Bhaktapur (Népal)

P1030779Ces femmes après s’être lavées à la fontaine, se faisaient belles en papotant : une langue fluide et chantante comme un ruisseau. Elle n’ont pas vu tout de suite que je les prenais en photo. Quand elles s’en sont rendues compte, elles ont voulu voir, ce petit moment que je leur avais pris. Et quand elles l’ont vu, elles on ri.

Je suis repartie avec un immense collier de fleurs aussi rouge que leurs saris.

Digressions : éloge du banal

Sur le rebord de la baignoire, l’éponge fait pâle figure à côté du savon. Elle n’a rien pour séduire à première vue. Elle ne sent rien, n’a pas l’air de grand-chose, se tient tout juste.

C’est qu’elle n’est pas à regarder mais à ressentir.

Elle est docile sous les doigts, caressante sur la peau, joueuse aussi lorsqu’elle s’évade sous la mousse et revient en vous frôlant.

Elle se gorge sans se rengorger et expire sur votre corps ces petits ruisseaux qui chatouillent vos épaules, votre dos, votre ventre.

L’éponge n’est pas prétentieuse, un rien placide peut – être, mais tellement faite à votre main !

Que serait le bain sans elle ? Un moment fonctionnel et sans tendresse.

Ce soin qu’elle a de vous et la douceur qu’elle vous rend méritent amplement que l’on oublie sa couleur et son visage un peu grêlé.

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Belem

Il est là, amarré le long des quais. Ce que tu sais tient en peu de phrases. » Construit par les chantiers Dubigeon à Chantenay sur Loire et mis à l’eau le 10 juin 1896, le trois-mâts barque Belem était à l’origine un navire marchand : il réalisa à ce titre 33 campagnes  de 1896 à 1913. Il était recouvert à l’époque d’un seul pont principal doté de claires-voies donnant accès à une cale de 1500 m3 dans laquelle pouvaient être entreposées jusqu’à 650 tonnes de denrées et marchandises diverses, essentiellement du cacao d’Amazonie puis du rhum et du sucre des Antilles » (1).

On est loin des pirates mais cela te fait rêver tout de même. Tu as vu que l’on pouvait monter le visiter, pour cinq euros. Mais ton père a dit non : pas le temps. Alors tu as longé le quai et tu t’es arrêté en contrebas de la coque, à peu près au niveau du gouvernail. La Garonne élégante et boueuse te montre le chemin du large. Sous tes yeux, les remous s’animent en tempête improbable … Ainsi se rêvent les capitaines courageux à dix ans. Cinq euros, ce n’était pourtant pas bien cher : moins  qu’une place de cinéma.

(1) Source : Wikipedia.

Textes et photo S. Lagabrielle : tous droits réservés

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    Miroir d’eau

 

L’eau recouvre juste tes pieds. L’endroit est un peu glissant, tu tombes sur les fesses et te relèves, repars,  incertain, et retombes. De petites bulles sortent de ces drôles de trous qui t’entourent. Soudain ils lâchent de grands geysers qui t’enveloppent et te dissimulent aux yeux de  tes parents. Tu cries de peur et de plaisir en battant des mains pour dissiper la brume qui retombe doucement. De petites vagues te frôlent maintenant que tu claques en  t’aspergeant. Papa et Maman ne diront rien cette fois. Tout le monde le fait, petits et grands.Tu es assis, nu comme un ver au milieu des nuages qui se reflètent dans le miroir d’eau, offrant au soleil l’éclat de rire dodu de tes deux ans.

 

Bodnath ( Népal)

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Cet homme a fait le tour du sanctuaire ainsi, se relevant, s’agenouillant, puis s’allongeant. Pour protéger ses vêtements, il avait mis un tablier en plastique et chaussé ces drôles de socques pour préserver ses mains. Ainsi progressait-il lentement, comme seul au monde.P1030785

Swayambunath – Katmandou

 

J’ai peine à reconnaître les lieux quinze ans plus tard : ticket d’entrée, cars à foison … la place est en somme le territoire de nouveaux marchands du temple. La paix a disparu, asphyxiée par les pétarades des mobylettes au loin, le ronronnement des moteurs à l’entrée du site,  et les exclamations des grappes de touristes qui louvoient entre les bâtiments sous la houlette de leur guide. Restent des femmes  et leur offrandes étalées sous le soleil et des enfants dépenaillés buvant de l’eau croupie dans l’indifférence générale.Swayambunath - Népal 2008

Les Forsyte et autres dynasties télévisuelles d’outre-manche

IMG_20140804_0002_NEWJ’aime ces impeccables séries MaggieSmithiennes,  au paysage social circonscrit, ces dialogues à double détente distillés entre deux gorgées de thé, ces chapeaux, cette poussière élégante, cette distinction irréprochable et hypocrite, ce temps corseté. Rien ne dépasse, tout est en place, empesé, de bas en haut, de la coiffe de la cuisinière au col du maître des lieux. Pourtant,  derrière ce glacis de bienséance, derrière ces jeux de rôles maîtrisés, derrière  ces répliques mouchetées, ciselées à la virgule, au soupir, ces saillies au poivre, …. louvoient une violence  prégnante, une passion celée dans les replis des mots et les ourlets des stratégies  ;  passé le sucre et le jasmin, quelque chose d’entier sous la retenue, de sauvage et d’impitoyable, explose à demi-mot sans souiller votre écran.

Les Français trompetaient leurs sentiments sans en penser un mot. Les Victoriens susurraient les leurs, de manière codée et constipée, en espérant être crus. La sincérité est à deviner à mi-chemin du bruit des uns et des sous-entendus des autres.

En regardant ces épisodes je me demande ce qui me fascine le plus : l’intelligence, la finesse, le sang-froid ou le cynisme. Ou tout cela à la fois, cette anglicité inaccessible. C’est un peu mon Graal.

Je me dis aussi que l’on aime bien résumer l’Anglais à cet amidon historique.  Mais l’Anglais est une île, toujours défiée, jamais conquise, sauf une fois,  peut-être par inadvertance :  la grâce d’un Dieu qui avait choisi, on se demande encore,  de se reposer ce jour-là, et d’un certain Guillaume qui y gagna ses galons de Conquérant …. pour nous seuls, de ce côté-ci des plages.DowntonAbbey1

1er Août

_1050697-001J’aime parfois picorer l’absurde, l’évènementiel et le minimal, autour d’une date.

Ainsi donc nous voilà au 1er août, jour de la Saint Alphonse.

A en croire wikipédia, Saint Alphonse se réfère à plusieurs saints chrétiens, dont un seul serait effectivement  fêté le 1er août : Alphonse-Marie de Liguori (1696 – 1787) instigateur des missions populaires dans la région de Naples, puis évêque de Nocera, fondateur des Rédemptoristes, confesseur et docteur de l’Église. Béatifié en 1816 par Pie VII et canonisé en 1839 par Grégoire XVI.

Voilà pour la religion.

Le 1er août marque aussi la naissance  entre autres de :

– La Comtesse de Ségur, femme de lettres française (1799)

– Herman Melville, homme de lettres américain (1816)

– Gaston Doumergue, homme d’État français, président de la République de 1924 à 1931 (1863)

–  Yves Saint Laurent, couturier français (1936)

– Étienne Roda-Gil, parolier et dialoguiste français (1941)

– Jerry García, guitariste américain  du groupe Grateful Dead (1942)

– Patricia MacDonald, auteur de romans policiers (1949)

– Robert Cray, guitariste et chanteur de blues américain (1953)

– Sam Mendes, réalisateur britannique (1965)

– Orelsan, chanteur français (1982)

Et la mort de  :

– Louis VI, roi de France, en 1137

– Henri III, poignardé par le moine Jacques Clément, en  1589

– Calamity Jane, immortalisée par Goscinny et Morris, en 1903,

– Benoît Frachon  dirigeant syndicaliste, ancien secrétaire général de la Confédération générale du travail de 1945 à 1967,  en 1975

– Jules Moch   homme politique français, en 1985

– Sviatoslav Richter, pianiste  russe,  en 1997

– Marie Trintignant, actrice française, en 2003

Voilà pour l’art et la politique.

C’est aussi :

Qui se marie un premier août,  se met la corde au cou.

Il faut cueillir les choux l’un des trois premiers jours d’août.

Lorsqu’il pleut au premier août, les noisettes sont piquées de poux

ou

s’il pleut un premier août, pas de grains du tout

Voilà pour la botanique et la sociologie.

Et pour moi ?

Le 1er août ouvre une petite parenthèse pendant laquelle le travail qui s’empile ne me pèse pas,

ma boîte aux lettres reste vide,

pendant laquelle je respire et  me languis, confite dans une apesanteur moite et apaisante,

en pensant à ces feux et ces bruits de trompe dans un vallon suisse où j’ai passé, enfant, des vacances bercées par des « ou bien » mélodieux …quand les temps étaient légers.

 

Texte et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés.

 

 

 

Panauti (Népal)

 

Dans les rues on battait le blé, jeunes et vieux rassemblés. Un ballet presque silencieux, réduit au bruit des râteaux sur l’asphalte. Elle avait des gestes réguliers et élégants et je l’ai trouvée belle.Texte et photos S. Lagabrielle : tous droits réservés