Qui n’a pas ri, enfant, sur ce nom ? Titicaca n’a rien de minuscule. Loin de la flaque boueuse aux relents lointains de la scatologie de nos cinq ans, c’est une mer intérieure, lumineuse ce matin-là.
Notre périple nous conduit d’abord chez les Uros. Petit raccourci abusif, puisque ce peuple a disparu.
Mais leurs îles artificielles de roseaux leur ont survécu. Elles sont, aujourd’hui, le territoire de pêcheurs aymaras qui ont largement troqué la pêche contre le tourisme.
Pourquoi s’arrimer ainsi au large ? Échapper aux Incas, et, plus tard, au travail dans les mines ?
Les deux sans doute.
Pour l’heure, ne reste que la surface d’un mode de vie reproduit, de manière mécanique mais assez fidèle, par leurs successeurs. On vous expliquera la naissance de l’île,
les couches successives de roseaux que l’on pose pour ne pas sombrer, la vie au jour le jour, centrée sur ce végétal, dans de fragiles constructions à pièce unique, et ces objets que l’on fabrique pour payer la nourriture et l’éducation des enfants.
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La noria des bateaux de tourisme ajoute à cette impression de représentation. Vous monterez sur les tours de guet, en roseaux, elles aussi, pour admirer le site, les embarcations natives (balsas de totora), les panneaux solaires qui fournissent l’électricité à certains d’entre eux, achèterez, peut-être, deux ou trois choses pour dissiper ce sentiment curieux d’avoir assisté à une pièce un peu trop rodée, avant de repartir.
Taquiles, n’échappe pas non plus à la manne voyageuse. Les chemins y sont saupoudrés d’étals de tissages et objets artisanaux. Les femmes filent, cousent, les hommes tricotent.
Plus tard, Efrain, notre guide, qui nous a invité dans sa famille, nous contera, sous le regard amusé d’un parent, les codes vestimentaires de l’île qui dissimulent un subtil jeu de pompons : bonnet de jeune célibataire à gros pompon, assortis à ceux des châles des jeunes filles, 
bonnet d’homme établi (pompons plus petits), chapeaux et costumes d’édiles…
Le sourire n’est pas toujours là cependant. 
Je n’ai pas eu l’audace d’entamer une discussion avec l’un de ces rétifs stratégiquement installé sur la place principale à proximité d’une boutique. Peut-être, avec le temps que ce genre de balade ne nous offre pas, aurais-je plus appris d’une conversation au point mousse que ce que nos ruses photographiques éculées nous permettent de saisir. Toute l’ambiguïté à l’égard de ce tourisme, pourvoyeur et subi, se trouve résumé là, dans cette exposition récalcitrante.
Sur le chemin du retour, le ciel noir se libère d’une pluie dense qui s’abat sur Puno dont les lumières clignotent au loin.
Au soir, la ville sèche dans une lumière rose orangé et les impressions s’évaporent dans des douceurs apéritives.































































