spontanéité …millimétrée. Acteur ? Sans nul doute …Enivré par son propre verbe, il emballe la discussion et laisse son interlocuteur vaguement interdit.

Son irruption dans l’arène électorale, moquée avant d’être prise en considération, unes médiatiques aidant, est un peu comme celle de Théorème dans la famille bourgeoise. Après la Banque où, à l’en croire, tout était déjà affaire de séduction («On est comme une sorte de prostituée. Le job, c’est de séduire» concéda -t-il au Wall street Journal)..Jacques, Jean-Pierre, Alain, Pierre, François, Ségolène,  pygmalions autoproclamés et vieux briscards succombèrent à leur tour… non sans arrières-pensées, il est vrai.

Les choses furent moins claires du côté des votants réduits à leurs suffrages exprimés. Adhésion, stratégie ou résignation anti peste brune ? Tout se mêle mais qu’importe : le résultat est là. 66, 1 %.

Pour l’heure, le storytelling entamé l’an dernier poursuit sa marche et il sera amusant de revenir à l’occasion, plus tard, sur ce curieux personnage qui partage une ressemblance troublante avec Boris Vian, dont il semble le revers, mort à l’âge où lui accède  … à la magistrature suprême, comme on dit, en ayant employé des chemins … traversants.

Vian considèrait, paraît-il, que peu importait que le titre d’un livre ne corresponde pas à son contenu, parce que, de toute façon, les gens ne l’avaient pas encore lu. Qui sait si le flou « velouté » (sic) du programme de son sosie ne participe pas du même sentiment.

Il assure que son incursion en politique n’aura qu’un temps. Difficile d’anticiper ce qu’il en sera de nous à son terme. Pour l’instant, force est de constater que le « microcosme » n’est pas sorti indemne de cette intrusion singulière et que, confronté à une certaine deliquescence, le courage moral (pour reprendre l’expression du résumé cité plus haut)  n’y semble pas toujours  faire partie des qualités premières.

Être quelqu’un de bien, c’est quoi ?

Drôle de question me direz-vous. En faisant part de mes réticences sur ce que représente pour moi le choix de ce second tour, en gros en faisant état du fait que le « choix d’évidence » n’en est absolument pas un pour moi, je me suis fâchée net avec quelqu’un que j’aime bien, et attirée, avec d’autres qui doutent comme moi, une volée de noms d’oiseaux sur les réseaux sociaux (lâche, irresponsable étant les plus doux). Sur un site plutôt pacifique d’ordinaire j’ai lu les gens s’étriper. Je soulève la question de la responsabilité de cette casse sociale qui nous vaut ce deuxième tour détestable (pour ceux qui penchent ne serait-ce qu’un petit peu à gauche) ?  …. Tu n’y penses pas … ce n’est pas le moment ! Assurons ce vote-ci et on verra après.

En 2002, peut-être parce que les termes de l’alternative me semblaient plus clairs (le PS, qui était encore un petit peu socialiste, et plus largement l’opposition à la politique chiraquienne, était à un étiage qui permettait de rêver de peser sur la suite. C’était bien naïf, on l’a vu assez vite), en 2002, donc, je n’ai pas senti cette violence. Dire aujourd’hui qu’on se sent incapable, au nom de convictions profondes, d’élire l’un ou l’autre de ces prétendants-là est presque (parce qu’heureusement il y en a qui comprennent)  irrecevable … comme il était irrecevable en 2005 de dire non au  traité constitutionnel européen (je sais, ce sont deux choses distinctes, mais les invectives, par contre, sont assez ressemblantes). Bref, blanc, malgré certaines injonctions culpabilisantes répétées, sera la couleur de mon vote.

La petite jeune femme qui me fait face est tranquille. Son choix est le même que le mien. Elle n’élude pas les questions et reste ferme ce qui me console et me conforte. Elle n’a pas attendu de consignes pour se tenir là où elle est. On aurait tort de croire que ces jeunes-là sont aussi accommodants qu’on a pu l’être et qu’on peut l’être encore. Ils savent ce qui les attend, la fracture économique, sociale et la facture écologique qu’on leur laisse, entre autres sucreries.

Pour l’heure, je ne sais toujours pas répondre à ma question et, à la réflexion, je ne sais pas si elle a un sens. Peut-être pas. Sans doute pas. Comment se sentir bien (ou s’en sortir bien)  aurait été plus pertinent mais il ne faut pas exagérer : une chose après l’autre par les temps qui courent.

Texte et photo S. Lagabrielle. Tous droits réservés.

Florilège Macronien

Il est temps que je prenne le large. Quand je lis cela je suis partagée entre le rire et la consternation.

« Le Macronisme est un pragmatisme qui croit au siècle qui advient ! »  (E. Macron soi-même).

Hallelujah ! mes frères et soeurs … Advenir ? Quel siècle ? Celui-ci a déjà 17 ans…pas encore la majorité, certes. Est-ce cette majorité qu’il vise ? On en sait rien. La phrase pose avec ce joli mot « hasardeux » et ne veut rien dire de tangible pour qui ne nage pas dans le verbiage..

« Je suis un guerrier, un combattant. Un combattant doute mais ne se laisse jamais abattre ». Magnifique. Et alors  (comme dirait notre costumé sur mesure) ? Et s’il y avait été en marche arrière…

« Je ne veux pas faire un gouvernement d’apparatchiks politiques ».  Fort bien. D’apparatchiks économistes peut-être ?

« La France doit suivre sa ligne historique gaullo-mitterrandienne poursuivie par Jacques Chirac avec laquelle on a rompu depuis 10 ans. Le rôle de la France est de construire une ligne souveraine pour construire la paix. »

Là, il y en a pour tout le monde, la crème de l’électorat Dupon-Aignan-Chevènementiste sans compter les vrai Séguinistes  en passant par les chiraquiens vintage  et le clin d’oeil à  tous ceux qui apprécient ce genre de diversion ventilée….

« Les représailles n’ont pas pour but la destitution de Bachar-el Assad mais l’éradication de ses capacités d’intervention en armes chimiques »

Ce qui donne sur twitter :

« Il faut éradiquer les capacités d’intervention en armes chimiques dont dispose Bachar el-Assad. Il devra répondre de ses crimes »

Ce qui n’est pas vraiment la même chose.

Vive le vent, vive le vent , vive le vent du Nord (Amiens en l’occurrence). Ce genre de vacuités, il nous en a sorti combien ?

Je pourrais lui en servir d’aussi senties et plus malicieuses. Par exemple celle-ci (B. Pivot) :

« Avant de nous sortir qui de l’Europe, de l’OTAN, de l’euro, qui du nucléaire, des 35h. etc., ils feraient bien de nous sortir de l’auberge! »

Je ne supporte plus ce « deal imposé » : Macron en nouveau Charles Martel. Celui qui nous protégera de la peste brune et du choléra rouge. Quand on sait ce qu’il fut en réalité de l’épopée Martelienne (à lire sur ce sujet « l’histoire mondiale de la France » ou l’on apprend aussi qu’Alésia est sans doute un fake césaréen, quant à Gergovie … le lieu reste très disputé), il est temps de remettre le petit marquis à sa dimension. Celui d’un brave petit gars qui vérifiait des références pour Paul Ricoeur …….. Pas plus. Pour l’humanisme, on repassera, pour l’égotisme en revanche …

Ce type rase gratis avant de nous tondre pour de bon.

Il est vraiment temps que je parte. Pour où ? Les USA. Je vous entends ricaner : le blond-roux avec des idées noires n’a rien de risible. Justement allons-y avant qu’il ne fasse encore pire.

Où il sera question de réminiscences et de résistance

En cette période électorale qui donne à voir ce qu’il y a de plus médiocre dans les relations humaines, j’ai envie de me souvenir.

réminiscences

De tout l’ espace de curiosité dont un enfant peut rêver que m’ont donné mes parents.  Les voyages à l’étranger d’abord. Très tôt. Et puis cette école primaire où ils m’inscrivirent, fruit d’un projet mûri par deux sœurs qui voulaient ouvrir au monde tous les gamins que nous étions  : les différences religieuses, le handicap, la nature (l’école se trouvait à quelques kilomètres de Bordeaux en plein bois) : tout était là à portée d’yeux et d’oreilles. Une sorte de phalanstère écolier, que je sublime sans doute un peu aujourd’hui, mais pas tant que ça. J’y appris le partage et la mort, ce qui n’est pas rien.

Plus tard, il y eut, à la fac de Droit, un professeur, Jacques Ellul qui me regardait malicieusement car il m’avait connue petite : son fils était alors l’élève de mon père au lycée et nous avions été invités chez lui. Jean était mince et blond. Je me souviens qu’il venait parfois à la maison, comme d’autres étudiants, et m’avait offert, pour me distraire sans doute d’une vilaine otite (je les enchaînais un peu à l’époque), « Les histoires comme ça » de R. Kipling. Dans mon souvenir, il me lit « l’enfant d’éléphant » mais cela n’a peut-être aucune autre réalité que mon désir d’alors de capter son attention.

Plus tard encore, il y eut un magistrat qui me faisait confiance. Je préparais le concours de magistrature tout en étant auditrice stagiaire à la chambre civile du Tribunal de Grande Instance de Bordeaux. Des affaires difficiles : divorces, filiations … On discutait le matin des cas qui allaient venir à l’audience l’après-midi. J’assistais à celles-ci … puis aux délibérés. J’appris plus tard, grâce à une attestation, que j’étais la seule stagiaire à laquelle il avait confié des projets de jugement à rédiger. Passe-passe de l’histoire, il était arrivé à cette position-là grâce à des concours internes à l’administration qu’il avait préparés … avec un organisme de formation intimement lié à l’entreprise où j’avais trouvé du travail. Il avait entretemps regretté qu’après un échec aux portes au concours je ne retente pas ma chance. L’absence d’esprit de compétition  sans doute …et la conscience soudain que je n’étais, alors, pas  assez « plombée » pour ce métier là.

Assez proche physiquement du juge, longue tige à la démarche oscillante, celui-ci aussi me fit confiance, paisiblement. Nous avions une cousine handicapée commune dont il me légua la tutelle. J’avais tendance à penser qu’il m’attribuait une « brillance » que je n’avais pas mais d’une certaine façon sa simplicité teintée d’humour m’entraînait plus loin que d’ordinaire, me faisant toucher du doigt le meilleur de moi.

Au fond, avec ceux – là, je retrouvais la liberté et la joie des bois de mon école où je ne me suis jamais perdue.

Aujourd’hui, je retrouve de cela au sein de ma chorale, avec deux soeurs à nouveau.

Résistance

Elle n’a plus l’âge de défiler en piétinant et a choisi un mode plus original de manifester. Elle a la résistance farouche et cotonnière. Anticapitaliste, antinucléaire, écologiste, anti-discriminations, humaniste, et j’en oublie beaucoup, elle promène librement ses opinions et ses révoltes à longueur de tee-shirt. « Tout ce que tu feras sera dérisoire mais il est essentiel que tu le fasses » proclame l’un d’eux reprenant une citation du Mahatma Gandhi. C’est peut-être finalement le plus emblématique. Sur le côté dérisoire, à l’échelle du monde sans doute, mais sur la proximité, ce qu’elle apporte ne se discute pas, pas plus que l’essentialité de ce qu’elle donne. Ainsi partage-t-elle ses idées suscitant une forme de curiosité. 93 ans, pensez-donc. Ma grand-mère avait la revendication plus éphémère : une rose, balancée avec une négligence surjouée, dans sa rue, un jour de mai 1981. Mais la filiation provocatrice est indéniable. Pas sûr cependant que je relève complètement ce gant là. Les femmilles, c’est compliqué.

 

 

Texte et photos S. Lagabrielle. Tous droits réservés.

Manu a Manu : une (brève) aventure electauromachique

Selon Madame Wikipedia, « dans le monde de la tauromachie un mano a mano est une compétition entre deux toreros qui affrontent en alternance les six taureaux d’une corrida.

Les mano a mano permettent de mettre en concurrence directe les deux protagonistes, souvent des vedettes, afin de créer des conditions propices à l’émulation et au surpassement de soi dans un contexte de rivalité. Ils supposent l’opposition de deux manières de toréer. »

Le dernier quinquennat puis la campagne présidentielle viennent de nous offrir deux versions d’une sorte d’avatar : le Manu a Manu.  Pour la clarté de l’exposé on leur donnera les apodos (1) suivants : Manu I (pour Emmanuel Macron) et Manu II (pour Manuel Valls).

Un caractère  rapproche les deux hommes : tous deux doivent leur ascension à un troisième contraint (surtout par Manu II) de couper sa coleta (2). Pour le reste, tout diffère : l’un est suave quand l’autre est rogue.

Le Manu a Manu date de la presque plus haute antiquité de ce dernier quinquennat. Sous sa forme originelle, c’est à dire gouvernementale, le Manu a Manu était proche du mano a mano : une concurrence directe et acerbe, Manu I venant clairement concurrencer Manu II sur ses terres de trublion, Manu II faisant manger sa  montera (3) à Manu I dès qu’il en avait l’occasion.

Le premier quitta la cuadrilla présidentielle avant le second, lequel dès son départ s’engagea dans la féria des primaires présidentielles à gauche persuadé que la lumière rémanente de son habit d’ex-alguazil (4) lui éviterait d’avoir à véritablement combattre. Las, un jeune novillero, Benito I, qui l’avait déjà défié dans d’autres arènes, remporta le combat avec les deux oreilles.

Manu II, humillié, ayant enfin réalisé que Manu I avait entretemps passé son alternative de matador de dogmatismes haut la main grâce à un habile muletazo (5) nommé « ni-ni » s’est résolu, mettant fin à un suspense qui n’en était pas un, à jouer la présidentielle « alimón » (6).

Le but ? :

– avoir un accès privilégié à la loge présidentielle (les deux)

–  éparpiller la camarilla « socialiste » façon puzzle ( Manu II) ;

– asseoir durablement un groupe à leur main, si possible à l’écart de la zone sol y sombra (7) de l’enceinte des combats (Manu I dans l’immédiat, Manu II à plus ou moyen terme sur les décombres d’une certaine « gauche », pas mal à droite il faut bien le dire) ;

–  déboussoler définitivement le public des arènes, le contraindre à penser que la lidia  (8) est à un seul tercio avec la complicité « démédiasmainstremetdessondeurs », minimisant l’hypothèse que celui-ci soit plus avisado (9) qu’on croit .

Où l’on voit que le Manu a Manu nouvelle formule est plus ambitieux et pervers que son presque homophone même si pour l’heure il ne convainc pas, les gradins à quelques jours des clarines (10) restant assez diversement garnis.

Qui aura, en définitive, le plus d’aguante (11) ?

Ah ….ça.

Pour l’heure, Manu I  répète le tour de l’arène sous les regards énamourés d’afficionados de la marche, tandis que Manu II, qui n’a montré jusqu’ici qu’une certaine appétence pour la pose de banderilles sournoises, essaie, dans son sillage, de faire revenir un peu d’éclairage sur sa sombre mine.

Manu I a-t-il raison de s’accommoder d’un ralliement qui déclasse l’inventive (sic) et délicieusement floue (resic) macronellita  au rang d’une vulgaire chicuelina hollandesa qui ne leurre plus personne ? Quant à Benito I, qui sait s’il ne profitera pas des pitoyables défections de banderilleros défraîchis pour renouveler son équipe ?

On en saura peut-être plus après la lidia présidentielle du 7 mai, en attendant la féria des législatives.

Et le Chicuelo élyséen ?  La bronca qui accompagne sa fin de prestation ne lui laisse guère de solution de repli. Reconstituer autour de lui une nouvelle génération miuras (12) libéro (très)-sociaux(pour la touche de couleur) ? Pas sûr que ça lui dise ou qu’il en soit capable.

 

(1)  pseudonyme ou surnom d’un matador

(2) prendre sa retraite

(3) coiffe en astrakan du matador. La montera est ainsi nommée en hommage à Francisco Montes, dit « Paquiro», matador qui en a imposé l’usage

(4) policier de l’arène, chargé de faire appliquer le règlement taurin, sous l’autorité du président

(5) Mouvement de muleta sans définition précise.

(6) passe « al alimón », passe faite par deux matadors tenant le même capote, chacun à une extrémité

(7) Places qui sont au soleil au début de la corrida et qui, très rapidement, se trouvent à l’ombre.

(8) combat, ensemble de rencontres entre un taureau et les toreros. Elle se compose de trois tercios, c’est-à-dire trois actes.

(9) Avisado : Taureau qui cherche l’homme derrière le leurre. Apanage du taureau de caste, à qui rien n’échappe dans l’arène et qui cherche à déjouer tous les pièges. Toute faute ou erreur du matador éveille inévitablement son instinct défensif. Face à un tel taureau, le matador doit savoir terminer sa « faena » au moment opportun.

(10) Sonneries de clairons permettant de transmettre les ordres de la Présidence et de communiquer avec les toreros. Leurs interventions ponctuent le déroulement de la corrida (ouverture des portes du toril, changements de tercio, avis donnés par la Présidence à un matador qui a dépassé le temps qui lui est imparti).

(11) faculté de certains toreros d’attendre et de recevoir impassiblement la charge du taureau

(12) prestigieux taureaux de combat

Se souvenir avant d’aller voter

C’est plus intelligent que tout ce que je pourrais écrire. Et puis, il n’est pas inutile d’avoir cela en tête un jour de vote.

Le suffrage universel a surtout fait des monarques ….

 

Quant à la sécurité sociale, le débat est faussé depuis qu’il a déserté le terrain de la politique sociale pour la seule économie.

 

Ré-inventer, ré-enchanter la vie, la politique … on ne compte pas le sites, les articles et les discours comportant ces mots-là. Mais la réalité les démentant souvent, ils se fondent dans une brume maussade d’où n’émerge (pour moi) qu’une forme de lassitude énervée, une impression de rétrécissement et de rabougrissement inexorable dont je n’arrive pas à me défaire.

Manque de sens poétique peut-être. Vu récemment « Paris pieds nus » de Dominique Abel et Fiona Gordon : film inracontable, histoire improbable, en grande partie située sur l’île aux cygnes (où la réplique de la statue de la liberté  tourne le dos à la Tour Eiffel),  hommage multiple à Pierre Etaix, Buster Keaton, Charlie Chaplin et Jacques Tati.  Les corps flottent, se déboîtent, se dispersent et se rassemblent dans une anachronie malicieuse. Occasion aussi de revoir Emmanuelle Riva, légère et drôle, dans un de ses derniers rôles. Une petite parenthèse en suspension, enchantée en somme.

prénom, primaires, pétaudière et pitance

Prénom

Curieux article  dans « Le Monde »  faisant état d’une étude d’une équipe de chercheurs franco-israélienne avec ce sous-titre :  improbabilité.

« D’après les chercheurs, tout comme la laideur de l’âme de Dorian Gray transparaît sur son portrait, les stéréotypes attribués à un prénom finissent par ­déteindre sur le visage de celui qui le porte. Même s’il n’est pas évident de repérer les indices physiques qui permettent l’identification (coupe de cheveux, expression ?), force est de constater que le prénom se comporte comme une prophétie autoréalisatrice. L’étude conclut ainsi : « Nous sommes soumis à la structuration sociale à la minute où nous naissons, pas seulement en raison de notre sexe, de notre origine ­ethnique et de notre statut socio-économique, mais aussi à cause du simple choix que d’autres ont fait en nous donnant notre prénom. »

Essayons avec François.

Or donc.

Pioché au hasard.

« François est secret, réservé, introverti, observateur et possède une nature assez méfiante et prudente. Cela peut aisément passer pour de la froideur, de la fierté, ou un certain sentiment de supériorité, alors qu’il s’agit en réalité de pudeur et de timidité, son flegme apparent dissimulant une réelle nervosité. Patient, lent, il est pourvu d’une détermination à toute épreuve et lorsqu’un but lui tient à cœur, il peut se montrer obstiné et opiniâtre. Ennemi du superficiel, il ne donne pas son amitié à n’importe qui, mais, lorsqu’il s’engage et donne sa confiance, il perd son côté « ours » et se révèle agréable, fidèle, ses qualités morales apparaissant au grand jour. Enfant, il est souvent sage, calme, tranquille, avec parfois quelques accès de colère. François est profondément attaché à sa famille au point de devenir assez casanier. Souvent intellectuel, il peut être attiré par les études longues, et il restera des heures à lire en oubliant tout ce qui l’entoure. Les parents devront stimuler sa sociabilité, favoriser son autonomie et l’habituer à communiquer, lui qui tend plutôt à être solitaire, sinon sauvage. Il est assez responsable et les parents peuvent être tranquilles : il sera honnête et agréable avec ses frères et sœurs. »

Si l’on se réfère à certain François en lice pour l’ « investiture suprême », le portrait n’est pas complètement hors sujet : obstination, opiniâtreté, pudeur (extrême pour ce qui est du « matériel »)…il n’est pas fait mention de générosité, ce qui tombe bien car il se la réserve, ni d’honnêteté hormis envers ses frères et sœurs …ce qui tombe bien aussi. Pour le reste chacun appréciera … Pour moi, ce François là est trop métissé pour ce prénom là : combiner l’ADN d’Harpagon et de Tartuffe  n’incite pas à la confiance et ne rend pas aimable. Et le mélange se voit de plus en plus. Alors quel autre prénom ? Hartuffe ?

Primaires
En 2007 à gauche, syndrome post 21 avril 2002, on fit un galop d’essai peu convaincant : l’élue, montée en graine par la presse,  ne plaisait pas aux caciques du parti.
En 2012, les débats favorisèrent un candidat synthétique que nul n’aurait songé à investir si un autre, plus capé, n’avait sombré pour cause de libido exigeante et de mains baladeuses : madame 35 heures agaçait (pour le moins), les autres compétiteurs se vendirent pour un maroquin.
En 2017, on s’y prêta, de plus ou moins bonne grâce, à droite comme à gauche. Pour limiter une casse (toujours) annoncée, on se décida, de part et d’autre, à sélectionner les prétendants. Les sondagiers sondèrent, le casting semblait calé… sauf que les sélectionnés ne furent pas ceux qu’on attendait. A droite, à l’exception de l’élu, on avait négligé un électorat ressuscité par la loi Taubira, à gauche, oublié que les électeurs, lassés par plus de 30 années d’une politique aussi redistributive qu’un coffre-fort, avaient envie d’autre chose.
Fillon et Hamon : le premier adoubé au point qu’on eût fugitivement l’impression que les élections proprement dites devenaient inutiles, le second tout juste considéré. L’un trappé par ses mensonges et montages financiers très « personnels » est aujourd’hui  « démonétisé » (sauf pour ses soutiens on ne peut plus « au taquet »), l’autre rame à se faire admettre par ses adversaires « primaristes ».
Résultat : une pétaudière.
Retournements, hésitations, renoncements pour ne pas dire trahisons… le « sauve qui peut à condition que ce soit moi » se généralise. De quoi conforter les candidats « hors primaires » d’être restés sourds aux sirènes d’un « rassemblement » visant à les éliminer.
Le randonneur, surtout, qui, déclaré d’utilité publique par une intelligentsia éculée, voit venir à lui un essaim de politiques à détermination volatile en quête d’investiture.
Côté électeurs, réémerge l’insidieux « vote utile ». Utile pour qui ? Profitable à qui ? Depuis le temps, la conscience devrait avoir tracé sa route … cette « raison »  marchera-t-elle encore ?
Pitance
Là  est l’inconnue. Il y a les calculateurs du dimanche et ceux qui sont fatigués de se contraindre. Tout paraît en place pour que l’impulsion dézingue une fois encore les pronostics (dernier avatar, les pays-bas).
De plus en plus de citoyens français ont de leurs représentants une image qui ressemble à peu de choses près à ça :
et ils sont presque autant  à penser que ça suffit quand d’autres rêvent déjà de réformer en profondeur le fonctionnement du chenil.