La vie à Tokyo ne laisse guère de place aux flâneries si ce n’est dans les parcs …assez nombreux, ma foi. Nos premiers pas nous ont conduites dans le quartier d’Asakusa, historique, religieux et fréquenté, par les touristes occidentaux, cela va sans dire, mais aussi par nombre de japonais qui vont déposer leurs voeux sur le seuil du temple Senso-ji après avoir sacrifié quelques yens dans les boutiques de la Nakamise. Le jeu n’est pas loin de la ferveur : des pachinkos bruyants et clinquants animent les petites rues adjacentes. Nous tournons autour de cela avant de rejoindre le parc d’Ueno à l’heure où le soleil, ici, commence à infléchir sa course : il est 4 heures et le soir se profile. Petit tour décevant au musée d’art métropolitain qui, outre une exposition consacrée aux offices florentins donne une vision hachée et hétéroclite de l’art japonais contemporain. Rien à voir avec l’équilibre du musée d’art moderne de Kyoto.
Le lendemain nous arpentons Shibuya, temple de la jeune mode branchée : bonnets de laine en plein soleil, chapeaux mous, look gothiques, cheveux aux teintures variées. La rue Takeshita près de la station Harajuku est un modèle du genre. Pas de costumes cravates ni de kimonos à l’horizon. Volants, serre-têtes diaboliques, platform-shoes à clous, ou sans, maquillages épais sans distinction de sexe. Un dernier pied de nez avant l’entrée dans la vie active avec, pour beaucoup, l’adoption d’une autre apparence, obligée celle-là. 

Avec sa petite jupe corole, Julia se fond dans cet univers là. Le bonnet arboré le lendemain matin, à notre départ pour Ginza, témoignera de cette adoption des codes de la jeunesse nippone. 
Après ce bain de jouvence tendance, j’impose une petite conclusion culturelle sous forme d’un petit tour dans le parc abritant le temple du Meiji-Jingu. Parfois, le week-end, on peut y voir des mariages traditionnels … mais voilà nous sommes mardi et l’endroit dans la fraicheur du soir a quelque chose d’austère et raide.
De Ginza peu de choses à dire : Vuitton, Gucci, Chanel, Bulgari, Tiffany’s et j’en passe, se partagent la rue. Des femmes, qui se sont données rendez-vous dans l’entrée du grand magasin Mitsukochi, sorte de Galeries Lafayettes locales, forment un bouchon dissuasif. Selon les guides Ginza serait un quartier splendide attirant les adultes sophistiqués. Il faut croire que notre petit attelage ne rentre pas dans le moule. Cette fortune étalée nous lasse vite. Je me souviens, pourtant, d’un samedi après-midi ensoleillé il y a sept ans où j’avais traîné dans l’artère principale fermée à la circulation. Dans les rues adjacentes des cérémonies du thé étaient organisées. J’avais apprécié alors….ce silence qui rendait le luxe moins pesant.

Le quartier de Shinjuku n’inspirera pas plus Julia à qui je donne quartier libre. Je vagabonderai donc en solitaire, dans la « tour cocoon » d’abord, qui semble abriter des écoles d’art et design, puis en haut du siège de gouvernement métropolitain de la ville de Tokyo d’où je ne verrai pas plus le Fuji-yama que les deux fois précédentes.

Petit retour personnel à Shibuya pour prendre en photo, pour une collègue fondue de chiens, la statue de Hachiko, chien de race Akita Inu, célèbre pour avoir quotidiennement attendu pendant près de dix ans son maître à la gare de Shibuya, après la mort de ce dernier.

A l’entrée de la gare une petite bande de jeunes propose des câlins gratuits. Certains ne se font pas prier, car les filles sont jolies, …. et repartent avec les effluves de ce petit instantané affectueux en plus de la photo souvenir.
Le quartier d’Ikebukuro, où se trouve le petit appartement que j’ai loué, est à échelle plus humaine (moins d’immeubles imposants), jeune et vivant, à en croire le nombre d’étudiants que l’on voit travailler dans les cafés et petits restaurants alentours. L’effervescence n’arrive pas cependant jusqu’à notre cinquième étage, où nous secouons notre fatigue dans l’entrée avant de paresser jusqu’à la nuit.
Julia : Tokyo est une ville vivante mais fatigante. Les gens ne sont pas stressés ou désagréables, mais il y a cette impression de perpétuel mouvement, jamais la ville ne se repose. On peut apprécier ça quelques jours mais on finit rapidement saoulées par cette ambiance de mouvement en continu. Cela ne nous empêche pas de visiter différents quartiers cités au-dessus : religion, luxe, habillage, bureaucratie, chaque quartier a son rôle, sa réputation, ses commerces propres, sa population.
On finit par maîtriser les nombreux métros tokyoïtes et on parvient plutôt facilement, je trouve, là où on a décidé qu’on irait (le matin-même en général).